LES LARMES D’UN PÈRE POUR LE SANG D’UN PEUPLE.

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Par Bassirou S. NDIAYE

Près de trois mille de ses concitoyens, en une seule nuit noyés et ensevelis pour toujours dans une mer réputée pourtant calme, mais brusquement accusée de tous les maux qu’un rafiot mal équipé et mal entretenu portait en lui, ne l’avait pas ébranlé. Pire il avait même très vite transigé pour éviter un procès lourd de dangers avant de dire « naxee baay » aux victimes et à leurs héritiers.

L’assassinat d’un magistrat dont les auteurs furent un peu trop rapidement amnistiés et grassement dédommagés (selon certaines mauvaises langues) sous son magistère, les meurtres jusqu’ici non élucidés d’étudiants, la torture et la mutilation de citoyens anonymes porteurs de pancartes, le passage à tabac et les coups de marteau sur la tête d’un opposant laissé pour mort,  ne l’avaient point ému.

Voici pourtant l’Empereur pleurant à chaudes larmes devant les caméras du monde parce que son fils, « voleur présumé » de la République, serait menacé de privation de liberté. Il menace en conséquence de mettre le pays à feu et à sang, d’ajouter des morts aux morts antérieurs dont il fut le principal responsable, si une peine de prison venait à être prononcée. Avant lui, l’ancien conseiller d’un des plus cyniques dictateurs du monde, devenu son ministre puis compagnon d’infortune, avait pleuré pour les mêmes raisons.

Ah ces enfants ! Si insignifiants lorsqu’ils portent d’autres noms, mais oh combien chers s’ils sont fils de … !

A travers cette menace, l’Empereur vient de prouver à la face du monde qu’il est tout sauf un Homme d’Etat. S’il est un bon père il aura raté l’occasion de montrer qu’il était capable d’être un « Père de la Nation ». Le fils de El Hajj Oumar  n’était-il pas aux premiers rangs de la lutte anti coloniale, le prince Charles était bien de la bataille des Malouines, et les Nazis ne purent qu’exécuter froidement le fils de Staline alors prisonnier, parce son père avait refusé « d’échanger un simple soldat contre un maréchal ». Il s’agissait bien évidemment du maréchal Von Paulus, défait lors de la bataille de Stalingrad.

Mettre Ndoumbélaan à feu et à sang pour éviter la prison à un fils reconnu coupable, ce n’est pas qu’une fiction, même s’il traduit une situation qui ferait certainement sourire un spectateur devant une pièce de théâtre. Tuer ou faire tuer des enfants de Goorgorlu pour permettre aux siens de retourner à leurs vacances ? La menace parait si grotesque qu’on pourrait se demander avec quoi et surtout avec qui ?

 Il est pourtant possible que des gens le suivent dans sa logique sans issues autres que d’autres morts portant d’autres noms qui le laisseront entièrement indifférent.

Parmi eux, on comptera des anonymes venus pour un teeshirt ou un billet de banque froissé, des gueux à qui la misère et la souffrance auront imposé le devoir de mercenaires conjoncturels pour assurer le repas de familles dans le besoin.

Des malfrats aussi, qu’une certaine idée de la justice amène à s’attaquer en de pareilles occasions  aux nantis mais également à d’autres Goorgorlu moins malchanceux.

Parmi eux, il ne manquera pas d’historiques anonymes au QI largement en dessous de la moyenne, qu’une « Alternance I » aura propulsés inexplicablement aux premières loges d’une république tragiquement défaillante.

Les “ vautours bleus ” ayant trempé becs et serres dans la chair alors fraîche de Ndoumbélaan, ne pourront pas manquer à l’appel contre ce qui, de plus en plus apparait comme un test dont l’échec ou la réussite conditionneront leur avenir d’hommes libres, ayant le droit de jouir de leurs forfaits.

Parce que l’Humanité a toujours nourri à l’heure des comptes, un sentiment ambivalent vis à vis des malfaiteurs en tous genres, tueurs voleurs, menteurs, tricheurs, etc., il faudra compter avec les âmes sensibles (« ndeysaan, dama ko yërëm »), prêts à donner un coup de pouce pour éviter la moindre peine physique ou morale aux présumés délinquants. Eternels magnanimes toujours disposés à tendre l’autre joue plutôt qu’à rendre la gifle dont ils ont été l’objet, il faudra mener une vaste communication pour leur éviter le sort peu enviable de chair à canon auquel l’Empereur les destine.

L’Empereur déchu menace de mettre Ndoumbélaan à feu et à sang. Qu’ils le croient capable ou non de mettre ses menaces à exécution, tous les acteurs sont conscients des risques potentiels. Mais quelle attitude prendre face à une telle situation ? Anticiper sur les événements au risque de bavures  et de menaces sur les libertés civiles, ou réagir quand le mal aura été entamé ou pire, déjà consommé ? C’est une équation de cybernétique sociale où toutes les prévisions sont d’emblée fausses, parce que simplement basées sur une humaine logique déductive. L’information sociale objective qui traverse une société est forcément sujette à  différents types d’analyses et de traitements subjectifs  liés à la culture de la couche qui l’analyse et la traite en fonction de ses intérêts, de ses objectifs et de sa nature intrinsèque. Elle devient semblable à une patte molle soumise à une machine (fut-elle la plus sophistiquée), dont le moule prédéfini en déterminera la forme.

Or les frontières entre le pouvoir et l’opposition ne sont jamais étanches. Il ne pourrait donc y avoir de grandes surprises d’un coté comme de l’autre. C’est dire que chaque partie connait les intentions primaires de l’autre. Par contre, aucune des parties ne saurait déterminer à l’avance les limites des efforts que la partie adverse serait disposée à franchir. Cette frontière étant elle-même sujette aux résultats aléatoires de  médiations et de pourparlers éventuels, et des premiers enseignements tirés d’une plus que probable  confrontation.

Si l’éventualité annoncée du Père d’aller jusqu’au sacrifice suprême pour le bonheur du fils est peu crédible, elle a l’avantage d’émouvoir une opinion très large. En même temps, les menaces sur fond de chantages ne manqueront pas de radicaliser les colombes que le passé récent prédisposait à militer pour un dialogue constructif entre frères de même chapelle. N’est-ce pas là deux ingrédients de plus pour un cocktail déjà suffisamment explosif ?

A ceux qui jouent avec le feu, il est peut être encore temps qu’ils comprennent que la poudrière est déjà pleine.

Ndoumbélaan exsangue, sucé jusqu’aux os pour le bonheur du fils prodige, pourrait  bientôt brûler au bûcher pour quelqu’un qui n’aura point besoin de visa pour aller se la couler douce, loin, bien loin des ruines fumantes de Ndoumbélaan.

 

BANDIA, Février 2015

 

 

 

 

 

 

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