JAMAALÉ

2016-12-14-050

Par BANDIA

Aux traditionnelles tournées économiques, et autres conseils des ministres décentralisés, le Gladiateur vient d’enrichir le lexique gouvernemental en y ajoutant « les tournées aux familles religieuses » sous la forme d’éprouvantes randonnées auprès de lobbies enturbannés de plus en plus nombreux. Nous assistons, sans oser le dire, à une dérive sans précédant aux conséquences imprévisibles. Certes, nous convenons que la liberté de croyance, et de pensée tout court, a toujours été garantie par le pouvoir, militaire et politique. Peu importe si ce pouvoir est démocratique, théocratique ou absolument monarchique. Mais puisque les religions ont besoin du pouvoir politique et militaire pour exister et ou prospérer, il ne devrait donc pas y avoir de scandale à voir la religion faire bon ménage avec la politique ou le religieux, nouer des alliances avec le politique.

La démocratie se veut le seul pouvoir garant de toutes les libertés de penser et de croire, du moins en théorie. Mais comme tout seigneur, elle réclame sa dîme, une onction ou ses impôts, en échange des services rendus. Il en résulte un commerce suspect de rétro commissions, qui inquiète et interpelle les démocrates de toutes confessions. L’interdiction du mariage entre les deux pouvoirs  en république laïque, incite en rendant possible un concubinage sans règles et sans limites. Et c’est justement cette absence de règles de conduite, d’encadrement législatif à Ndoumbélaan qui favorise un commerce illicite certes condamnable du point de vue de l’éthique, mais juridiquement et moralement inattaquable sur le fond et dans la forme entre ces deux pouvoirs. 

Malheureusement, la religion reste indépendamment de nos convictions et de nos sentiments, cette Grande Dame racée à qui nous rendons hommage simplement parce qu’elle est ce qu’elle est. Comparons la qualité des habitations à celle des lieux de culte, le niveau de vie des populations à celui du clergé toutes obédiences confondues, et nous nous rendrons compte de la dimension des sacrifices acceptés ou tolérés par les citoyens en faveur des religions et des religieux à leur détriment. Malgré les subtilités et les nuances dans le temps et dans l’espace, les politiques ont tout autant besoin du pouvoir spirituel. Qu’il s’agisse de flirter avec le rastafarisme en Jamaïque, de jurer sur la bible aux USA ou de laisser un prêtre bénir sa dépouille mortelle en France quelles que soient par ailleurs ses convictions religieuses, les politiques morts ou vivants nouent leurs destins avec les religieux.

Ndoumbélaan n’échappe pas à la règle et se construit en déconstruisant des types de rapports qui interrogent son passé, son présent, son avenir en tant que démocratie et en tant que république tout court. Ce qui nous choque, ce n’est pas seulement de voir la république à « genou » ou « couchée » devant les autels, mais bien la promptitude des gardiens des temples à bénir le Prince pourtant candidat dans une compétition à côté d’autres acteurs. Au cœur de la lutte pour le contrôle du pouvoir politique, les chapelles sont ainsi devenues une mise sociale à conquérir vers lesquelles croyants et hâtés se ruent, convaincus qu’il suffit de mettre dans la besace du Seigneur, la monnaie issue de leurs transactions avec le diable pour accéder au temple des immortels.

En revisitant l’histoire de Ndoumbélaan, on s’aperçoit que les prises de positions partisanes des confréries en faveur des prétendants au pouvoir politique sont tout sauf basées sur des considérations religieuses. L’historique fatwa en faveur de son adversaire par ses supposés frères confrériques avait définitivement convaincu l’Empereur déchu de la nécessité de tisser avec les familles religieuses de nouveaux types de rapports centrés sur les avantages mutuels. Il a donc poussé le bouchon plus loin, mis la barre très haut, ce qui oblige le Gladiateur à renchérir. Mais ce qui est nouveau à Ndoumbélaan, c’est la complexité et la complicité supposée ou réelle entre le Gladiateur les familles religieuses, qui ont atteint des sommets jamais égalés. Tout porte à croire qu’il sera difficile de revenir en arrière quelle que soit par ailleurs la volonté des futurs gouvernants. La multiplication des biens et services en leur faveur ou qui leur sont dédiés, les infrastructures, les enveloppes offertes lors des manifestations, les parrainages d’édifices et de monuments, les pèlerinages, les actes de dévotion et de soumissions, attestent d’une stratégie de polissage et de redéfinitions de rapports d’un type nouveau.

Pourtant, il est désormais avéré que les prières et les fatwas en faveur d’un candidat ne suffisent plus à garantir son succès à la sortie des urnes, même si contre un prétendant au trône, elles signent sans aucun doute une mort politique, l’échec de ses ambitions. Ceci pourrait aider à comprendre l’attitude plutôt conciliante des opposants, mais explique mal cette frénésie du candidat qui qualifiait les religieux de « simples citoyens » à les gaver de présents et à les couvrir d’honneurs. Assistons-nous à une volonté de monopole du pouvoir entre ses mains en le partageant avec ces derniers moins intransigeants que les partis politiques, ou s’agit-il d’une vision stratégique plus opportune qu’opportuniste, dans un monde ou l’extrémisme religieux fédère au sein des nébuleuses porteuses de violence, croyants et non croyants autour d’objectifs plus économiques, politiques et sociaux que spirituels ? Peut-on pour autant exclure une stratégie bien mûrie de l’usage du bâton et de la carotte aux mains d’un homme très averti, qui fait tout sauf révéler sa tactique à double tranchants ?

Les enjeux multiples autour du royaume aux dimensions géostratégiques fertiles et en passe d’entrer  dans le cercle fermé des fournisseurs de gaz et de pétrole, rendent ardue toute réponse objective. Mais la vérité se trouve certainement entre les deux, peut être la somme, plus que la résultante des deux droites. En attendant le verdict du temps et de l’Histoire, seule cour fiable, avec ses juges et ses assesseurs, nous nous contenterons d’évoquer les faits.

Les partisans de la thèse du Groupement d’intérêt économique (G.I.E) entre le Gladiateur et les foyers confrériques, fondent leurs arguments sur :

  • L’obsession puérile du Gladiateur à solliciter un second mandat bien avant l’heure à toutes les occasions ;
  • la mise en état d’alerte de ses partisans toujours prompts à ouvrir les hostilités contre toute voie discordante à sa politique ;
  • la multiplication des casseroles porteuses de germes de poursuites ultérieures pour sa famille politique et biologique ;
  • surtout cette stratégie à ne laisser aucune autonomie à ses partisans et alliés tenus de main de maitre avec laisse au cou et muselière à la bouche ;
  • Il a érigé les chefs religieux en institutions, n’hésitant pas à envoyer sa police et sa justice contre toute opposition même doctrinale au sein des confréries ;
  • Le Gladiateur a hérité et laissé se développer à l’ombre des principaux foyers confrériques des bandes loufoques, centres d’endoctrinement de jeunes en mal de repère, avec des gourous pas toujours en phase avec les confréries dont ils se réclament. Sans être armés, certains groupuscules s’habillent et s’identifient à des milices avec des généraux et des soldats. D’autres développent une sorte d’ascétisme laissant corps et biens aux gourous qui sont les seuls centres d’intérêt et les uniques interlocuteurs du Gladiateur. Dans tous les cas, ils développent une forme de violence et d’intolérance allant jusqu’à engendrer des morts et des victimes enterrées vivantes sans conséquence juridiques notables.

L’antithèse s’appuie plutôt sur sa posture quasi obsessionnelle par rapport à ce qu’il nomme lui-même les déviations religieuses, centrée autour des germes de radicalisation potentielle ou supposée, de franges en marge des confréries traditionnelles.

  • Au plan sécuritaire, il a développé une certaine rigueur préventive contre le terrorisme en traquant toute initiative d’extrémisme religieux (avéré ou non), sans accrocs avec les principaux foyers religieux.
  • Il vient de promulguer des actes particulièrement répressifs (pourtant pas dissuasifs pour les candidats au jihad, c’est-à-dire à la mort) pour sécuriser ses frontières.
  • Sans être en phase avec la plupart de ses homologues africains, il a accueilli, avec un succès mitigé, le forum sur la sécurité en Afrique, cette tentative d’ériger la capitale en centre international stratégique et opérationnel de lutte contre l’extrémisme avec la promesse contradictoire de la France de cession d’équipements militaires aux armées africaines, alors que le forum était centré sur le thème : « combattre l’extrémisme violent sans les armes ».

Si on peut regretter le concubinage de la république avec les foyers religieux, force est d’admettre que c’est bien cette proximité quasi fusionnelle, qui lui permet de taper avec succès sur les foyers du radicalisme identifiés. Et c’est peut être tant mieux. Mais la république laïque survivra-t-elle à ces pratiques ? Et à quel prix ? Malgré un succès relatif, on peut dire sans risque d’être démenti (objectivement), que cette stratégie sans consensus national avec les principaux acteurs politiques est sans lendemain. Le Gladiateur semble trop attaché à son trône pour laisser croire aux esprits les plus optimistes, que son action soit plus mue par les intérêts de la patrie avant ceux de son parti. Volontariste à souhait, il est seul, de plus en plus désolément seul au plan national et international.

Les chroniques de Bandia, Décembre 2016

* « JAMAALE » veut dire surenchère. « JAM NAANI » c’est gagner la mise en étant le plus offrant. Quand on dit « KENN DU MA JAMM NAANI », cela veut dire ne jamais abdiquer à surenchérir.

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