INVITES

LA GAUCHE HISTORIQUE EST LA PLUS APTE A APPLIQUER LES CONCLUSIONS DES ASSISES NATIONALES

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Par Diagne Fodé Roland

L’interpellation de la CDS France et la résolution de Yoonu Askan Wi qui invitent la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme (CDS) à s’engager pour une candidature et une liste de gauche à la présidentielle et aux législatives 2017/19 les interrogations cachant mal l’espoir et le doute suscité par cette option salutaire fusent de partout: les partis de la gauche historique antilibéraux, anti-impérialistes et révolutionnaires réussiront-ils à se mettre d’accord ? Certains vont même jusqu’à pointer ce qu’ils appellent les « contradictions » de la CDS dont certains membres sont au pouvoir et d’autres hors du pouvoir. D’autres pris de panique se précipitent pour en appeler au soutien à l’actuel président alors que certains attendent que le PS annoncent son candidat pour se positionner. Tous allèguent ou vont alléguer qu’il faut un candidat des Assises Nationales. Mais la candidature de gauche est-elle incompatible ou antinomique avec l’engagement d’appliquer les conclusions, toutes, les conclusions des Assises Nationales ? Telle est la question fondamentale et que nous apprennent les faits à ce propos.

L’on se souvient qu’en 2012, PS et AFP, tous signataires des Assises Nationales, se sont divisés sur la question de la candidature unique dans Benno Siggil Senegal (BSS). En effet il était d’une prévisibilité mathématique que le contentieux entre les sociaux-démocrates libéraux du PS et de l’AFP rendait alors quasi impossible la candidature unique. Le PS considérant que l’alternance nécessaire après 40 de pouvoir en 2000 résultait de la « trahison » de Moustapha Niasse et l’AFP, lesquel en retour considéraient inacceptable un retour du PS aux affaires. Misant certainement sur cette impossible unité, le troisième larron Macky Sall et l’APR ont remporté la mise (peut être même avec un coup de pouce de A. Wade préférant son ex-poulain aux « revanchards » PS et de l’AFP) en se plaçant second du premier tour.

Le reste n’étant plus qu’une affaire réglée d’avance « d’engagement sur les conclusions des Assises Nationales » de simple convenance entre les deux tours, car la tâche décisive était: tout faire pour débarrasser le Sénégal de la menace réelle du despotisme monarchiste incarné par A. Wade et le PDS devenus milliardaires en vertue des biens mal acquis.

Que constatent les Sénégalais depuis qu’ils, qu’elles ont opéré de haute lutte deux alternances libérales en 2000 puis en 2012 ? Force est de convenir que le peuple a changé par son vote les hommes, les partis au pouvoir, mais le programme libéral néo-colonial se poursuit dont les manifestations actuelles peuvent être résumées ainsi : – La léthargie et l’inertie de BSS dont les engagements initiaux sont de fait ainsi abandonnés; – La paralysie et l’activation de BBY selon le calendrier électoraliste du président de la république; – La signature avec des « réserves » des conclusions des Assises Nationales par l’actuel président de la république et sa volonté affichée de ne pas faire porter le prochain référendum, s’il était organisé, sur l’avant-projet de la CNRI; – Les graves décisions du président de soutenir de fait l’ingérence et l’agression de l’Arabie Saoudite contre le Yémen et de signer les Accords de Partenariat Economique (APE) imposés par l’UE qui vont aggraver le sous-développement néocolonial du pays; – L’intégration de fait de l’actuel président dans le sérail des réseaux françafricains, eurafricains, usafricains – La mutation du programme du « yoonu yokouté » en « programme du Sénégal émergent »(PSE) qui renforce la dépendance du pays et sa soumission aux diktats libéraux des institutions de Bretton Woods et de l’OMC auquel nous opposons le « programme du Sénégal indépendant » (PSI); – le passage précipité et au forceps à l’Acte 3 de la décentralisation à travers l’adoption par l’Assemblée nationale de la Loi n° 2013-10 du 28 décembre 2013 portant Code général des Collectivités locales, contrairement à la démarche de large concertation annoncée par le Président de la République et le manque de moyens qui en découle pour celles-ci; – L’exécution du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) sans concertation ni avis avec BBY ou BSS confiée au PNUD au détriment de notre souveraineté nationale et des nationaux capables d’exécuter correctement un tel programme, avec toute la compétence, l’expertise, l’expérience et le sérieux requis pour la réussite de tout projet de développement endogène et durable; – La campagne agricole 2014-2015 dont les chiffres officiels indiquent par exemple seulement 278 000 tonnes d’arachide collectées pour une capacité globale de trituration de 400 000 tonnes par la seule SUNEOR, l’insuffisance de semences et intrants en quantité et qualité, le bradage des récoltes et du cheptel qui en découle en raison de prix trop bas qui appauvrissent les paysans et éleveurs dans la continuité des « nouvelles politiques agricoles » libérales des années 80 dictées par le FMI et la Banque Mondiale; – La poursuite des accaparements des terres des paysans et villageois comme à Ndiael, à Fanaye, à Fass Ngom, etc  pour la production de biocarburants; – La crise scolaire qui n’en finit pas avec un calendrier d’apprentissage scolaire insuffisant et des résultats d’examens catastrophiques qui hypothèquent l’avenir de notre jeunesse; – Des travailleurs qui restent des mois sans salaires, des licenciés dont les indemnités demeurent impayées, des privatisations sans investissements assurés par les patrons étrangers bénéficiaires; – Le retour des coupures de courant et d’eau; – La continuité des mœurs politiques contre lesquelles les citoyens sénégalais s’étaient mobilisés, l’anti démocratisme, le clientélisme politique, l’utilisation des institutions et moyens de l’état au service du chef de l’état, son parti, d’une gouvernance qui risque de favoriser le retour de l’opposition libérale monarchiste au pouvoir et de jet un discrédit sur toute la classe politique; – Le maintien d’une stratégie de la bipolarisation politique entre libéraux et sociaux libéraux afin d’empêcher l’émergence d’une alternative crédible antilibérale, anti-impérialiste et d’option panafricaine.

Face à un tel bilan désastreux sur lequel surfe de plus en plus A. Wade et le PDS en attendant que le PS ne l’y rejoigne avec l’objectif de revenir au pouvoir, QUI mieux que la CDS a la légitimité de poser la question décisive qu’elle est SEULE à même d’assurer avec garantie l’application des conclusions des Assises Nationales parce que c’est justement son programme minimum, étape indispensable pour envisager d’aller vers son programme maximum à élaborer ?

Tel est le sens profond et la volonté du positionnement d’avant-garde de la candidature et de la liste de la gauche historique aux prochaines échéances électorales de 2017/19.

Il s’agit ici de poser l’acte d’indépendance politique de la gauche historique face aux camps libéraux (PDS, APR, REEWMI, etc) et sociaux libéraux (PS, AFP, etc) qui gouvernent successivement le Sénégal indépendant depuis 1960.

La CDS, fondée les 21 et 22 février dernier, est une étape vers cet objectif d’indépendance politique qui appelle comme seconde étape la candidature présidentielle et législatives propres en 2017/19 de la gauche historique regroupée en son sein.

La CDS a le droit ainsi que chacune de ses composantes de réclamer et disputer à quiconque la légitimité de la prise en charge et l’application concrète des conclusions des Assises Nationales et ce d’autant plus que c’est l’évidence même qu’aucune autre force libérale et social-libérale ne le fera réellement. Elle ont déjà largement prouvé au pouvoir que « les promesses n’engagent que ceux et celles qui y croient ».

L’option de « conquête démocratique du pouvoir » inscrite dans le document d’orientation de la CDS implique justement qu’elle se soumette avec son programme électoral dont les conclusions des Assises Nationales au suffrage du peuple.

La CDS doit rompre avec le syndrome du « petit » qui se satisfait du rôle de « tombeur de roi » et « faiseur de roi », qui certes aura été d’une utilité certaine dans l’histoire politique du Sénégal pour juguler et empêcher les dangers de régression anti-démocratique.

La CDS doit s’inspirer de la radicalité offensive dont a fait montre la jeunesse le 23 juin 2011 en se réaffirmant comme l’alternative dont le pays et le peuple ont besoin pour en finir avec les ornières de la mal gouvernance, des biens mal acquis, de la corruption, du sous développement et de la servilité à l’impérialisme.

Voilà pourquoi il n’y a pas et ne peut avoir de « muraille de chine » infranchissable entre application des « conclusions des Assises Nationales » et « transformation sociale » par la prise en charge du patriotisme économique dans une optique panafricaine et révolutionnaire.

Fait le 14 septembre 2015

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