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MERCK AFRICA ASIA LUMINARY : ENJEUX FINANCIERS OU DE SANTÉ PUBLIQUE ?

La presse officielle sénégalaise s’est fait un large écho de la célébration, les 30 et 31 octobre derniers, au CICAD de Diamniadio, des 350 ans du laboratoire Merck et du 1er anniversaire de sa Fondation, suivie du lancement du vaccin contre le cancer du col, en présence de 9 premières dames, 12 ministres de la santé et de prestataires de soins. Les autorités politiques sénégalaises, en pleine pré-campagne électorale, n’auront bien sûr, pas manqué l’occasion d’y parader, aussi bien le Premier Ministre que le Chef de l’État lui-même.

On pourrait, donc, penser qu’il s’agit, dans une optique de partenariat public-privé, d’une noble manifestation de plaidoyer contre la stigmatisation de l’infertilité chez les femmes et la lutte contre les maladies non transmissibles, plus particulièrement les cancers. Nous nous trouvons face à ce qui semble être un fort engagement politique au plus haut niveau en faveur d’une initiative sanitaire, censée contribuer à la lutte contre le cancer du col de l’utérus, premier cancer gynécologique, représentant 34% des cas de cancers et 30 % des cas de décès.

D’ailleurs, un ambitieux programme dénommé « Merck Oncology Fellowship Program » y a été présenté, ayant pour objectifs de renforcer les capacités professionnelles en matière de prise en charge du cancer et d’accroître le nombre d’oncologues en Afrique et dans les pays en développement.

Mais en réalité,  il s’est plutôt agi d’une gigantesque et onéreuse campagne de marketing commercial, clôturée par l’introduction du   vaccin contre le Cancer du col de l’utérus dans le Programme Élargi de Vaccination.

Si nous mettons ce sujet en exergue, ce n’est pas seulement à cause de nos honorables premières dames, avec tout le respect, qui leur est dû, c’est pour illustrer la force de frappe des lobbies médico-pharmaceutiques contrastant avec la vulnérabilité de nos populations obligées de subir des politiques publiques inspirées par des logiques qui leur sont tout à fait étrangères.

Il est en effet curieux que l’introduction d’un vaccin, qui fait l’objet de beaucoup de controverses, se soit faite non pas à la suite d’un consensus national issu de larges débats, mais dans la foulée d’un impressionnant sommet parrainé directement ou indirectement, par les personnalités les plus marquantes de nos États.

De fait, ce vaccin, malgré son homologation par l’OMS ne confère qu’une immunité partielle, n’étant efficace, qu’à titre préventif, contre les papillomavirus de types 6, 11, 16, 18, certes les plus fréquents (75% environ). Il pourrait être à l’origine de plusieurs effets secondaires (lésions pré-cancéreuses, maladies auto-imunes…), ayant parfois été temporairement suspendu dans certains pays (Espagne) ou ayant cessé d’être recommandé par les autorités sanitaires dans d’autres (Japon).

Malheureusement, les rares objections soulevées par certains spécialistes de la question (Pr Celestino Rodrigues Pereira) ou des personnalités publiques (Bruno D’Erneville) ont été noyées par les dispositifs communicationnels des cabinets de plusieurs premières dames africaines, sous la supervision des ténors du marketing de la Fondation Merck.

Comprenons-nous bien ! Il ne s’agit pas, ici, de rejeter l’introduction du vaccin préventif contre le cancer du col de l’utérus, mais plutôt de déplorer l’absence de prise en compte des préoccupations et inquiétudes des usagers des services et programmes de santé, en instaurant un débat franc, ouvert et sans tabous.

C’est ce qui nous fait croire qu’il y a une nécessité urgente de renforcer l’intervention de la société civile sur les questions sanitaires, qui restent encore trop souvent l’affaire des seules autorités politiques et des professionnels de la Santé, qui ont leurs propres agendas soit politiciens, personnels ou purement techniques, voire académiques.

L’implication des acteurs de la société civile ne doit pas seulement servir de faire-valoir à des stratégies souvent élaborées par des Partenaires Techniques et Financiers méconnaissant nos réalités socio-culturelles ou par des firmes médico-pharmaceutiques privilégiant la recherche de gain immédiat, au détriment de progrès réels du bien-être socio-sanitaire des populations.

 

Dr Mohamed Lamine LY, membre de la COSAS

 

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