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STRATÉGIE DE LARGE RASSEMBLEMENT DANS LA SOUMISSION.

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Stratégie de large rassemblement dans la soumission

Ou

Briser la bipolarisation politique semi colonialistes-pro impérialistes ?

par Guy Marius SAGNA

Ce n’est pas parce que les suppôts de l’impérialisme gagnent depuis longtemps que la vie a confirmé la justesse de leur stratégie anti-nationale.

Macky Sall a été porté au pouvoir parce que pendant des décennies, traumatisée par la défaite de l’ex Urss et la chute du mur de Berlin, marquée par une mauvaise adaptation à la sortie de la clandestinité politique qui lui fut imposée par la répression du pouvoir PS, incapable de se rassembler en tant que famille de la gauche et cédant au suivisme électoraliste derrière les libéraux avant de mettre en œuvre de manière décomplexée les travaux pratiques de la collaboration de classe au Sénégal ayant abouti à la lutte des places, la gauche s’est perdue dans les méandres de ses propres turpitudes devenant ainsi pour les libéraux et sociaux libéraux, qui n’ont jamais caché in fine leur mépris pour notre famille politique, des marchepieds électoraux. Loin des lamentations, ne nous en prenons qu’à nous même.

Malgré les variantes, tendances, nuances nombreuses et le développement inégal dans les moments de leur expression, deux « stratégies » se sont objectivement affrontées dans notre famille politique : rassembler large ou briser la bipolarisation politique pour en finir avec les suppôts de l’impérialisme.

Aujourd’hui encore, la vie, c’est-à-dire la lutte des classes, met notre famille politique face à ses responsabilités : sortir la politique de large rassemblement de la crise ou sortir de la politique de large rassemblement en crise ?

Un nécessaire recentrage sur notre famille politique s’impose pour conquérir le pouvoir afin de réaliser la révolution anti impérialiste, anti libérale, anti capitaliste démocratique et populaire (stratégie) ce qui passe dans le contexte actuel par l’unité de notre famille contre les libéraux vaincus qui doivent rendre gorge et la démarcation d’avec les libéraux et sociaux libéraux vainqueurs (tactique) pour forger l’unité stratégique de notre famille politique.

Stratégie de large rassemblement pour la République démocratique, citoyenne et de justice sociale étape vers l’indépendance nationale et le Socialisme

La stratégie de large rassemblement (1) est celle qui a poussé le plus loin et le plus longtemps (au moins depuis 1972 : « Front sans exclusif ») la question de la nécessité d’alliances transcendant les clivages « droite-gauche », « pro impérialistes-anti impérialistes » et « pouvoir-opposition ».

Pour les partisans de cette voie, la victoire sur l’impérialisme et la réalisation de l’indépendance nationale et du socialisme passe nécessairement par une étape celle de la République démocratique, citoyenne et de justice sociale. De la consolidation de cette « nuance » a dépendu le cours pris par la gauche sénégalaise pendant ces longues, très longues années.

La tactique suivant toujours docilement la stratégie, la matérialisation de cette vision a été notamment l’Alliance SOPI en 1988 après l’alliance entre le PIT et le PDS de 1983, et plus tard le Front Siggil Senegal en 2009 (nous connaissons la suite) en passant par la CA 2000. Cette vision est aussi à l’origine en 1991 du premier gouvernement de coalition PS/PDS/PIT.

Notre famille politique s’est spécialisée en révolte pour affaiblir et bouter les différents régimes qui se sont succédés. Mais quel profit pour le renforcement de notre famille politique dans le sens d’une conquête du pouvoir au service de la révolution ? Quel gâchis !

Un des éléments de bilan est que les membres de notre famille politique tenants de cette stratégie n’ont pas suffisamment pris en compte le fait qu’au Sénégal aussi le propos de Fanon était vérifié. « (…) la bourgeoisie nationale se détourne de cette voie héroïque et positive, féconde et juste, pour s’enfoncer, l’âme en paix, dans la voie horrible, parce qu’antinationale, d’une bourgeoisie classique, d’une bourgeoisie bourgeoise, platement, bêtement, cyniquement bourgeoise ». Comment accorder plus d’importance, dans un contexte post-neo-semi colonial, à une stratégie de large rassemblement avec les théoriciens du anything-but-imperialism (ABI) quand ce n’est pas le There Is No Alternative (TINA) ? Un des éléments de bilan est que les membres de notre famille politique tenants de cette stratégie n’ont pas suffisamment assimilé l’avertissement de GRAMSCI dans ses lettres de prison : « On ne peut pas choisir la forme de guerre qu’on veut, à moins d’avoir d’emblée une supériorité écrasante sur l’ennemi ». Comment alors s’imaginer pouvoir durablement infléchir les positions d’un gouvernement ou dominent les libéraux et sociaux libéraux  apatrides ? Comment une organisation révolutionnaire peut-il courir de manière optimiste, en position d’infériorité organisationnelle et électorale, avec « une bourgeoisie bourgeoise, platement, bêtement, cyniquement bourgeoise » derrière une République Démocratique, Citoyenne et de Justice sociale ? Comment apprécier une stratégie de large rassemblement qui nous a mené à siéger aux côtés de trois (03) sur les quatre (04) présidents que le Sénégal a connu ? Le GUNT de 1991 à 1995 du PS et le régime de la première alternance du PDS ont montré que la stratégie de large rassemblement, en position d’infériorité organisationnelle et électoral, ne permettait pas la réalisation de la République Démocratique, Citoyenne et de Justice sociale, entrainait les scissions (1997 pour le PIT, les années 2000 pour le RTAS, LD, AJ, RND), affaiblissait davantage encore nos organisations, éloignait les uns des autres les membres de notre famille politique de la nécessaire unité d’action stratégique préparatoire à l’unification pour la conquête du pouvoir par la gauche…Pire, après toutes ces années, nous n’avons su, « ce qui importe par-dessus tout à la guerre », ni inspirer à notre armée (la classe ouvrière, les paysans, les travailleurs de l’informel) la confiance en ses propres forces ni en imposer à l’ennemi et à tous les éléments « neutres » pour parler comme LENINE. Et nous allons continuer dans ce sens ?

Briser la bipolarisation de la vie politique pour la conquête du pouvoir par notre famille politique et l’instauration d’un Etat souverain et populaire

 Aujourd’hui, à moins d’être sourd, fusent de partout les clameurs désapprobatrices des militants de base de toutes les organisations sérieuses indiquant la sortie de cette voie de garage. Ceux-là il faut les écouter car ils continuent dignement à résister à l’oppression. Ceux-là il faut les écouter car ils se font l’écho du SE-CNP/CNG quand il dit : « Il appartient aux forces de gauche de (…) faire renaître l’espoir d’une lutte victorieuse mettant fin aux souffrances du peuple et pour honorer la mémoire de ceux  qui, au niveau de la Gauche, n’ont pas renoncé au sacrifice ultime pour la libération de notre peuple et la construction d’une société où sera bannie l’exploitation de l’homme par l’homme. » (2). Ceux-là il faut les écouter et ils disent que nous ne pouvons continuer à aller dans ce sens.

« Toute l’histoire de la social-démocratie internationale fourmille de plans formulés par tel ou tel chef politique, plans qui attestent la clairvoyance des uns et la justesse de leurs vues en matière de politique et d’organisation, ou qui dévoilent la myopie et les erreurs politiques des autres. »(3). Notre famille politique a encore le temps d’aborder la nécessaire appréciation des plans des uns et des autres. Mais aujourd’hui ce qui importe le plus c’est la conscience que tout pas réel vers l’unité des organisations de gauche révolutionnaires par la délimitation de notre camp vis à vis des libéraux et sociaux libéraux  importe plus qu’une douzaine de postures théoriques. Tout pas réel vers l’édification de ce grand parti de la gauche révolutionnaire lié aux masses et séparé des partis libéraux et sociaux libéraux vaut plus qu’une douzaine de polémiques, d’auto glorification et de demande d’auto critique.

Modifions le célèbre mot : donnons-nous une organisation révolutionnaire et nous retournerons le Sénégal ! « Il vient une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il faut l’action » (Victor Hugo, Les Misérables.). C’est cela le sens et la symbolique de l’unité-fusion de Yoonu Askan Wi/mouvement pour l’autonomie populaire, de Fernent/Mouvement pour le parti du Travail-Sénégal, et de militants anciennement du Parti Africain de l’Indépendance.

A la fin des années 70, l’impérialisme, à son arsenal de perpétuation de la domination et de pillage de notre pays, ajoute les plans d’ajustement structurels. A cette époque toutes les organisations de la gauche révolutionnaire sont clandestines et leurs militants des clandestins du fait d’un système politique anti démocratique. Mais quelles organisations ! Implantées dans les mouvements paysan et ouvrier ; implantées dans la jeunesse et les mouvements de femmes ; les premiers taggeurs ; introduisant les premiers MAC ; avec leur presse calquée sur l’Iskra préfigurant l’actuelle presse privée ; à l’origine du mouvement nawétane et du front culturel ; Quel(le)s militant(e)s ! Les révolutionnaires professionnels (RP) ; ceux dont certains parmi nous ne connaissent que les pseudos ; les tribuns ; les organisateurs hors pair ; ceux qui ont fait allégeance à la classe ouvrière et paysanne et à leur peuple au prix de leur vie, de leur carrière. Une véritable armée avec des soldats redoutables. Comment appliquer avec succès les plans d’ajustement structurels avec une armée dont les 2/3 sont « under the ground » ?

Jusqu’à quel point le multipartisme intégral, la stratégie de large rassemblement…ont-ils été instrumentalisés par l’impérialisme et ses représentants dans notre pays comme moyen de rendre visible cette armée d’autant plus dangereuse quelle était invisible et d’assurer une fonction de perpétuation  et de renforcement du système semi colonial ? L’électoralisme réformiste a conduit à la tragédie de la participation aux gouvernements alternants des libéraux et sociaux libéraux et à l’explosion endémique de la corruption qui a sali notre famille politique. Le fait que les coalitions au second tour ont permis les conquêtes démocratiques que sont les deux alternances en 2000 puis en 2012 a été à chaque fois saboté par la participation à des gouvernements dominés par les libéraux et sociaux libéraux exécuteurs serviles des diktats impérialistes du FMI et de la BM sur notre pays. Méditons ensemble la pertinence d’une grande actualité au Sénégal du jugement clairvoyant d’Engels en 1894 sur la situation italienne d’alors: « Après la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques sièges au nouveau gouvernement – mais toujours en minorité. Cela est le plus grand danger. Après février 1848, les démocrates socialistes français (…) ont commis la faute d’accepter des sièges pareils. Minorité au gouvernement des républicains purs, ils ont partagé volontairement la responsabilité de toutes les infamies votées et commises par la majorité, de toutes les trahisons de la classe ouvrière à l’intérieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvrière était paralysée par la présence au gouvernement de ces messieurs, qui prétendaient l’y représenter » (La révolution italienne à venir et le Parti Socialiste – P.486).

Le peuple sénégalais et la gauche n’ont-ils pas suffisamment et trop donné aux impérialistes et à leurs représentants politiques au Sénégal ? Une autre stratégie politique est nécessaire. Une stratégie qui permet l’inscription dans l’arène politique, en position de force, de notre famille politique passant par sa claire délimitation de la droite sénégalaise ce qui dans le contexte actuel signifie être contre les libéraux vaincus et se démarquer des libéraux et sociaux libéraux vainqueurs en 2012.

Il a raison le camarade Alla KANE (4) lui qui assimile la situation d’émiettement de notre famille politique à la situation de la petite exploitation paysanne telle que décrite par Karl Marx : « Les moyens de production sont éparpillés à l’infini, le producteur lui-même se trouve isolé. Le gaspillage de force humaine est immense. La détérioration progressive des conditions de production sont une loi inéluctable de la propriété parcellaire. Les bonnes années sont un malheur pour ce mode de production. »(5)

Rallier des militants, notamment les jeunes qui s’engagent, les structurer, les former ; animer les structures pour qu’elles soient en liaison permanentes avec les classes dont nous nous réclamons dans les quartiers, villages, lieux de travail…Assurer la lutte politique, économique et théorique ; assumer nos devoirs internationalistes ; approfondir notre travail d’enquête pour mieux connaître notre pays ; faire face aux autres familles politiques à l’échelle nationale comme locale…Laquelle des organisations de gauche arrive à assumer seule toutes ces responsabilités ?

Que chacun donne un fil, et le gueux sera vêtu ! Notre responsabilité aujourd’hui est de forger notre unité, celle de notre famille, la Gauche sans les libéraux et les sociaux libéraux et contre l’impérialisme!

18 Septembre 2014

Notes :

  1. La stratégie de large Rassemblement du PIT/Sénégal, Ibrahima Séne
  2. Appel aux forces de la Gauche sénégalaise, CNP/CNG, 14 février 2010
  3. Que faire, Lénine
  4. La gauche en miettes, de la responsabilité des militants et des dirigeants, solutions de gauche ou droitières, alla Kane, 31 décembre 2007
  5. Le capital, Karl Marx

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