L’INCONTOURNABLE NDEUP OU LA PSYCHANALYSE DE LA VIOLENCE

Par Bassirou S. NDIAYE

Pour un sentiment personnel dévoilé en public, deux Jeegs de Ndoumbélaan se retrouvent derrière les barreaux, accusées par la justice de crime de…. lèse-majesté. Pour l’organisation scandaleuse des élections républicaines, un ministre reçoit les félicitations du commandant (commanditaire ?), et s’attend à une promotion bien méritée pour services rendus. D’authentiques compagnons du Gladiateur, accusés de fraudes massives, de corruption et de pillages de ressources, sont reconnus et promus par la justice comme les dignes représentants des Goorgorlus à la chambre d’applaudissement.

Avant elles des hommes ayant tué, volé, torturé, défraichi nos institutions, souillé nos symboles, ont été amnistiés sans être jugés, comblés de biens et services, contre un « cessez-le feu » jamais effectif et obtenu le droit de se la couler douce à nos frais. Avant elles et plus récemment, des hommes ont dit pire, couverts par la loi qui a conçu une période d’impunité politique de trois semaines, pour leur permettre d’extérioriser leur mal de vivre, comme des patients dans un cabinet de psychothérapeute. Des hommes et des femmes ont avoué, derrière le parloir d’une église, des crimes et des délits et se sont vus absouts de leurs péchés.

Nos braves femmes n’auront cependant aucune chance d’échapper à la guillotine médiatique et sociale, parce que notre culture sociétale ne tolère pas la violence verbale publique. Elles ne seront pas amnistiées et ne se verront point absoutes de leurs péchés parce que le crime de lèse-majesté est imprescriptible à Ndoumbélaan. Notre société  recommande d’appeler le mensonge une « erreur » (njumte), la corruption, un « cadeau » (neexal), l’abus de pouvoir et d’autorité, un mal nécessaire… contre les faibles et les vaincus. Et pourtant malgré la subtilité des mots qu’impose la loi à ceux qui la maitrisent, ou la pudeur forgée à l’arrière-cour de maisons puritaines, plus de la moitié des sujets du royaume se reconnaissent dans les propos incriminés. Mais ceux qui pensent comme tel  ne le diront pas comme tel, en tout cas pas là où ça a été dit, ou peut être pas devant ceux qui les ont jetées en pâture ; par peur, ou parce qu’eux mêmes s’interdisent de révéler leurs intimes convictions en public ou devant des gens peu recommandables.

Notre justice indépendante et impartiale s’est « autosaisie », actionnée par l’autorité de tutelle qui l’a façonnée couchée plutôt que debout. Le sabre de Thémis en bandoulière, elle promet de laver l’affront, de réparer la faute. Mais la justice n’est pas une simple opération de chirurgie réparatrice. Elle se moque des dommages causés aux victimes, des coupables et des innocents. Son rôle  est de traquer les faibles et de punir les vaincus. Et puisque nos deux jeegs sont faibles et vaincues, elles sont donc des gibiers sur lesquels foncera Dame Justice, pour l’exemple et pour la peur qu’elle cherche à imprimer à leurs semblables, faibles et/ou vaincus (neew doole, mooy toogne ). Leurs explications et leurs éventuelles excuses devant les juges ne seront pas entendues comme une amande honorable et/ou des confessions, mais retenues comme des aveux pour justifier de futures tortures physiques et morales, derrière les portes closes d’une prison.

Dans la lutte pour la conquête de pouvoirs, les politiciens ont sans péril introduit dans nos foyers la violence durant leurs trois semaines d’impunité républicaines. Le sujet a par la suite été développé sous toutes ses formes, amplifié par des pratiques indignes d’une république même bananière : corruption, achat de conscience, débauchage de concurrents en pleine campagne, etc. En introduisant la violence, ils ont utilisé Goorgorlu comme un canon pointé vers le Gladiateur, appuyé sur la gâchette et éjecté Jeeg comme un projectile, perçu comme l’unique responsable des dégâts. Ils ne lèveront donc pas le petit doigt, en dehors de quelques protestations formelles bien mesurées. Ce qu’ils cherchent, c’est des pouvoirs et surtout pas de distinctions de bravoure.  Ils veulent être des héros et ont besoin de martyrs qui répandent leur sang et leur sueur sur les champs de bataille.

Une lecture unilatérale de l’utilisation des TICS voudraient en faire des armes de nuisance et de destruction aux mains de spécialistes qui en abusent, et/ou de profanes qui les utilisent mal. Une autre lecture est pourtant possible. Les TICS sont une arme de répression, aux mains de la puissance publique, lui permettant de nous localiser, de nous suivre, de nous écouter et de nous enregistrer à notre insu. Les TICS sont également des outils aux mains d’une armée d’indicateurs, d’espions et d’informateurs capables et coupables de délations, mettant à la disposition d’une police aux pratiques pas toujours républicaines, des confidences ou des données confidentielles qui n’auraient jamais du franchir le cercle intime dans lequel elles ont été tenues. Sous cet angle, les gestionnaires de sites qui rendent publiques de telles informations sont des délateurs conscients ou inconscients, au service de puissances.

L’espionnage a toujours été au cœur des états. Il permet de gagner des guerres, d’éviter des défaites militaires, d’acquérir ou de perdre des richesses techniques et technologiques,  de préserver la sécurité des états et des nations. Dans la compréhension populaire, l’espion est un spécialiste du renseignement qui se bat pour collecter des informations (politiques, militaires, industrielles, techniques et technologiques ), utiles pour la sécurité et le développement d’une puissance. S’il agit au profit de son propre pays, l’espion est un patriote, un soldat en guerre, traité comme tel s’il venait à être neutralisé par ses adversaires. S’il agit au profit d’une puissance autre que son propre pays, on parle de mercenaire. Mu par les intérêts d’une puissance étrangère au détriment de sa patrie, il devient un traitre.

Politique ou militaire, les états même démocratiques, les dictatures et les forces d’occupation d’un territoire s’appuient sur une police avec un réseau d’espionnage dont des informateurs et des indicateurs instrumentalisés ou conscients, au bas de l’échelle. Ces derniers ignorent le renseignement et ne sont que des James Bond en herbes incapables de mesurer la portée de leurs actes. C’est ainsi que le scandale autour des élections a subtilement été détourné par un débat à la Dreyfus autour de propos tenus par des dames dépitées et qui sont devenus pourtant anodins et banaux dans nos foyers, nos lieux de travail et de loisirs.

De simples citoyens et d’éminents intellectuels ont cru par devoir, prendre partie, convaincus qu’il ne s’agissait là que de simples questions de morale et d’éducation. Parents et enseignants jugés seuls responsables en prennent pour leurs grades, accusés d’incompétence, de laxisme et de fuite de responsabilités. Et pourtant, s’il y a une certitude, c’est que la jeunesse fera de plus en plus appel aux TICs pour déverser sa bile, parce qu’aucun média traditionnel ne lui offrira sa Une. C’est le mode d’expression d’une génération comme l’a été les années hippies, pour leurs pères, le recours aux cocktails Molotov pour leurs ainés. Si elle doit dormir en prison pour çà, c’est le prix à payer. Elle a choisi les TICs pour sa révolution à la place des kalachnikovs, parce qu’elle a découvert en elles, une arme performante et moins meurtrière pour dénoncer l’injustice et promouvoir un nouvel ordre social.

Les chroniques de Bandia, Aout 2017

 

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