POUR L’EXTINCTION DES «DINOSAURES» MEDICO-SANITAIRES !

POUR UNE ÉMERGENCE DU SYSTÈME DE SANTÉ SÉNÉGALAIS OU L’EXTINCTION DES « DINOSAURES » MÉDICO-SANITAIRES

Le Pr Awa Marie Coll Seck fut sans nul doute l’un des meilleurs ministres de la santé de notre histoire. Elle a cependant eu le plus mauvais entourage de tous les ministres de tous les départements confondus. Ses collaborateurs, les plus proches se targuaient d’être les dinosaures du système. A ce propos je ne comprends toujours pas notre propension à nous identifier à des animaux. Mon ancien et vieux professeur de développement de soi et leadership transformationnel me faisait toujours sourire quand il nous demandait de décrire l’animal qui était en nous. A-t-on vraiment besoin d’être lion, aigle ou éléphant pour faire jaillir les vertus et qualités qui sommeillent en nous ? Assurément non !

Nos dinosaures éclairés se sont employés pendant plusieurs années à une déstabilisation profonde, un démembrement cynique et une déstructuration délibérée d’un système de santé qui faisait la fierté de milliers de travailleurs et constituait un bel exemple de réussite post-indépendance. Tous les piliers du système ont été infectés. J’emploie ici, à dessein, la métaphore pathologique pour décrire l’ampleur des dégâts constatés dans la quasi-totalité des sous-systèmes.

 Les infrastructures, elles demeurent un pilier fondamental et englobent entre autres les établissements de santé. La direction qui l’incarne peine encore à atteindre son autonomie car comment comprendre qu’elle puisse doter d’ambulances médicalisées citadines à des postes de santé ruraux qui ont besoin de véhicules adaptés à des terrains hostiles pour assurer une référence correcte. Comment comprendre la dotation d’ambulances médicalisées à des postes de santé où l’infirmier chef de poste ne maitrise pas encore la manipulation d’un défibrillateur et qu’on soit obligé de les retirer de ces ambulances ? Pour quel usage ? Comment comprendre que cette entité ne puisse pas encore intervenir de manière inclusive dans les différentes étapes de la gestion de la logistique du Programme Elargi de Vaccination par exemple ?

Les ressources humaines, elles, demeurent sans nul doute la matière première par excellence du système. Je parle de ces médecins, infirmiers, sages-femmes et autres agents de santé en position avancée, barrant la route aux affections de toutes sortes (rougeole, tuberculose, paludisme, VIH). Je parle de ces braves agents qui prennent en charge les populations de Dakhaba Mandingue, de Dawady, de Ndiéyene Sirakh, de Kongoly, de Mbadakhoune ; ces agents dont personne ne veut prendre la place pour comprendre leurs priorités et prendre leurs avis ; ces agents au salaire dérisoire, ces non recrutés.

Le développement socio-économique du Sénégal passe par une prise en charge correcte des travailleurs de la santé et de l’action sociale car c’est eux, qui, en définitive entretiennent le capital le plus important qui soit : la santé.

Parlons des « produits et technologies médicaux essentiels » !

Je fustigeais dans un précédent article la tendance des responsables de structures à incriminer le code des marchés pour justifier les ruptures récurrentes de produits pharmaceutiques et consommables. Je reste convaincu qu’une planification rigoureuse à tous les niveaux nous éloignerait des difficultés d’approvisionnement. On ne peut pas se permettre de dormir sur nos lauriers alors que les enfants continuent à être décimés par les diarrhées faute de SRO/Zinc, les malades tuberculeux à contaminer parce qu’il n’y a plus de rifampicine, les femmes enceintes être à la merci du paludisme parce que la sulfadoxine pyriméthamine reste introuvable. Une autorité qui se respecte ne se pardonnerait pas de manquer à une obligation fondamentale de sa mission celle de mettre à la disposition des populations les produits qu’elle doit leur délivrer de façon continue. Autrement cette autorité servirait à quoi ?

Le système d’information sanitaire, il n’a pas échappé et c’est de bonne guerre à la tyrannie du quantitatif et à une parcellisation à outrance des producteurs d’information. L’information n’est la propriété exclusive d’aucune direction ni d’aucune autorité. « Les informations qui ne sont pas reliées par un tout, supportées par une vision sous-jacente qui leur donne sens, morcellent nos connaissances et les détruisent ». Les différents programmes se sont pendant trop longtemps trop affranchis de la logique d’animation du système allant des fois jusqu’à s’ériger en entité autarcique foulant ainsi au pied les logiques élémentaires de rationalité principielle.

 Enfin, le financement du système de santé a souffert du manque de leadership qui fait que jusqu’à aujourd’hui moins de 15% du budget national est encore consacré à la santé. Par ailleurs, le dispositif de financement devrait être sécurisé, pérennisé et supporté.

Enfin, le système devrait se séparer de ce type d’autorité qui, pendant plusieurs décennies a fait de l’amélioration de l’environnement de soin son cheval de bataille sans avoir amélioré lui-même son environnement caractérisé par un laxisme et un népotisme indicibles.

Une autorité qui continue à parler d’environnement de soin alors qu’à Kaolack près de 2 enfants mouraient tous les jours en 2015.

Une reprise en main du système de santé s’impose aujourd’hui, le chantier du nouveau ministre de la santé et de l’action sociale sera d’abord l’assainissement humain de son entourage immédiat ; un démantèlement et un anéantissement méthodique et rigoureux de l’establishment médico-socio-sanitaire. Ces oligarques qui ont obligé plusieurs compétences à la démission et qui ont entrainé la prolifération des ministères de la santé bis devront rendre le tablier ou être obligés à le rendre.

Latsouk Gnilane Diouf

Economiste de la santé

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