A QUAND LE GRAND SOIR A GALSEN ?

seydou_cissokho

Par Bassirou S. NDIAYE

Dans l’intimité d’un soir agité, Seydou Cissokho avait prononcé ces mots : « Nous n’avons aucun mérite en ayant fait ce que nous avons fait, parce que nous étions seuls à pouvoir le faire quand il fallait le faire … Nous ne nous battons pas pour nous, mais contre un système, certainement au profit d’autres générations. Ceux qui s’attendent à récolter les fruits de leurs investissements peuvent donc quitter nos rangs, parce que le grand soir ce n’est manifestement pas pour aujourd’hui ». C’était après avoir été mis en minorité dans la journée alors qu’il protestait contre son portrait accroché au mur du siège du parti. Certes peu de militants ont eu l’opportunité d’entendre ces propos, mais nombreux sont ceux qui ont toujours assimilé l’homme à la droiture, à l’abnégation et au don de soi pour le triomphe des idéaux de gauche. Nous sommes décidément bien loin de cette attitude quand on entend un vieux militant (de gauche ?) qui oubliant même ses mérites fussent ils techniques ou politiques, assimile sa nomination à « un cadeau d’anniversaire » offert par un Gladiateur de droite qu’il a pourtant contribué à hisser sur le trône de Ndoumbélaan. Mais Seydou n’aspirait pas au confort que garantit « un cadeau d’anniversaire » surtout d’un adversaire idéologique parce qu’il l’aurait surement assimilé à du poison.

Aujourd’hui, le monde a bien changé, et Ndoumbélaan avec. Le combat de la gauche ne vise plus à extraire l’ouvrier du coron, le serf de ses conditions d’esclave, l’indigène de la domination coloniale ou la femme de sa position d’infériorité structurelle. Elle n’en demeure pas moins une réalité insubmersible qui ne peut être engloutie par les flots de la mondialisation, la condamnation à mort par décret de la bataille idéologique ou la reddition de militants désireux de se la couler douce après avoir blanchi sous le harnais. Nous reconnaissons que la bataille pour le triomphe des idées de gauche a pris une tournure scientifique et technique, philosophique et sociale, bref environnementale, débouchant sur des champs de bataille aux limites complexes, peut être même un peu trop complexe pour la vieille école. Elle n’est plus compatible avec la simple ardeur guerrière d’insurgés derrière les barricades, ou la noble solidarité de brigades internationales volant au secours de révolutionnaires d’ailleurs. Que ceux qui n’y croient plus désertent les rangs ! Que ceux qui ne s’y adaptent pas quittent dignement le front avec les honneurs dus à leur passé au profit de nouvelles générations mieux armées, qui réclament leur part de combat et leur droit d’héritage pour le fructifier. Ne l’oublions jamais : plus que les faits d’armes, l’histoire retiendra surtout la façon de chacun de quitter le front.

De grandes batailles pour le triomphe des idéaux de liberté et d’égalité ont jalonné l’histoire de l’humanité. Sur leurs terrains, beaucoup d’hommes et de femmes y ont perdu leur liberté, leurs ressources, leurs savoirs, leur santé et leurs vies, sans regrets. Parce que la lutte révolutionnaire n’a jamais été à leurs yeux, synonyme de commerce donnant droit hic et nunc à une marchandise contre un prix formalisé. Derrière chacune de ses batailles, l’idéal d’un monde plus juste et plus égalitaire à léguer à des générations dont on ne soupçonnait même pas l’existence, a toujours animé les acteurs.

A trois ans de la date légale et à un an de la date morale du prochain scrutin présidentiel, le débat autour d’une candidature de la gauche n’est donc pas une simple question d’opportunité mais de principe. La gauche a l’obligation de présenter un candidat contre le candidat de la droite. La droite qui gouverne Ndoumbélaan doit savoir qu’elle ne sera pas seule sur la ligne de départ et encore moins avec sa coalition telle quelle. Le débat autour de la question doit impérativement être lancé, n’en déplaise aux locataires des châteaux de sable qui craignent la pluie, parce que si la gauche devait attendre le coup d’envoi de son adversaire pour faire ses échauffements, elle ne verrait surement pas la ligne d’arrivée. De toute façon des masques commencent à tomber. Le souteneur en chef,     plus que jamais désormais cantonné au rang de président des applaudisseurs à la chambre d’enregistrement, a exclu de ses rangs les potentiels animateurs du front du refus. Un dirigeant de l’historique héritier du PAI a fait fleurir subtilement des pancartes annonçant son parti derrière la candidature du Gladiateur. Qu’il ait été désavoué par des militants puis par son secrétaire général sans qu’aucune sanction ne soit prise, n’est guère rassurant.

Pour l’instant, le Gladiateur reste un homme de droite qui va à droite avec son équipage de gauche qui semble beaucoup plus accorder une importance aux conditions (très agréables pour lui) du voyage qu’à la direction empruntée et la destination de Ndoumbélaan. En rappelant la nécessité de se retourner constamment vers l’idéologie, Alexandre Lvov nous mettait en garde contre cette attitude naïve, l’illusion que la politique est tout.

Goorgorlu toujours en quête de DQ, en dépit des deux alternances auxquelles il a beaucoup donné, se moque éperdument du classement mondial de Ndoumbélaan. Les bonus malus du FMI et de la Banque mondiale, les félicitations ou les mises en gardes des grandes puissances dont la France et les USA ne sont pour lui que de bons prétextes pour alimenter des débats télévisés. Le relatif climat de paix sociale, la stabilisation des prix des denrées alimentaires, et d’autres paramètres tels que le prix aux producteurs d’arachide sont des atouts politiques derrière lesquels une poignée d’hommes de gauche semble se réfugier pour justifier le prolongement de son compagnonnage avec le Gladiateur. Mais ont-ils seulement lu « la cavale sauvage » du poète français Alfred de Musset ? Ont-ils un jour entendu ce cri de cœur du Professeur René Dumont qui disait : « laissez-moi au moins vivre mon idéalisme, car j’estime pour ma part que les réalistes ont échoué » ? Une situation conjoncturelle suffit-elle à faire oublier le projet de société pour lequel la gauche se bat depuis plus d’un demi-siècle ? La gauche de Ndoumbélaan peut-elle continuer à se comporter comme un passager clandestin au sein d’une coalition nominale dont le commandant de bord déclare se diriger vers une direction opposée à sa destination ?

Que des hommes de gauche fatigués ou repus décident d’abréger leur compagnonnage avec leurs camarades et de renoncer au combat révolutionnaire, nous est acceptable et compréhensible. Qu’ils enrôlent des militants à leur cause ou se mettent en travers du chemin de nouvelles générations pleines d’énergie et de rêves est inadmissible. La question ici posée n’est pour ou contre le Gladiateur, mais bien pour quel type de société nous battons nous. Quels sont les rapports et les relations structurels entre les citoyens au sein de cette société d’une part et d’autre part les rapports et les relations structurels entre cette même société et le monde extérieur ? Sous cet angle, le peuple de gauche en synergie avec le peuple des assises, sait qu’il n’a pas une identité de vue avec le Gladiateur, ni à court, ni à moyen ni à long terme.

Comment alors envisager un compagnonnage à moyen et peut être à long terme avec lui si le minimum défini par les Assises et la CNRI n’a même pas l’honneur d’être abordé ? Pour combien de temps encore les bases des partis supporteront-elles encore la censure des barons autour de la nécessité d’une candidature de gauche contre leur plus grand diviseur ?

Bandia , Novembre 2015

 

Une réflexion sur “A QUAND LE GRAND SOIR A GALSEN ?

  1. Camarade Mbaye Ndiaye,

    «La massification et le rôle d’avant-garde d’un parti se manifestent dans sa capacité à préserver contre vents et marées sa vie propre dans tous ses aspects, à poursuivre la diffusion des intérêts de la classe laborieuse le plus loin possible dans toutes les directions fructueuses pour le triomphe de la libération politique, sociale et citoyenne.»

    Je suis – et je pense que c’est le cas tous les camarades – très bien d’accord sur cette affirmation là que tu fais. Au fond, ce que tu dis n’est malheureusement ni dans la pratique ni dans l’image que le PIT-Sénégal donne actuellement de l’engagement sincère de milliers et de milliers de camarades qui s’engagent en son nom sur le terrain politique.

    En ce moment au sommet de notre parti, il y a un groupuscule minoritaire – très minoritaire au point que son arme favorite est l’intimidation de camarades qui ont des opinions contraires aux leurs – dont l’engagement politique se résume à inonder la presse d’articles et de posts dont le contenu est très souvent aux antipodes de la ligne idéologique et des prises de position politique démocratiquement définies dans nos instances souveraines. Le pire, c’est la propension sempiternellement répétée de ces camarades à utiliser le sigle du parti pour signer leurs sorties dont le contenu est souvent destiné à plaire au prince Macky Sall et à la frange la plus réactionnaire de la droite libérale de l’APR.

    Il y a eu, en boucle, le cas du frustrant meeting frauduleux de Thiès pour lequel de nombreux camarades sont carrément restés sur leur faim en lisant la déclaration du BP dans laquelle l’histoire de ce meeting a été traitée comme une histoire banale car il n’y a eu, au terme de cette déclaration, aucun blâme ni aucune consigne claire de rectification pour qu’une telle forfaiture ne se répète plus en notre sein. Bientôt 2016, et le «congres de rectification», aura-t-il lieu, oui ou non ? Il y a maintes autres positions et problèmes que traverse le parti et qui m’amene à me poser la même question : «Où est la direction de mon parti, cette brave direction qui a fait toute ma fierté depuis mon enfance» ?

    Pour faire court, camarades, la question centrale que je me pose est celle-ci : Jusqu’à quand l’actuelle direction centrale du PIT Sénégal continuera-t-elle de laisser le parti nager dans cette marre de confusions endiablées où, à la poursuite évidente d’intérêts personnels, des camarades continuent, au vu et au su de tout le monde, de s’autopraclamer «No 2» ou, quand la presse qu’il ont confondue par leurs sorties les proclame comme tels, qu’ils se contentent de lancer un petit sourire narquois du bout des lèvres et ne daignent jamais rectifier cette presse qu’ils ont volontairement confondue par la fausse image répétée d’appendice APR qu’ils diffusent d’eux et de l’engagement politique de milliers et de milliers de militants du parti?

    Pour moi qui n’ai connu de parti que ce parti depuis ma tendre jeunesse, je vis en ce moment la crainte forte que ce qui se passe en notre sein depuis la venue de Macky Sall au pouvoir ne soit tout simplement que la chronique d’un mélodrame idéologico-politique dont l’épilogue sera le renoncement collectif à notre ligne et notre fusion déchirante à l’APR et aux forces les plus réactionnaires qui gèrent notre pays en utilisant parfois nos slogans pour nous avoir droit dans les côtes.

    Relisez attentivement le récent récent livre, presque ignoré, de Sadio Camara https://galsenspring.wordpress.com/2013/08/30/commentaires-sur-le-livre-dun-militant-communiste-sadio-camara/ et si une frayeur ne vous habite pas quant à la possibilité que l’histoire du renoncement ne se répète, déchirez votre carte de membre PIT et achetez en une nouvelle, celle de l’APR.

    Dingass DIedhiou, votre camarade qui aime le parti et qui vous serre les mains, fraternellement.

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