INVITES

SUNU MANDA-BI.

Dans sa quête de solution à la DQ trahie par une première alternance historique, Goorgorlu avait choisi de remplacer l’Empereur par son plus fidèle serviteur, et plus simplement le roi par le bouffon du roi. A quelques mois du terme d’un mandat légal de sept ans que la morale avait pourtant réduit à cinq, il constate avec amertume qu’il a encore été trompé. Comme la majorité de ses compatriotes, il a certainement été abusé par le discours et les thèmes développés par celui qui avait participé à tous les méfaits, encouragé tous les vices et tous les maux de l’Empereur. Pouvait-il douter à cet instant de la sincérité du repenti ? En tout cas, il n’était pas le seul à succomber devant la pertinence des mots de l’enchanteur, pour remédier aux maux dont il était plus qu’un simple co-auteur ?

Sans démentir Georges Orwell pour qui : « Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres n’est pas victime ! Il est complice. », Goorgorlu pourra toujours plaider des circonstances atténuantes. En lui proposant une « République des valeurs avec une gouvernance sobre et vertueuse », le Gladiateur résumait tout le cri de guerre des manifestants qui avaient payé un lourd tribut face à une police toujours loyale au roi, avec ses Javerts capables et coupables de dompter les misérables, sans état d’âme. Choisi par défaut au détriment des candidats des « Assises Nationales » empêtrés dans une querelle de chiffonniers, le Gladiateur a subtilement manœuvré pour se faire tolérer d’abord,  puis manipulé pour s’imposer.

Son mandat inauguré avec la mise en place d’instruments et d’institutions conformes à son discours de campagne, a su fédérer autour de sa personne une dynamique républicaine encore pleine d’amertume envers l’Empereur et ses partisans. A cet instant , l’opposition se résumait presque exclusivement aux partisans de l’Empereur dont la posture ressemblait plus à une réaction de survie face à la reddition annoncée des comptes. C’est cette amertume mal contenue qui a dû amener des démocrates pourtant sincères à cautionner le premier véritable chantier du Gladiateur : « réduire l’opposition à sa plus simple expression » sic. Sans le savoir ils ont alors flirté avec le diable en se fiant à des mots chargés de maux.

Aujourd’hui, l’opposition qui s’est élargie et surtout diversifiée sans s’enrichir, porte l’héritage de cette sentence inique. Toute opposition la portera désormais, comme un péché originel. Si les mêmes mots ne veulent pas dire la même chose pour les uns et les autres, l’opposition de Ndoumbélaan reste pour le Gladiateur ce panier à crabes voué à la géhenne, à partir duquel, il tire de temps à autre un sujet jugé propre à la consommation, ou du moins une pièce bonne au recyclage. Les transhumants et les allié…nés de la vingt-cinquième heure, comprendront. Ceux qui ont échappé à la nasse après avoir flirté avec lui, ont laissé trop de plumes, quelquefois tout leur plumage, pour se permettre de rebondir. Leur séjour auprès du Gladiateur où ils ont fait ou laissé faire, les rend suspects auprès de l’opinion et de l’opposition, où le droit d’ainesse confère malheureusement aux partisans de l’Empereur déchu, une position dont on ne peut pas ne pas tenir compte.

Le Gladiateur a bénéficié et profité d’un état de grâce pour déformer la décentralisation en inventant l’ACTE III, une véritable coquille vide qui a effacé de la mémoire les traces de l’amorce d’une décentralisation plus réfléchie, souvent consensuelle, certes lente mais dynamique, linéaire et évolutive. Il a souillé la constitution en imposant un référendum conçu comme une ligne de démarcation entre les bons et mauvais Goorgorlus. En vouant aux gémonies tous ceux qui ne pensaient pas comme lui, il a entrepris une chasse ciblée, mettant sous le coude des scandales et cherchant des poux sur la tête des candidats potentiels ou déclarés. Contre le programme de campagne pour lequel il a été élu, le Gladiateur a troqué un plan conçu par les multinationales, et imposé aux collaborateurs de la Françafrique (chargés de le « naturaliser ») à l’intérieur de leurs frontières.

Dans l’attente de ce « manda-bi », la réalité est en passe de dépasser la fiction. Le Gladiateur semble avoir pris trop d’engagements, qui nous échappent et très certainement envers des forces occultes en lien avec les ressources naturelles. Il s’est surtout endetté, au point d’affoler les compteurs des institutions de Bretton Woods. Il a désorganisé tous les partis politiques classiques, dont il tient en laisse les états-majors, assignés au maintien de l’ordre au sein de leurs propres troupes. Il a infecté la société civile, déstabilisé le patronat national, anesthésié les syndicats et porté un rude coup à la crédibilité du clergé   musulman.

On le dit obnubilé par un second mandat, et même « disposé à discuter » de la probabilité d’un troisième que « sa constitution » obtenue au forceps n’exclut pas définitivement. Indifférent au moral de ses troupes, il se moque de la morale, car pour lui, seule la fin justifie les moyens. Certains le croient avide de pouvoir, d’autres le prennent pour un illuminé très éloigné des réalités de Ndoumbélaan. Mais n’y a-t-il que ça ? Le Gladiateur est-il vraiment libre de ses actes ou serait-il prisonnier de castes locales qui tirent profit de son règne, et surtout de lobbies étrangers qui le tiennent plus qu’ils ne le soutiennent, pour garantir des intérêts économiques et géostratégiques colossaux ?

Le Dr. Agostinho Neto disait comprendre les allégeances de présidents autoproclamés Maréchal et même Empereur numéroté. Un QI trop faible pour leur niveau de responsabilité ne pouvait s’accommoder avec l’indépendance de leurs États, synonyme de sevrage précoce avec le colonialisme français. Mais Le Gladiateur n’est certainement pas un attardé mental, même si son parcours atypique le créditerait d’un coup de pouce d’un Foccart du troisième millénaire, plus acceptable qu’un coup d’Etat. S’il n’est pas particulièrement intelligent, il est rusé et manipulateur, tenace et capable de supporter les coups de ses adversaires intérieurs. Il est conscient que le danger ne viendra pas de Ndoumbélaan, mais des véritables maitres du jeu, capables de tirer les ficelles et d’amener une bande de « révoltés légitimes » vers un bain de sang à lui coller sur le dos, ou peut être, de soulever les questions encore pendantes de corruption d’athlètes et de fédérations ayant battu tous les records dans ce domaine et dont il serait bénéficiaire.

Ceux qui font appel au patriotisme du Gladiateur, ne le connaissent pas. Ceux qui croient lui faire peur en brandissant nos lois, se trompent. La haine est étrangère à la culture de Ndoumbélaan, et Goorgorlu pense plus à pardonner les assassins de ses camarades qu’à honorer ses morts. D’Anouar El Sadat à Ben Ali, de Pinochet à Noriega, en passant par Saddam Hussein et autres Hissein Habré, l’impérialisme a toujours su utiliser à son compte des hommes de mains comme un bonhomme de neige, avant de les laisser fondre aux premiers rayons de soleil de leurs peuples. La Cour Pénale Internationale ou l’exil ? N’est-ce pas cette peur qui le tourmente ? Dans ce cas, n’est-il pas plus à plaindre qu’à condamner ? Faut-il le combattre ou tenter de libérer le soldat des griffes de ses adversaires ? Il faudrait alors avoir une autre lecture de ce « dialogue national » qu’il brandit périodiquement et que ses adversaires perçoivent comme un prétexte pour légitimer sa position.

La tâche ne sera pas facile, d’abord parce que le Gladiateur nous a habitués au reniement de sa parole et à la négation sans retenue de faits avérés. Ensuite et surtout, parce que manifestement, l’impérialisme a encore besoin de celui qui est certainement l’un des rares de sa génération, encore capable de marcher sur les traces d’un Mobutu ou d’un Bokassa. Enrôlé de force ou noyé dans un environnement complexe où il joue sa survie, au propre comme au figuré, son appel au dialogue pourrait être compris comme la quête d’une bouée de sauvetage d’une victime, pour s’exfiltrer.

Et s’il n’est que trop tard pour accepter ce dialogue, il ne sera plus que temps, de nous entretuer.

Ceey, sunu manba-bi !

BANDIA, JANVIER 2018

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