A PROPOS DE LA CANDIDATURE DE GAUCHE AUX ELECTIONS DE 2017

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Elections présidentielle et législatives à venir : La candidature de la gauche sénégalaise dans la Confédération pour le Socialismes et la Démocratie est-elle arrivée à maturité ?

Par Guy Marius Sagna

« Amener Yoonu Askan Wi et inviter la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme à porter résolument ensemble la candidature autonome de la gauche aux prochaines élections présidentielles et législatives, en présentant un(e) candidat(e) à la présidentielle et une liste aux législatives ; à promouvoir de façon concertée la mise en place d’un large front d’unité populaire et citoyenne, comme cadre d’alliance initié par la gauche en direction des forces réellement acquises aux conclusions des Assises nationales, cadre d’alliance fondé sur l’appropriation et l’application desdites Conclusions selon une orientation de gauche, la soumission au peuple d’un référendum pour l’adoption de l’Avant-projet de Constitution élaboré parla CNRI. »[1]. Conclusion d’un bilan des trois années de la deuxième alternance, cette candidature des forces de gauche en accord sans réserve avec les conclusions des Assises Nationales et de l’Avant-projet de constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI), des forces et personnalités nationalistes, patriotiques, anti impérialistes, communistes…est loin des vétilles, au vu des enjeux contenus dans certaines réactions et qui cachent mal une volonté de livrer le peuple et la gauche dans la CDS à cette partie de la classe politique qui est de par ses options anti nationales, libérales et arrimées au capitalisme international, la responsable du sous-développement et de ses conséquences tragiques sur le peuple sénégalais. Les trois années de la deuxième alternance au Sénégal ont été marquées par « Le contournement par le régime du Président SALL de la transition de trois ans 2012-2015 retenue, en amont des élections, par Bennoo Siggil Senegaal avant son éclatement et comportant la prise en charge des tâches urgentes suivantes : la réforme des institutions, l’assainissement des finances  publiques, le programme économique et social prioritaire, le retour de la paix en Casamance ;Des décisions unilatérales prises sans concertation sérieuse avec les forces démocratiques, notamment la substitution de fait du PSE aux conclusions des Assises nationales, le passage précipité et au forceps à l’Acte III de la décentralisation, la signature des Accords de Partenariat Economique imposés par l’Union Européenne, l’implication de nos soldats dans la guerre injuste de l’Arabie saoudite contre le Yémen;».[2] L’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie nous informe en date du 01 septembre 2015 qu’en 2014 les exportations du Sénégal se sont hissées à 1.206,1 milliards de F CFA contre1.173,1 milliards en 2013 soit une hausse de 2,8%. Les importations se sont élevées à 2.961,2 milliards de FCFA en2014 contre 2.963,7 milliards en 2013Les achats extérieurs du Sénégal en provenance de l’Europe ont atteint 1.545,1 milliards de FCFA en 2014 contre1.419,7 milliards en 2013 soit une progression de 8,8%La balance commerciale est toujours déficitaire avec un solde établi à -1755,2 milliards de FCFA en 2014 contre-1790,6 milliards en 2013. Notre système éducatif est marqué par les taux d’échec de 62,03 au Cfee, 57,8 au Bfem et 68,7 au bac en 2015. Ce qui a fait dire au ministre de l’éducation nationale que « l’école du Sénégal est une fabrique d’échecs ».L’enseignement privé est passé de 13% à 23% des effectifs en 13 ans. « Nous sommes rattrapés par les recrutements à moindre frais » a dit l’inspecteur d’académie de Dakar. En effet, la durée de la formation des enseignants est passée de 4 années dans les écoles normales régionales (instituteurs)ou 2 années à l’école normale supérieure (ENS) à 15 jours (1995-1997), 03 mois à partir de 1998, puis 06 mois à partir de 2006 et maintenant (2015) à 9 mois. Ne parlons pas des quotas dits sécuritaires. A cela il faut ajouter aussi le faible taux de pré scolarisation, le Projet zéro redoublement, les plus de6.622 abris provisoires à travers le Sénégal, l’imposition de ne consacrer que1,47% du PIB à la recherche et à la formation, la gouvernance anti démocratique des deniers publics…pour comprendre les causes de cette crise. Mais a-t-on entendu le PS faire son autocritique sur l’application des diktats du FMI et de la BM dans le domaine de l’éducation ? L’APR continue d’ignorer royalement les animateurs polyvalents des cases des tout-petits dont les sacrifices ont élevé le taux brut de pré scolarisation. Et malgré la restitution par Yoonu Askan Wi, il y a un an d’une enveloppe d’un million de FCFA reçu du palais, Macky Sall poursuit sa gestion parasitaire des ressources du contribuable. Le fait que la crise dans le secteur de l’éducation et de l’enseignement soit la conséquence des politiques encore imposées par l’impérialisme appelé par euphémisme « partenaires techniques et financiers » n’empêche pas le régime de la deuxième alternance de poursuivre la politique de livraison de notre peuple à la Banque Mondiale. La limitation des recrutements d’agents de la santé, d’enseignants…une plus grande privatisation de nos universités, la suppression de la subvention de l’électricité sont entre autres les derniers diktats de la Banque Mondiale acceptés par la deuxième alternance contre une prime à la soumission de 30 milliards de FCFA alloués le 23 juillet 2015. Et pourtant notre pays à un gap de 4.000sages femmes qui contribue au fait que seuls 59% des accouchements son assistés par un personnel médical qualifié. Résultats, 33.000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année au Sénégal. Le programme national de bourse de sécurité familiale, une « des gouttes d’eau dans la mer des équations et aspirations populaires, au vu de l’ampleur et de la profondeur des difficultés et défis de toutes sortes. »[3], est en réalité un programme national de renforcement de la clientèle politique de l’APR qui va impacter négativement sur la Couverture Maladie Universelle. La gouvernance sanitaire mondiale, autre nom de la communauté internationale qui bombarde en Libye et en Syrie, définit pour nous les priorités sanitaires. Conséquence, par exemple les hépatites plus meurtrières que le VIH, le paludisme…ne reçoivent que 30 millions par an du budget de l’Etat. La faiblesse des ressources dont dispose l’Etat est telle que, sans faire le lien avec l’impérialisme, des faucons de l’APR sont obligés de s’émouvoir du 1% du budget de l’éducation consacré à l’alphabétisation et à la promotion des langues nationales dans un pays avec54,6% de taux d’analphabétisme. C’est pareil dans l’agriculture où cette année, 13.000 semoirs, 1040 houes occidentales et 650 houes sine subventionnées ont été cédés aux paysans d’un pays de plus de 12.000 villages. Résultat, l’Etat et les ONG distribuent depuis des semaines des bons d’aides à nos concitoyens entre 1 million et 1,5 million qui sont dans une situation d’insécurité alimentaire en 2015. Ne parlons pas des conséquences en termes de crise migratoire. C’est pareil à Fatick où le conseil interministériel tenu le 21 juillet 2015 a estimé les besoins de la région en termes de développement à 248 milliards de FCFA. Le ministère de l’économie et des finances a évalué les besoins à 175 milliards de FCFA. Le président de la république a finalement arrêté à 246,647 milliards de francs le montant au sortir du conseil des ministres décentralisé tenu à Fatick le 22 juillet 2105.Pareil à Sédhiou, où les besoins d’investissement sont été estimés à 856 milliards de F CFA. Le président a fait une rallonge de13 milliards aux 187 milliards budgétisés par le conseil interministériel la veille. Le Parti Socialiste, qui a bradé la SONATEL entre autres sociétés nationales, en évaluant l’Acte III de la décentralisation dit que le problème fondamental est le manque de moyens financiers. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où les exonérations douanières et fiscales pour les conventions minières déjà signées, faisaient à peu près, 400 milliards FCFA alors que l’Etat ne recevait que 40 milliards FCFA ? Comment pourrait-il en être autrement dans un pays où l’on rêve de faire passer, à travers un nouveau code minier, le pillage de nos ressources minières de 97 à 95% ? Comment pourrait-il en être autrement dans un pays pillé par l’impérialisme et la bourgeoisie bureaucratique qui a été à la tête du Sénégal ?En Avril 2015, il est rappelé qu’il était prévu, pour faire face à l’érosion côtière, la construction de 9 brise-lames pour un coût global de 3 milliards de F CFA, alors que les fonds disponibles n’étaient que de 900 millions de FCFA. Conséquences cinq mois après Thiaroye, Hann, Rufisque…sinistrés. C’est cela la tragédie quotidienne de notre peuple du fait de l’application de politiques antis nationales. La deuxième alternance veut aggraver ce drame permanent par la signature sous-développante des Accords de Partenariat Economique imposés par l’Union Européenne (UE). « Pour un pays en panne de croissance et d’emplois, c’est un véritable suicide que de signer un tel accord.

Comment après tout cela, le Chef de l’Etat du Sénégal, porté, par ses pairs, à la tête de la Commission des négociations des APE, est-il arrivé à recommander leur signature, que les Chefs d’Etat de la CEDEAO viennent d’approuver, tout en le félicitant , comme s’ils voulaient lui faire bien porter la paternité de cette forfaiture de dimension africaine ?

Quel crédit, après cette signature, peut on encore accordé à son « Programme Sénégal Emergent », pour un pays que la DPEE présente, dans son étude, comme «un pays importateur net de biens et de services, avec une balance commerciale structurellement déficitaire de 21, 8% de son PIB en moyenne de 2002 à 2011 » ?

Mieux, l’Agence Nationale des Statistiques et de la Démographie (ANSD) a montré, dans les statistiques du Commerce extérieur du Sénégal en 2013, que nos exportations n’étaient orientées vers l’Union Européenne et la France que pour14,8% et 4,3%, malgré son statut de PMA qui lui fait bénéficier d’une exonération totale de taxes sur ses exportations, et malgré son appartenance à la Zone Euro, où il n’a pas de contraintes de taux de change.

Par contre, les importations du Sénégal venant de ces pays sont respectivement40,9% et 17,7%.

Le poids de l’Union Européenne et de la France dans le déficit commercial de notre pays, est si énorme, qu’il n’est aucunement raisonnable de l’aggraver par un nouveau Traité qui leur ouvre (Sic) davantage notre marché national, sans pour autant augmenter les facilitations d’accès à leurs marchés. » [4].Quelle est la position des Assises Nationales sur l’APE ? Selon que vous demanderez au PS ou à l’AFP d’une part et au RND et à Taaru Sénégal Taaru Afrique/mouvement pour le socialisme autogestionnaire d’autre part les Assises nationales seront d’accord ou contre l’APE. C’est cela qui justifie la prise en charge des conclusions des Assises Nationales selon une orientation de gauche. L’anti impérialisme, c’est-à-dire la lutte de libération nationale et  l’antilibéralisme sont d’actualité et ils devront être au cœur du débat lors des prochaines élections présidentielles et législatives en complément des conclusions des Assises Nationales et des travaux de la CNRI. Le PS, l’AFP et l’APR ont largement démontré leur incapacité en ce qui concerne l’application des dites conclusions. Limiter la question de la tactique lors des prochaines élections présidentielles aux seules Assises Nationales est une manière de soumettre la CDS à Macky Sall ou à un candidat issu du PS si ce n’est le PS. Quand certains déclarent que la CDS devrait déterminer sa tactique pour les prochaines élections en mars 2016 (trois mois avant les élections législatives) ils dévoilent leur volonté de museler le plus longtemps possible la CDS et ses membres afin qu’il n’ait plus comme choix que le boycott ou le soutien. Ce débat a lieu dans un contexte marqué par plusieurs éléments de ce même débat en anticipation ou en réaction à celles et ceux qui veulent des candidatures autonomes des candidatures milliardaires. La soumission de Niasse et de l’AFP, candidat de Benno Siggil Senegal lors de la dernière présidentielle, à Macky Sall pour la prochaine élection présidentielle ; la création de Avenir Sénégal bi nu beug par certains acteurs des Assises Nationales (en opposition avec tout ou partie de la classe politique) ; le débat sur la candidature interne au PS qui propose une plateforme au Forum Social Sénégalais ; la banderole de Amath Camara et de Mansour Sy, respectivement directeur de cabinet et ministre du travail, à Thiès sur laquelle on pouvait lire : « PIT-Sénégal travaille pour un Benno Bok Yakaar uni et solidaire derrière le président Macky Sall pour un second mandat » ;la convocation du SEP de BBY et l’annonce de sa structuration…entre autres éléments. Le 02 septembre 2015, en réaction à la banderole de Thiès, le secrétariat du Comité Central du PIT rend public un communiqué. « (…) le Parti de l’Indépendance et du Travail, en tant que parti souverain, se détermine librement y compris face à un tel enjeu. A cet égard, aucune autre organisation politique, quelle que soit sa proximité d’avec le PIT, ne peut lui dicter la conduite à tenir. Par ailleurs, et il faut le rappeler, le PIT dispose d’instances régulières .Celles-ci se réunissent et arrêtent les décisions qui engagent le Parti. (…) Au total et pour que nul n’en ignore, le Parti de l’Indépendance et du Travail est en pleine élaboration collective, autrement dit, en plein travail de préparation de son congrès. Ce temps fort dans la vie du Parti sera mis à profit pour évaluer les pas franchis, les choix électoraux du Parti, son mode d’organisation, sa communication, bref la totalité de son action. »Vingt-trois jours avant le secrétariat du Comité Central du PIT, c’est exactement ce que le Conseil Général de Yoonu Askan Wi, tenu les 8 et 9 Août 2015, rend public sa résolution dont le point 8suscite plusieurs réactions dont certaines crient « haro sur le baudet ».En réalité, il n’est pas question de cette organisation politique qui en l’article 3 de ses statuts déclare que« la durée de Yoonu Askan Wi est illimitée. Toutefois, dès que les conditions seront réunies, le mouvement s’engage à se dissoudre dans un grand parti unitaire de gauche poursuivant les mêmes buts » et dont l’article 11 de son règlement intérieur liste entre autres délégués généraux et nationaux, « un(e) délégué(e) nationale(e) chargé(e) de l’orientation et de l’unification de la gauche ». Les tentatives de mousser le chauvinisme de parti afin de dresser des fractions de la gauche dans la CDS contre d’autres fractions de notre famille politique en tentant de faire croire que c’est la« stratégie de large rassemblement »,la « stratégie de casser la bipolarisation politique »…des  différentes organisations membres de la CDS qui sont critiquées d’une part et que travailler à une candidature de la gauche dans la CDS isole la gauche dans la CDS des autres fractions du peuple acquise aux Assises Nationales et à l’idée de libération nationale sont stériles et vaines. La CDS se prononcera en toute indépendance. Il en est de même pour chacune de ses composantes qui grâce à l’édification d’un consensus pourront déboucher sur un consensus ou la constatation de divergences qui remettront aux élections de 2022 l’éventualité d’avoir un candidat et une liste de gauche. Il convient aussi de rappeler que la CDS ne saurait être soumise, dans la définition d’une tactique électorale, aux Assises Nationales quine sont pas un cadre pour les élections, mais un consensus national de référence programmatique minimum pour la Gauche dans la CDS. Et dans cette perspective la gauche dans la CDS n’a pas moins de légitimité que d’autres familles politiques ou d’acteurs pour présenter une candidature et une liste. La diversion de l’invocation des autres acteurs des Assises Nationales pour museler la gauche dans la CDS et cacher le vrai choix similaire à celui des Amath Camara de Thiès qui consiste à livrer le peuple et la gauche dans la CDS pieds et poings liés à Macky et au PS, ne passera pas.

Guy Marius Sagna

Fait à Dakar, le 28 septembre 2015

[1]-Résolution finale 7ème session ordinaire du Conseil Général de Yoonu Askan Wi

[2]-Idem

[3]-Idem[4]-Ibrahima Sène, CEDEAO et signature APE, 13 juillet 2014

 

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