Colloque sur les relations entre l’Afrique et l’Europe : Néolibéralisme, paix et développement

polit44Les relations entre l’Afrique et l’Europe aujourd’hui : Néolibéralisme, paix et développement

5e édition du colloque international de Dakar

23-24-25 novembre 2016, Université Cheikh Anta Diop de Dakar – UCAD II

Organisé par les fondations Gabriel Péri, Rosa Luxemburg, le PIT du Sénégal, le Département de philosophie de la Faculté des sciences et technologies de l’éducation et de la formation de l’université Cheikh Anta Diop, en partenariat avec la revue Recherches internationales

Depuis la crise de 2008, les forces dominantes du capitalisme accentuent la pression sur les populations, les territoires et leurs ressources. La survie du système impose la généralisation des politiques d’austérité et une nouvelle étape dans l’offensive pour la libéralisation des économies, dans le déni des exigences démocratiques aussi bien en Europe qu’en Afrique. L’Afrique et l’Amérique latine sont depuis des décennies les « laboratoires » de l’ajustement structurel dont est aujourd’hui victime l’Europe, auquel certaines forces politiques et sociales tentent de s’opposer, alors que dans le même temps le discours en Afrique met l’accent sur une politique dite d’émergence dont le sens est manifestement loin d’être univoque pour tous.

Ces dernières années, l’Afrique est devenue l’une des locomotives de la croissance économique mondiale, grâce principalement à l’exploitation de ses immenses ressources naturelles. Dans le contexte de crise économique du capitalisme, le continent africain est une des principales cibles de l’impérialisme, des puissances économiques émergentes, voire du sous-impérialisme sud-africain. Il se manifeste, dans le stade actuel de la mondialisation, un des phénomènes caractéristiques de l’« accumulation par dépossession » chère au géographe marxiste David Harvey. Le capitalisme est accumulation par exploitation et par dépossession, mais, dans son stade actuel – le néolibéralisme –, dit-il, « l’accumulation par dépossession sort […] de sa position subalterne pour devenir la forme dominante d’accumulation » : dépossession des services publics, des savoir-faire traditionnels, des terres et des ressources naturelles à grande échelle, etc.

Ainsi, c’est sans surprise que la performance économique ne s’accompagne pas d’une réduction des injustices sociales dans les sociétés dépendant essentiellement de ces ressources. Bien au contraire, cette croissance s’accompagne d’une accentuation des inégalités sociales entre d’une part une minorité – dirigeants politiques nationaux compris – alliée aux capitaux transnationaux, et d’autre part, la grande majorité des populations – malgré une certaine émergence de nouvelles classes moyennes –  dans un contexte non seulement d’épuisement de certaines de ces ressources mais aussi où les conséquences du changement climatique, présagées inégalitaires aux dépens des peuples, africains entre autres, s’intensifient.

Comment dans ce contexte parler d’émergence sans revoir le paradigme de développement mis en œuvre jusqu’à présent ? L’Europe et la France dans leur relation avec l’Afrique abordent-elles ses défis ? Les accords de partenariat économique entre l’Union européenne et l’Afrique s’inscrivent en tout cas dans cette logique de libéralisation de tous les secteurs économiques qui vise la suppression des instruments permettant une maîtrise publique des échanges et des investissements, comme le proposent par ailleurs les mega accords de libre-échange tels que l’accord de partenariat transpacifique (TPP), le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) ou l’Accord économique et commercial global avec le Canada (CETA).   

Il apparaît bien que l’usage des ressources naturelles africaines et la valorisation des potentiels du continent, plus qu’une question de simple gouvernance, est un problème de réinvention de la démocratie, de la souveraineté effective et permanente des peuples dans l’organisation, de l’échelle nationale à la panafricaine, du vivre-ensemble dont fait partie l’économie. Les relations entre le continent et l’Europe, et plus largement avec le reste du monde, leur impact sur les territoires et les populations, sont au cœur de ce débat.

Les populations, qui subissent cette hausse des inégalités et souffrent de l’absence de perspective, résistent dans des formes de luttes nouvelles jusqu’à provoquer de réels bouleversements. Leurs revendications sont à la fois socioéconomiques (accès aux besoins primaires, à l’emploi, à l’électricité) et démocratiques contre l’enrichissement illicite, pour le respect de la légalité constitutionnelle et des droits fondamentaux. Ces mobilisations collectives ont permis au Sénégal ou au Burkina Faso de mettre un terme à des régimes prédateurs sapant toute perspective de développement pour les populations. Des avancées réelles voient le jour concernant notamment le retour de la justice avec la mise en place d’institutions indépendantes, ou la dissolution de corps militaires autonomes au service de clans au pouvoir.

Ces résistances, qui se heurtent ailleurs à des pouvoirs répressifs déterminés, doivent être soutenues pour ouvrir de réelles perspectives de changement de l’ordre social. Dans ces phases de transition, l’échange entre forces progressistes est nécessaire. D’autant que le contexte est aussi marqué par le retour de la violence qui se nourrit des frustrations sociales, économiques et culturelles, et la recrudescence de conflits, selon un arc de crise traversant le Sahel jusqu’aux rives de la Méditerranée, de la Mer Rouge et de l’Océan Indien. Cette vague de déstabilisation profonde et durable s’accompagne d’une militarisation croissante des espaces et des relations entre pays au détriment de la coopération et de la paix et renforce des régimes antidémocratiques. La lutte contre le terrorisme est invoquée pour la justifier. Sans minimiser les menaces globales, il nous semble utile d’ouvrir un débat sur les défis et moyens pouvant réellement et durablement les endiguer, et sur l’instrumentalisation des menaces qui veut substituer aux questions sociales les questions identitaires.

Le colloque de Dakar pour sa 5e édition invite pendant 3 jours des responsables politiques, des syndicalistes, des acteurs associatifs et de mouvements citoyens, ainsi que des chercheur(e)s, à venir débattre de ces évolutions.

Programme

JOUR 1 : Mercredi 23 novembre

9h-10h : Allocutions d’ouverture : Samba Sy, secrétaire général du PIT, Alain Obadia, président de la fondation Gabriel Péri, Mamadou Kabirou Gano, chef du Département de philosophie de l’UCAD, Armin Osmanovic, directeur du Bureau Afrique de l’Ouest de la fondation Rosa Luxemburg.

Session 1 : Sortir des impasses du néolibéralisme, repenser la relation Europe – Afrique

10h-12h30 : Table-ronde : Peut-on sortir des politiques néolibérales ? (présidence Daniel Cirera, FGP)

  • Marios Katsis, député de Syriza (Grèce) : quels enseignements tirer de la crise grecque ?
  • Pr Adebayo Olukoshi, directeur régional de International IDEA (Nigeria) (sous réserve)
  • Jilani Hammami, député du Front populaire, secrétaire général du Parti des travailleurs : Résistances au néolibéralisme et à l’austérité en Tunisie 
  • Kjeld Jakobsen, directeur de la fondation Perseu Abramo (Brésil) : Un regard latino-américain : le cas du Brésil

14h-17h30 : Repenser et transformer la relation Europe – Afrique : quelles solutions face aux défis communs ? (présidence Ndongo Samba Sylla, FRL, et Michel Rogalski, revue Recherches internationales)

  • Accord de Partenariat Economique (APE), où en sommes-nous ? – intervenant : Jacques Berthelot, agro-économiste, membre fondateur de l’ONG Solidarité (France) ; discutant : Guy Marius Sagna, coordinateur de la Coalition Nationale « Non aux APE » / débat
  • Quel partenariat face au réchauffement climatique après l’accord de Paris ? Le cas de l’agriculture et de l’énergie – intervenants : Mamadou Amadou Sow, directeur général de l’institut national de Pédologie du Sénégal ; Robert Textoris, FNME-CGT (France) / débat

16h15-16h30 : Pause

  • Migrations africaines et politiques migratoires en cours – intervenants : Aly Tandian, GERM, Université Gaston Berger (Sénégal) ; Claudia Charles, GISTI-Migreurop (France) / débat

18h-19h : Projection – débat autour d’un extrait du documentaire Joola, pour qui brille le soleil ?, avec Claude Feix, réalisateur, Fabienne Pourre, fondation Gabriel Péri, et Magueye Kassé, PIT

***

JOUR 2 : Jeudi 24 novembre

Session 2 : Les luttes sociales et politiques au cœur du changement

9h30-13h : Mobilisations collectives, mouvements citoyens et impacts sur le et la politique (présidence Mamadou Kabiro Gano, UCAD)

  • Les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest – intervenant : Etienne Smith, Chaire d’Etudes Africaines Comparées (EGE Rabat), CERI Sc Po Paris ; discutant : Ibrahim Abdullah, université de Sierra Leone / débat
  • Les mouvements sociaux en Afrique du Sud et centrale – intervenants : Fasiha Hassan, secrétaire général adjointe de l’Union des étudiants d’Afrique du Sud ; Thierry Batoum, président de l’ADDEC (Cameroun) / débat
  • Les avancées de la justice et de la lutte contre l’impunité – intervenant : Koffi Ametepe, conseiller, Conseil national de la transition (Burkina Faso) ; discutant : Mamadou Mbodji, M23 (Sénégal) / débat

14h30-16h30 : Table-ronde : Alternances impossibles, alternances sans alternatives ? Est-ce le temps des alternatives citoyennes ? (présidence : Aminata Diaw Cissé, CODESRIA)

  • Jean-Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public du Cameroun
  • Mahamadé Savadogo, philosophe, université de Ouagadougou
  • Floribert Anzuluni, collectif Filimbi, plateforme Front citoyen 2016 (République Démocratique du Congo)
  • Dieynaba Ndiaye, psychologue, UCAD (Sénégal) : L’en-commun, un mouvement de résistance au néolibéralisme
  • Daniel Cirera, fondation Gabriel Péri

16h30-17h : Pause

17h-18h30 : Activité annexe : échanges entre forces politiques à l’invitation du collectif Afrique du PCF

***

JOUR 3 : Vendredi 25 novembre

Session 3 : Relation Europe – Afrique, paix et sécurité collective : quelles analyses et propositions à gauche ?

9h30-11h30 : Table-ronde : Jeunesse, radicalisation et djihadisme (présidence Fabienne Pourre, FGP, et Samba Sy, PIT)

  • Yousra Hamdaoui, chercheure associée à l’Institut Timbuktu
  • Dr Rahmane Idrissa, Society, Work and Development Institute (SWOP), Université du Witwatersrand (Afrique du Sud) : Politique et sociologie du radicalisme islamiste : de la religion à l’idéologie. Analyse comparative des pays sahéliens.
  • Alain Bertho, anthropologue, université Paris 8 – MSH Paris-Nord (France)
  • Hady Ba, philosophe, UCAD (Sénégal)

11h45-14h : Paix et contre-terrorisme au Sahel (présidence Michel Maso, FGP)

  • Gali Gatta Ngothé, député UFD-PR du Tchad
  • Moussa Tchangari, Alternatives Espaces Citoyens (Niger)

Discutant : Ibrahima Sène, PIT

15h30-17h30 : Session de clôture : Penser et construire l’Afrique du XXIe siècle : réflexions sur les limites des paradigmes et des imaginaires dominants. (présidence Lydia Samarbakhsh, responsable des relations internationales du PCF)

Après avoir été perçue comme marginalisée par la mondialisation à la fin du XXe siècle, l’Afrique est maintenant décrite comme étant sur la voie de l’émergence. Les Africains, de leur côté, à travers l’Union africaine, ont élaboré l’Agenda 2063 pour la paix, l’unité africaine et une prospérité partagée. Que valent de telles visions ? L’Afrique a-t-elle réellement son destin en main ? Quelle(s) utopie(s) pourrai(en)t utilement orienter, dans le contexte de crise civilisationnelle qui est le nôtre, la marche du continent au XXIe siècle.

  • Pr Ibrahima Abdullah, historien, Fourah Bay College, Université de Sierra Leone
  • Oumar Dia, philosophe, UCAD
  • Ebrima Sall, secrétaire exécutif du CODESRIA
  • S.N. Nyeck, Ph.D., chercheure, INCISE, Canterbury Christ Church University (UK)

17h15 : Conclusion : Michel Maso, directeur de la fondation Gabriel Péri

Cocktail de clôture 

***

Samedi 26 novembre 9h-14h30 : Atelier international d’échanges sur la protection sociale :

« La Couverture maladie universelle (CMU) : des ambitions à la réalité »

Organisé par le PIT et la collectif Afrique du PCF en partenariat avec la FGP, dans la salle de conférence de la RLS

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