INVITES

NDOUMBELAAN TEL QUEL.

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Quand des hommes modestes n’ayant jamais rien produit ou investi dans les secteurs jugés lucratifs, s’enrichissent brusquement sous nos yeux, nous les envions en nous mettant à leurs services pour la conquête d’autres pouvoirs que seul l’argent permet d’acquérir presque légalement à Ndoumbélaan.

  • Quand nos idoles sombrent dans la dérive,
  • Quand ces modèles font ce qu’ils nous ont toujours déconseillé,
  • Quand les moralisateurs qui ont bercé notre jeunesse, guidé nos pas dans un monde jonché de tentations morbides,
  • Quand un grand idéaliste de Ndoumbélaan s’abandonne à la cupidité du roi argent au prétexte d’un inexplicable envoûtement,

Nous répondons fatalistes et magnanimes qu’il a succombé humainement à la tentation de Satan, comme notre ancêtre Eve.

Une bonne partie du Ndoumbélaan audible se refuse aujourd’hui, à reconnaitre en « ce symbole de droiture » qui a toujours incarné en théorie et à travers une romantique litanie, le sage, le modeste et l’humble, un tricheur même présumé. Vite donc à nos mosquées, nos églises, et nos autels pour que le dieu et les dieux le couvrent de leur clémence et le laissent impuni pour l’éternité. L’autre Ndoumbélaan sans voix se terre dans un silence gêné ou s’époumone dans les grand ‘places privées pour exprimer sa déception.

On peut toujours se refugier derrière le principe qui veut qu’un présumé soit considéré comme innocent tant qu’il n’a pas été reconnu coupable par la justice. Mais n’est ce pas là qu’un néo postulât venu d’ailleurs qui ne nous a jamais empêchés d’approuver ou de condamner des actes et leurs auteurs présumés au cours de l’histoire turbulente, passée et présente de nos sociétés ? En plaidant la clémence de Dame Justice ou en évoquant des circonstances atténuantes en faveur de l’idole déchue « le Ndoumbélaan compatissant » ne reconnait-il pas implicitement les faits qui lui reprochés avant le verdict ?

Certains se mobilisent déjà pour sauver la réputation du « prophète » dont la cupide culpabilité ruinerait tous leurs espoirs et affecterait à jamais leur foi. D’autres comme des charognards ayant humé l’odeur de l’argent illicite, se frottent les mains ou se rincent la gorge pour happer leur part du gâteau dans un éventuel procès.

A travers notre « presse plurielle, démocratique et objective », rare sont ceux qui ont condamné les faits, même en usant du conditionnel. Ceux qui ont plaidé la cause des auteurs d’enrichissement illicite seront donc à l’aise de se retrouver côte à côte avec ceux qui les combattaient pour faire face à ce dossier d’un type nouveau. Mais le drame est aussi ailleurs.

Lorsqu’un homme politique aux affaires s’arrête pour dire publiquement à ses compagnons : « messieurs nous faisons fausse route ! », nous crions au scandale comme s’il y avait du mal à tirer sur la sonnette d’alarme quand ses amis et compagnons prennent une mauvaise direction.

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Ouvrons bien les yeux. Même s’il y a eu des actes positifs, rien du programme pour lequel le Gladiateur s’est vu confier les rênes de Ndoumbélaan n’a été réalisé. Il ne semble manifestement pas disposé à s’attaquer au système tel quel, parce qu’il se le représente comme la clé de ses succès passés et peut être le garant de ses arrières dans un futur quinquennal ou septennal.

  • Ndoumbélaan est resté tel quel, avec ses institutions anachroniques porteuses de tous les dangers dénoncés par les Assises Nationales pendant que les réformes souhaitées à travers la CNRI sont royalement mises sous scellés. Ceux qui répliquent en disant qu’il n’y a rien à toucher au prétexte que « nos institutions fonctionnent normalement », n’ont pas le niveau du débat. Parce que ce dont il est question dans les réformes souhaitées, ce n’est pas de la fonctionnalité mais de la nécessité d’une amélioration qualitative des systèmes de gestion pour faire face à des contraintes et aussi à des opportunités inhérentes à un monde dynamique. Le débat d’une amélioration qualitative ne se pose d’ailleurs pas qu’aux états mais bien à tous les organismes : les partis politiques, les associations, les entreprises humaines. Il faut aborder la question sereinement plutôt que se le voir imposer par les crises inévitables qui affectent tous les systèmes vieillissants.
  • Les niches d’impunité ayant permis à des hommes et des femmes au sommet de l’état de s’accaparer d’immenses richesses n’ont pas été remises en cause. Et les poursuites sélectives des nouvelles autorités ne garantissent en rien les récidives. Un présumé ne vient-il pas de déclarer devant la barre que tous ceux qui ont occupé son poste sont milliardaires ? Nous pouvons ajouter que tous ceux qui lui succéderont à ce poste seront milliardaires parce que le système le permet en le rendant possible tel quel.
  • La question de la durée du mandat pourtant réglée par la CNRI se révèle comme un boulet au pied du Gladiateur, déchainant chaque fois qu’elle est évoquée, des passions à la Dreyfus au pays de Kocc.

Sporadiquement, le Gladiateur fait dire ou laisse dire à des voix très autorisées de son entourage sa préférence pour l’exercice de sa durée légale contre la durée morale à laquelle il s’est engagé avant de décréter l’omerta sur le sujet dès que les choses s’enveniment.

Cette pratique malsaine ne fait que renforcer le doute dans le camp des sceptiques vis-à-vis d’un homme politique phénotypiquement moulé dans un océan de mystères. Souvenons-nous ainsi ! Des faits majeurs de générations politiques distinctes n’ayant apparemment aucun lien affectif ou idéologique entre elles, ont marqué de façon significative les trois années de règne du Gladiateur.

  • C’est d’abord le départ feutré d’un vieux sage à l’aube du quinquennat/septennat pour « convenance personnelle ». A l’époque, beaucoup d’initiés avaient suspecté dans ce divorce par consentement mutuel, un doute raisonnable émis par le partant sur la sincérité du Gladiateur ou sur sa capacité à imprimer les ruptures souhaitées.
  • Vint le tour d’un jeune idéaliste appelé à la cour qui exprima publiquement ses réserves sur les limites morales et techniques du Gladiateur à traduire en actes le programme pour lequel Goorgorlu l’avait choisi ne serait ce que par défaut.

Démission ou défénestration, l’histoire le dira, mais ce fut en tout cas le symbole d’une rupture plutôt fracassante avec une génération de patriotes qui n’avait pas acquis l’humilité du sage ou la capacité d’avaler des couleuvres en espérant des jours meilleurs.

  • Le fauchage brutal mais réglementaire, comme dans un match de calcio florentin du premier chef de gouvernement avec son ministre des finances jugés trop techniques et un peu trop libres, est aussi une pièce importante du puzzle en gestation.
  • Sa remplaçante créditée pourtant très brillante sera répudiée et humiliée après avoir été contrainte à briguer une mairie d’arrondissement là où tous les paramètres sociaux, politiques et sociologiques la donnaient perdante. Son recasement dans les couloirs ressemble plus à un « ndampaay » qu’à un appel à ses compétences.
  • Les scandales révélés au sein de nos forces de sécurité par des voix autorisées et le lynchage médiatique à l’endroit de notre sociologue national bombardé ministre-conseiller (contre un silence qu’il n’a pas su ou pu respecter), et passés pour des épiphénomènes, n’en constituent pas moins des pièces à conviction à verser au dossier.
  • Aujourd’hui, les déclarations d’un vieux briscard chevronné qui a déjà payé un lourd tribut affectif et idéologique (il n’est pas le seul dans son cas) à travers son compagnonnage jugé hérétique, marque un tournant important dans le mode de gestion du Gladiateur. Pour ceux qui le connaissent, ses déclarations publiques ne sont que l’écho audible à partir des couloirs, de propos longtemps tenus et en vain dans les bureaux feutrés du palais.
  • La volonté du Gladiateur ou plus exactement son absence de volonté à discuter d’un programme consensuel avec ses alliés tout en les invitant par personnes interposées à se ranger derrière un écran de fumée et à renoncer à toute ambition est politiquement inacceptable. Nous sommes donc au tournant de l’histoire. Aujourd’hui, le Gladiateur devra faire un choix : Tenir compte des critiques (publiques et privées) et aller dans le sens des orientations indiquées, initier des consultations autour d’un programme consensuel avec des indicateurs objectivement vérifiables pour une éventuelle alliance, ou entamer une procédure de séparation en manifestant plus explicitement son intention de renier les fondements premiers de cette large coalition qui semble se lasser d’avaler des couleuvres.

Mais Ndoumbélaan est cette société officiellement puritaine, moralement, idéologiquement et spirituellement bien charpentée, où les contradictions entre les faits et les gestes, les théories et les pratiques sont une marque de fabrique dont personne ne lui contesterait le brevet.

  • Toutes les fautes (vol, viol, crime, etc.) se rangent au casier des pertes et profits sans choquer personne. Mais mesurons-nous les effets pervers de cette attitude nationale sur l’éducation de nos enfants ? Pour combien de temps sommes-nous encore disposés à cultiver l’impunité, le vice et la démagogie ?
  • Tout laisse croire qu’à Ndoumbélaan les alliances politiques sont considérées comme des ententes mafieuses autour d’une omerta tropicale où les parties et partis engagés ont l’obligation de taire leurs frustrations, de s’abstenir de dénoncer les pratiques qu’ils jugeraient à un moment ou à un autre peu conformes avec leurs idéaux ou attentes.

La virulence de certains propos qui répondent au vieux briscard dénotent comme a eu à le regretter un membre de la coalition, du « manque d’intelligence politique » des partisans du Gladiateur. Beaucoup d’entre eux, trop limités ou peut être trop zélés dans la défense du maitre du jeu, peinent dramatiquement à distinguer la graine de l’ivraie. D’autres ayant toujours manifesté une haine viscérale vis-à-vis de cette coalition perçue comme un obstacle à leurs ambitions de pouvoir, ont trouvé ici l’occasion de réclamer des têtes pour faire place nette aux inconditionnels.

Dans cette atmosphère, les appels encore timides et désordonnés de la gauche ou des gauches de Ndoumbéaan, l’affirmation clairvoyante du vieux briscard qu’aucune formation politique ne saurait gouverner seule, va-t-il sonner le départ d’une recomposition ou d’une reconduction des alliances dans un futur proche ? Pourvu seulement qu’elle se fasse enfin autour de programmes et ou de leaders crédibles capables de traduire en actes les espoirs toujours reportés aux calendes grecques d’une génération qui « en a marre » du « naxee mbaay » institutionnel.

BANDIA, JUIN 2015

evolution

 

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