DEBALLAGES DANS UNE REPUBLIQUE EN FOLIE

 

NJAMBAAN

Par Bassirou Sélémane Njaay

Mélanger du sucre, du sel, du poivre, du piment peut être, et du vinaigre à un fruit vert. Vous obtenez ce mélange infecte appelé Njambaan, qui brûle la langue, le palais, l’œsophage et tord les boyaux.

Dans une république en folie où les déballages au sein des institutions défilent comme un feuilleton sans fin, Ndoumbélane prendra sans aucun doute sa dose de Njambaan, … jusqu’à la lie.

Le dégoût perceptible des Gorgoorlu risque donc de les amener et pour la troisième fois de suite, à chasser un président plus qu’à en choisir un à leur goût. Simple naïveté, ou absence d’alternative ? Peut être aussi les deux.

L’explication la plus probable serait certainement liée à la qualité de l’offre de plus en plus médiocre et fondée sur la puissance des moyens financiers des prétendants. Pourtant Ndoumbélane ne manque pas d’honnêtes citoyens crédibles et compétents mais qui sont de plus en plus rejetés à la périphérie d’un système électoral qui privilégie sans le dire l’argent en se moquant de la légalité de ses origines.

On peut plaindre les déçus de plus en plus nombreux aux abonnés absents lors des consultations, s’apitoyer sur la bonne graine rejetée à la place de l’ivraie, mais force est de constater que l’environnement juridique et sociétal tel que modelé,  ne permet aujourd’hui à aucun prétendant sérieux, de se faire élire sur la base de ses compétences intrinsèques, de son programme ou sur sa valeur d’homme, y compris ses qualités et son intégrité morale. Il reste les inévitables alliances. Mais sur quelles bases se noueront-elles ? Le partage du gâteau, les combines, les intrigues, les marchés de dupes, les protocoles d’impunité et de dédommagement pour services rendus au prince « démocratiquement élu » ? C’est certainement sur ce registre qu’il faudra trouver les raisons de l’axe anti Gladiateur en gestation.

Le Njambaan qui se dessine sous nos yeux, quels que soient par ailleurs ses lendemains, enfantera d’immenses déceptions pour les acteurs d’abord, le petit peuple ensuite et le report de ses espoirs à des calendes grecques.

Comment qualifier cette coalition hétéroclite d’éléments si contraires sans évoquer l’historique pacte germano-soviétique; disons pour être plus proche de la réalité des fiançailles stériles entre Staline et Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale, de l’alliance entre Norodom Sihanouk et les Khmers rouges de Pol Pot et Yang Sari contre le général Lon Nol au Cambodge ? On ne saurait passer sous silence l’innommable soutien des démocraties occidentales à la coalition de terroristes islamistes baptisée démocratique et patriotique contre Bachar el Assad en Syrie. Mais le soutien de l’Occident aux dictatures les plus féroces est une tradition nationaliste de bas étage uniquement basée sur les avantages économiques et ou géostratégiques.

A Ndoumbélane, les ambitions, et les intérêts égoïstes, restent le principal fonds de commerce de telles aventures. Que peut-on alors attendre d’une coalition composée de milliardaires n’ayant jamais rien produit, riches sans avoir jamais investi, et d’un arrogant qui disait simplement « nio tey » même si l’âge et la douloureuse expérience de l’opposition semblent lui avoir inculqué quelques vertus civiques.

Les milliardaires, ce sont des « corsaires », c’est-à-dire des pirates légaux que des lois scélérates et une morale de hyène ont permis de puiser à satiété dans les caisses de l’état, un nombre incalculable de milliards dont personne ne pourra prouver l’illégalité du délit « jusqu’à l’extinction du soleil » sic.

L’arrogant c’est ce rejeton singulier  qui ne fait pas mystère de son mépris de la pluralité des courants idéologiques de la  gauche de Ndoumbélane, dont il se réclame, et où il ne compte paradoxalement aucun ami ni allié.

A la périphérie de la mare aux caïmans, affleurent déjà les bébés reptiles et sauriens qui jouent bruyamment des coudes pour figurer aux premières loges afin de justifier leur part de gâteau au soir de l’opération, avec la réserve de retourner leurs vestes en contestant la légalité des clichés pris par des paparazzis en cas d’échec de la coalition. Parce que Ndoumbélane est devenu un hippodrome où on mise, joue, gagne ou perd comme au PMU en restant toujours prêts et préparé pour la prochaine course.

La pluralité des scandales à Ndoumbélane, les révélations des « repentis » de la mafia au cœur des institutions,  ont fini de convaincre le citoyen, que sous le silence dit « obligation de réserve », il a toujours été gouverné par des hors-la-loi et qu’il n’en a jamais été autrement que pour le petit peuple naïf et loin du théâtre des opérations.

Aussi curieux que cela puisse être, les citoyens éclaboussés ne pensent ni à démissionner ni à démentir les propos qui les incriminent. Surpris par un orage de contre saison, ils semblent avoir opté pour la recherche de refuge sous le parapluie du prince invité à sévir pour obliger les repentis à ravaler leurs paroles, à dissuader d’autres « repentis » et d’autres honnêtes citoyens témoins malgré eux de pratiques mafieuses ayant heurté leurs convictions et leurs serments.

Mais le Gladiateur est un encaisseur qui a prouvé sa capacité à supporter et à amortir les coups les plus violents sans broncher. Malgré cette apparence réelle ou simulée de baroudeur qui justifie le sobriquet qui lui colle à la peau, on ne lui connait pas d’actes vindicatifs. Peut être même serait-on tenté de penser à tort ou à raison que des collaborateurs trop zélés sont allés contre son avis en engageant sa personne au nom de l’institution qu’il représente dans des actes répressifs et ou vindicatifs. N’a-t-il pas récemment opposé un silence assourdissant au journaliste-violeur qui l’accusait de distribuer vingt millions de francs à chaque membre de sa coalition. Cette accusation très grave portée sur un livre potentiellement accessible aux quatre coins de la planète n’a pas fait l’ombre d’un commentaire de sa part.

Initié aux pratiques les plus sordides de l’Etat, il est donc potentiellement préparé pour calmer l’ardeur profane et émotive de ses proches collaborateurs qui pêchent sans le savoir en eau trouble.

De toute façon, le Gladiateur n’a pas bonne conscience pour avoir été témoin ou acteur de tous les scandales étalés sur la place publique. Mais il ne peut être tenu comme responsable exclusif de la situation de faillite. Il serait donc maladroit de sa part de sanctionner des individualités ou des collectifs parce que des vérités inavouables ont été révélées à ceux qui ont le droit de savoir.

Si Ndoumbélane était un organisme vivant, on aurait pu dire que la justice au sens large y compris ses auxiliaires (police et gendarmerie) et l’éducation nationale, sont ses organes vitaux. Leur état de santé a affecté, affecte et affectera durablement l’ensemble de notre société si le mal qui les ronge n’est pas correctement diagnostiqué puis éradiqué, et des mesures préventives prises.

Toutefois, de simples sanctions administratives ou pénales ne sauraient suffire pour redonner confiance aux concitoyens de Goorgorlu. Peut-on entendre comme certains le réclament et éventuellement sanctionner des agents de l’administration ayant fait des révélations alors qu’on n’a aucune emprise sur d’autres citoyens ayant confirmé et complété leurs allégations ? A quoi peut servir une audition non contradictoire devant un parlement sans aucun pouvoir de décision ?

Ce dont il est question ici ne peut pas être assimilé à de simples fautes individuelles ou collectives. Ce n’est pas le baigneur plongé dans la mare aux merdes qu’il faut purifier mais bien l’eau du bain parce que d’autres baigneurs y plongeront par conviction ou par nécessité, en ressortiront souillés et malades avant de vomir dans la place publique d’autres merdes qu’ils y auront ingurgitées.

Des tenants de la morale demandent également des états généraux des corps les plus affectés. C’est peut être une condition nécessaire pour gérer la crise, mais pas suffisante pour guérir le mal.

Certes, les corps mis en cause, pris en flagrant délit devront nécessairement se parler entre eux, les yeux dans les yeux comme une équipe mise en déroute, pour situer les responsabilités individuelles et collectives, endogènes et exogènes. Mais c’est au peuple et au peuple seul, de donner son verdict.

Nous ne sommes pas loin des « conférences nationales », « vérités et réconciliations », et autres formes de dialogues nationaux auxquels nous avons assisté de loin avec un air condescendant comme si elles ne pouvaient être que le purgatoire pour des nations moins avancées que nous. Un refus catégorique avait toujours été opposé à ses partisans, au prétexte que Ndoumbélane est une « nation moderne où les institutions fonctionnent normalement » sic. Aujourd’hui, Goorgorlu doit se demander de quelles institutions parlait-on, et si elles ne marchaient pas seulement sur la tête.

L’Empereur avait rejeté la forme la plus digeste pour « une « démocratie moderne où toutes les institutions fonctionnent normalement » sic, initiée sous la forme d’Assises Nationales,  lui enlevant du coup son cachet consensuel compte tenu de sa position de détenteur de la légitimité constitutionnelle à l’époque. Contre tout bon sens, le Gladiateur son successeur légal et peut être digne héritier, est allé jusqu’en Chine pour cracher à la figure des pauvres Goorgorlu, qu’il ne fera que ce qu’il veut des conclusions de ces importantes Assises auxquelles il avait pourtant bel et bien donné sa caution.

Moralement et politiquement interpelé, par sa promesse électorale (qui lui pèse désormais comme un boulet de forçat) de limiter son mandat à cinq ans, le Gladiateur va certainement commencer à exécuter son projet en tirant des Conclusions des Assises Nationales un premier point…. Pourvu que cela lui convienne, politiquement et moralement. Peut être aussi choisira t-il d’y greffer quelques autres aspects compatibles avec son projet réel ou supposé de dynastie. Ainsi résoudra t-il la question cruciale de la mobilisation des ressources indispensables à un éventuel référendum sur mesure.

Goorgorlu est conscient que des milliards lui passent nuitamment sous le nez pour servir d’autres causes moins nobles qu’un référendum. Mais la crise est telle aujourd’hui, qu’il lui serait difficile de rester inactif si l’idée venait au Gladiateur d’envisager de mobiliser du temps et des ressources pour une telle opération. Mais que peut-il faire d’autre, lui l’éternel pacifiste qui passe le plus clair de son temps à prier pour la paix dans son royaume ? Surement rien d’autre qu’un boycott insignifiant aux yeux de politiciens redoutables stratèges, habitués à vaincre sans péril et donc à triompher sans gloire.

BANDIA, JUILLET 2014

 

 

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