POLITIQUE DE SANTE

RÉDUIRE LES INÉGALITÉS SANITAIRES PAR L’ENGAGEMENT CITOYEN

Il faut reconnaître que, même si la médecine moderne a contribué, de manière significative, au bien-être de nos populations et à l’allongement de l’espérance de vie dans nos pays, son appropriation  par nos populations a été tardive et reste encore inachevée.

NOTRE SYSTÈME SANITAIRE EST EXTRAVERTI, CENTRALISÉ ET INÉQUITABLE

Cela est dû essentiellement au fait que le système sanitaire sénégalais est caractérisé par son orientation extravertie, se traduisant par une prise en compte insuffisante de nos réalités nationales, que ce soit en termes de définition de nos priorités sanitaires que de valorisation des parcours de soins traditionnels. 

Il faut dire, que le pouvoir colonial, était moins préoccupé par l’état sanitaire des populations africaines que par la maîtrise des grandes endémies tropicales et l’amélioration de la productivité de la main-d’œuvre locale. Cela confèrera à l’organisation sanitaire, de type colonial, une structuration centralisée et verticale, dont les jeunes nations africaines vont hériter, à leur accession à l’indépendance formelle. 

Cela va aussi se traduire par une prédominance de la composante curative et une insuffisante prise en compte des déterminants sociaux de la santé, à l’origine d’un déficit notoire d’équité des politiques socio-sanitaires. 

Malheureusement, on note jusqu’à présent, une persistance des tares héritées de la période coloniale, du fait d’une absence de réelle volonté politique de rupture avec les puissances occidentales et leurs officines financières. 

C’est ainsi, qu’en plus de privilégier l’approche verticale, le système sanitaire souffre également d’une déficience du leadership gouvernemental sur la politique sanitaire, qui subit outrancièrement l’influence des partenaires techniques et financiers (P.T.F). En effet, ces derniers, qui jouent un rôle-clé dans le financement des programmes du MSAS, définissent leurs propres feuilles de route, sans toujours prendre en compte nos priorités nationales et locales. 

Il faut également déplorer le manque de fermeté des autorités sanitaires dans certains domaines comme la réglementation de la pratique privée de la médecine, la médecine traditionnelle, la publicité en faveur des tradithérapeutes, de la dépigmentation artificielle, de la nutrition (bouillons de cuisine)…

Par ailleurs, on ne peut que déplorer la mal-gouvernance sanitaire avec entre autres : récurrence des conflits d’intérêts, quasi-impunité pour les auteurs de fautes de gestion, non-respect fréquent du code des marchés publics, absence d’appel à candidatures pour les postes-clé …etc.

MÉPRISE SUR L’ESPRIT D’ALMA ATA

La philosophie des soins de santé primaires adoptée en 1978 à Alma-Ata va tenter d’y remédier, par l’adoption d’une démarche holistique, prenant en compte les exigences de multisectorialité et d’équité, avec la pleine implication des communautés. 

Malheureusement, cette période (fin des années 70 et début des années 80), a coïncidé, dans nos pays, à la fin de l’État-providence, du fait des conséquences économiques désastreuses de la sécheresse et des exigences des officines financières internationales, avec leurs plans d’ajustement structurel.

C’est pour cette raison que la participation communautaire va, malheureusement, souvent être confinée à une participation financière à l’effort de santé, caractérisée par une logique de recouvrement de coûts.

Le système sanitaire va alors être victime d’un processus de désengagement de l’État, aux allures de privatisation déguisée, synonyme de financement insuffisant, aggravé par une utilisation inefficiente des ressources, lesquelles sont de surcroît, mal allouées. 

Cela se traduit jusqu’à présent, par une explosion des dépenses privées de santé, constituées essentiellement de paiements directs dans les structures de soins, par le biais de l’Initiative de Bamako et d’achats de médicaments dans les pharmacies privées.

Cette démarche perdure, se révélant néfaste pour l’accessibilité aux soins des masses populaires, dont la grande majorité est encore exclue de tout système de protection sociale.

DIFFICULTÉS A APPLIQUER LA COUVERTURE SANITAIRE UNIVERSELLE

C’est alors que les autorités étatiques vont tenter d’inverser la tendance grâce la couverture sanitaire universelle, qui se heurte, néanmoins à plusieurs obstacles.

Ces difficultés tiennent à la faiblesse de l’analyse objective des obstacles financiers à l’accès aux services de santé. Elles sont aggravées par le non-recouvrement, par les structures de santé et les mutuelles, des remboursements et subventions que l’État central leur doit. Il y a aussi des interférences politiciennes et électoralistes, voire populistes, avec de multiples politiques de gratuité, salutaires dans le principe, mais mal élaborées et souffrant d’un défaut de ciblage pertinent.

Au total, le sous-financement de la santé résulte non seulement de budgets gouvernementaux insuffisants, mais aussi du fait que le partage des risques financiers entre les différents groupes de populations se fait de manière empirique.

La mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle pâtit également d’une offre de soins insuffisante, aussi bien sur le plan des prestations de soins, qu’en matière de disponibilité de produits et technologies médicaux essentiels, qui connaissent de fréquentes ruptures de stock.En plus du mauvais accueil et des entorses à la déontologie médicale, qui constituent un véritable casse-tête, la qualité des soins laisse également à désirer en raison de manquements liés à la carte sanitaire (insuffisance d’infrastructures et d’équipements), la faible disponibilité de médicaments et consommables, le déficit en ressources humaines qualifiées et motivées…etc.

Notre système sanitaire semble, donc, inapte à fournir une offre de soins à même de faire face à une demande de soins toujours croissante et plus diversifiée, du fait de la transition épidémiologique liée au fardeau croissant des maladies non transmissibles, à soins coûteux. 

Last but not least, on observe un déficit d’évaluation des politiques publiques. Le suivi et l’évaluation des projets, programmes voire même du PNDS sont rendus difficiles par la rareté de données sanitaires fiables et l’insuffisance d’intégration des données communautaires et celles provenant du secteur privé (non-exhaustivité).

En conclusion, nous retiendrons notre système de santé génère de profondes inégalités sociales, qui ne pourront être atténuées voire annihilées que grâce à la concertation entre les diverses parties prenantes (prestataires, décideurs, organisations communautaires de base ou de la société civile, leaders communautaires ou autres personnes-ressources…). En effet, les citoyens deviennent de plus en plus exigeants et demandent à être réellement impliqués dans la prise de décision. Quant aux décideurs eux-mêmes, ils ne pourront plus se satisfaire de modèles de participation symbolique, ne dépassant pas le stade du faire-valoir, car ayant un besoin pressant de rétablir la confiance des usagers à leur endroit.

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin spécialisé en santé publique

lycifagaru@nioxor.com