INVITES

LE JOUR D’APRÈS

stonesPar Bassirou S. NDIAYE

Ceux qui jettent l’anathème sur notre police et nos forces de sécurité sont soit émotifs soit de mauvaise foi. La sécurité nationale, tous démembrements confondus, a admirablement assuré son rôle et prouvé son efficacité en garantissant la sécurité du Gladiateur sans tirer un seul coup de feu sur des « bandes armées manipulées par l’opposition pour porter atteinte à la sureté voire à la vie du Gladiateur ». Outre le sang froid dont elle a fait preuve, la maîtrise du terrain nous rassure dans notre conviction qu’on avait affaire à des professionnels qui détenaient l’ensemble des paramètres pour cette opération. Si on pense aux bavures qui ont coûté la vie à Idrissa Sagna tué à Ziguinchor, à Balla Gaye, au carnage à l’université Gaston Berger de Saint Louis et plus récemment à l’assassinat de Bassirou Faye, dans des situations moins dramatiques, on ne peut que se réjouir des progrès accomplis dans la maîtrise de l’ordre et de la sécurité. Elle avait donc sûrement donné un avis défavorable à cette virée insensée en amont, mais n’avait certainement pas été écoutée. La transformer en bandes de tontons macoutes chasseurs d’adolescents en aval des événements, c’est chercher à la ridiculiser alors qu’elle a donné et prouvé le meilleur d’elle-même avant et durant ces évènements.

L’ajournement ou l’annulation d’un déplacement d’un chef d’état « pour des raisons de sécurité » est un fait banal dans une grande démocratie. C’est même la preuve de la vitalité d’un état qui fonctionne et dont les composantes se soumettent aux articulations qui fondent sa dynamique. Ce n’est donc ni par faiblesse ni par peur que les chefs d’états les plus puissants du monde se plient à ces exigences. Les menaces vitales maîtrisées, un homme d’état doit savoir après tout, faire face aux immanquables anecdotes comme les jets de tomates, de pierres, d’œufs pourris et de tartrage qui n’ont pas épargné même le pape Jean Paul II en tournée dans la partie la plus catholique du monde. Jouer à la loi du talion en utilisant les ressources de la Nation contre des citoyens ne grandit pas un homme d’Etat.

Parce qu’il ne peut faire l’unanimité autour de lui, chaque responsable politique recevra donc entre d’enivrants bains de foules et de solennels hommages diplomatiques de partisans ou d’obligés :

  • Les trop-pleins de Goorgorlu, las d’attendre la solution à son unique doléance quelques années après jeté sa carte d’électeur contre des promesses encore non tenues ;
  • La fougue de jeunes qui en ont marre des parades et du folklore avec leur poids financier qui contraste avec la morosité et la monotonie d’une vie d’oisiveté.
  • Les humeurs citoyennes y compris celles circonstancielles de ses partisans mêmes, avec qui il partage un idéal commun et un compagnonnage pas toujours linéaire.

En refusant d’écouter et de se conformer aux recommandations de ses services de sécurité, le Gladiateur viole la loi. Mais le Gladiateur est un multirécidiviste qui ne se gêne pas pour violer la loi. C’est bien lui qui avait forcé la porte d’entrée d’un bureau de vote en bousculant un pauvre sahélien qui ne faisait que faire respecter l’ordre. N’est-ce pas lui qui avait signé les accords issus des Assises Nationales pour déclarer plus tard « faire ce qu’il veut » des conclusions d’une commission nationale (CNRI) à qui il avait confié des pouvoirs d’élaboration d’une synthèse opérationnelle consensuelle ? On ne peut s’étonner alors que de le voir se soumettre à partir de sa station actuelle, aux recommandations d’un service. Parce que c’est lui « seul qui décide », sic. Maintenant il reste à gérer les lendemains de ces malheureux événements, faire les comptes du jour d’après.

Les citoyens de Ndoumbélaan sont tous d’accords que de pareils événements ne devraient plus se reproduire. Ce qui les divise, c’est comment y parvenir. Certains s’en remettent à la clémence du Gladiateur en reconnaissant que nos enfants sont peut être allés trop loin. D’autres moins catégoriques condamnent les deux parties.

Les partisans du Gladiateur et l’opposition ont quant à eux, une lecture politicienne complètement en déphasage avec les réalités.

Des faucons autour du Gladiateur, humiliés ou soucieux de conserver des avantages, que leur confère plus leur proximité avec le Maître du jeu que leurs compétences intrinsèques, croient devoir faire pacifier le royaume en instaurant un climat de terreur contre ceux qui s’opposent au nouvel ordre social qui est le leur. Mais l’Université n’est qu’un passage éphémère dans la vie d’un citoyen. Prétendre dompter l’espace universitaire en « réprimant de la manière la plus lourde » les auteurs prétendus de la casse, ne peut avoir aucune portée sur les générations à venir. Porteurs généreux des idées d’un monde plus juste, le souci premier des nouveaux arrivants sera toujours d’élever à leurs manières le flambeau de la contestation, et peut être de la violence attachée à des certitudes que légitiment le temps et l’espace dans lesquels ils baignent. Soixante-huitards, quatre-vingt-huitards et deux mille-douzards, nous appartenons tous à des degrés divers à des générations de lanceurs de pierres et de cocktails Molotov. Et ceci n’a jamais valu une cour d’assise ou une cour martiale à un étudiant. Le caillassage du cortège de l’Empereur déchu dans le fief même du Gladiateur n’a été classé à l’époque que dans la rubrique des faits divers.

La position ambiguë de l’Opposition qui consiste à nier tout lien avec les étudiants tout en revendiquant les faits comme la réponse contre celui qui a mis en prison le plus grand prédateur de deniers publics de Ndoumbélaan, brouille un peu plus les repères. Les conseillers du Gladiateur feraient bien de déceler ce piège dont le but est de favoriser la jonction entre des parties dont les mots et les maux ne désignent manifestement pas les mêmes choses.

Puisse donc la raison prévaloir pour un mauvais arrangement toujours préférable à un bon procès ! En tout cas c’est là, l’avis de Goorgorlu qui n’a rien à gagner dans la prolongation de ce match sans objet et sans enjeu pour lui et les siens.

BANDIA, AOUT 2015.

the day after

 

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