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LE PIEGE CYBERNETIQUE

Toutes les dictatures ont fait appel à la science et à la technique pour assouvir leur domination. Qu’il s’agisse de manipulation de l’esprit (lavage de cerveau, embrigadement), de tortures physiques et/ou morales, la volonté de faire des hommes des sujets corvéables a toujours été au centre des préoccupations des dictateurs. Le recours à la cybernétique en politique n’est donc pas un fait nouveau. Ce qu’il est convenu d’appeler « ballon de sonde », fait appel à une informationfausse, non officielle mais certifiée crédible de par sa source supposée ou réelle. Elle permet de tester la réponse, c’est-à-dire, la réaction qui lui serait réservée. L’analyse de la réponse théoriquepermet tout autant de prendre les mesures opportunes, en somme de deviner l’intention de l’adversaire et de se préparer en conséquence. L’information peut par la suite être infirmée ou confirmée suivant les capacités du commanditaire ou non, à faire face aux intentions supposées du camp d’en face. 

A la différence des informations scientifiques et techniquesoù les réponses sont connues d’avance, l’information sociale, ne donne presque jamais les mêmes réponses. Aucun algorithme ne permet à coup sûr de deviner la réponse à une information sociale. La première réponse à une information sociale est toujours naïve, instinctive, voire épidermique. Elle s’appuie sur la culture, le moment et l’histoire des individualités et des collectifs.  La seconde réponse à la même information est plus mesurée, faisant appel à un ensemble de paramètres politiques, économiques, statiques et philosophiques. Elle est donc « souillée » par un ensemble de « parasites », ou intervient dans un temps de latence qui entraine une absence de réaction. Une victime pourrait ainsi mourir en se doutant de l’efficacité du produit même s’il s’agissait d’un venin mortel. 

La victoire annoncée du Gladiateur par son premier ministre à la périphérie de tout le dispositif politique et juridique d’un système électoral entre dans ce schéma. Jugée immorale, elle reste dans le cadre d’une stratégie indolore d’administration d’un produit létal. On ne peut y apporter une réponse virulente sans risquer de tomber dans le ridicule. Ne pas y apporter une réponse, serait aussi l’accepter et plus tard légitimer le sceau juridique et ou politique qui pourrait y être apposé. Le piège de Machiavel risque donc de se refermer sur une opposition qui ne connait pas vraiment son adversaire qui n’est que la tête de pont de lobbies puissants et déterminés à continuer leur entreprise de pillage du royaume.

Minoritaire dans toutes les confrontations électorales l’ayant mis en face de son opposition, le Gladiateur est conscient que sa survie ne repose que sur la désunion de ses adversaires. Accepter d’affronter l’opposition dans un second tour où son unité ne fait l’objet d’aucun doute serait donc un suicide auquel il n’est pas prêt. Toutes les pistes de fraudes ayant été verrouillées, les ralliements à caractère ethniques et/ou financiers jugés insuffisants, il ne lui restait alors qu’à se déclarer urbi et orbi vainqueur contre toute logique. Mais en déclarant nulle et non avenue une telle posture, la justice comme une « VAR » inattendue, vient au secours de l’opposition. Elle l’invite par conséquent à garder son calme, à ne pas chercher à se faire justice, et surtout à éviter un carton rouge ou jaune inutile qui pourrait lui être préjudiciable pour la suite de la compétition.

Pour n’avoir jamais eu le choix des armes, l’opposition n’a pas toujours eu la capacité d’apporter la réplique spécifique au Gladiateur. Trainée en justice avec des motifs tendancieux, ou contrainte de se plier à des lois votées sans débats, elle s’est jusqu’à présent montrée impuissante à endiguer le rouleau compresseur du Gladiateur. La justice au bout de la chaine d’une corrida politique a le plus souvent joué malgré elle, le rôle lugubre du matador. En réaffirmant aujourd’hui sa place au cœur du processus en cours, elle a enfin l’opportunité de démontrer qu’elle n’est pas cet exécuteur ou ce complice qui lui colle malheureusement à la peau, et que certains de ses membres assument honteusement…. pour quelques CFA de plus. 

Ce rappel à l’ordre de Thémis qui tombe comme une pierre dans le jardin du Gladiateur, peut être interprété comme une victoire pour l’opposition, mais surtout comme une volonté de réconciliation entre le peuple et la justice qui malgré les difficultés n’a jamais renoncé à sa vocation.  Mais les dés sont loin d’être jetés pour le Gladiateur qui se dit disposé à gagner ou à y laisser sa vie. Goorgorlu qui n’a aucune raison de douter que le fier descendant autoproclamé d’une « lignée de guerriers » mette à exécution son projet en cas de défaite, il ne reste qu’à prier pour qu’il se fasse simplement un harakiri d’honneur en épargnant la vie à d’autres. Ndoumbélaan se souviendra alors de lui comme le bouffon qui n’a jamais accepté de descendre de la branche sur laquelle l’avait hissé la démocratie. Et qui disait : « Baadoole amul guur ».

Les chroniques de Bandia, Février 2019