ASSISES NATIONALES : UNE TRANSITION MAL ENGAGEE ?

Dans la longue bataille menée par l’Opposition depuis plusieurs années, la réflexion dans les salons feutrés et les hôtels aura joué un rôle important, pour ne pas dire prépondérant. Outre le processus éminemment citoyen des Assises Nationales ayant intéressé la quasi-totalité des couches sociales de notre pays, y compris la diaspora, la coalition Bennoo Siggil Senegaal a organisé une multitude de réunions et séminaires. Il aura fallu la jonction avec le Mouvement du 23 Juin 2011 et Y’EN A MARRE, pour que l’accent soit davantage mis sur les batailles de terrain, contraignant ainsi le pouvoir libéral à une attitude défensive, se traduisant par l’enrôlement de nervis parfois accompagnés de méchants molosses et armés de gourdins ou de machettes. Le parti démocratique sénégalais victime de son mode de gouvernance obsolète parce que dirigiste et « patrimonialiste », sans oublier sa gestion clientéliste, n’a pas su apporter des réponses politiques aux questions brûlantes de la demande sociale et de la régression démocratique, ce qui aboutira à son éviction, le 25 mars dernier.

LA PLATEFORME DES ASSISES OCCULTÉE

Les leaders de la coalition Bennoo Siggil Senegaal, malgré leur admirable travail fait de dépassement et d’esprit inclusif, n’ont pas su engranger, lors de ces joutes présidentielles, les bénéfices politiques qu’ils auraient pu tirer des Assises Nationales et que semblait annoncer la défaite politique du PDS, lors des élections locales de 2009. Il faut reconnaître que l’APR, s’est toujours évertuée, à développer, à la périphérie de Bennoo, une démarche solitaire et singulière, prônant la pluralité des candidatures et une certaine distanciation vis-à-vis des recommandations centrales issues des Assises Nationales.

Sanctionnées par les électeurs à l’issue du premier tour, au même titre que les tenants du pouvoir, les deux coalitions issues de Bennoo Siggil Senegaal seront confinées au rôle de faiseurs de roi. De la même façon qu’elles n’avaient pu faire aboutir la Candidature de l’Unité et du Rassemblement, les deux fractions du Bennoo originel ne réussiront pas non plus à négocier avec le Président Macky, un programme commun dans lequel seraient consignées les préoccupations essentielles des initiateurs des Assises Nationales. Ils se contenteront de vagues promesses d’une « Commission pluridisciplinaire devant soumettre des recommandations précises dans le cadre de la mise en œuvre des conclusions des Assises nationales ».

Sur quoi pourrait alors reposer une alliance électorale en direction des législatives ?

Il est vrai que le programme présidentiel prévoyait aussi un recours à la voie référendaire, (dés les prochaines législatives), pour le maintien ou non du sénat, le verrouillage contre toute modification de nature à remettre en cause la forme républicaine de l’État, le nombre et la durée du mandat  présidentiel ainsi que l’intégration de révisions constitutionnelles. Néanmoins, en lieu et place de signaux forts vers une refondation institutionnelle, le nouvel homme fort semble vouloir renoncer à la suppression du sénat, nommer le Chargé des Elections de son Parti au Ministère de l’Intérieur et conserver son poste de  dirigeant de parti, contrairement à une disposition inscrite en bonne place dans la Charte de gouvernance démocratique.

Pour les partisans de l’APR en devenir et les nouveaux « courtisans », si prompts à proclamer que seul le programme du candidat vainqueur doit avoir de cité, il doit être clair que le Yoonu Yokkuté n’a réuni que 26% de suffrages au premier tour. Sans compter, que lors des dernières joutes électorales, qui ont vu la participation du non-candidat Wade, il s’agissait moins de rivalité programmatique que de rassemblement des forces vives de la Nation contre la forfaiture du président sortant. Dans le même ordre d’idées, le plébiscite constaté lors du deuxième tour de la dernière présidentielle semble plus relever d’un ras-le-bol anti-wadiste que d’un attachement aux valeurs du social-libéralisme. Cet état de fait n’exclut évidemment pas une dynamique pro-Macky lors des prochaines législatives, qui pourrait être amplifiée par un mode de scrutin inique, à prédominance majoritaire, ayant toujours fait la part trop belle à la mouvance présidentielle.

NÉCESSITÉ DE REFORMER TOUS LES  CADRES ORGANISATIONNELS

Une observation attentive de la scène politique sénégalaise, ces dernières années, met en évidence la nécessité d’une réforme profonde de la gouvernance de la quasi-totalité des cadres organisationnels (partis, syndicats, organisations professionnelles…), dont la plupart sont instrumentalisés pour satisfaire les ambitions d’une personne ou d’un groupe, au mépris des normes élémentaires de fonctionnement démocratique. Citons, à titre d’illustration, l’échec du processus, qui devait aboutir à la Candidature de l’Unité et du Rassemblement ainsi que les soubresauts post-électoraux qui, loin de ne concerner qu’un PDS agonisant, n’épargnent pas non plus les Coalitions ayant défait le pouvoir libéral.

Pour les observateurs avertis, il était évident, depuis quelques années, que des difficultés surviendraient pour la matérialisation des conclusions des Assises Nationales. En effet, malgré la défaite politique infligée par le Peuple des Assises au camp libéral, très peu de collectivités locales gagnées par l’Opposition vont mettre en œuvre de véritables politiques de rupture, s’inspirant de la Charte de Gouvernance Démocratique. Au-delà des querelles de préséance entre partis alliés, dont certains avaient des aspirations hégémoniques, les principes de bonne gouvernance sont loin d’avoir été le fil conducteur de leur pratique politique. Combien de présidents de collectivités locales ont-ils fait une déclaration de patrimoine ? Combien d’entre eux ont-ils publié leurs résultats budgétaires ? Dans la plupart des collectivités locales, on a plutôt assisté à des querelles interminables, qui loin de porter sur les questions de gouvernance vertueuse, avaient plutôt trait à des déballages sur de supposés scandales financiers.

RENFORCEMENT DES MOUVEMENTS SYNDICAL ET CITOYEN

Il apparaît évident que durant les douze années de régime libéral, les partis d’opposition, dont certains ont de solides positions au sein du mouvement syndical, se sont insuffisamment préoccupés de la lutte des travailleurs contre les conséquences désastreuses de la politique économique du PDS et de ses alliés.  Nous n’en voulons pour preuve que l’indulgence manifeste dont ont fait preuve les hommes politiques de l’Opposition, qui ont toujours pudiquement détourné les yeux sur les travers de la bureaucratie syndicale, que sont les entorses graves aux principes bonne gouvernance et de démocratie syndicale, les enveloppes distribuées lors des audiences avec les autorités de la République, les délits fonciers…

Le forcing de Wade, qui a malgré tout réussi à imposer sa candidature est à mettre sur le compte de l’impréparation du mouvement populaire, à cause de l’insuffisance du travail des partis d’opposition, surtout ceux de gauche, au sein des masses, par carence dans la décentralisation des mouvements de protestation focalisés au cœur de la capitale, l’inexistence de comités de quartiers regroupant des militants des différentes organisations politiques dans la plupart des collectivités locales. Il faut dire que l’irruption des masses sur la scène politique, n’est pas bien perçue par ceux qui font passer leurs intérêts de parti sur ceux de la Patrie et qui semblent vouloir se  contenter d’un statu quo institutionnel ou de replâtrages minimes, au lendemain de la défaite du camp Wade.

C’est le lieu d’en appeler à la poursuite de la mobilisation citoyenne pour le parachèvement de la révolution démocratique en cours, qu’on ne saurait réduire à une simple défaite électorale d’un autocrate autiste et illuminé !

NIOXOR TINE

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