NON AUX PROVOCATIONS QUI ENGENDRENT LA VIOLENCE !

Par Bassirou S. NDIAYE

On a déjà entendu parler de matchs truqués et des joueurs maladroits, marquer contre leurs camps. Mais on n’a jamais vu de joueur déclarer se battre contre ses coéquipiers au cours d’une compétition sans changer de couleur ?

Ndoumbelaan a connu un ancien chef de l’Etat et d’anciens chefs de gouvernement transhumants, des militants et des secrétaires généraux de partis, des talibés et même des khalifes transhumants. De mémoire d’homme, Goorgorlu n’avait pourtant jusqu’ici, jamais vu ou entendu parler de candidat transhumant en pleine campagne électorale. C’est maintenant une réalité, et l’expression fait désormais partie du dictionnaire politique de Ndoumbélaan. Mais que diriez-vous en tant qu’arbitre d’une telle compétition ? Que feriez-vous en tant que supporteur ou spectateur ? Certainement rien du tout, parce qu’aucun règlement ne prévoit ce cas de figure inimaginable. Bien sûr vous seriez dépité, comme Goorgorlu noyé par la mare de listes, de couleurs, de candidats et de scandales.

Que feriez-vous si un clown décidait de transformer le sérieux débat d’idées attendu par un spectacle son et lumière pour prêter main forte à des candidats en perte de légitimité ? Que faire lorsque la musique et les klaxons s’expriment à la place de ceux qui n’ont rien à dire ou étouffent les discours de ceux qui ont quelques solutions même douteuses à faire entendre ? Certainement encore rien du tout, parce que la loi n’a pas prévu ce cas de figure impensable. L’autre jour pourtant, Goorgorlu dépité a fini par faire recours à une intifada improvisée pour montrer son désarroi. Pourvu seulement que ce geste maladroit ne soit pas assimilé à une « tentative d’assassinat contre un secrétaire général de parti» très protégé pour services rendus. « Kaso neexul … ».

Ceux qui croient bien faire en appelant à une campagne apaisée ignorent que la paix ne signifie pas, et vraiment pas du tout, l’absence de la guerre chaude. Ndoumbélaan est depuis longtemps un champ de violence, un Far West où les différends politiques se règlent à coup de marteaux, de sang et de trippes pourries de chiens jetées aux portes des adversaires, de défenestration de fonctionnaires jugés trop scrupuleux, d’embastillements suivis de « liberté provisoire » assortie d’obligations noyées dans de nébuleux protocoles nocturnes.

Physique ou verbale, la violence est le résultat des contraires qui se repoussent. Celui des riches et des pauvres, des travailleurs et des tricheurs, des voleurs et des honnêtes gens. La violence est le fruit de l’impunité accordée à une caste d’intouchables, à côté du mépris et de la terreur contre ceux qui refusent de se soumettre. Ndoumbélaan est depuis longtemps plongé dans la violence qu’on refuse d’écouter quand elle nous parle et condamnons lorsqu’elle se promène nue ou écorche un de nos luxueux bolides en parade dans nos rues cahoteuses ou inondées.

Ndoumbélaan est aussi un immense cirque, une sorte de « sabar u goorjigeen » où les genres et les nombres se confondent, en étouffant l’excellence au profit de la médiocrité. Les directions de nos sociétés nationales, centres de performance et/ou de régulation sociale, sont réservées aux partisans et souteneurs. Les sujets des examens et concours se vendent au plus offrants. Nos prestigieuses écoles et universités réputées sélectives sont concurrencées par de modestes établissements garantissant des diplômes crédités équivalents (avec un enseignement douteux), à ceux qui ont les moyens de se les payer.

Il faut s’attendre par conséquent à la violence sous toutes ses formes parce nous en avons semé les germes, et elle poussera :

  • Quand la morale aura fini de déserter nos villes et nos campagnes, nos foyers et nos lieux de travail,
  • Lorsque les prières de nos saints bouderont nos terres et nos cœurs souillés par le péché des uns et la lâcheté des autres,
  • Lorsqu’enfin toutes nos valeurs seront réduites en biens comptables cachés dans nos murs ou à l’abri dans des paradis fiscaux ;

L’histoire, ce juge sans état d’âme prononcera sans aucun doute son verdict. Et malheureusement, une génération innocente payera lourdement, comme elle a payé à Bagdad et à Tumbuktu, à Berlin et à Kaboul, la note salée laissée par une bande d’égoïstes antérieurs qui ignoraient la simple et noble notion de patrie.

 

Les chroniques de Bandia, Juillet 2017

 

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