1er MAI 2016: POUR UN SYNDICALISME DEMOCRATIQUE ET DE RUPTURE !

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Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Macky Sall a toujours semblé attacher une grande importance au dialogue social. C’est ainsi que le Comité national pour le dialogue social (CNDS) a été remplacé par le Haut conseil du dialogue social du Sénégal (HCDS), composé de 30 membres, organisme tripartite autonome rattaché au ministère en charge du Travail et renfermant en son sein des représentants des organisations d’employeurs, des travailleurs et du gouvernement. Il a également mis en place un Pacte national de stabilité sociale et d’émergence économique, signé en avril 2014. Malgré tout cela, le front social est loin d’avoir connu une accalmie

UNE PAIX SOCIALE CONSTAMMENT MENACEE

Notre pays connaît, en effet, depuis plusieurs mois une agitation syndicale permanente, surtout dans les secteurs de l’Education et de la Santé, mais aussi dans les secteurs de la Justice, des Impôts et Domaines, de l’Inspection du Travail…etc. , principalement liée au non-respect d’accords dûment paraphés par les représentants du gouvernement sénégalais et les leaders syndicaux.

Par ailleurs, on a pu noter les efforts laborieux déployés par l’Intersyndicale des travailleurs des collectivités locales pour amener le gouvernement à reconsidérer les absurdités de l’Acte 3 de la décentralisation, dans l’indifférence totale des syndicats des autres secteurs. C’est ainsi qu’on a pu assister à la perte par les travailleurs municipaux de leur couverture médicale, au licenciement ou au limogeage de certains d’entre eux, dont des médecins-chefs de centres de santé municipaux.

On ne peut nier que ces luttes syndicales ont forcé le gouvernement à opérer certains reculs, mais aujourd’hui comme hier, le problème est de passer des intentions proclamées, parfois par les plus hautes autorités de la Nation, à la matérialisation effective des revendications très souvent pécuniaires des travailleurs.

Il apparaît évident que les pouvoirs publics font preuve d’une inaptitude avérée à conduire de véritables concertations avec le monde du travail, ce qui tend très souvent à les conduire à la radicalisation.

En fin de compte, les acquis arrachés de haute lutte, loin d’être substantiels et structurants, vont peser lourd sur les finances publiques, au grand dam des officines financières impérialistes. Le temps n’est plus très éloigné, où notre pays sera confronté à une impasse budgétaire, du fait que nos gouvernants sont écartelés entre des préoccupations certes à haut impact social mais néanmoins électoralistes (bourses familiales, CMU, PUDC…) et la satisfaction des légitimes revendications des travailleurs.

LE SYNDICALISME SENEGALAIS EST-IL EN CRISE ?

En cette veille de fête du premier mai, il importe de marquer une pause et de réfléchir sur l’état actuel du monde syndical sénégalais.

Le soulèvement aux allures insurrectionnelles des populations contre les grèves répétitives à l’hôpital régional de Saint-Louis, les mouvements de protestation des élèves et de leurs parents face aux mouvements de grève des enseignants, leur exaspération devant les rétentions de notes sont révélatrices de rapports heurtés entre le mouvement syndical et les usagers du service public.

Par ailleurs le fort taux d’abstention lors des récentes élections des représentants du personnel étatique aux commissions administratives paritaires et aux conseils de discipline de 2016 semble indiquer que le mouvement syndical est victime de la même défiance constatée lors du référendum du 20 mars dernier, qui a atteint la classe politique.

C’est dire qu’il y a un besoin urgent pour le mouvement syndical de procéder à une introspection, une sorte de ndeup collectif pour renouer avec les nobles traditions de syndicalisme progressiste, qui semble avoir pris du plomb dans l’aile, depuis le début des années 2000.

Il est vrai que les centrales syndicales se meuvent de plus en plus dans des logiques politiciennes, adoptant des démarches propres aux lobbies et groupes de pression pour faire prévaloir les rentes de situation d’une aristocratie syndicale aux dépens des intérêts matériels et moraux des larges couches de travailleurs.

Une des meilleures illustrations de cet état de fait se trouve être l’inamovibilité des principaux leaders syndicaux constitués en ce qui ressemble de plus en plus à une gérontocratie repoussant toujours plus loin l’âge de la retraite syndicale. Pour garantir la pérennité de leur mainmise sur leurs organisations, les bonzes syndicaux ont dû étouffer toutes velléités contestataires, ce qui a fortement affaibli les ressorts démocratiques de l’action syndicale. C’est cela qui est à l’origine de la fragmentation du mouvement syndical dans la mesure où les directions syndicales embourbés dans le clientélisme et la corruption syndicale ont fini par perdre leur légitimité, leur crédibilité et leur représentativité aux yeux de leurs mandants. Pour accéder aux privilèges et aux instances de décision, plusieurs groupes se sont constitués en autant de syndicats aux contours difficiles à cerner, aggravant ainsi l’illisibilité de la carte syndicale pour les travailleurs.

Dans ces conditions, où les travailleurs sont pris dans le tourbillon de préoccupations corporatistes, la formation syndicale a été laissée en rade ou confiée à des officines libérales ou socio-démocrates véhiculant une conception réformiste du syndicalisme, prônant des notions concertation et de cogestion en lieu de place de conflit de classe.

Le discrédit progressif de l’action syndicale a aussi conduit à une désyndicalisation de plus en plus marquée ou la réduction du militantisme syndical à la recherche d’avantages personnels (nominations à des postes de responsabilité, affectations, bourses, billets de pèlerinage…) ou de protection pour échapper à d’éventuelles sanctions disciplinaires. Le comble dans ce processus de dégénérescence syndicale est le fait des travailleurs de plus en plus nombreux appartiennent simultanément à plusieurs syndicats du même Secteur, histoire de ratisser large et de ne rater aucune opportunité.

EN AVANT POUR UN SYNDICALISME DE RUPTURE !

Toutes ces tares du mouvement syndical ont pour résultat l’inefficacité des luttes, le manque de solidarité des travailleurs entre eux, l’absence de vision doublée d’un manque d’ambition pour inscrire les revendications syndicales dans la perspective globale du processus de libération nationale.

Il est urgent que la vieille garde syndicale qui n’a pas su capitaliser les opportunités des deux alternances politiques dans notre pays, laisse la place à une nouvelle génération de syndicalistes, qui devront s’engager pour un syndicalisme démocratique et de rupture.

NIOXOR TINE

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