UNIVERSITÉ D’ÉTÉ DU PS: DISCOURS D’OUSMANE TANOR DIENG

OTD

  « Chers Camarades, chers compatriotes,

Notre université d’été s’ouvre dans un contexte marqué, au plan national et international, par des événements qui confirment hélas la morosité et la dangérosité de notre époque, en dépit de quelques embellies.

 Ici au Sénégal, comme très souvent dans la vie, la joie que procurent un succès aussi éclatant que celui de nos braves Lions du football aux Jeux africains de Brazzaville et la belle victoire de nos vaillantes Lionnes au Championnat d’Afrique de basket-ball de Yaoundé, est atténuée par le bilan macabre de la tragédie de Mina, lors du dernier Hajj. Mes pensées vont naturellement aux victimes sénégalaises de ce drame sans précédent et je voudrais vous inviter, chers camarades, à observer un moment de prières pour toutes ces femmes et hommes qui ont perdu la vie sur le chemin de la foi.

 Ailleurs, trop de tragédies, trop de tensions, trop de conflits compromettent les chances de voir advenir un monde meilleur, un monde de paix. Au Moyen Orient, en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Nigéria, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, au Cameroun, en République Centrafricaine et dans bien d’autres zones du monde, la guerre civile, le terrorisme, les conflits électoraux  jettent les uns contre les autres, et tous contre des populations civiles victimes d’illuminés fanatiques agissant au nom de la religion, d’ambitions de leurs élites ou d’injustices que la communauté internationale peine à corriger. A ces guerres et tensions, viennent se greffer la persistance et l’aggravation de la question migratoire, la ruée vers l’Europe de populations que la pauvreté ou la violence dans leurs pays d’origine jette sur les routes et les océans à la recherche de havre de paix, de prospérité et de sécurité.

 Mes chers camarades,

 Les défis de notre époque soulignent l’impérieuse nécessité de repositionner les partis politiques au cœur de la vie sociale en renforçant le lien de confiance avec les citoyens. Pour ce faire, les formations politiques doivent penser des solutions durables qui permettent d’engager leur nation sur une trajectoire de réussite. Le parti socialiste sénégalais a toujours inscrit sa démarche dans cette dynamique. Portant nécessairement sur plusieurs axes, cette démarche consiste à identifier et à mettre l’accent   sur les défis sociaux, économiques et politiques auxquels le Sénégal et, dans une perspective plus large, l’Afrique se trouvent confrontés. Notre projet de société, notre doctrine, le socialisme démocratique et l’internationalisme auquel il est consubstantiellement lié, nous commandent d’inscrire nos politiques dans une perspective d’intégration africaine.

 Comme le disait le Président Poète Léopold Sédar SENGHOR parlant de l’unité africaine « Il est temps de bâtir sur notre terre : sur nos réalités. Ce qui suppose que nous commencions par rejeter tout fanatisme racial, linguistique, religieux. Alors, mais alors seulement, nous pourrons définir notre but, lucidement. Le but que nous devons assigner à notre projet (…) ne peut être que (…) le développement par la croissance économique. Je dis le développement. J’entends par là, la valorisation de chaque Africain et de tous les Africains ensemble ».

 L’actualité de cette pensée et les considérations précédentes justifient le choix du thème de l’université d’été, « le PS face aux défis politiques, économiques et sociaux  au Sénégal et en Afrique».

 En choisissant ce thème autour duquel nous allons mener deux journées d’échanges, plus d’un an après notre congrès ordinaire, placé sous des auspices comparables, le parti socialiste, à l’écoute des pulsions du monde, entend explorer les ressorts qui unissent l’action et la réflexion, l’expérience et la théorie, en vue d’apporter sa contribution au débat national et de poursuivre l’élaboration et l’approfondissement de son projet de société. C’était hier la vocation de nos conseils nationaux, institués par le Président SENGHOR, et au cours desquels le Parti jetait un regard critique sur la politique du Gouvernement, C’est la aujourd’hui celle de l’université d’été qui reste un laboratoire d’idées et une plateforme d’échange et de formation, un espace de lecture et d’appréciation de l’actualité nationale et internationale.

 Le thème de notre université d’été, il faut le rappeler, reprend et vise à approfondir celui du 15ème congrès du parti et nous offre à plus d’un titre, l’opportunité de débattre d’une manière transversale des évolutions de notre société de 1960 à nos jours et d’analyser les défis actuels. A ce titre, le Parti Socialiste, qui s’honore de capitaliser une expérience de parti de gouvernement et de parti passé du pouvoir à l’opposition, est fondé à conduire une réflexion sur les défis actuels, en vue de proposer une offre politique capable d’impulser un Nouvel Elan dans l’optique d’un développement durable.

 Les axes majeurs de cette offre seront articulés autour de la doctrine du PS qui place la justice sociale, le développement durable, la solidarité, la démocratie et les valeurs républicaines au cœur de ses préoccupations et qui œuvre très activement, pour la réalisation d’une intégration politique effective des peuples africains.

 Nous avons fait le choix de conduire cette réflexion, sous l’éclairage des principes d’orientation   contenus dans le concept « REPUBLIQUE DES VALEURS » et dans les Conclusions des Assises Nationales. Ces principes et ces orientations nous paraissent être aptes à placer le Sénégal sur une trajectoire devant aboutir à la construction d’une Nation unie, démocratique et émergente.

 Sous ce rapport, le thème de notre université d’été 2015 est une exhortation à prendre la mesure des défis et à considérer avec objectivité l’expérience en cours dans notre pays,   avec cette deuxième alternance. Il nous engage à demeurer fidèles à nos valeurs et à nos principes, seul moyen d’avoir la confiance des Sénégalais pour mettre en œuvre notre projet de société enrichi par la prise en compte des nouvelles connaissances et des acquis démocratiques.

 Chers camarades, chers compatriotes,

 Ces deux journées ne peuvent permettre d’épuiser la réflexion sur le thème de notre université d’été. Il s’agit essentiellement d’une recherche patiente, argumentée et documentée de propositions qui permettront au bureau politique, au comité central et, le moment venu, au congrès, d’en faire des éléments dynamiques de formulation de politiques et de programmes au service de notre pays, dans une perspective d’intégration africaine, sans laquelle notre ambition, pour le continent et ses peuples risque de demeurer lettre morte.

 Notre pays a enregistré en 2012, avec l’arrivée du Président Macky SALL à la tête de l’exécutif, de nouvelles orientations politiques, économiques et sociales qui ont été formulées pour prendre en compte les nombreuses insuffisances notées dans la gestion du régime libéral de Abdoulaye WADE.

 L’action gouvernementale porte la marque de réalisations tangibles et de perspectives prometteuses qu’il convient de reconnaître et d’encourager sans pour autant perdre de vue que les attentes de nos compatriotes sont multiples et légitimes et que des défis inhérents au contexte national, régional et international demeurent et qu’il faut les avoir à l’esprit, les analyser et, si possible, anticiper sur leurs conséquences prévisibles.

 Parmi ces défis, il y a bien sur celui de la gouvernance. La première de nos tâches en tant que socialistes, c’est de faire partager l’idée que pour relever ce défi, il faut s’adosser sur un nouveau cadre institutionnel porté par de nouveaux instruments qui doivent marquer une véritable rupture. Cette rupture que nous tirons de nos expériences passées est un défi de gouvernance, celui de la capacité de notre pays à se doter d’institutions légitimes et crédibles pour assurer l’ancrage irréversible de notre pays dans la République.

 En terme d’objectifs, il s’agit de se doter de règles et de modes de gouvernance acceptés, partagés et respectés par tous les acteurs de la vie nationale. Il s’agit là d’un enjeu considérable du prochain référendum sur les réformes institutionnelles, référendum qui permettra à notre pays de se doter d’une Constitution qui, à défaut d’être intemporelle, va asseoir les bases d’un consensus durable sur nos institutions.

En droite ligne de ces réformes institutionnelles, il nous faut  faire plus d’efforts dans la lutte contre la corruption et le gaspillage des ressources publiques et pour la promotion de la bonne gouvernance et engager une réflexion sur notre système politique qui, à bien des égards, semble s’être essoufflé. Cette réflexion concerne aussi bien les partis politiques et leur nombre, le mode de scrutin que le financement des partis politiques et des campagnes électorales, toutes questions qui, comme chacun le sait, contribuent à l’approfondissement de la démocratie et à la moralisation de la vie publique.

 La démocratie reste aux yeux des socialistes sénégalais que nous sommes un combat qui est loin d’être achevé, ni gagné. Notre doctrine, le socialisme démocratique,   nous fait adhérer à la recherche et à l’instauration d’un modèle de gouvernance démocratique intégrant les droits et libertés fondamentales des individus.

Une telle ambition, pour atteindre ses objectifs, suppose que le citoyen soit impliqué dans les processus décisionnels au niveau politique, économique et social. Cela signifie, pour nous socialistes,  que nous devons encourager dans notre offre politique,  toutes les démarches participatives conférant au citoyen un rôle accru dans la défense et la jouissance de ses droits.

L’on voit du même coup combien il est nécessaire d’accorder à l’éducation et à la formation du jeune citoyen, à la compréhension et à la pratique des valeurs  républicaines, toute la place qui leur revient, condition incontournable pour atteindre les objectifs de développement durable.

C’est en nous fondant sur ces facteurs que notre conception d’un Etat régulateur, soucieux d’assumer ses prérogatives régaliennes, reste compatible, avec l’approfondissement de la démocratie, par divers moyens institutionnels, notamment au moyen de réformes conçues et appliquées, dans une démarche participative et inclusive, privilégiant la mise en œuvre de politiques publiques émancipatrices, pour les collectivités locales et les acteurs qui les animent.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’esprit de l’acte III de la décentralisation, dernier maillon d’une longue chaine d’initiatives politiques, de 1960 à nos jours, destinées à parfaire et à approfondir la gouvernance locale notamment, par le biais du principe inscrit dans notre constitution : la libre administration des collectivités, c’est à dire le pouvoir et la responsabilité de définir, elles-mêmes, leurs politiques et les moyens pour les réaliser, dans le respect des principes et règles de bonne gouvernance et d’efficacité.. Le séminaire du bureau politique, tenu récemment sur ce sujet,  a permis aux camarades d’en explorer tous les contours, d’approuver les avancées qu’il contient et de proposer des solutions alternatives aux mesures et dispositions marquées par des faiblesses susceptibles de compromettre la mise en œuvre efficace et efficiente de la réforme.

Toutes ces considérations confirment le lien étroit qui unit la démocratie, les libertés et le développement durable. Elles mettent également en exergue la question du modèle de gouvernance et de développement, condition dont dépendent la conception et l’élaboration de politiques publiques au service des populations pour leur épanouissement, matériel, social et spirituel.

Chers camarades, chers compatriotes,

Dès l’accession de nos pays à la souveraineté internationale et pendant longtemps, l’agriculture est apparue comme devant  constituer  un moteur  essentiel de la croissance économique du Sénégal.  Elle a toujours eu, pour principal ressort, la filière arachidière, une spéculation tributaire des aléas climatiques.

Cette situation ne traduisait rien d’autre que l’insuffisance de nos moyens humains, techniques et financiers pour sortir de l’économie de traite  et asseoir  une agriculture moderne. A cela il faut ajouter les chocs pétroliers de « 73 » et   « 79 » qui ont eu un impact négatif sur notre économie au point que la décennie 80 a été une période d’application des mesures d’ajustement structurel, véritable  politique  d’austérité  qui a abouti à davantage de dégradation des fondements économiques des pays africains. La dévaluation du CFA, intervenue le 11 Janvier 1994,  a été une  autre rude épreuve, pour notre économie et pour les Sénégalais, en même temps qu’elle a permis de renouer avec la croissance économique et un redressement de tous les agrégats macroéconomiques. .  .

L’an 2000 devait marquer une étape importante, pour la refondation de l’économie sénégalaise, sur des bases nouvelles.  Des efforts appréciables ont été enregistrés dans le domaine des infrastructures, mais cela n’a pas suffi, pour engager notre pays dans la voie  du progrès attendu au plan social, éthique et institutionnel. À partir de 2004 les déçus de la politique  du régime de Abdoulaye WADE manifestent leur mécontentement, sous des formes et une fréquence allant crescendo. Le fossé s’est davantage  creusé entre  Dakar et les autres localités  du pays. L’on assiste à l’intensification d’une politique d’urbanisation où  les  populations  sont spoliées de leurs terres ; l’on constate un abandon de plus en plus prononcé  du monde rural à un sort peu enviable. Les signes et les conséquences de cette politique désastreuse ne se  sont  pas  fait attendre : industrie sinistrée, tourisme, pêche et artisanat en crise, inflation des prix,  spéculation foncière, montée de la corruption et gaspillage des ressources de l’Etat  mais aussi  paupérisation du monde rural et de la classe moyenne et  brouillage des repères et des perspectives économiques.

En 2012, avec l’élection du Président Macky SALL, de nouvelles orientations économiques sont formulées, prenant en compte les nombreuses insuffisances  qui ont caractérisé la gestion du régime  vaincu,  notamment sur les plans économique et social.

Des projets phares sont lancés (14/27),  de nouvelles réformes majeures sont entreprises dans le cadre du Plan Sénégal Emergent (5/17) dont le premier mérite a été de permettre à notre pays, après la parenthèse libérale, de renouer avec la planification considérée comme un instrument pour agir sur le présent et pour anticiper l’avenir.

Articulés autour de trois axes :   transformations structurelles de l’économie et la croissance avec  6439,27 milliards ; capital humain, protection sociale et développement durable avec 2520,49 milliards ; enfin,  gouvernance, institutions, paix et sécurité avec 725,972 milliards, le PSE  évalué  à 9685,7 milliards selon les données du gouvernement du Sénégal, avance une prévision de taux de croissance moyen de 7%.

Si le PSE  a le mérite de proposer  une vision à long terme,  une programmation chiffrée  et  des mécanismes de mobilisation  des ressources financières, et bénéficie de la confiance de la communauté internationale, sa mise en œuvre  appelle , une réflexion de chaque partenaire de la coalition BBY et une contribution de toutes les forces vives du pays à ce débat que ne peuvent manquer de susciter les enjeux  d’une entreprise aussi complexe.

À notre avis, l’étude des donnés composant ce  Plan à long terme et l’examen de la situation de notre pays,  commandent la construction d’un modèle de croissance plus large et plus inclusif. C’est pourquoi, il faut saluer les résultats déjà obtenus pour l’agriculture de notre pays, notamment pour la présente campagne agricole et dans le processus d’autosuffisance en riz.

Le modèle de croissance doit aussi avoir comme épine dorsale l’Éducation, la Santé, le Tourisme, les technologies (développement des secteurs secondaires et tertiaires), les infrastructures, l’énergie et la contribution de la diaspora.

Notre avis est également que le développement durable reste un volet incontournable dans la réussite de tout pays émergent. Le rapport Brundtland  de 87, définit le développement durable comme «  un développement qui répond aux besoins  du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Il doit être à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable.

Faire du social  un objectif,  de l’économie un moyen et de  l’environnement une condition,  constitue de ce point de vue la seule  démarche conséquente qui pourrait nous aider à faire face aux difficultés de tous ordres qui assaillent le quotidien des Sénégalais et empêchent d’entrevoir des perspectives rassurantes, pour l’avenir de notre pays.

Parmi les équations les plus épineuses de nos problèmes de développement figure la place qu’occupe le secteur informel très représentatif dans notre économie et dont il reste à rationaliser l’articulation avec les autres secteurs.  En effet, et pour nous en tenir à un seul repère,  si l’on se fie aux  chiffres de l’ANSD (Agence Nationale pour la Statistique et la Démographie) présentés dans une étude intitulée ENSIS (Enquête Nationale sur le Secteur Informel du Sénégal en 2010), le secteur informel représente  une masse salariale de 600 milliards. Cette donnée et d’autres appellent l’étude de mesures concertées et audacieuses pour aller de l’avant.

En évoquant la place du secteur informel dans notre économie, je ne peux manquer de revenir sur la question du chômage, du chômage des jeunes notamment qui, aujourd’hui encore, reste une équation insoluble. Si jusqu’à aujourd’hui, aucun parmi les régimes qui se sont succédés n’est arrivé à trouver la bonne formule, c’est parce que nous n’arrivons pas à en cerner les véritables causes. Or il incombe aux pouvoirs publics d’offrir à notre jeunesse, à travers un emploi décent, les moyens de se réaliser et les conditions d’acquérir une dignité.

Le Pape Jean Paul II  avait eu cette formule heureuse  : « Quand la jeunesse a froid, le reste du monde claque des dents ». Ceci pour dire, combien il est important, d’engager une nouvelle politique de jeunesse, qui place la question de la formation et de l’emploi au cœur des politiques publiques.

Il est tout aussi important d’investir dans l’éducation et la formation, investir dans le capital humain de notre jeunesse qui constitue la première ressource pour parvenir à l’émergence. Il est vrai que beaucoup de progrès ont été réalisés, par le Sénégal, en matière de scolarisation et d’alphabétisation, depuis 1960. Mais malgré les dépenses publiques élevées consacrées à  notre système éducatif, il subsiste des défis persistants liés surtout à la qualité des enseignements-apprentissages et à l’instabilité de l’espace scolaire.

Notre système souffre d’un mal profond et peine à trouver des solutions viables. Toutefois et malgré les difficultés majeures notées, nous devons nous féliciter  des avancées significatives enregistrées, notamment en termes de taux de scolarisation et de réformes actuellement mises en œuvre tant au niveau de l’enseignement supérieur que de l’éducation nationale et de la formation professionnelle. .

A ce titre, différentes initiatives, la modernisation des daaras entre autres,  peuvent être salutaires, pour tenir compte de la diversité des modèles d’éducation qui se rencontrent dans beaucoup de pays du monde. Un Etat  comme le notre,  attaché à la démocratie et au pluralisme sans renoncer à l’idéal républicain et à ses valeurs exposées dans notre constitution, doit pouvoir mettre en synergie toutes ces potentialités.

La qualité et l’adéquation de l’enseignement constituent un combat dont la réalisation doit être menée de pair avec la formation des enseignants et éducateurs. Le système doit être modernisé et s’ouvrir aux TIC qui permettent plus d’efficacité dans la recherche, le partage et l’exploitation des connaissances.

Il y a là des indications précieuses, quant au rôle stratégique, la place essentielle que l’Education doit occuper dans la recherche et la réalisation d’un modèle de croissance et de développement durable.

Des questions sociales d’une grande acuité interpellent notre pays et mettent au défi la crédibilité des politiques définies et appliquées.

Ces questions  liées à la promotion du  citoyen, au civisme, à la santé, à la pauvreté,  à l’éducation, à la solidarité, au développement durable et à la question  genre, doivent être traitées à travers des programmes bien définis pour plus d’efficience et d’efficacité.

Le premier volet concerne la protection sociale. Les pouvoirs publics au Sénégal ont toujours ambitionné de mettre en œuvre des mesures sociales conformes aux principes de partage et de solidarité. « Chacun de nous est responsable de tous » : ce mot de Antoine de Saint Exupéry correspond à l’esprit qui doit animer les pouvoirs publics quant à cette question sociale.  La protection sociale, organisée à travers un certain nombre d’institutions, d’outils et de mécanismes appropriés, œuvre pour offrir des ressources matérielles et financières ainsi que des services adaptés aux personnes  vivant dans la précarité, ou exposées à des risques divers. La Protection sociale, on ne le répétera jamais assez, repose fondamentalement sur la solidarité.

C’est ainsi que le Sénégal a intégré, dans le PSE, et il faut s’en réjouir, des programmes originaux, mais surtout audacieux tels le Programme National de Bourses de Sécurité Familiale (PNBF), la couverture maladie universelle (CMU), du programme minimum vieillesse et enfin la revalorisation des pensions de retraites. Ce sont des mesures significatives et salutaires, pour les couches vulnérables.

Une autre initiative de l’Etat du Sénégal qui mérite d’être signalée : la gratuité des soins de santé pour les enfants dont l’âge est compris entre 0 et 5 ans. Toutefois cette initiative salutaire gagnerait à être plus effective, par une large campagne de communication aux ayant-droits potentiels, pour renforcer la protection des familles, notamment des familles vulnérables.

Tous ces constats appellent des actions d’envergure en vue d’un élargissement et d’un approfondissement des réformes par des initiatives audacieuses

La conception que nous devons avoir du développement  durable, est celle qui place l’homme au cœur des  politiques publiques, condition d’un développement harmonieux. Cela signifie  répondre aux besoins présents, sans pour autant compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

Dès lors,  la politique de développement durable doit aligner les programmes culturels,  économiques et sociaux, sur les besoins actuels, tout en protégeant les besoins des générations futures.

Et pour garantir l’observance de telles  exigences, il est impératif de veiller à une meilleure implication du citoyen dans la vie de sa communauté, pour en faire  une personne informée des problèmes de son époque et soucieuse de prendre part à la construction d’un présent et d’un avenir dont elle se sente responsable.

Encore une idée essentielle à la construction du  développement durable : la préservation de l’environnement et du cadre de vie. Une sensibilisation est nécessaire pour inciter les citoyens à économiser et préserver les ressources naturelles.

En tant que nation jeune, le Sénégal a besoin de réelles stratégies, pour faire face à tous ces défis planétaires.

Chers camarades, chers compatriotes,

 Je vous propose maintenant d’examiner, sans prétendre pour autant à l’exhaustivité, quelques-uns des défis majeurs auxquels l’Afrique se trouve confrontée.

 D’abord le défi de la gouvernance démocratique qui apparaît comme un enjeu capital voir fondateur de l’avenir des pays africains notamment. De l’exercice de la gouvernance démocratique dépend, dans une large mesure, la performance des institutions de l’Etat. Donner du sens aux institutions républicaines, c’est les concevoir de manière à les mettre en connexion avec leur finalité véritable comme instrument de régulation sociale, de contrôle et de stabilisation. Ces mécanismes doivent servir à améliorer et à soutenir le processus de démocratisation.  Parmi les éléments de démocratie figure naturellement le système électoral. L’élection, comme on le sait, est un mécanisme central de gouvernance démocratique. Elle constitue une importante entreprise non seulement pour l’image du pays mais aussi et surtout pour la légitimité et la crédibilité des élus et des pouvoirs en place. De nombreuses crises ont éclaté suite aux contentieux concernant l’annonce de résultats d’élections. L’absence de définition d’un processus électoral clair, transparent, maîtrisé, consensuel et donc accepté par les acteurs politiques concernés, est un danger permanent et un risque sérieux d’implosion sociale.

Le mythe du chef ou du « messie » semble continuer d’opérer en Afrique avec comme conséquences négatives de donner au pouvoir politique un caractère patrimonial. Ceux qui gouvernent dans certains pays, se comportent comme si le pouvoir était leur propriété personnelle. De telles pratiques sont inadmissibles dans les régimes républicains. C’est pour ne l’avoir pas compris, que certaines Constitutions sont taillées sur mesure en faveur du chef inamovible et que d’autres Constitutions sont révisées en vue d’assurer la pérennité d’un régime ou d’un homme.

Il importe donc d’institutionnaliser le pouvoir politique, c’est-à-dire, amener les dirigeants à se conformer aux textes préétablis et ne pas être tentés de les modifier pour les adapter à leurs ambitions politiques personnelles. C’est enfin les contraindre à reconnaître qu’ils ne sont que des représentants de la nation et non les propriétaires de la souveraineté.

Ce combat politique pour la normalisation démocratique est de même intensité que l’énergie qu’il faut consentir pour relever le défi de la bonne gouvernance en Afrique.

Nous savons tous que le déficit de transparence dans la gestion des affaires publiques est un facteur qui conduit à une perte de crédibilité de l’Etat et ce, au détriment de l’exercice de ses fonctions primordiales. Il n’est pas rare de repérer dans nombre de nos Etats un mode de fonctionnement de type clientéliste voire patrimonialiste. La bonne gouvernance se caractérise habituellement par un ensemble de principes tels que le respect de la primauté du droit, la bonne gestion des affaires publiques, l’allocation effective et efficiente des ressources, la lutte contre la corruption, le respect des droits humains ou la promotion de la démocratie et d’un développement participatif qui associe et implique les acteurs non étatiques et la société civile dans la gestion des affaires publique.

Chers camarades, chers compatriotes,

La tendance mondiale à la régionalisation, constatée par  bon nombre d’experts, doit pousser les décideurs africains à œuvrer dans le sens du renforcement des mécanismes d’intégration inscrits dans les textes de l’UEMOA, de la CEDEAO et de l’UA. C’est un autre défi que les Etats africains doivent relever d’autant plus qu’au vu  de la situation globale du continent et des ensembles sous régionaux, il y a lieu de penser qu’un développement économique durable ne se fera pas dans nos micro-Etats.

 Le processus  d’intégration régionale  en Afrique, inspiré des fondements historiques de notre continent, a donné lieu,  au début des indépendances, à différentes tentatives de mise en œuvre. S’il est vrai que la politique d’intégration s’inscrit de manière effective et progressive dans la vie des Etats et des peuples africains, force est de constater que le panafricanisme  préconisé par  différents penseurs et dirigeants africains  et de la diaspora a suivi, pour sa transformation en réalités tangibles, un parcours semé d’embûches et semble avoir cédé la place à un modèle de compromis : le communautarisme. Nous sommes toujours victimes  en Afrique des aspirations souverainistes de nos Etats dont les conséquences immédiates et persistantes se traduisent par des menaces qui pèsent sur la sécurité et la défense de nos frontières,  favorisent, entre autres,  la percée des groupes extrémistes et terroristes et fragilisent notre économie.

 Sur un autre plan, l’un des enseignements majeurs de la crise dans le Sahel est qu’il est grand temps pour nos Etats d’accepter de brider nos vues souverainistes étriquées pour consentir les efforts de renoncement attendus de chacun. Le contexte de notre sous région met aussi en évidence la nécessité de construire une unité politique africaine capable de faire face aux situations d’urgence. En dépit d’une bonne prise de conscience de la gravité de la menace, les Etats africains ont tardé à agir au point de rester dépendants de l’intervention de pays étrangers et d’être confinés le cas échéant dans le rôle de simples forces supplétives d’armées venues d’ailleurs pour se déployer sur notre propre continent.

Dans notre sous-région ouest africaine, le moment est venu de créer une force militaire de la CEDEAO en tirant des enseignements de la création de l’ECOMOG et de ses interventions au Libéria et en Sierra Leone. Il nous faut nous doter de forces d’intervention rapide suffisamment nombreuses, bien formées, bien entraînées et dotées de moyens capables de garantir la sécurité individuelle et collective de nos Etats.

En définitive, toutes ces questions et les programmes de coopération techniques, financiers, économiques et militaires doivent s’appuyer sur des mesures concrètes d’intégration des peuples, gage essentiel d’un développement supra national, transformant nos micro-Etats en ensembles homogènes qui ne renient cependant ni la diversité ni le pluralisme de leurs composantes ethniques, religieuses et culturelles.

Chers camarades, chers compatriotes,

 La menace terroriste est devenue, dans un contexte de mondialisation et d’instantanéité de l’information, un péril planétaire qui interpelle la conscience universelle, régulièrement agressée par une internationale terroriste qui étend ses tentacules aux quatre coins du monde et qui, avec la création d’un Etat islamique par DAESH, a franchi un nouveau palier.

 En vérité, le terrorisme est devenu une menace globale. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, de Madrid en mars 2004, de Londres en juillet 2005, la prise d’otage en Algérie en janvier 2013, les attaques de Boko Haram au Nigéria, au Cameroun, au Niger et au Tchad, les attentats ignobles perpétrés à Paris en janvier 2015 et le vendredi 13 novembre dernier et hier la prise d’otages à Bamako renseignent, si besoin en était encore, sur la gravité du péril terroriste. C’est le lieu, en votre nom, chers camarades, de condamner à nouveau ces crimes odieux et d’exprimer, une fois encore, notre solidarité au peuple français et au peuple malien.

 Nous assistons à une globalisation du terrorisme qu’aucun Etat ne peut vaincre seul et à laquelle il faut opposer une mutualisation des moyens de lutte à l’échelle de tous les Etats. En effet, tous les Etats y étant vulnérables, la menace doit être traitée collectivement à travers une stratégie globale et une approche multilatérale basées sur un système d’échanges d’informations et de coordination des actions entre les pays du nord et ceux du sud.

 Tout comme le terrorisme, la question migratoire est un défi global. Il convient de comprendre que l’analyse des tendances démographiques, économiques et politiques indique une accentuation des mouvements migratoires au cours des prochaines années. Ce qui conforte l’idée que nous sommes entrés dans une nouvelle grande période migratoire humaine, celle de l’économie mondialisée qui se caractérise, entre autres, par la libre circulation des biens, des services et des capitaux.

 Dans ce contexte, l’analyse de la question migratoire devra nécessairement être liée à l’évolution démographique, à la mondialisation de l’économie et à l’urgence qui s’impose de la maîtriser pour lui donner une dimension humaine. Etant donc partie intégrante du processus de mondialisation, il importe de l’accepter comme une donnée et d’en assurer une gestion ordonnée et plus humaine en vue de la transformer en une opportunité et un potentiel économique, tant pour les pays de destination et les pays d’origine que pour les migrants, au lieu de se résigner ou de se barricader derrière des mesures sécuritaires.

 Je vais conclure en évoquant rapidement deux autres défis planétaires qui ont un lien de connexité avec les autres défis que je viens d’évoquer.

 Il s’agit d’abord du défi du changement climatique qui, comme nous le savons, est un défi au bon sens parce qu’il nous appelle à prendre conscience des périls que nos modes de consommation et de production font peser sur la Planète à telle enseigne que nous sommes proches du point de non-retour, au-delà duquel des transformations tragiques et irrémédiables.

 Même si aucune partie du globe n’est épargnée par les dérèglements climatiques, l’Afrique, qui a le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre, est le continent qui subit avec la plus grande impuissance les conséquences du réchauffement climatique. En effet, alors que le continent africain produit à peine 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il est l’une des régions du monde les plus exposées aux effets néfastes du réchauffement climatique.

 Face à ce problème planétaire, la solution devrait connaître la participation de tous les continents. L’Afrique, marginalisée lors des précédentes conférences de Kyoto, de Bali et de Copenhague, doit faire entendre sa voix à la COP 21 qui se tiendra en décembre à Paris et s’assurer que tout accord sur le climat mondial prendra en compte les besoins du continent, notamment l’engagement des pays développés à financer les stratégies d’adaptation et la satisfaction des besoins actuels et futurs en systèmes et technologies de veille climatologique et météorologique.

 S’agissant du défi démographique, si les tendances actuelles et les prévisions démographiques se confirment, les problèmes ne se focaliseront pas seulement sur les risques d’une surpopulation, mais sur les inégalités du développement de la démographie mondiale (accroissement et rajeunissement spectaculaires des habitants dans une majorité de pays pauvres et vieillissement de ceux des vieilles nations industrialisées). La concentration des forces jeunes sera très mal répartie : en 2050, 9 enfants sur 10 âgés de moins de 15 ans vivront en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Si cette situation n’est pas anticipée et gérée dans une stratégie mondiale et concertée, elle sera source de tensions dans le monde.

Au regard  de toutes ces données dont je viens de faire un rapide survol,  tout le monde  s’accorde à  dire  que nous devons  construire un nouveau modèle de croissance économique, en Afrique de manière générale, au Sénégal en particulier pour répondre à ces défis.

Chers camarades,

La nécessité de rassembler toutes les forces de progrès s’impose dans le contexte actuel de notre pays, de l’Afrique et du monde, comme un défi que nous devons relever.

Cette nécessité politique doit nous conduire à promouvoir un nouveau projet politique porté et réalisé au Sénégal et en Afrique par toutes les forces progressistes. Le Parti socialiste doit initier et contribuer à la promotion d’une unité de toutes les forces de progrès en vue de trouver des réponses conformes à nos valeurs de progrès, de solidarité et de justice sociale, d’engager l’action politique dans une voie qui serve la finalité humaine et de susciter une profonde réflexion sur l’avenir du Sénégal et de l’Afrique.

Chers Camarades,

Ces considérations générales que je viens de partager avec vous, à la lumière de l’actualité nationale et internationale, en tenant compte des principes de notre projet de société et des réalités de notre appartenance à la majorité, trouveront leur prolongement, leur approfondissement, voire leur examen critique, dans les travaux des trois ateliers mis en place par le comité scientifique. Des documents de très grande qualité vont servir d’introduction aux travaux de ces ateliers.

Je voudrais réitérer mes félicitations aux camarades de toutes les structures du parti qui ont pris part aux travaux préparatoires de cette université d’été, sous la direction éclairée des camarades Mar DIOUF et Abdoulaye Elimane KANE, et apporté un concours précieux à l’élaboration de ces documents d’orientation, pour la réflexion.

Vive le Parti socialiste ! Vive le Sénégal dans une Afrique unie, solidaire et prospère ! »

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