Coalition Santé

SOCIÉTÉ CIVILE ET ENJEUX SANITAIRES AU SÉNÉGAL

La faiblesse du système sanitaire sénégalais, au-delà de l’insuffisance des moyens matériels, humains et financiers, relève, pour une grande part, de la faiblesse de l’implication de la société civile, induisant un manque de régulation par un État, souffrant d’un déficit notoire de leadership.

Les décideurs comprennent de plus en l’intérêt d’une collaboration étroite avec la société civile ou au contraire les risques causés par leur non-implication dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques de santé. De telle sorte que la coopération avec la société civile est devenue, au niveau global et dans certains pays,  un mécanisme  éprouvé de bonne gouvernance sanitaire.

Ces organisations de la société civile (OSC) ne devraient être ni des regroupements familiaux, ni des entreprises à but lucratif (cabinets de conseil en affaires publiques), encore moins des structures étatiques, renvoyant à la définition de la société civile « Ni État, ni marché, ni famille ».

Leur principale caractéristique est l’autonomie aussi bien organisationnelle (pouvoir de dissolution, choix des dirigeants, adoption de textes fondateurs, manuel de procédures…), que financière, de sorte que le processus de prise de décision soit hors de portée des influences des philanthropes, des bailleurs de fonds ou de l’État. En plus de cela, ces OSC devraient être représentatives de communautés définies et/ou être prestataires de services à leur profit.

Pour le secteur de la santé, la société civile peut fournir des services que les gouvernements ne veulent pas ou ne peuvent pas fournir en raison du manque d’intérêt politique, d’administrations publiques rigides, de contraintes de ressources ou de manque de confiance dans certaines populations.

Ces  OSC peuvent offrir, en matière de prestation de services, un plus en matière d’engagement, de flexibilité et de réactivité, qui manquent souvent aux structures étatiques ou de type lucratif.

Elles peuvent également servir de médiateur aux politiques litigieuses (avortements médicalisés, mendicité dans la rue, VIH et groupes passerelles) que ce soit par un rôle dans la mise en œuvre ou en aidant les populations à résoudre un problème. La société civile peut donc compenser les échecs de la politique par des réponses rapides et l’élaboration de modèles organisationnels alternatifs.

Enfin, les organisations de la société civile peuvent jouer un rôle central dans le plaidoyer, en essayant d’accompagner le changement social par des campagnes directes sur des problématiques telles que la sensibilisation sur les maladies ou les problèmes de santé publique tels que le tabagisme et la violence domestique.

Dans ce cadre, il est essentiel, pour l’Exécutif, d’adresser les déterminants sociaux de la Santé, dans une approche pangouvernementale concertée, en établissant des ponts entre les différents ministères et entre ces derniers et l’administration, en se servant de structures intersectorielles (commissions parlementaires, conseils interministériels…).

Mais, pour atteindre la société civile et le monde des OSC, il faut aller au-delà de cette approche pangouvernementale et instaurer une approche pan-sociétale, qui mobilise les communautés, les acteurs culturels, les hommes de média, ainsi que d’autres secteurs tels que l’Éducation, les Transports, l’Environnement etc.

Dans le cadre de la définition de la politique de santé, l’expertise des organisations de la société civile peut être précieuse, d’autant qu’elles peuvent permettre de toucher des groupes isolés de la société considérés comme marginaux voire « invisibles » et dont les préoccupations sont très peu susceptibles d’être prises en compte par le jeu politique classique avec son système de représentation biaisé car élitiste (élections, parlement…).

L’approbation de la société civile mieux imprégnée de certaines problématiques spécifiques peut donc apporter plus de crédibilité aux politiques publiques en matière de santé et d’action sociale, car les points de vue des groupes les plus directement concernés auront été sollicités.

A contrario, les réticences de certaines franges de la société civile à certaines politiques, quels que puissent être leurs degrés de pertinence et de légitimité, peuvent être à l’origine de difficultés dans leur application (introduction de nouveaux vaccins, mariages précoces, planning familial).

Nous voyons donc, que les gouvernements peuvent, à travers les OSC, accéder aux groupes les plus vulnérables de la société et leur faire bénéficier de prestations, dont les coûts sont réduits par la flexibilité de leur mode d’intervention.

Néanmoins, des décideurs ayant opté pour des modes de gouvernance plus directifs et moins consensuels peuvent être gênés par l’esprit d’innovation des OSC et l’implication de groupes dont le niveau de responsabilité citoyenne s’est accru.

Accepter l’esprit critique inhérent à la démarche des OSC est le meilleur moyen, pour les décideurs, d’engranger, au profit de la Santé, de nombreux avantages (faibles coûts, flexibilité, engagement…).

Dans notre pays, une multitude d’acteurs non étatiques interviennent dans le secteur de la santé. Il s’agit, le plus souvent, de groupes d’activistes, d’ASC, de GPF ou autres associations de femmes, d’associations locales / villageoises / de quartiers, d’associations de consommateurs, d’associations de malades, de regroupements professionnels ou religieux…

Ils jouent un grand rôle dans la mise en œuvre des programmes et ont apporté une contribution décisive aux succès éclatants engrangés dans la lutte contre les maladies transmissibles (VIH/SIDA. Paludisme, tuberculose, maladies tropicales négligées…). Néanmoins, ils semblent être confinés à un rôle  d’auxiliaires des pouvoirs publics ou d’intercesseur vis-à-vis des Partenaires Techniques et Financiers.

Or, ce qu’on attend de la société civile, c’est moins de servir de faire-valoir à des politiques sanitaires inspirées par des Partenaires Techniques et Financiers que de contribuer à la réflexion stratégique du Secteur de la Santé et de l’Action sociale.

C’est à cet objectif que la Coalition Nationale pour la Santé et l’Action sociale essaiera de contribuer.

 

Dr Mohamed Lamine LY

Secrétaire Général de la COSAS

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s