RAPPORT MORAL DU SECRETAIRE GENERAL AU CONSEIL NATIONAL DU SDT/3S

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Camarades,

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs les membres du conseil national du Syndicat Démocratique des Travailleurs de la Santé et du Secteur Social « SDT-3S », je vous salue et vous souhaite la bienvenue à l’occasion de la tenue de cette première réunion de notre instance.

Depuis l’Assemblée Générale Constitutive constitutive(AGC) du vendredi 03 juin 2016, à l’hôtel Relais Route de Ouakam à Dakar, notre organisation syndicale, est née dans un contexte particulier, marqué par le désarroi des travailleurs et caractérisé par un de manque notoire de repères. Les militants et travailleurs du secteur de la Santé et de l’Action sociale avaient fini par se résigner, acceptant la fatalité induite par l’inaction des organisations syndicales et le jeu de la participation irresponsable prôné par le syndicat qui se déclarait pourtant majoritaire dans le secteur.  A sa naissance, notre syndicat a marqué les esprits par son orientation de rupture et de lutte qui consiste essentiellement à redonner espoir aux travailleurs quant à la prise en charge de leurs légitimes revendications.

S’appuyant sur les résolutions de l’AGC, le bureau exécutif sous ma direction s’est attelé à la tâche, en recherchant d’emblée la reconnaissance juridique et administrative de l’organisation,   en s’investissant dans les tâches d’implantation et de massification du syndicat dans toutes les contrées du SENEGAL. Comme vous pouvez l’imaginer, ces tâches n’ont pas été de tout repos, le chemin n’a pas été facile, mais force est de reconnaitre que des avancées significatives ont été réalisées dans certains dossiers, notamment celui de la reconnaissance et l’information des autorités. Cela, nous ne pouvons que nous en réjouir tout en félicitant les camarades et les encourager pour le travail énorme qu’ils ont abattu malgré le contexte particulièrement difficile.

Comme vous pouvez le constater, le contexte sociopolitique mondiale est marqué par le ralentissement de l’activité économique. Cette situation nuit aux marchés du travail. Le chômage est en hausse dans de nombreux pays en développement ou en transition, en particulier en Amérique du Sud et en Afrique sub-saharienne. Dans le même temps, les taux d’activité, en particulier parmi les femmes et les jeunes, ont baissé, et la précarité de l’emploi est devenue un problème de plus en plus répandu. La réduction de l’intensité de la croissance dans de nombreux pays, combinée à la stagnation des salaires réels, constitue un obstacle aux efforts déployés pour promouvoir une croissance économique inclusive et durable, un emploi et un travail décent pour tous.

Dans ce sillage, la réduction de la pauvreté exigera des efforts concertés en matière de politiques publiques. Le ralentissement généralisé de la croissance économique dans de nombreux pays en développement et la faible croissance des salaires dans la plupart des secteurs limiteront les progrès accomplis à court terme dans la réduction de la pauvreté. Les progrès à réaliser dans ce domaine dépendront dans une large mesure des politiques visant à réduire les inégalités, par exemple par le biais d’investissements dans l’éducation, la santé et les infrastructures, et du renforcement des filets de sécurité sociale

Certains pays ont vu leur situation économique s’affermir, tandis que d’autres – notamment les pays émergents et en développement – subissaient la pression de la chute des cours des matières premières et le durcissement des conditions de financement. Ainsi, les espoirs d’une croissance mondiale synchronisée et durable ont donc été déçus.

Dans certains pays, des tensions politiques ou géopolitiques se multiplient et amplifient les difficultés économiques. L’évolution de ces tensions en 2016 déterminera pour une large part les résultats macroéconomiques au plan régional et mondial.

Par ailleurs, les points chauds qui cristallisent l’attention de l’opinion mondiale se trouvent en Irak et en Syrie, à côté, le climat sécuritaire en Turquie, tenaillée par le terrorisme et une situation politique délétère. Conséquences : la crise des réfugiés venus d’Irak et de Syrie. Une crise qui met à rude épreuve les capacités d’absorption de l’économie et des marchés du travail de l’Union européenne, mais plus encore les systèmes politiques. Le projet d’encadrement commun du périmètre de l’UE et les tensions qui en découlent pour la libre circulation des personnes en Europe sont mises à rude épreuve. Mais il ne faut pas oublier que l’Afrique aussi paie un lourd tribut à cette migration qui déverse des milliers d’africains sur les côtes italiennes et nourrit l’océan par ces autres milliers de migrants qui n’ont pas eu la chance de réussir leur traversée et qui meurent en chemin.

Au Sénégal :

Situation économique

Selon la banque mondiale, la croissance de l’économie sénégalaise est ressortie à 6,4 % au premier trimestre 2016. Elle est principalement tirée par le secteur primaire et les bonnes performances des industries extractives, de la pêche et de l’agriculture. La bonne performance du secteur agricole, s’explique par des précipitations favorables et les très bons résultats des secteurs bénéficiant de programmes publics ciblés (arachide, riz et horticulture). Le secteur industriel a globalement perdu de la vitesse en dépit de la croissance soutenue des secteurs de la construction, de la chimie et de l’énergie. Enfin, le secteur des services, qui représente plus de la moitié du PIB, continue d’afficher une croissance rapide grâce à l’expansion des secteurs des transports et des télécommunications. Du côté de la demande, tous les secteurs enregistrent des résultats solides, les exportations connaissent une croissance rapide qui tient principalement à la hausse de la production et des exportations du secteur primaire.

Situation sociale

La banque mondiale situe le taux de pauvreté, à 46,7 % selon les dernières estimations, il reste élevé. Le taux de croissance du PIB est bien en deçà du niveau nécessaire pour faire reculer cette pauvreté, tandis que le poids de plus en plus important des exportations de biens à forte intensité capitalistique, au détriment de secteurs intensifs en main-d’œuvre, limite la création de nouveaux emplois. Une série de chocs enregistrés au cours des dernières années est venue freiner encore davantage les progrès. L’incidence de la pauvreté n’a que peu baissé (1,8 point de pourcentage) depuis 2006, tandis que le nombre absolu de pauvres, augmente, pour dépasser 6,3 millions.

Le niveau des inégalités reste modéré et se situe au-dessous de la moyenne enregistrée en Afrique subsaharienne. Les disparités géographiques restent cependant très prononcées : deux habitants sur trois vivent dans la pauvreté dans les zones rurales, et en particulier dans le sud du pays, contre un sur quatre à Dakar. Si le pays a enregistré un certain nombre d’avancées en matière d’accès à l’éducation, un nombre important de jeunes restent exclus du système scolaire.

C’est d’ailleurs pour améliorer le bien-être et le capital humain des plus pauvres, que le Programme national de bourses de sécurité familiale est mis en œuvre, avec sa composante couverture maladie universelle qui impacte directement notre secteur d’activité.

Au demeurant, nous notons que ces avancées économiques annoncées à grande pompe ne profitent évidemment pas aux travailleurs sénégalais. Pire, ces derniers n’arrivent pas à faire aboutir leurs revendications. Nous en voulons pour preuve le développement de l’activité syndicale dans notre secteur secoué par une crise qui perdure et qui est marquée par le déroulement de plusieurs plans d’actions des syndicats de la santé regroupés autour du Cadre Permanent des Syndicats de la Santé dans l’Action Unitaire (2SAU).

D’autres problèmes majeurs assaillent notre secteur, il s’agit entre autres de l’impasse autour de l’application du décret portant statut du personnel des EPS,   à cause de l’amateurisme et du manque de compétence dans le pilotage de ce dossier, qui empêche les travailleurs de bénéficier de cette composante de la réforme hospitalière de 1998.

Il y a aussi le problème du reclassement des infirmiers et sages-femmes d’Etat à la licence après le relèvement du niveau de recrutement en 2009. Ce relèvement du niveau de recrutement des IDE et des SFE,  les classe à la hiérarchie B1 au moment où leurs formateurs qui sont de deux ans plus qualifiés qu’eux, trônent à la hiérarchie B2 avec un diplôme d’état d’infirmier ou de sage femme plus des années supplémentaires de formation diplômante. Ceci est une aberration pour ne pas dire une incohérence administrative. La solution, pour nous, passe par le reclassement sans conditions des techniciens supérieurs de santé au niveau bac+5, leur permettant ainsi d’accéder automatiquement à la hiérarchie A,

Nous le réclamons, avec force, parce que les cas de jurisprudence en la matière foisonnent dans la fonction publique. Les preuves, on peut les trouver   dans les corps émergents de la l’éducation nationale, dans le cas des gardiens de la paix dans la police, des agents d’hygiènes, et des agents des eaux et forêts etc.

Autre problème qui gangrène le secteur public de la santé, il s’agit de la gestion des ressources humaines. En effet, elle constitue le tendon d’Achille du système sanitaire du Sénégal, car l’absence de démocratie et de transparence rendent floues les nominations qui sont plus basées sur le copinage et le relationnel que sur les compétences.  C’est le cas pour les postes de responsabilité comme les directions,  les services administratif et financier des hôpitaux, où des personnes sorties de nulle part, qui n’ont aucun diplôme ou qualification reconnu par la fonction publique pouvant leur permettre d’occuper de tels postes sont nommés.

 Par ailleurs, une large majorité du personnel travaillant dans les services publics de santé au Sénégal est composée de contractuels, pour ne pas dire des bénévoles. Parallèlement, plus de 200 agents qui partent chaque année à la retraite et ne sont pas remplacés poste par poste. Cela aggrave le déficit en ressources humaines qualifiées et réduit l’impact des recrutements.

 En ce qui concerne les recrutements au niveau du ministère, nous considérons que c’est une bonne chose. Depuis quelques années, nous notons des recrutements massifs au niveau du MSAS. Malheureusement, une large part est réservée au recrutement politique qui fait la part belle à de soi-disant « fonctionnaires de la hiérarchie A » avec des diplômes inclassables dans la fonction publique, au moment ou il ya plus 120 Cadres administratifs formés dans de grandes écoles ou instituts comme le CESAG, déjà agents de la fonction publique et du ministère de la santé, et qui sont là sous-utilisés alors qu’ils ne demandent qu’à servir.

Cette année, le recrutement de mille (1000) agents est prévu, c’est une excellente chose. Mais ce serait mieux, si ce recrutement ciblait essentiellement des professionnels de santé dont le système a grand besoin : des médecins généralistes et spécialistes, des infirmiers, des sages-femmes, des travailleurs sociaux et autres personnels administratifs et techniques indispensables au fonctionnement des structures de santé du pays.

En perspective, notre orientation syndicale fait de rupture et de lutte objective doit nous pousser à nous positionner sur les interactions qui agitent le secteur de la santé et de l’action sociale.

C’est pourquoi, notre position depuis la création du syndicat n’a pas varié, à savoir que notre soutien moral est sans faille pour la lutte des syndicats de la santé. Aussi, je voudrais saisir cette occasion solennelle pour poser les questions suivantes aux membres du conseil, à savoir :

1°) quelle doit être désormais notre position face à la lutte actuelle de la majorité des syndicats du secteur de la santé ?

Les arguments ne manquent pas, compte tenu du dilatoire des autorités. Sinon comment comprendre que pour la simple matérialisation d’un protocole d’accord, qu’on soit obligé d’user de l’arme de la grève avec tout ce que cela implique comme désagréments pour les populations ?

2°) la nécessité de nous affilier à une centrale syndicale, pour potentialiser nos actions et nos ressources, mais aussi pour augmenter notre visibilité au plan national et international. Il s’agira d’appartenir à une grande famille syndicale, connaître et se faire connaitre par les autres secteurs de la vie sociale du pays.

Après ces questions je voudrai aborder la question du reclassement des IDE et des SFE. A mon avis, nous devons d’emblée porter cette préoccupation des travailleurs parce qu’elle déstabilise, démotive et divise le personnel, tout en restant un déni de justice, qu’il faut rapidement éliminer pour une administration cohérente, équitable et performante.

Dans le même ordre d’idées, l’indemnité de logement, qui est une vieille revendication des organisations syndicales, doit occuper une place importante dans nos réflexions à venir eu égard à son importance dans la situation sociale des travailleurs.

La gestion démocratique des carrières et des mouvements de personnels également doivent nous préoccuper pour que la gestion clanique ou de type ‘’quotataire’’ ne soit érigée en règle pénalisant de fait les travailleurs et les organisations qui ne s’alignent pas.

Comment pourrions-nous, en ce jour symbolique, occulter la scandaleuse situation faite aux travailleurs municipaux, qui depuis plus de 2 ans sont sans couverture médicale et restent plusieurs mois sans percevoir leur salaire ?

Nous exigeons du gouvernement qu’il revoie sa copie, en ce qui concerne l’Acte 3 de la décentralisation qu’il a lui-même promis d’évaluer et de réajuster.

Enfin la dernière préoccupation que je veux partager avec vous, c’est la promotion de la formation continue à travers le passage par les concours et par l’octroi démocratique de bourses de formation. Le constat est fait, les commissions d’octroi de bourses sont devenues caduques au MSAS où tout se fait selon les désidératas de certaines personnes. Il s’agit du budget national ou de l’argent de la coopération internationale et à ce titre tous les agents éligibles doivent être d’égale chance.

Dans le même ordre d’idées, nous déplorons le fait que les jeunes médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes et autres cadres de la Santé rencontrent d’énormes difficultés pour se spécialiser, d’autant que la majorité d’entre eux ne sont pas recrutés par la Fonction Publique et sont obligés de se débrouiller comme faisant fonction d’interne ou travailleurs communautaires recrutés par les comités de santé, avec des « salaires » de misère.

Pour terminer, je voudrais exhorter tous nos camarades à redoubler d’efforts, car nous nous trouvons dans la phase cruciale d’implantation et de développement de notre syndicat. Cet outil unique que nous avons entre nos mains ne sera que ce que nous en ferons.

C’est pourquoi je vous rappelle le nom de cet outil : syndicat démocratique des travailleurs de la santé et du secteur social, cela signifie Démocratie, inclusivité, transparence. Toutes les catégories socioprofessionnelles ont un égal droit à militer dans ce syndicat.

Je vais conclure en réaffirmant que les taches qui nous attendent sont nombreuses, diversifiées et ardues. C’est pourquoi, j’invite chacun d’entre vous à travailler avec toutes les personnes ressources disponibles sans exclusion d’aucune sorte. C’est à ce prix que nous gagnerons la bataille de la reconnaissance populaire et celle de l’adhésion des travailleurs.

Enfin, pour être pratique, nous invitons les représentants des régions à travailler au renforcement des acquis par le recrutement et l’implantation des structures de base et de proposer un agenda pour la tournée nationale que nous souhaitons réaliser dans les meilleurs délais. Cela facilitera la planification des activités et la recherche des ressources nécessaires.

Chers camarades, je vous remercie pour votre présence et vous félicite pour les moyens propres que vous avez déployés pour honorer de votre présence cette auguste assemblée.

Vive le SDT-3S !

Fait à Dakar, le samedi 03 Décembre 2016.

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