INVITES

JALLO PICC ET LA MARE D’AUTOMNE DE NDOUMBELAAN

Par Bassirou S. NDIAYE

La foi en la victoire, le courage et la ténacité, quel que soit par ailleurs le rapport des forces, c’est la principale leçon à retenir du combat entre David et Goliath. Cette abnégation incarnée par « l’enfant du peuple » issu des couches sociales les plus modestes, le Gladiateur a donné l’illusion de la porter en bandoulière en défiant l’Empereur. S’il n’était pas un Che ayant renoncé à la richesse et au confort liés à sa condition pour se mettre au service des opprimés, « les damnés de la terre » l’admiraient, certains que le « pouvoir allait changer de base » à Ndoumbélaan.

Au sein de l’arène de la corrida où une quinzaine de ses compatriotes a laissé la vie, il n’avait pourtant joué qu’un modeste rôle de matador, bien au chaud dans les tribunes durant les affrontements, avant de se présenter en héros pour achever la bête terrassée par les coups des toreros sous les olé.  C’est ça l’histoire, même si une arithmétique démocratique lui a octroyé une « victoire écrasante » de plus de 3/5 des votants qu’il brandit mal, et un peu trop abusivement aux yeux du monde, contre l’Empereur et ses partisans.

Alchimiste ou stratège politique, le Gladiateur a réussi là où tous ses prédécesseurs y compris le colonialisme français ont échoué : museler la gauche combattante. En s’appuyant sur une partie du quart des votants du premier tour, dont la composition grégaire reste chargée, malgré notre pudeur à le dire, et auquel est venue s’additionner la pitance des toreros avec qui il n’avait jamais partagé ni les mêmes visions, ni le même itinéraire et encore moins la même lutte, il a réussi à assoir un pouvoir plein d’espoir qu’il a souillé progressivement par de répréhensibles décisions jamais revendiquées. Avec subtilité, il a servi aux Goorgorlus, un « supu kanja de la discorde » inédit, dans lequel tous les ingrédients se retrouvent ou se devinent, sans donner les mets promis pour lesquels certains ont consacré toute leur vie, rendant les arguments entre partisans et adversaires difficiles à trancher.

Le Gladiateur a dans un premier temps, tendu ses pièges à la faune politique qui avait soif de titres, d’honneur et/ou de biens matériels, avant de les enfermer dans une cage « dorée » pour certains, à l’intérieur de laquelle les espèces de mêmes familles se crêpent le chignon. Bien servi dès l’entame, le duce (toujours partant, jamais gagnant), et non moins octogénaire lanceur de pierres sur les forces de l’ordre, a vite fait de clore le débat au sein de son parti en excommuniant tous « les imbéciles » SIC., qui osaient s’opposer à ses choix.

Au sein des verts, le Général de l’Est promu Secrétaire Général par défaut à l’occasion d’un historique « congrès sans débat », a rendu les armes sans vraiment livrer une bataille même de principes, et décrété la collaboration sans réserve. Tenu et ou retenu par les textes d’un parti plus structuré, il dû manœuvrer, patiemment avant de parvenir à se débarrasser de ses « rebelles têtus » SIC. Le dernier maroquin taillé sur mesure pour lui, et qui rappelle la « zone libre » sous le III. Reich, lui a permis en rendant possible les rafles ciblées, pour alimenter les « chambres à … de Rebeuss » que notre Raspoutine national pourra qualifier plus tard d’un autre « détail de l’histoire ».

Les composantes les plus significatives des forces de gauche de sa « majorité » d’ailleurs de plus en plus relative, logées à la périphérie de tous les pouvoirs, ne sont plus que les boucliers contre lesquels se heurtent sans pour autant se briser, les assauts de leurs propres frères. Pour une poignée de CFA au crépuscule d’une vie, un parasol déployé au-dessus de leurs têtes à l’ombre, leurs dirigeants ont fait table rase des glorieuses années de lutte dédiées aux Goorgorlus, comme le maréchal Pétain naguère avait oublié Verdun. Parce que la collaboration est une chaine de l’asservissement, une usine de fabrication de renégats, et de nègres marrons, ils boiront le vin jusqu’à la lie, en baissant des têtes aux cheveux peints aux couleurs de leur vingt ans, quand ils sont invités à défendre leur position sous les projecteurs.

Le test concluant avec la faune politique, il s’agit à présent pour Jallo Picc, de déployer la stratégie à une échelle d’une nouvelle dimension. En six ans de règne, il a tari ou laissé tarir, par incompétence et/ou par un calcul machiavélique, toutes les sources du royaume. Il a coupé les vivres à des millions de ses sujets dont le nombre de chômeurs et d’affamés est passé au tiers de la population. Il se croit désormais libre et libéré pour déployer ses filets à travers son « année sociale », convaincu que Goorgorlu viendra obligatoirement boire à son unique point d’eau pour survivre. « Xalel ci tangay, xaar ko ci taatu ndaal ba ». Combien tomberont dans la nasse par choix ou par nécessité ? De ce paramètre, dépendront les résultats d’un scrutin qu’il « gagnera ou gagnera », parce qu’il ne peut pas se permettre de le perdre. Et c’est bien là, les racines du mal qui guette le royaume.

La faune politique ayant échappé à ses griffes, et qui lutte pour le pouvoir, engagera sûrement toutes ses forces dans cette bataille, annoncée comme ultime pour certains. Elle revendiquera porter les aspirations des Gorgorlus pourtant bien modestes et très loin de ses préoccupations. Elle cherchera les meilleures combinaisons possibles, se composera et se recomposera, au grè de la météo politique et sociale, des opportunités, et pourquoi pas, se décomposera en misant au loto là, où les gains sembleront les plus juteux.

Parmi la faune politique, le Gladiateur est pourtant, celui qui assume certainement le mieux, le courage d’être lâche. Candidat déclaré à sa succession immédiatement au lendemain de son élection, il ne compose avec ses alliés qu’en termes de supporteurs de sa personne. Parce qu’il veut garder le pouvoir par tous les moyens, il s’emploie à rendre ses projets possibles, ses intentions visibles et audibles en faisant recours au besoin, aux services du ministre-pleureur, connu comme le fou du village qui dit tout haut ce qui se murmure dans les couloirs du palais.

Il a étouffé au propre et au figuré tous les foyers potentiels de menace et de concurrence à l’intérieur de ses rangs. Ses bouillants compagnons des premières heures excommuniés, ses prétendus idéologues reconvertis en coursiers, accélèrent la cadence pour remplir de nébuleuses et fantomatiques missions dont ils seraient chargés.

Après la fragmentation des collectifs, il s’est fixé comme objectif de neutraliser les individualités au sein de l’opposition déclarée ou non. Comme un certain roi avait décidé de tuer tous les nouveau-nés de son empire pour éviter la survenue du Messie, il s’est mis à traquer même les porteurs de slogans suspects. Malgré l’absence de volonté affichée, les virées un peu trop médiatisées de simples citoyens à l’intérieur du royaume, apportant quotidiennement des démentis cinglants aux affirmations du pouvoir sont perçues comme un danger. Certains le soupçonnent aussi de manipuler les textes en y insérant des mots, des points et des virgules que le conseil constitutionnel (connu et reconnu pour ses compétences à se déclarer incompétent), pourrait être amené à évoquer pour lui donner raison en cas de litige.

Le Gladiateur ne le sait pas encore, mais il serait plus dangereux de gagner les élections que de les perdre. L’agitation de la faune politique qui cherche à s’emparer du pouvoir est de loin, statiquement et statistiquement très inférieure à la lave populaire qui couve et que ne retient que la certitude peut être naïve, que son malheureux compagnonnage avec le régime du Gladiateur prendra fin dans un futur proche. Cette lave jaillira de son cratère, sourde et muette à la brutalité policière et aux immanquables appels des régulateurs sociaux, condamnés pour s’être tus ou pour avoir pris des positions absurdes aux moments où ils étaient les plus attendus. La lave contestataire jaillira de son cratère, même si une vérité des urnes démocratiquement crédible, qui s’imposerait à ses aux politiques, annonçait l’obligation constitutionnelle aux Goorgorlus, d’un insupportable nouveau bail.

Le Gladiateur même s’il ne le sait pas encore, dispose beaucoup plus d’actionnaires que d’alliés, dont la majorité est prête à miser ailleurs en cas de menace ou de faillite du groupement d’intérêt économique qu’il préside.  Seuls les rebuts politiques et sociaux dont ne voudrait aucun repreneur potentiel de l’entreprise, jouent encore les va-t-en-guerre dans un environnement où la sémantique de paix de ses plus proches collaborateurs est inversement proportionnelle à la violence du génocide politique qu’il a initié et continue d’alimenter sans jamais l’assumer.

 

BANDIA, AVRIL  2018

Les chroniques de Bandia

 

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