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SENEGAL: REFLEXIONS SUR LE COURS POLITIQUE ACTUEL

PSE2

Réflexions sur le cours politique actuel

 

« .. la reprise de l’initiative dans la construction du  monde

 africain de demain demande une plongée critique dans notre

passé et un bilan au moins provisoire de notre présent.»

Amady Aly Dieng – In memoriam

Le landerneau politique sénégalais tout entier ne bruit et ne s’agite que dans la perspective de la prochaine présidentielle. 2017 ou 2019? Nous osons espérer que le Président Macky Sall se donnera les moyens de mettre en oeuvre sa promesse et que donc l’élection présidentielle aura bien lieu en 2017.

Mais d’ores et déjà, que d’énergie, d’astuces, de ruses et de subterfuges déployés pour, à l’échéance, conquérir ou conserver le pouvoir. Mais alors, question : qu’en fera-t-on après de ce pouvoir? A quelle fin? Cette interrogation éthique nous semble beaucoup plus cruciale que la question procédurale du choix de l’individu qui sera dépositaire du suffrage tant convoité.

Dans cet ordre d’idées, il nous semble urgent de relever le niveau du débat politique et de le placer à la hauteur des idées et des principes susceptibles d’éclairer la marche de la Nation. Pour cela, la classe politique est appelée à se recentrer sur les véritables enjeux auxquels notre démocratie est confrontée. En effet, les questions relatives à l’emploi des jeunes et plus généralement à la croissance économique inclusive, à la place du Sénégal et celle de l’Afrique dans la mondialisation, y compris sur les aspects sécuritaires, de bon voisinage et d’unité panafricaine, ainsi que la problématique de la légitimité et de la viabilité de nos institutions, sont autant de chantiers dont la prise en main, toujours différée, se pose finalement de nos jours en termes d’enjeux de survie.

Les analystes lucides et sérieux s’accordent en effet à reconnaître les risques de plus en plus grandissants d’une dilution et d’un remodelage de nos Etats et de nos sociétés selon des impératifs géopolitiques et les nouvelles normes morales et sociétales dites post-modernes, portés notamment par les forces du Nouvel Ordre Mondial. Assumant fidèlement sa doctrine du responsabilisme, le Mouvement Tekki affirme que sauver le Sénégal et l’Afrique suppose un programme inscrit dans une perspective historique et fondé sur le trépied d’une réforme institutionnelle courageuse, combinée à la mise en oeuvre du patriotisme économique et d’une politique de bon voisinage entre nos Etats africains condamnés à une destinée commune.

De la réforme institutionnelle

La nécessité d’une réforme institutionnelle découle du constat d’une impasse parfaitement bien diagnostiquée par les Assises nationales et qui résulte d’un héritage colonial que notre pays porte comme un carcan depuis plus de cinquante ans. Il s’agit dès lors de mettre en cohérence notre identité fondamentalement africaine dans sa triple dimension culturelle, historique et politique, notre rêve et ambition d’émergence et le cadre institutionnel de fonctionnement de notre Etat. Les institutions juridiques, sociales et étatiques doivent refléter ce souci de cohérence, et donc de légitimité et de modernité, sous peine pour le Sénégal de continuer à en payer le coût politique et économique.

Hegel, n’avait-il pas en effet raison de dire que “on ne peut impunément violer l’esprit d’un peuple”? La distanciation toujours croissante entre la société civile, au sens sociologique du terme, et l’Etat formel quasiment désincarné, est symptomatique de cette fragilité institutionnelle. On ne déplorera jamais assez l’absence de consensus relevée dans notre espace public, notamment notre système éducatif, nos médias, le champ politique ou même plus immédiatement le mode d’occupation de l’espace urbain, autant de domaines marqués par de violents conflits de normes et donc par un faible sens partagé.

Il faut, comme début de solution, commencer par donner suite aux conclusions essentielles du rapport de la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri) dont les recommandations pourraient être enrichies, au besoin, de contributions des autres forces sociales et politiques n’ayant pas pris part aux Assises nationales.

Au plan politique, la réforme devrait permettre de rééquilibrer le rapport de forces entre les institutions de la République en réduisant les énormes pouvoirs de l’Exécutif au profit des institutions judiciaire et législative. L’accroissement des pouvoirs de l’Assemblée Nationale suppose un renforcement de sa crédibilité, et donc des critères de compétence politique et technique d’éligibilité des députés ainsi qu’une plus grande transparence dans le fonctionnement de l’institution et un rôle accru et constitutionnellement consacré de l’opposition parlementaire, sans oublier la nécessaire rationalisation des partis politiques.

Par ailleurs, réformer la Justice, c’est d’abord reconnaître au Conseil supérieur de la Magistrature une totale indépendance qui la soustrait de l’emprise du président de la République et, à l’image d’autres pays africains, remplacer le Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle. Il nous semble également qu’une Constitution d’essence populaire ne peut continuer à reproduire de manière formelle les aspects idéologiques hérités de l’Etat colonial, tout en gardant un silence de Ponce Pilate sur des questions économiques essentielles comme par exemple la monnaie et le rôle qu’il faut assigner à la Banque centrale.

En vérité, il y a une ambivalence congénitale qui habite depuis le départ le régime du Président Macky Sall, alors qu’il fallait avoir à l’esprit que le mandat confié à lui par le peuple était placé sous le signe de la transition entre un modèle d’Etat postcolonial qui a montré ses limites au terme de 50 années d’existence et celui qui, dans une relative opacité, est en gestation dans les conditions et les exigences propres à ce monde du 21ème siècle.

A l’évidence, le mandat du Président Sall est traversé de multiples contradictions qui, fondamentalement, traduisent cette tension entre les survivances de pratiques et d’habitudes héritées d’un passé que le peuple souhaite révolu et des éléments de progrès et de rupture précurseurs du nouvel Etat attendu de la refondation institutionnelle. Nous sommes bien au milieu du gué. La barque Sénégal est agitée par des vents contraires.

Nous pensons qu’il faut se prémunir contre la restauration, avancer résolument vers l’autre rive et pour cela, le gouvernement doit, a minima, poursuivre la politique de reddition des comptes, quelles que soient les personnes mises en cause, combattre la corruption sous toutes ses formes et s’abstenir de toute complaisance avec les pratiques liées à la transhumance, au clientélisme et aux stratégies rentières des lobbies qui parasitent l’Etat. Il convient clairement de renforcer l’Etat et de le protéger contre les multiples jeux d’influence et tentatives insidieuses d’instrumentalisation.

L’objectif est de faire du citoyen, non plus un faire-valoir ou un simple objet de communication, mais l’unique sujet de droit, placé au coeur de la République et des choix de politiques publiques. Aujourd’hui, plus que jamais, notre Nation a besoin d’un programme de réarmement moral et éthique. Du reste, le 3ème axe stratégique du Plan Sénégal émergent (Pse) vise bien la réforme en profondeur de la gouvernance et des institutions, ainsi que la paix et la sécurité. Cet aspect renvoie donc aux institutions et à cet égard, des actes concrets restent encore attendus. D’une manière générale d’ailleurs, il est temps de soumettre désormais le Pse à l’épreuve de ce que nous appelons “le saut de Rhodes”.

Le Pse et “le saut de Rhodes”

Dans la fable d’Esope dénommée “Le vantard“, un athlète athénien, accablé de railleries par ses compatriotes pour sa mollesse, décida d’entreprendre un long voyage et, de retour parmi les siens, se vanta de ses performances exceptionnelles en saut lors de compétitions auxquelles il avait participé dans la lointaine île de Rhodes. Il promit de prendre à témoin n’importe quel habitant de cette contrée éloignée, qui viendrait à séjourner un jour à Athènes. Très sceptique face à l’incroyable récit de l’orateur et à son hypothétique légende, un de ses concitoyens l’apostropha en ces termes : “Ici Rhodes, sautez !”. Et malheureusement, ce défi ne fut point relevé.

Cela pour dire qu’au-delà de la controverse sur la pertinence, l’originalité ou le caractère ambitieux et révolutionnaire du Pse, il faut commencer aujourd’hui par l’expérimenter, c’est-à-dire évaluer sa conduite et ses résultats opérationnels et, par là, dépasser la phase de la réthorique. Nous savons que les deux premiers axes d’orientation stratégique du Plan concernent d’une part, la transformation structurelle avec son portefeuille de 27 projets phares et 17 réformes clés étalés sur la période 2014-2023, et d’autre part, le développement du capital humain, la protection sociale et le développement durable.

Au plan du monitoring, un cadre institutionnel de gouvernance a été prévu, avec au sommet de la pyramide un Comité d’orientation stratégique présidé par le chef de l’Etat qui est censé se réunir au moins une fois par mois pendant les 18 premiers mois et un Comité de pilotage dirigé par le Premier ministre dont les rencontres devraient être également mensuelles. Qu’on nous dise si ces deux structures de pilotage et de suivi-évaluation qui coiffent les responsables opérationnels comme le ministre en charge du suivi du Pse et le Bureau opérationnel (Bosse), se réunissent régulièrement pour analyser et impulser éventuellement les inflexions requises.

Qu’en est-il des réunions trimestrielles de partage des résultats d’étape avec l’opinion ou encore du dispositif de suivi des indicateurs économiques et sociaux? Et que dire du programme de lancement en 3 vagues des projets phares et réformes clés, successivement en avril 2014, octobre 2014 et janvier 2015? A-t-il été exécuté selon cet échéancier? On sait seulement qu’un séminaire d’évaluation marquant l’an 1 du Pse a été présidé par le chef de l’Etat au début du mois de mars 2015 et devait être suivi par la tenue en mai 2015 d’un Conseil présidentiel de l’investissement.

Tout cela semble bien compliqué pour un suivi opérationnel. Pire, c’est pendant qu’on est noyé dans ce charivari organisationnel qu’on vient encore nous annoncer la construction d’un Case (cadre harmonisé de suivi-évaluation des politiques publiques). Et en tout état de cause, les réalisations économiques du Pse doivent pouvoir être appréciées en regard des objectifs précis, datés et chiffrés sur lesquels le gouvernement s’est engagé. Hic et nunc! Ici Rhodes, sautez!

C’est l’occasion de faire le point sur quelques aspects problématiques du plan de financement et des résultats macroéconomiques du Pse, en attendant que les économistes de Tekki reviennent sur la cohérence interne de l’analyse présentée dans ce document ainsi que celle qui doit exister entre cette analyse et les objectifs, projets phares et mesures clés. Notons d’abord que ce qu’on appelle projet phare ressemble plus à des programmes d’ensemble sectoriels qui présentent quelques élasticités jusqu’à absorber par exemple le centre de conférence de Diamniadio ou l’autoroute Ila Touba.

Le scénario optimiste du Plan dégage un schéma de financement d’un montant de 9 685,6 milliards de FCFA dont les 5 737,6 milliards sont supposés acquis alors qu’un gap de financement de 3 948 milliards est recherché. La mobilisation du financement public extérieur a donné lieu à des tiraillements entre la Banque mondiale et l’Etat, relativement aux procédures de décaissement de la Banque jugées trop tatillonnes. Il faut rappeler que les partenaires techniques et financiers, au nombre desquels figure la Banque mondiale, se sont déjà engagés sur 2 056 milliards et restent sollicités pour 1 853 milliards de financements complémentaires.

De sérieuses interrogations s’imposent sur ce chapitre, en particulier sur la construction de l’autoroute Ila Touba qui semble enregistrer de vives réserves du côté de la partie chinoise. D’une manière générale, une question préjudicielle s’impose lorsqu’on examine le cadre conceptuel du Pse : peut-on réconcilier une politique d’inspiration néo-keynésienne ainsi qu’on cherche à présenter le Pse et un programme d’ajustement structurel comme celui du 3ème Instrument de soutien à la politique économique pour la période 2015-2017, présentement négocié avec le Fmi?

Il est d’ailleurs apparu que devant l’obligation d’une maîtrise progressive du déficit public, le gouvernement a dû se résoudre à opérer des ajustements sur le plan de financement du Pse en ramenant le besoin de financement imputable à l’Etat de 1 296 milliards à 984 milliards, soit une baisse de 612 milliards.  Il faut bien noter que ces dernières ressources sont attendues des recettes additionnelles générées par le supplément de croissance escompté du Pse ainsi que de certains réaménagements budgétaires. S’agit-il d’un cercle vertueux ou d’un serpent qui se mord la queue? L’avenir nous le dira mais tout cela semble plutôt converger vers un plan de stabilisation.

S’agissant de la part de fiinancement recherchée auprès du secteur privé, elle s’élève à 1 111 milliards et est destinée à couvrir les projets de type PPP (partenariat public-privé). Le gouvernement a organisé en début mai 2015 un forum sur cette catégorie de financements. On est ici au coeur des enjeux du patriotisme économique. Hormis les discours incantatoires, le secteur privé national est en réalité jusqu’ici marginalisé. On en veut pour preuve les contrats léonins concédés à certaines entreprises étrangères, françaises notamment, dans des cas comme l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio et le Port autonome de Dakar où les entreprises sénégalaises et les consommateurs sénégalais sont apparus comme étant les dindons de la farce.

En effet, dans le premier cas, les populations restent ébahies devant la tarification élevée sur un ouvrage financé à plus de 80% avec l’argent du contribuable sénégalais. Quant au Port autonome, il est en train de couler dans des eaux profondes en raison d’une gestion gabégique, scandaleuse et anti-nationale d’un manager dont les excès et les extravagances laissent l’opinion publique complètement interloquée. La gestion des ICS, de SUNEOR, des concessions minières, les accords de pêche, les Ape,… sont autant de domaines où le patriotisme économique n’est pas mis en pratique, loin s’en faut.

Les performances macroéconomiques ne sont guère plus heureuses. Le Pse a fixé un objectif de taux de croissance qui passerait de 4,9% en 2014 à 6,7% en 2015, puis à 7,6% en 2016 avant d’être hissé sur un palier d’au moins 8,0% à partir de 2017. Finalement pour  2014, les réalisations, estimées d’abord à 4,5% puis laborieusement révisées à 4,7%, ont été en deçà des objectifs retenus et moins que le taux de croissance obtenu en 2007 (4,9%).  Pour 2015, les dernières prévisions gouvernementales disponibles tablent sur 5,4%, soit déjà 130 points de base de moins que les 6,7% prévus, malgré le coup de pouce de la baisse du prix du baril de pétrole.

Or, même ces 5,4% ne sont pas  justifiés par de nouveaux relais de croissance, ce qui indique au mieux un maintien autour de 4,5% comme en 2014, la pluviométrie étant supposée favorable. Globalement donc, le Sénégal que l’on dit sur la rampe de l’émergence est encore loin de la croissance moyenne de l’UEMOA, située autour de 7% sur la période 2014-2015. Exceptés la Guinée Bissau et le Burkina, notre pays est dépassé par tous les autres Etats de la zone, y compris le Mali acculé depuis plus de deux ans à une guerre contre le terrorisme et les menaces de partition de son territoire, situation aggravée par un déficit du compte courant trop élevé, soit 10% du PIB, malgré le transfert des migrants de plus de 750 milliards par an (10% du PIB également). Voilà le Pse en chiffres! Que faire alors? Ce qu’il convient de faire c’est de mener les réformes pour éliminer les rentes de situation, moderniser les secteurs informels et changer de paradigme pour axer prioritairement notre stratégie de développement économique sur notre principal marché extérieur, à savoir l’Afrique.

 

Politique panafricaine d’unité et de bon voisinage

Un rapide survol de l’insertion économique du Sénégal : à chaque franc d’exportation du pays correspondent deux francs d’importation. Le déficit courant de la balance des paiements représente plus de 10% du PIB contre un maximum de 5% admis pour assurer la viabilité du cadre macroéconomique d’un pays. C’est du reste le plafond fixé dans les critères de convergence de l’UEMOA. 50% de nos ventes extérieures sont destinées au continent africain, en particulier l’Afrique de l’Ouest. Le bon sens mais aussi la logique économique voudraient qu’un pays accorde le plus grand soin à son marché d’exportation. Or, le gouvernement du Sénégal n’a pas élaboré de politique stratégique de développement et d’approfondissement de ce marché et s’entête plutôt dans une conception extravertie du développement arrimée aux vieilles relations avec l’Europe.

La seule alternative envisagée réside dans des mesures, non coordonnées du reste, de substitution d’importation. La construction d’un marché régional auquel seraient assujetties notre politique d’infrastructures, notre défense et notre diplomatie, n’est pas encore sérieusement menée. Le Mouvement Tekki réaffirme pour sa part la vision et les propositions pertinentes qu’il a déjà formulées sur cette question, à savoir que l’Afrique étant l’enjeu du monde, de nouveaux Etats fédéraux ou confédéraux devraient voir le jour au niveau de chacune des Régions du continent. Dans la zone ouest-africaine en particulier, la CEDEAO serait transformée en un Exécutif régional capable de suppléer les Etats nationaux post-coloniaux qui ont échoué dans leurs missions régaliennes. Quatre domaines de souveraineté devraient être partagés à l’échelle sous-régionale. Il s’agit de :

–          La Défense : il n’est pas certain que nos sociétés et nos Etats survivront encore 50 ans sous leur forme actuelle si une défense communautaire n’est pas mise en place. Les menaces terroristes et de diverses autres natures sont là pour nous le rappeler quotidiennement. Il faut taire les querelles byzantines avec les Etats voisins et avoir une approche communautaire des questions de sécurité ;

–          La Diplomatie : une diplomatie commune, économique et de défense, capable de représenter la Région et de négocier des partenariats avec toutes les grandes puissances du monde, sur la base d’un agenda régional convenu par l’ensemble des Etats, est également une priorité ;

–          Le Gouvernement économique : il s’agit d’instituer une compétence régionale sur les projets structurants d’infrastructures communes de transport, de communication, de fourniture d’énergie et d’eau, d’aménagements hydro-agricoles et de l’environnement, en vue de constituer sur l’espace régional, une base productive qui permettra de faire éclore notre potentiel industriel et agricole. Au demeurant, celui-ci devrait s’appuyer sur une convergence rapide des systèmes éducatifs et de recherche scientifique.

Le programme économique régional de l’UEMOA, l’initiative régionale pour l’énergie durable d’interconnexion des réseaux électriques de la Côte d’Ivoire, du Burkina, du Ghana, etc., la boucle du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Niamey-Cotonou-Lomé et l’autoroute Abidjan-Lagos sont d’excellentes initiatives auxquelles le Sénégal devrait se joindre, au lieu de rester confiné dans un enclavement injustifiable par rapport à son marché naturel ;

–          La Monnaie : les trois champs de compétences précités définissent les contours d’une zone monétaire unique à laquelle il faudra passer. L’ensemble des quatre domaines constituent le socle d’un système régional de finance avec une monnaie commune, une Banque centrale unique et des banques nationales et régionales, publiques et privées dont on a déjà des expériences réussies, tout ceci  permettant enfin de prendre en charge de manière décisive la question du financement des économies, de la croissance et du développement durable.

Cette vision dépasse celle d’un Pse dont les contours se limitent au seul Sénégal. Les différents autres plans nationaux qui se multiplient à l’échelle des autres pays ne nous semblent pas plus viables à long terme, comme n’ont pu l’être les expériences de compagnies aériennes nationales, ni même les indépendances dans la balkanisation. La Région ouest-africaine, à l’instar des autres Régions de l’Afrique, est condamnée à un destin commun, dans le meilleur comme dans le pire. Le Sénégal a tous les atouts pour prendre le leadership de cette vision et construire un axe Dakar-Abidjan-Abuja susceptible de l’impulser.

Il s’agit ainsi de se protéger contre la nouvelle géopolitique qui vise à endiguer les puissances émergentes et qui ambitionne de redessiner les cartes du Moyen-Orient et de l’Afrique dans un contexte que d’aucuns n’hésitent plus à assimiler à celui d’une 3ème guerre mondiale. Tels sont les défis qui se posent au Sénégal et à l’Afrique pour les prochaines décennies. Seule l’acceptation de la critique objective, comme nous l’a appris Feu Amady Aly Dieng, pour qui j’ai une pensée pieuse renouvelée, nous permettra de relever ensemble ces défis.

Souleymane Sall, Synergie Tekki , le Mouvement des Cadres Tekki

korbigs@yahoo.fr

                                                                                                               

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