INVITES

Petits camps– Gros enjeux

D’immenses forces politiques, fermentées par la déception, la douleur et les trahisons vont converger vers un homme plus que son programme, et vendre aux populations l’espoir que leur choix ne peut pas être pire que le Gladiateur. Il sera en tout cas difficile de leur opposer un argument de taille, tant le Gladiateur a déçu, politiquement, économiquement, socialement, et surtout marqué de son empreinte, son incompétence à manager une société dynamique. Il a mordu la main à ceux qui l’ont pouponné et fait mordre les doigts à ceux qui lui ont accordé leur confiance. Les raisons objectives d’un divorce entre  deux partenaires aux humeurs incompatibles, sont plus que suffisantes pour mettre fin à ce mariage de circonstance. 

Chez le Gladiateur, le désir de domination a toujours pris le pas sur les sentiments sur la patrie et sur son prochain de façon plus générale. Toute son action à l’échelle, est portée sur des choix permettant de prolonger, ou de justifier la prolongation de  son règne. Incapable de supporter la contradiction, il n’a jamais cherché à plaire. Il prend par la force tout ce que la force lui permet d’acquérir, ruse pour séduire toutes les proies à sa portée en leur jetant des leurres matériels, philosophiques ou culturels, avant de refermer son piège sur elles. C’est dans cette logique qu’il a neutralisé tous ses adversaires identifiés, modifié toutes les règles du jeu qui lui ont permis d’accéder au trône, et fédéré les malfaiteurs (les transhumants), sous le couvert d’un parapluie pour échapper à la justice.

Rendu tristement célèbre pour avoir bousculé avec sa masse de sumotori un sahélien qui avait le tort de lui demander sa carte d’électeur pour accéder au bureau de vote, l’homme perd toute mesure dès que ses intérêts sont menacés, et est prêt à tout pour arriver à ses fins. Pour lui, le monde n’est qu’une immense jungle aux portes closes qui ne s’ouvrent que devant la force ou la ruse. Il jongle parfaitement avec les deux comme des instruments entre les mains d’un acteur de cirque. N’est-ce pas lui qui avait promis de se conformer aux recommandations des Assises Nationales avant de mettre en place une CNRI de laquelle il a pris « ce qu’il veut » ? C’est encore lui qui s’est refugié derrière un « avis du conseil constitutionnel » (sur commande ?), pour renier sa parole et prolonger son mandat de vingt quatre mois, mis à profit pour réduire l’opposition à sa plus simple expression.

Le Gladiateur semble ignorer, qu’il ne pourra rien faire de durable sans un consensus fort. Ce qu’il aura réussi à obtenir par la force ou par la ruse ne sera jamais plus qu’une triste parenthèse dans l’histoire du royaume. En mettant au pas tous ses adversaires par la contrainte, et surtout en amenant des hommes et des femmes qu’on croyait incarner des valeurs, à se défroquer pour se revêtir de ses couleurs, il a terni l’image de l’homme politique pour toute une génération. Mais une graine enfouie n’est pas toujours perdue, et peut repousser quand surviennent des conditions plus favorables. En nous montrant ce qu’il ne faut pas faire, la trahison de Judas  a peut être servi l’image du Christ. 

La pratique politique fait du Gladiateur une épine au pied du royaume et de la démocratie qu’il faut extraire. Ceux qui recommandent de ne pas faire recours à la violence pour s’opposer à ses projets, ont peut être raison, si toutefois une opération indolore est possible. Mais ceux qui invitent à subir en silence sa violence ont tort. Ils tuent l’esprit chevaleresque chez nos concitoyens en prétendant que ceux qui se feront tuer ou estropier sur le champ de la bataille pour la liberté et la justice seront perdants devant l’histoire. C’est un enseignement contraire à nos valeurs et à la tradition de nos ancêtres, qui recommandaitde mourir plutôt que de vivre dans le déshonneur. 

Ceux qui au nom de la paix civile, invitentGoorgorlu à se soumettre au dictat du Gladiateur commettent une grave erreur, s’ils sont de bonne foi. Autrement ils nous mentent pour garder des privilèges que leur confère leur statut actuel.  De Lat Dior à Cheikh Anta Diop, de El Hadji Omar à Sidy Lamine Niasse, l’histoire n’est riche que de noms et de faits de ceux qui ont osé lutter. Personne n’évoquera les noms et les faits de ceux qui ont subi en silence le dictat de leurs contemporains, à moins que ce ne soit pour illustrer le mal ou le déshonneur. Il est donc impératif que les citoyens du royaume et plus précisément les jeunes, apprennent la valeur de la patrie au-delà de leurs personnes. Il faut leur dire qu’aucune nation ne peut survivre et prospérer sans le sacrifice de ses enfants. 

Mais toutes les luttes sont incarnées par des hommes politiques qui sont une espèce, dont les meilleures qualités peuvent se révéler les pires défauts. Leurs capacités à donner des coups et en encaisser, dépassent celles du commun des mortels. La force morale de Mandela à serrer la main de Frederick Declercq, le sourire de Yasser Arafat embrassant Isaac Rabbin, se passent sous la tombe de milliers d’hommes et de femmes, des enfants palestiniens armés de pierres pour affronter les chars, ou de jeunes écoliers des bidonvilles de Soweto, qui ont tout sacrifié. Les citoyens s’indigneront donc toujours des « forfaits » des hommes politiques quand ils se résignent à déposer les armes, et/ou de leurs « forfaitures » lorsqu’ils conviennent de pardonner les auteurs de leurs malheurs. Mais que peut-on faire après la victoire sur un adversaire politique ? Le tuer, le réduire en esclavage ?  C’est une pratique d’un autre temps, même s’il est inconcevable de pardonner et de promouvoir une réconciliation sans rétablir la justice et la vérité.

C’est généralement bien plus pour une cause que les hommes se battent, loin des intérêts crypto personnels immédiats. Une cause qui se cristallise autour de l’idéal qui a mobilisé les brigades internationales contre les armées fascistes du Général Franco, ou de l’immortel Ernesto Che Guevara et ses compagnons loin de leurs terres, contre le dictateur Batista. En dehors des fanatiques et des mercenaires, il est rare qu’un homme accepte de donner sa vie pour un autre. Et c’est peut là, la nuance. Une nuance qui s’est diluée dans le maquis des partisans en lutte contre le fascisme hitlérien et ses collabos, que De gaulle « trahira » plus tard en décrétant la priorité à la réconciliation nationale. Une nuance qui a « autorisé » à Mao à combattre à coté de Chang Kaï Tchek en Chine occupée.   

Il faut portant éviter que le choix populaire ne soit autre chose que le résultat d’un conseil de bonimenteur sur l’arrivée aléatoire d’un quinté taillé sur mesure. Sans vouloir émousser la lame patriotique de Goorgorlu, il serait légitime de se demander si les collectifs et/ou les individualités, ont pris le temps d’étudier toutes les implications de leur décision pour l’avenir du royaume ? Se sont-ils fixé une ligne de démarcation au-delà de laquelle, ils vont cesser de soutenir leur élu de cœur ou de raison du moment, pour ne pas finir comme la brochette de vieux dinosaures qui acclament aujourd’hui le Gladiateur même s’il fait exactement ce qu’ils ont toujours combattu ? L’homme qui incarne aujourd’hui leur espoir est-il crédible ? N’est-il pas encore un autre « lion qui dort » dont le réveil va les surprendre ?

Les chroniques de Bandia, Février 2019

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