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LE WANGO DU GLADIATEUR

Gladiateur4Le Gladiateur a depuis longtemps sacrifié toutes les possibilités de concertation en faisant de sa ligne de conduite  politique : « écouter tout le monde, et n’en tirer que ce qui m’arrange » SIC. Et puisque ce qui l’arrange est toujours contraire aux intérêts de Goorgorlu, notre héros national a pris la décision unilatérale de rompre toutes relations avec lui. Armé de son  « daas fanaanal, », il attend avec impatience, l’occasion de lui asséner son « boldé vengeur ».

Les démocrates du royaume ont souvent condamné par principe, la politique de la chaise vide adoptée par une grande partie de l’opposition. Malheureusement, ils ont aussi constaté avec regret, que ceux qui répondent aux appels du Gladiateur, en reviennent toujours déçus, laissant certains des leurs sur le terrain (prisonniers, déserteurs ou disparus), comme une patrouille tombée dans une embuscade. On a l’impression que le Gladiateur est allergique à la concertation, et le concept n’a de sens pour lui, qu’en tant qu’instrument de propagande. Ses rapports avec ses interlocuteurs se résument en luttes violentes ou feutrées, dont l’objectif ultime est d’affaiblir adversaires et alliés.

Le Gladiateur n’a d’ailleurs jamais réellement invité ses sujets et/ou son opposition à partager son point de vue sur une question d’intérêt national. Pour sauver les apparences, il peut prendre la précaution d’informer et plus exactement d’exhiber la coquille de l’œuf qu’il va pondre (contre vents et marées) dans le nid du royaume, sans tenir compte des avis sur le produit qu’il va engendrer en son sein. Son conseiller ou « nègre de service juridique » pour être plus précis, qualifiait  la nouvelle constitution soumise au « référendum », de simple « prétexte pour nous permettre d’élaborer des lois ». SIC. Son « dialogue national »  sans agenda et sans ordre du jour précis, n’a jamais été autre chose qu’un gala, une rencontre festive de distribution d’enveloppes à ceux qui n’attendaient pas plus que çà.

Les conditions dans lesquelles se sont tenues toutes les élections sous son règne,la tournure prise par sa tentative de limiter ou de contrôler les candidats à la couronne, qualifiée de sélection personnelle de ses futurs concurrents, les emprisonnements, les exils, et les mises en liberté provisoire de ses opposants  et enfin, les derniers développements du mouvement d’humeur dans les secteurs de l’éducation et de la santé sont une preuve supplémentaire qu’aucune force politique, religieuse ou sociale, du moins à l’échelle nationale, n’est en mesure de l’écarter de cette ligne de conduite, même si l’avis de madame pèserait d’un autre poids sur sa balance selon certaines mauvaises langues.

Plus habitué à s’adresser à son opposition et très souvent en position de combat qu’à ses concitoyens, le Gladiateur apparait comme un manipulateur espiègle, attirant ses invités sur des terrains minés, propices et suspects de guet-apens. Les critères de pré qualification politiquement inacceptables, démocratiquement inélégants et techniquement irréalisables, ont plongé le royaume dans une zone de turbulence que « l’avis » d’un conseil constitutionnel peut être encore incompétent, ne suffira pas à désamorcer. Enfin, le reniement sans état d’âme d’engagements solennels au gré de ses humeurs et de ses intérêts, a fini par lui faire perdre toute crédibilité.

Voici résumé aux yeux de l’opinion nationale en général, et de son opposition en particulier, ll’homme qui vient de lancer un appel à la concertation autour d’une des questions actuelles les plus importantes du royaume : la répartition des revenus issus des hydrocarbures.. Si le ton est moins guerrier, il est plus loin de celui d’un rassembleur crédible que de celui d’une victime incomprise qui se désole déjà du traitement qui sera appliqué à son initiative malgré sa bonne volonté.

Dans ces conditions, quel sort peut être réservé à son appel, dans l’unité ou dans la division de ses potentiels invités ? C’est la question que nous posons ici, en nous permettant quelques réflexions.

  • La volonté affirmée du Gladiateur de « convoquer une grande concertation nationale » SIC., de tous les segments du royaume pour discuter de l’élaboration éventuelle d’une loi sur la répartition des ressources issues des hydrocarbures, tend à le faire apparaitre comme un patriote sincère, un démocrate plus soucieux des intérêts du pays, que de ceux de sa famille politique et biologique. Ne regardez pas dans le rétroviseur, et surtout évitez de vous appesantir sur les détails sémantiques !
  • Son appel à dénoncer tous les contrats d’ici et d’ailleurs, signés avec des tiers sur l’exploitation des ressources naturelles du continent, l’élèverait au rang d’un grand panafricaniste, voire d’un porte–voix du tiers monde. Dans un environnement international défavorable au sein duquel les puissances capitalistes ont édifié des termes de l’échange inéquitables, le Gladiateur affirme avoir porté la voix des sans voix au sein des Assemblées de Géants de l’économie mondiale pour plaider plus de justice et d’équité.
  • Ayant signé lui-même des contrats contre l’avis de ses concitoyens dont certains de ses partisans, le Gladiateur a reconnu entre les mots, ce qui lui a été reproché, entre autres : la gestion cavalière des concessions sur les hydrocarbures d’un côté et de l’autre, la grande nébuleuse autour des accords signés avec des pays et des multinationales. S’agit-il enfin d’un mea culpa ? Si oui, que doit-il faire pour réparer ses erreurs ? Y a-t-il des raisons suffisantes pour saisir ou rejeter  la perche tendue, pour autant qu’elle puisse être considérée comme étant sincère ?

Reconnaissons que les choses ne sont pas simples d’autant que quatre paramètres méritent d’être pris en compte :

  • Pour l’opposition, la gestion de la situation née de la loi sur le parrainage dont la promulgation va plonger le pays dans une situation sans précédent, l’emporte sur toute autre préoccupation. Inviter à parler d’autres choses, laisserait entendre que le débat sur cette question serait clos.
  • Participer à une concertation sur la répartition des revenus issus des hydrocarbures pourrait être interprété comme une acceptation tacite des accords qui les ont générés.
  • L’environnement de campagne électorale de fait, exigeant la mobilisation de toutes les énergies des partis politiques et des coalitions, ne milite pas en faveur d’une dispersion des forces, pour une concertation ardue et peut être sans issue.
  • Un grand manitou, officiellement expert en trafic maritime et portuaire, plus officieusement expert en trafic d’influence, et souvent qualifié de Bob Denard de la finance, vient d’être mis en examen pour corruption présumée. Sous les tropiques, cette mise en examen est l’équivalent d’un mandat de dépôt, avec tous ses complices des ex colonies où il opère, en attendant d’y voir plus clair. Jusqu’où peut aller cette épidémie chez nos proches voisins ? Frappera-elle à nos portes ? Ne sommes-nous pas déjà infectés par le virus ? N’y aurait-il pas des similitudes entre les pratiques ayant conduit le grand manitou devant le juge et les conditions d’attribution des licences sur les ressources naturelles aux grandes multinationales, justifiant cette « convocation » du Gladiateur pour le partage des fautes plus que des responsabilités ?

Il ne manque donc pas de raisons objectives pour refuser une telle concertation, non pas pour son importance, mais bien à cause de la pertinence de son opportunité. Paradoxalement, notre intime conviction demeure que l’idéal et l’intérêt de Ndoumbélaan serait d’y participer au moins pour quatre raisons :

  1. Fruits d’accords contestables et peut être condamnables, les potentiels revenus issus des hydrocarbures constituent des ressources dont il faudra forcément décider de leur utilisation. Qu’il s’agisse d’un os balancé dans notre assiette, ou du gigot que nous réclamons et auquel nous estimons avoir droit, il faudra bien décider de son sort, ici et maintenant. Cette utilisation qui s’impose à tous, sera encadrée par la loi ou laissée à l’appréciation de l’exécutif et de lobbies. Il n’est d’ailleurs pas exclu que certains candidats à la couronne qui pensent déjà aux trous sans fond des caisses noires n’en veuillent pas du tout.
  2. Avec le Gladiateur, il n’y a jamais de place pour la réflexion. Tout est urgence : urgence des programmes de « développement », urgence des lois, urgence des institutions, etc., pour des résultats nuls, peints aux couleurs marron. Mais ne pas participer aux concertations, c’est lui donner l’occasion d’inaugurer un autre scandale politique et économique, sous les louanges d’un ministre-pleureur qui chante « wacaca » pour un lion qui dort. Ne pas participer aux concertations, c’est lui permettre d’escamoter cette importante question en se fixant un agenda d’urgence, incompatible avec la dimension et l’importance de la question. Or,
  • Les ressources attendues doivent être évaluées, ce qui nécessite une expertise avérée, pas toujours disponible dans l’entourage immédiat du Gladiateur. Cette évaluation permettra aussi de lever un coin du voile sur le secret de ce qui a été cédé.
  • Il faut un diagnostic pointu de tous les secteurs de notre économie pour situer les atouts justifiant des placements rentables sur les uns, ou des lacunes conjoncturelles ou structurelles sur les autres, nécessitant des investissements discriminatoires motivés. La rentabilité d’éventuels investissements, sera le moyen le plus sûr pour réserver leur part aux générations futures.
  1. La répartition des ressources issues des revenus des hydrocarbures, déterminera de façon durable, le type de société que nous allons bâtir. Elle signera la stabilité et la paix sociale ou inaugurera une ère de conflits. Quelle politique étrangère et quel partenariat ? Quelle part affecter au secteur public et au secteur privé ? Quel type d’école et de santé, quelle agriculture, quelle recherche, quelle armée et quelle police ? Quelles réponses aux défis environnementaux, bref, quel territoire et pour quel citoyen ?
  2. Il y aura enfin, la bataille pour l’ordonnancement juridique de la loi. Sera-t-elle constitutionnelle ou non ? De son statut dépendra la possibilité ou non de la modifier et plus prosaïquement de la manipuler au gré des intérêts et des humeurs de l’exécutif.

 

BANDIA, MAI,  2018

 

 

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