FACULTÉ MÉDECINE

L’AMICALE DE LA FACULTÉ DE MEDECINE ET L’OUVERTURE DÉMOCRATIQUE DE 1981 AU SÉNÉGAL

Au milieu des années 70,  le contexte politique national jusque-là caractérisé par le monopartisme avec une UPS toute puissante, commençait à connaître un début de décrispation, marqué par la reconnaissance, en 1974, du premier parti d’opposition sénégalais, à savoir le PDS. Vint ensuite la loi des trois courants en 1976 (socialiste et démocratique, libéral et démocratique et marxiste-léniniste), élargie en 1978 à un quatrième courant conservateur. Ce n’est qu’en Janvier 1981, après le départ de  Senghor, que fut instauré le multipartisme intégral.

Le mouvement étudiant a apporté une contribution décisive dans la lutte pour l’approfondissement de la démocratie au Sénégal.

Le contexte universitaire de l’époque était marqué par une situation d’exception, dont les racines remontaient à la grève de 1968. Le mouvement étudiant, au sein duquel, les partis clandestins de gauche, avaient une grande influence, était  constitué d’Unions Nationales sénégalaises (UNAPES, UNDES, UDED, Collectif…) et étrangères (celles de nos frères africains).

Les étudiants entretenaient des relations exécrables avec le pouvoir senghorien, auquel ils reprochaient une politique éducative, encore largement inféodée au projet colonial.

C’est cette tension permanente dans le milieu universitaire, qui conduisit à la dissolution de l’Union des Étudiants de Dakar (UED), le 28 février 1971 et au décret n° 71-936 du 28 août 1971 instituant le Statut Provisoire, qui restreignaient drastiquement les libertés démocratiques au sein de l’Université.

À titre d’illustration, les forces de l’ordre étaient autorisées à pénétrer, sans restriction, au sein du campus universitaire.  La participation des étudiants au niveau des instances de décision les plus importantes (Conseils de Faculté, Conseil de l’Université, Conseil d’Administration du COUD) était suspendue et n’était plus autorisée qu’au niveau des conseils de départements.. Les Unions Nationales furent interdites, accusées de faire de la politique, essentiellement parce qu’elles prônaient un syndicalisme militant et anti-impérialiste.

Seules les Amicales, qui regroupaient des étudiants d’une même Faculté, ne s’occupaient que de questions pédagogiques et avaient, de ce fait, un caractère purement corporatiste, étaient autorisées.

C’est dans ces conditions, qu’intervint la grande grève de 1977 motivée par la levée du Statut Provisoire mais surtout par le refus des étudiants de signer l’engagement triquinquennal pour pouvoir bénéficier d’une bourse d’études. Cette lutte épique du mouvement étudiant se termina par le renvoi de plusieurs leaders étudiants (Oussouby Toure, éminent sociologue, Ousmane Badiane, homme politique, Moussa Paye, professionnel de la presse, décédé, Ibrahima Bakhoum, célèbre journaliste, Ibrahima Diop, ancien doyen de la FASTEF et Cheikh Dieng, professeur d’université…etc.).

Quelques années plus tard, Abdou DIOUF, par la grâce de l’article 35, accédait au pouvoir et lâchait du lest. Il s’empressera d’instaurer l’ouverture démocratique, reconnaissant tous les partis, qui en faisaient la demande et de convoquer les États Généraux de l’Éducation et de la Formation, d’où émergera la décision de levée du Statut Provisoire.

L’Amicale de la Faculté de Médecine, Pharmacie et Odontostomatologie se trouvait dans une profonde léthargie, dont elle ne commencera à sortir que vers 1977, grâce à certains aînés, militants de gauche comme feu Dr Bamba Diop, Dr El Hadj Ousseynou Faye, Dr Fara Makha Mbow, Pr Seydou Badiane Dr Alioune Fall, Dr Amadou Tidiane Kane, Dr Souleymane Martial Barry, Dr Siré Hubert Niane, Dr Boubacar Danfakha …etc. Mais la forte proportion d’étudiants non sénégalais rendait la matérialisation des mots d’ordre de lutte plus complexe au sein de notre faculté. Il s’y ajoute qu’à cette époque, l’Amicale était scindée en amicales de département.

En 1981, l’Université connaîtra un bouillonnement intense, qui n’épargnera pas l’Amicale de la faculté de médecine, dont les étudiants trainaient la réputation d’être des carriéristes dociles.

Un cadre de concertation des Unions nationales et Amicales sera mis en place, qui arrachera aux autorités universitaires beaucoup d’acquis,  dont le respect des franchises universitaires et le rétablissement de la représentation des étudiants dans les conseils de faculté, dans l’Assemblée de l’Université et plus tard, au sein du Conseil d’Administration du COUD.

Durant ces années d’effervescence démocratique, le Comité Exécutif de l’Amicale du département de Médecine, en relation les dirigeants des autres amicales de département, va finaliser la réunification de ces entités en une seule qui verra le jour en 1982.  Au sein de l’assemblée des délégués issus des amphithéâtres, un comité exécutif de neuf membres (3 par département) a été élu. Ce comité a été présenté à l’assemblée générale qui a validé cette élection et a en même temps désigné ses membres comme candidats à l’élection des représentants des étudiants à l’Assemblée de faculté pour cette année.

Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, les étudiants avaient 9 voix à l’Assemblée de Faculté :

  • Médecine : Boubacar Samba Dankoko, Mahamadou Traoré et Mohamed Lamine Ly
  • Pharmacie : Mohamed Bathily, Jean-Louis Sankalé, Adama Thiombiano
  • Odonto-stomato : Sérigne Mbacké Kane, Daouda Cissé, Amadou Tidiane  Sow

L’Amicale réunifiée était représentée au Conseil de l’Université par un titulaire (Boubacar Dankoko) et un suppléant (Mohamed Ly).

Sous le leadership de ce comité exécutif et des autres qui vont lui succéder, le soutien de l’assemblée de délégués, l’AEFMPOS a obtenu des acquis mémorables :

  • La suppression de l’élimination au premier tour en première année,
  • L’instauration d’une période de révisions obligatoire avant les examens de février
  • La consolidation de cette unité retrouvée avec l’organisation d’une semaine culturelle et scientifique chaque année
  • L’animation et la diffusion régulière d’un journal : « Le Guérisseur »
  • L’obtention d’un siège et d’une subvention annuelle
  • La participation régulière à l’assemblée générale annuelle de la FAMSA (fédération mondiale des associations d’étudiants en médecine)
  • La négociation en 1983 avec le Ministre de l’enseignement supérieur sur la base d’un mémorandum et l’obtention : de la bourse entière dès la 5ème année, de la bourse de 3ème cycle en 7ème année
  • La tenue en 1984 ou 1985 d’une journée de réflexion sur « la réforme des études médicales à Dakar » avec la participation de tous les professeurs de la faculté.

À côté de ces acquis, l’Amicale s’est farouchement battue contre la ségrégation honteuse, qui sévissait à l’époque contre les camarades africains en Chirurgie Dentaire.

Parmi les acteurs de cette époque, on peut citer des universitaires comme Pr Pape Amadou Ndiaye, Pr Abdoul Kane, Pr El Hadj Niang, Pr Koumé, Pr Abdourahmane Tall, Pr Issa Wone et d’autres comme Dr Sammy Habib Reda, feu Dr Hassane Jouni, Dr Ismael Karfo, Dr El Hadj Sarre, Maïmouna Savané, Dr Aminata Gassama Baldé, Dr Fadel Kane, Dr Babacar Kébé, Dr Abdoulaye Ndoye de Saint-Louis, Dr Papa Ngalgou Guèye, Dr Mbaye Ndiaye, Dr Mohamed Diop,  Dr Balla Mbacké Mboup, Dr Amadou Guèye Diouf, Dr Bacar Dia, Dr Aziz Fall (dentiste)…etc.

Dr Mohammadou Traoré et Dr Mohamed Lamine LY

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4 réponses »

  1. Felicitations chers amis pour ce rappel historique.

    J’ai eu le privilege de participer a l’assemblée générale constitutive de l’UNAPES sur le terrain de basket du pavillon A et ai suivi en marge – Parce que Elève Officier- l’evolution du mouvement estudiantin à partir de 1978. La vue de ces photos rappelle quelques amis dont certains aujourd’hui disparus comme Pr Lamine DIOUF. Dieu les grade en son paradis. Notre camarade Dr Serigne Mbaye SY cardiologue en Cote d’Ivoire et cousin de notre amie Dr Seynabou BA chirurgienne mérite d’être cité pour sa constance et son engagement dans la lutte. Je me souviens de ces diatribes en 1980 lorsqu’avec sa voix fluette il lançait tout de go « CAMARADE !!!! LA SOLDATESQUE A ENCORE SEVI AVEC DES GRENADES SEMI OFFENSIVES A BASE DE LACRYMOGENE ». Cela faisait rire les militaires que nous étions et qui avions une meilleure connaissance des armes et des explosifs.
    Ce post rappelle aussi la contribution essentielle de camarades dans la lutte pour les intérêts des étudiants que nous fument. Les rédacteurs de ce post étaient parmi les plus en verve et en vue. Mes frères les Dr Ly et Traore ont resumé une partie de cette histoire. Bien dit. Bravo.
    Un jour -peut être- un regard croisė entre eux-leaders de ce mouvement- et certains de la grande masse muette qui suivaient leurs mots d’ordre permettra une meilleure lisibilité sur cette période. Pour ma part je demeure convaincu que la démocratie souvent convoquée était quasi absente dans le façon de fonctionner des LEADERS du mouvement étudiant qui décidaient au niveau du campus social et venaient nous l’imposer au niveau du campus pédagogique. La majorité suivait au risque de se faire traiter de renégats, de trouillards, de jaunes, de laches, de vendus…..Les gros mots quoi !!!
    Cette démocratie a été instaurée lorsque les amicales ont été réinstallées. Ce n’est qu’en ce moment et en ce moment seulement que la masse avait doit à la parole. La plupart des collègues plus jeunes que nous ont pu effectuer un travail colossal dans les amicales.
    Avant nos AMIS se retrouvaient le soir dans les pavillons autour du thé et décrétaient des mots d’ordre. Certains reconnaitront leur responsabilité dans l’hécatombe de notre classe de 3eme année en nous empêchant de faire la 3eme Colle de séméiologie medicale en Décembre 1980, Feu le Pr Birame DIOP impuissant devant la determination de nos meneurs de grève a dû abdiquer et reprogrammer la colle après les vacances de Noel. Plus de la moitié de la classe a repris la 3eme année. Ce qui fit de notre promotion la plus petite en nombre avec moins de 90 étudiants a partir de le 4eme année. L’evolution des uns et des autres a montré que la plupart de nos valeureux camarades qui prétendaient défendre uniquement la cause des étudiants étaient des politiciens appartenant à différentes chapelles politiques particulièrement de de la gauche. C’était leur droit. Ils ont une lecture de leur contribution dans la lutte, les autres ont la leur…..et là commence la démocratie.

    Dr Serigne Magueye GUEYE
    Professeur des Universités
    Promotion 1978 de la Faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie
    Participant à l’Assemblee generale constitutive de l’UNAPES
    Contributeur aux GARMES et CIRMES
    Medecin Colonel entré dans la réserve et sorti de sa réserve

  2. Merci de ta contribution très objective et sans complaisance vis-à-vis des pratiques anarcho-syndicalistes, que pour notre part, nous avons toujours combattues au niveau de l’UNDES née des flancs de l’UNAPES.

  3. Merci pour ce rapel qui pour etre complet devait mentionner le nom samba sow premier commissaire a l organisation de l amicale dont les statuts ont ete rediges au pavillon B dans la chambre de MAMADOU COURA NDAO.

    • Merci pour le complément mais cette modeste contribution basée sur les souvenirs de quelques uns des témoins de l’époque,(en l’absence d’archives), s’intéresse surtout à la période 1977-85. Tout notre respect à nos 2 aînés ci-dessus mentionnés.

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