LE TERRORISME, CE CANCER CREE PAR L’OCCIDENT *

SORXOLLE

Par Bassirou S. NDIAYE

SORXOLLE1Les dramatiques événements du 11 Septembre 2001 avaient servi de prétexte pour déclencher la guerre contre l’Iraq. D’abord déclarée « croisade » (contre l’islam ?) par l’intégriste Bush, puis politiquement rebaptisée lutte contre le dictateur Saddam Hussein alors accusé de détention illégale d’armes de destruction massive, l’esprit de « croisade » est resté même si la lettre a été peaufinée. Le sentiment exprimé ou réprimé des musulmans de la planète est que depuis lors, toutes les nations à majorité musulmane ont fait l’objet de déstabilisation par l’Occident ou par des bandes armées et manipulées par lui. En effet, même si ces bandes armées se réclament de l’islam leurs premières cibles sont des musulmans, massacrés et violés, leurs économies paralysées, leurs lieux de cultes rasés. Saddam vaincu et pendu a été innocenté par l’histoire des accusations qui ont valu sa perte, pendant que l’Iraq broyé, agonise depuis près deux décennies en attendant une mort plus que certaine.

SORXOLLE2Le 13 Novembre 2015, des français sans burka et sans djellaba abattent des français, sèment la terreur sur des lieux de plaisance dans leur propre pays et menacent l’Europe. Le gouvernement français exhibe leurs corps et de faux passeports attestant de leurs origines étrangères à l’Europe, puis alliant la fable du « loup et l’agneau » du poète Jean de la Fontaine à la loi du talion, décide de bombarder massivement la Syrie ou plus exactement une partie du territoire syrien qu’elle a soustraite de l’autorité de son gouvernement légal pour y loger, armer, entrainer et protéger une poignée de collaborateurs sur laquelle elle comptait s’appuyer pour imposer sa loi sans se salir les mains. Loin des caméras et des journaux, des centaines de terrasses et de « Bataclan » syriens sont rasés avec leurs occupants dont le seul tort aura été d’être sous le joug de fanatiques nourris, armés et entrainés par l’Occident, la France en particulier. Faut-il rappeler que c’est bien la France, après avoir réussi sans coup férir l’assassinat de Kadhafi, qui a créé et fertilisé ce territoire de non-droit à l’intérieur de la république syrienne. L’hydre nommé DAESH qui a germé sur les cendres de l’Irak désagrégé par la croisée du cowboy yankee, y a ensuite trouvé un terrain favorable à son épanouissement. Aujourd’hui, ce cancer créé dans les laboratoires de l’Occident et inoculé à des peuples qui lui semblaient lointains s’est métastasé et tend à envahir toute l’humanité. Virus insidieux et mutant d’un pays à un autre, il n’est sensible à aucun remède connu et son éradication demandera autre chose qu’une simple action chirurgicale localisée, une Marseillaise chantée à Wembley ou une minute de silence au parlement australien.

SORXOLLE3Les fenêtres quotidiennes ouvertes en fin de journal télévisé ou en bas de pages de magazines, sur les milliers de morts en Syrie, au Yémen, en Afghanistan, en Palestine occupée etc., ne suffisent pas à rendre compte des véritables souffrances au quotidien d’hommes et de femmes, de vieillards et d’enfants dont les cadavres putréfiés sont souvent enterrés dans l’anonymat dans des fosses communes, sans une minute de silence et sans la moindre compassion. Certainement pour reprendre les propos de François Mitterrand (rapportés par Patrick de Saint-Exupéry dans le Figaro du 12.01.98), parce que « Dans ces pays-là, un génocide, ce n’est pas trop important ».

La génération des années 60 et 70 a bien eu à applaudir ses « cowboys » Django, Sartana, ou autre Bud Spencer et Lee Van Cliff lorsqu’ils abattaient sans pitié des « bandits ». En même temps, elle frissonnait dans les salles obscures, fermant parfois les yeux pour éviter d’assister à la moindre égratignure de leurs héros. Parce que notre jugement par rapport à la mort et à la souffrance humaine est conditionnée par l’idée que nous nous faisons de l’auteur ou de la victime, nous voici chantant la marseillaise pour compatir à une douleur conjoncturelle d’ailleurs en oubliant que c’est pourtant notre lot quotidien.

SORXOLLE4Si mitrailler une terrasse ou tuer des innocents en Occident et en France en particulier est un acte terroriste, comment devons nous qualifier les bombardements quasi quotidiens avec leurs milliers de morts, de mutilés physiques et psychiques par des armées les plus puissantes du monde avec la France en première ligne (en dépit de son alternance) ? A-t-on jamais fait le bilan des pertes humaines des bombardements sur des parties de territoires d’états, soustraites par la force de l’autorité des gouvernements légaux, isolées au motif de les protéger contre une prétendue dictature avant d’y loger et d’y couver les monstres qui hantent aujourd’hui le sommeil de toute l’humanité ? Combien d’écoles, d’hôpitaux, de mosquées, d’églises, de marchés, d’entreprises de production sont quotidiennement rasés dans le silence le plus absolu par des mercenaires armés par le gouvernement français depuis plus de quatre ans en Syrie ?

L’Occident s’évertue à ne voir et à nous faire voir que l’enveloppe (les couleurs islamistes) qui couvre les motivations des auteurs des tueries de cette sinistre journée ? Pourtant, autant que leurs devanciers japonais, le suicide des Kamikaze de Paris est un geste de désespoir d’idéalistes témoins malgré eux d’injustices sans nom. Il ne s’agit pas de défendre ou de comprendre les crimes, encore moins de banaliser la douleur ou de justifier l’injustifiable. Mais comment ne pas s’indigner devant tant d’injustice et de mépris sur le traitement fait de l’action attribuée aux « djihadistes » selon qu’elle se passe sur le sol de l’Occident ou dans un territoire du « Tiers Monde » ?

SORXOLLE5De l’expression du mendiant qui fait la manche à la ballata qui réveille les rancunes, la mise en scène de la douleur humaine a toujours été une arme de persuasion. Ce n’est pas nouveau. En d’autres temps et d’autres lieux, des foules conditionnées applaudissaient le supplice de condamnés politiques, économiques, religieux et philosophiques et criaient « à mort ». D’honnêtes citoyens vendaient et achetaient des esclaves sur lesquels ils avaient droit de vie et de mort, lapidaient et brulaient leurs semblables au bûcher parce qu’ils croyaient bien faire. C’est un fait, les tenants de pouvoirs ont toujours essayé d’enrôler l’opinion pour légitimer les sanctions à infliger à des humains auteurs d’actes contextuellement répréhensibles.

Le bilan macabre des « djihadistes » au Mali, au Nigéria, au Cameroun, au Pakistan en Tunisie et ailleurs, prouve si besoin en était que leurs premières cibles sont les musulmans dans les mosquées, les marchés et dans leurs principaux lieux de concentration. Nous avons connu des phénomènes similaires dans l’histoire mouvementée des peuples en lutte pour leur indépendance. C’était bien l’Occident, principal soutien de l’Apartheid en Afrique du sud qui manipulaient les bandes armées qui semaient la mort parmi les patriotes et au sein des couches les plus vulnérables. Les massacres perpétrés par le sinistre Jonas Savimbi, c’était encore l’Occident. Il ne fait aucun doute que les générations après nous découvriront à coup sûr que c’est encore l’Occident qui est le seul pyromane qui contrôle le « jihad » même s’il lui arrive parfois de se brûler les doigts en jouant au sapeur-pompier. Mais ces « faits divers », assimilés à des règlements de comptes entre des bandes de sauvages, les gouvernements occidentaux les méprisent et continuent malgré tout à stigmatiser les paisibles croyants.

La politique est cynique, le politique menteur et manipulateur. Que leur complicité avec le terrorisme soit avérée ou non, les hommes politiques l’utilisent comme une menace permanente contre laquelle ils se présentent comme les seuls remparts derrière lesquels le citoyen doit se réfugier. Mais le terrorisme et ses acteurs sont une arme semi autonome aux mains de l’Occident. Tel un chien méchant en laisse entre ses mains, il n’est pas capable de la contrôler en tout temps et en tout lieu, et peut donc en recevoir des contrecoups ou des reculs. Cependant, il en maitrise suffisamment les mécanismes pour la déclencher à souhait contre n’importe qui, n’importe où et n’importe quand.

Le débat insensé que l’Occident nous impose aujourd’hui, les sujets de dissertation bien éloignés de nos préoccupations quotidiennes et qui font la une de nos journaux, résulte de la peur qu’il nous inflige, de cette capacité de nuisance bien réelle entre ses mains. En nous prêtant ses yeux pour voir, sa trompette pour entonner ses chansons, l’Occident nous prive de notre personnalité, de notre libre arbitre, de notre opinion d’homme et d’humain tout court.

Nous n’avons pas besoin d’une expertise étrangère pour savoir que Ndoumbélaan est vulnérable, une vulnérabilité qui tient beaucoup plus de la faiblesse d’une société complexe, que de la qualité de ses forces de sécurité. Après sa débâcle militaire au Mali, les revers qu’il subit actuellement au Nigéria et au Cameroun, le « jihad » va définitivement changer sa stratégie en Afrique au sud du Sahara pour se tourner vers le recours aux chevaux de Troie. Tout, porte à croire que sa meilleure porte d’entrée sera dans sa capacité à nouer des alliances avec les parties et partis en lutte pour les pouvoirs. Autant dire que dans un Ndoumbélaan, où près de deux cents partis politiques se battent pour des sinécures, où les confréries sont incapables de s’entendre même pour scruter le croissant lunaire, les candidats potentiels ne sont pas une denrée rare. Il s’y ajoute que la hiérarchisation en règle dans l’attribution de dividendes aux familles religieuses d’une part, et d’autre part l’inégale répartition des ressources à l’intérieur même de ces familles créent des frustrations et des instincts de lobbies pouvant déboucher vers des alliances insoupçonnées.

SORXOLLE6A tort ou à raison, notre Gladiateur national malencontreusement seul délégataire de notre sécurité, a choisi de tisser sa toile diplomatique autour d’une logique perverse qui l’autorise à entonner la marseillaise le dimanche et à jouer au balafon le lundi, à condamner la burka le jeudi pour se dédire le vendredi. Peut être, à cause ou grâce à cette faiblesse et cet opportunisme, plus à son ambivalence incompatible avec les positions de principe, qu’à des forces de sécurité ou à la baraka, Ndoumbélaan traverse sans dommage du moins pour le moment, un champ truffé de mines. On peut lui en vouloir d’égratigner notre orgueil national, mais les forces politiques en présence ne s’aventurent dans le débat de la sécurité nationale que pour approuver ou condamner ses prises de positions ponctuelles sans jamais faire de propositions. Il faudra pourtant bien faire la part des choses entre le discours électoraliste et le discours patriotique. Pourquoi donc pas les Etats Généraux de la sécurité avant que des évènements déplorables ne nous y obligent? De toute évidence la lutte contre l’hydre « djhadiste » ne peut pas être que militaire. Elle sera démocratique et citoyenne, ou ne sera pas.

SORXOLLE7La polémique naissante autour des arrestations de « potentiels poseurs de bombes » et du port de la burka, prouve que nous n’avons pas encore pris toute la mesure des menaces qui planent au-dessus de nos têtes. Sans être exhaustif, ces événement bien que marginaux ont déjà créé les premières lignes de fracture entre :

  1. Des partisans des droits de l’homme qui se battent pour éviter tout amalgame entre la protection des citoyens et d’éventuels abus pouvant déboucher sur des règlements de comptes
  2. Des corporatistes religieux criant à la stigmatisation
  3. Des juristes réclamant des preuves hic et nunc ……
  4. Des responsables politiques qui dénoncent une dictature policière.
  5. Des citoyens hystériques qui lapident et déshabillent une malheureuse porteuse de burka, heureusement sans ceinture et loin de partisans déclarés.

BANDIA, OCTOBRE 2015

* Ce titre est de la rédaction

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