INVITES

CONFÉDÉRATION DE LA GAUCHE SÉNÉGALAISE: UNE ETAPE VERS L’UNITÉ VIENT D’ÊTRE FRANCHIE.

CFG2

Par DIAGNE Fodé Roland

            Les 21 et 22 février 2015 les organisations de la Gauche historique (LD, ORDC, UDF, PIT, RTAS, RND, YAW) ont fondé la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme (CDS).

            Cet évènement est l’aboutissement d’un processus renouvelé depuis que d’anciens militants octogénaires du PAI ont décidé d’instituer dans le paysage politique en 2007 la célébration annuelle du Manifeste fondateur du PAI le 15 septembre 1957 à Thiès, ville cheminote historique des grandes grèves ouvrières de 1947 immortalisées par Sembène Ousmane dans le roman « les bouts de bois de Dieu ».

Répression, interdiction, clandestinité et division

            C‘est en 1960, trois après sa naissance, que le PAI allait être confronté à la répression et à l’interdiction qui le jeta dans la clandestinité. Après la victoire du « NON à la communauté française » et l’indépendance de la Guinée de Sékou Touré, de Saïfoulaye Diallo et du PDG, l’octroi de « l’indépendance » par la France coloniale aux autres colonies, le vol par le pouvoir semi-colonial des élections locales, notamment à Saint Louis/Ndar sera le prétexte à la répression, l’emprisonnement et à la suppression de la légalité du PAI. Cette clandestinité imposée aux forces démocratiques  et révolutionnaires fut bientôt suivie de l’instauration à marche forcée du parti unique l’UPS, parti social-démocrate au service de la françafric.

            Après à peine trois ans d’existence légale, le premier parti Marxiste-Léniniste panafricain se retrouvait ainsi divisé entre directions intérieure clandestine et extérieure en exil. L’épisode de la tentative râtée de guerrilla populaire armée viendra ajouter de nouvelles divergences politiques sans oublier l’impact des divergences idéologiques dans le mouvement communiste international entre l’URSS et la Chine populaire. De cette période de débats intenses au plan idéologique et politique devait surgir, après mai-juin 1968, les organisations suivantes : PAI, PIT, LD, AJ, Fernent.

            Parallèlement le courant patriotique panafricaniste connaîtra aussi des orientations divergentes entre ceux qui avaient choisi l’entrisme (PRA) dans le pouvoir semi-colonial et ceux qui faisaient du « front » à la place du parti l’axe majeur de la recomposition politique de l’opposition.

Multipartisme et bipolarisation

            La consolidation du pouvoir semi colonial PS fut obtenue par le coup d’état de 1962 qui institua le régime présidentiel à la place du régime parlementaire. Le pouvoir semi colonial fut plus tard ébranlé par l’insurrection estudiantine, ouvrière et populaire de mai-juin 1968. Le système du parti unique PS fut réaménagé pour muter en « multipartisme limité » au milieu des années 70, lequel permis d’empêcher l’émergence du RND comme principale force politique nationale d’oppostion d’imposer à sa place le PDS comme « parti de contribution » à partir des élections de 78.

            Le « multipartisme intégral » en 1981 inaugura une longue période de construction du bipartisme qui institua peu à peu, à travers les joutes électorales présidentielles, l’hégémonie des libéraux du PDS sur l’opposition dans son ensemble.

            Cette longue période fut marquée par la mise en place progressive de l’alliance soumission de toute la Gauche historique aux libéraux qui déboucha en 2000 sur la défaite électorale du PS social-libéral et sur l’alternance démocratique avec l’avènement au pouvoir du PDS libéral.

Corruption, reniement et capitulation

            Ce qui est arrivé à notre famille politique n’est nullement une nouveauté dans l’histoire du mouvement révolutionnaire. Dès les premiers pas du mouvement ouvrier politique, Engels en 1894 livrait cet avertissement clairvoyant : « Après la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques sièges au nouveau gouvernement – mais toujours en minorité. Cela est le plus grand danger. Après février 1848, les démocrates socialistes français(…) ont commis la faute d’accepter des sièges pareils. Minorité au gouvernement des républicains purs, ils ont partagé volontairement la responsabilité de toutes les infamies votées et commises par la majorité, de toutes les trahisons de la classe ouvrière à l’intérieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvrière était paralysée par la présence au gouvernement de ces messieurs, qui prétendaient l’y représenter »(La révolution italienne à venir et le Parti Socialiste – P.486).

            Faiseur de « roi », la Gauche historique d’abord par sa participation aux différents « gouvernements d’union nationale » sous le PS, puis ensuite sous le PDS et aujourd’hui sous l’APR a expérimenté les travaux pratiques de la collaboration de classes. Ainsi le libéral A. Wade qui, pour rassurer l’impérialisme dans la confidence suivante qu’il fait dès 1995 mais publiée seulement en juillet 2000, fanfaronnait ainsi : « Pour moi, c’était des gens qui jouaient un jeu, l’histoire avait fait qu’ils avaient basculé dans un camp qui les soutenait. Ceux qui recevaient des subsides de Moscou, il fallait qu’ils jouent les communistes, comme ceux qui recevaient des armes aussi » (Chronique d’une Alternance-Malick Diagne-p.64-édition Xamal-juillet 2000). A. Wade, avec l’arrogance libérale qu’on lui connaît, précisait ainsi la nature de la relation d’inféodation qu’il entretient avec le « Pôle de gauche »: « Je me suis toujours dit que c’était des gens à récupérer. Cette philosophie de la récupération a toujours été la mienne… c’est-à-dire qu’il y avait des Sénégalais qui sont tombés dans le piège soviétique, mais qui fondamentalement, ne sont pas marxistes » (idem-p.64 et 65).

            L‘étalage de la corruption, des reniements et la capitualtion des composantes les plus en vues de notre famille politique, surtout entre 2000 et 2012, a jeté un désarroi chez les militants de base des organisations de la Gauche, a paralysé l’activité et l’engagement militant et a coupé les organisations de Gauche des masses populaires en laissant libre cours à l’adage populaire selon lequel « tous les politiciens sont pareils parce qu’ils ne sont là que pour leurs poches« .

Hégémonie du libéralisme et ré-émergence de l’antilibéralisme militant

            Le contexte économique et social de ces évolutions au Sénégal est caractérisé par la mise sous tutelle du pays à travers les plans d’ajustement structurel libéraux (PAS) du FMI et de la Banque Mondiale sous le prétexte fallacieux du « remboursement de la dette ».

            De 1960 au milieu des années 70, le « plus d’Etat » était le moteur déterminant de l’action économique. A partir des années 80, c’est le triomphe imposé du « moins d’Etat » libéral qui met le pays sur les rails du blocage des embauches dans la fonction publique, la suppression des protections tarifaires, douanières et des subventions d’Etat, les privatisations des entreprises publiques et parapubliques et la dévaluation du cfa, monnaie néo-coloniale.

            Le libéralisme va initier une mode généralisée, celle des « opérateurs économiques locaux » véritables sous traitants des firmes transnationales, particulièrement françaises qui rappelent celle de la période coloniale des « nègres traitants » intermédiaires locaux entre les paysans producteurs et les compagnies coloniales qui avaient fait du Sénégal « la colonie française de l’arachide ».

            L‘Etat va devenir un attrait majeur pour les « opérateurs économiques » en quête d’accès aux marchés publics moyennant des commissions ou les dessous de table dans le cadre de la sous traitance dans l’import et l’export et dans différents autres secteurs d’activités dominés par les firmes étrangères impérialistes.

            L‘intérêt pour les postes ministériels ou de Conseils d’Administration des entreprises publiques ou parapubliques va être décuplé lançant dans l’arêne politique de plus en plus « d’intellectuels » ou « d’experts » en quête d’enrichissement personnel.

            Ces phénomènes de clientélisme, de corruption, de gabegie, de népotisme, de détournements des deniers publics déjà pré-existants à l’alternance de 2000 vont exploser sous le PDS au point que la rumeur populaire qui parlait hier, des « millionnaires » parle maintenant des « milliardaires ».

            C‘est en opposition à ce libéralisme prédateur que la jeunesse, laissée pour compte, va se dresser pour exiger une moralisation de la vie publique dont le point culminant a été la fameuse journée du 23 juin 2011 qui va signer la fin du régime libéral PDS.

            Parallèlement au sein même de la Gauche dans une position de dépendance vis à vis des pouvoirs libéraux qu’elle avait contribué à faire « rois », ne cesse de monter en puissance la critique de la soumission, de la corruption, du clientélisme, de l’individualisme affairiste et autres tares liées à la domination sans partage de l’idéologie libérale et au règne socialement destructeur du capitalisme néocolonial.

            A la base du processus actuel vers la réunification de la Gauche, il y a donc l’émergence sur la scène politique de l’antilibéralisme d’une partie de la jeunesse désabusée et le développement de la critique de l’intégration dans le système néo-colonial par la base des partis de Gauche. Ces deux mouvements parallèles tendent à (et doivent absolument) fusionner pour frayer la voie à l’alternative antilibérale, anti-impérialiste et panafricaine.

Après deux alternances libérales, préparer l’aternative anti-libérale et anti-impérialiste

            Le monde du travail et les peuples subissent, depuis le triomphe momentané de l’impérialisme contre le camp socialiste, contre l’URSS, la dictarure tyrannique absolue du capital illustré par les offensives contre toutes les conquêtes sociales et la massification de la pauvreté et le retour du fascisme dans les « pays riches« , le chaos de la destabilisation et des guerres internes provoquées dans nos pays dominés, la recolonisation économique sous la houlette du FMI, de la Banque mondiale et les agressions militaires renouvelées contre les peuples.

            Cet état de fait avait pourtant fait l’objet de l’avertissement suivant de J.V. Staline: « Qu’adviendrait-il si le capital réussissait à écraser la République des Soviets ? Une période de la plus noire réaction s’en suivrait. La classe ouvrière et les peuples opprimés seraient pris à la gorge. Les positions du communisme international seraient perdues.. » (Encore une fois sur la déviation social-démocrate dans notre parti).

            Devant cette barbarie de l’impérialisme libéré temporairement du contre-poids que constituait le camp socialiste, l’URSS, les Gauches antilibérales et anti-impérialistes d’Amérique du Sud montrent l’exemple à suivre tout comme hier Bandoung en 1955 initia le cours historique de la lutte des peuples jusqu’à la fondation de la Tricontinentale à la Havane.

            Les Gauches sud américaines expliquent que les nouvelles expériences révolutionnaires antilibérales et anti-impérialistes en cours chez eux n’ont été possibles que parce qu’ils ont « cessé de porter le deuil » de la défaite subie, après 70 ans d’expériences de construction du socialisme, pour reprendre le chemin ardu qui a permis aux générations précédentes de défier puis vaincre l’impérialisme.

            S‘appuyant sur l’héroïque résistance de Cuba, les Gauches d’Amérique du Sud expliquent : « La vie des révolutionnaires et des communistes est toujours marquée par les défaites. C’est justement pour cela que l’on est révolutionnaire et communiste, pour apprendre en permanence et avancer à partir de la défaite et des conditions nouvelles qu’elle crée, et chercher les espaces, les chemins de l’émancipation. (…) Je crois que l’on vit aujourd’hui une défaite intellectuelle et morale, une perte de contenu de l’horizon alternatif qui définit la gauche dans le monde« (Avaro Garcia Linera, vice président de l’Etat plurinational de la Bolivie,  Regard sur les Gauches, édition Espaces Marx).

            Les Gauches d’Amérique du Sud appellent ainsi les forces communistes, de gauche anti-libérales et les syndicalistes de luttes des classes dans le monde à ne pas « rester prostrés face à la défaite ou occulter son sens, paralysant ainsi notre âme. Il faut revenir sur ces luttes, de manière théorique et pratique, il faut en tirer les leçons et avancer sans complexe. Nous avons besoin d’une gauche sans complexe face à l’avenir… Les nouvelles générations doivent assumer les erreurs et les faiblesses comme des expériences, pour ne pas les répéter, mais au contraire pour continuer à regarder l’horizon et l’avenir. C’est un effort collectif pour construire les nouveaux horizons de notre époque… Notre tâche commune…, c’est de sortir du néolibéralisme. Notre première tâche, c’est d’en finir avec la croyance selon laquelle le néolibéralisme serait un régime naturel, un régime indépassable, un régime qui n’a pas de limite et pas d’alternative. Evitons l’abattement et la démoralisation historique de la société contemporaine…Cet horizon alternatif de société, que nous appelons communisme, sera obligatoirement pluriel, non homogène, géographiquement différencié et temporellement discontinu« (idem).

            En effet la crise systémique actuelle de l’impérialisme et ses effets ravageurs, mortels et criminels ouvrent les yeux plus que milles discours sur la nature sauvage et inhumaine réelle du capitalisme, de l’impérialisme et sur la nécessité que l’humanité s’en débarrasse.

            Au Sénégal, après deux alternances libérales, le peuple et les travailleurs prennent de plus en plus conscience qu’il faut la souveraineté nationale et l’union panafricaine des peuples pour mettre les richesses nationales, l’activité productive des travailleurs au service du développement national, de la sécurité et de l’unité africaine.

            Pour reprendre le chemin de la révolution, comme l’ont entamé nos camarades d’Amérique du Sud et comme le font les rescapés du camp socialiste que sont Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord et la Chine, il faut retrouver la confiance en nous et dépoussiérer les mensonges des impérialistes et des bourgeois locaux qui recouvrent l’histoire des victoires et des défaites de nos héros et martyrs contre la colonisation, l’impérialisme, car la puissance idéologique, morale, l’éthique, l’intelligence stratégique et tactique et les prouesses de nos anciens sont et doivent être des motifs de fierté et des points d’appui pour les générations actuelles de la Gauche révolutionnaire.           Nos anciens nous ont montré que c’était possible de combattre victorieusement le colonialisme et, comme le dit Frantz Fanon, c’est à la génération actuelle de parachever leur oeuvre inachevée en accomplissant notre mission du moment.

Confédération de la Gauche et les élections à venir

            La mise en place de la Confédération est un engagement politique de rupture avec la malédiction qu’a été la division et l’éparpillement de la Gauche.

            Elle s’opère dans un contexte où :

– les menaces extérieures s’accentuent à nos frontières à travers les interventions militaires impérialistes et celles de forces sur-armées prônant le séparatisme ou le califat islamiste fasciste dans tout le Sahel/Sahara;

– certaines composantes de la Gauche sont représentées dans l’actuel au gouvernement libéral et d’autres n’y sont pas, mais toutes sont parties prenantes de l’alliance du second tour de la présidentielle et des législatives de 2012 qui a mis fin au pouvoir libéral monarchisant du PDS libéral;

– les vaincus d’hier doivent rendre compte de leur gestion calamiteuse des deniers publics et s’agitent bruyamment pour échapper à la justice et pour revenir au pouvoir en hésitant sur aucun coup tordu;

– les couches populaires sont de plus en plus insatisfaites des politiques libérales de l’actuel pouvoir.

            Dans une telle situation complexe, la Confédération de la Gauche doit inscrire son travail politique du sommet à la base, au plan national et au plan local, des mouvements des jeunes, de femmes, de syndicalistes, des élus locaux et nationaux dans la perspective d’une démarcation antilibérale et anti-impérialiste claire vis à vis de l’idéologie et des politiques libérales.

            Une telle démarcation n’est en aucune manière antynomique avec l’appui aux mesures de l’actuel gouvernement respectant les conclusions des Assises Nationales, renforçant la coopération sécuritaire souveraine des pays africains face aux dangers qui planent et allant dans le sens de la traque judiciaire des biens mal acquis.

            La Gauche doit en même temps soutenir toutes luttes populaires pour la satisfaction de leurs légitimes revendications. Elle doit exiger et mobiliser le peuple contre la ratification par le parlement de l’Accord de Partenariat Economique (APE) imposé par l’Union Européenne aux Etats de la CEDEOA à l’exception du Nigéria et de la Gambie.

            Il est aussi fondamental qu’en attendant que s’éclaicisse la configuration politique dans laquelle sera posée la question de l’élection présidentielle de 2017 ou 2019, la Confédération de la Gauche oeuvre, dès à présent, à l’élaboration des listes indépendantes de notre famille politique, la Gauche antilibérale, anti-impérialiste et panafricaine pour les prochaines élections législatives.

            Ce choix de listes propres en dehors des alliances actuelles, qui correspondent à la nécessité de battre le PDS et de l’empêcher de revenir au pouvoir, est le second pas en avant qu’attendent les travailleurs et le peuple suite à la décision historique d’enclencher le processus vers l’unification de notre famille politique.

Mars 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicités

Catégories :INVITES