BILLETS DE NIOXOR

UN DIALOGUE NATIONAL À L’OMBRE DES BAÏONNETTES

Des esprits naïfs pensaient, qu’après avoir prolongé, le 24 février dernier, leur gouvernance calamiteuse, les autorités politiques de notre pays allaient faire amende honorable, rompre d’avec leur démarche despotique et leur propension pathologique à la tromperie et au reniement. 

Dans un passé plus ou moins récent, d’autres politiciens, bien qu’ayant conduit des politiques tout aussi désastreuses que celle en cours, avaient su, à un moment donné, faire preuve d’une certaine hauteur (démission de Senghor, code consensuel de 1992), pour éviter à notre pays des convulsions dommageables à sa stabilité. 

Malheureusement, dix mois après avoir entamé son second et dernier mandat, le président de l’APR, pose des actes préoccupants, qui ont fini d’installer le désenchantement (yakaar bu tass) au niveau de nos chaumières sénégalaises. 

Une des meilleures illustrations en est la récente hausse du prix de l’électricité, qui constitue un révélateur des graves dysfonctionnements de la gouvernance du pouvoir actuel et plus particulièrement des mensonges des autorités en charge de l’énergie.

Profitant de la baisse du prix du baril de pétrole au niveau international, qui avait atteint les sommets, dans les années 2011-2012, le gouvernement actuel a réussi à améliorer sensiblement la distribution de l’énergie électrique. Il a, alors, tôt fait de mettre cette embellie au crédit du directeur sortant de la SENELEC et du régime APR, même s’il faut reconnaître leurs efforts encore insuffisants dans leur stratégie du mix énergétique avec l’inauguration de centrales solaires à Santhiou-Mékhé, Bokhol, Malicounda et Ten Marina… 

Ce renchérissement du coût de l’électricité survient dans un contexte où l’État APR rencontre des difficultés croissantes à satisfaire la demande sociale, lui qui a toujours prétendu placer son premier mandat sous le sceau des réalisations sociales et de l’équité. Mais les arrière-pensées électoralistes, les dépenses de prestige et la désastreuse gouvernance financière ont fini par mettre à mal les finances publiques, entrainant des tensions de trésorerie, que le ministre des finances refuse obstinément de reconnaître. 

Cette situation financière catastrophique se répercute au niveau des secteurs sociaux comme l’Éducation, avec l’incapacité de l’État à honorer les factures dues aux écoles privées d’enseignement supérieur et à caser les nouveaux bacheliers dans des établissements publics saturés depuis belle lurette. 

Les syndicats de fonctionnaires (agents de santé et enseignants), déçus par le non-respect des promesses gouvernementales, sont presque tous sur le pied de guerre. Quant à la promesse d’augmentation de salaires dans le secteur privé, au moment où certaines entreprises ont du mal à payer les salaires mensuels de leurs employés, elle ressemble, à s’y méprendre à un effet d’annonce et semble plutôt destinée à désamorcer une bombe sociale en gestation.

De plus, après le moratoire accordé au président-candidat, durant la période électorale pour le gel de toutes les subventions à caractère social, l’heure est venue d’appliquer la vérité des prix telle que préconisée par  les officines financières internationales. 

De fait, on observe, depuis la fin des élections, des agressions répétées contre le pouvoir d’achat des masses populaires, la dernière en date étant la hausse du prix de l’électricité survenant après celles du ciment, du carburant…etc.

C’est ce qui justifie cet appel au dialogue national, qui offre au pouvoir l’occasion de s’atteler aux vastes chantiers qui l’attendent, pour rendre à notre pays sa réputation de vitrine démocratique en Afrique subsaharienne.

Malheureusement, cette concertation nationale, qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’Opposition semble être dans l’impasse. 

En témoigne, en premier lieu, le retard de la prise de fonction du Président du comité de pilotage du dialogue national, annoncée pour le 26 décembre prochain, presque six mois après sa nomination par décret présidentiel, en date du 05 juillet dernier.

Il y a aussi, paradoxalement, la prédominance de fait du dialogue dit politique portant sur le processus électoral qui, lui avait démarré très rapidement, juste après le lancement, en grandes pompes, du dialogue national, le 28 mai 2019. Il se poursuit encore, avec comme seul résultat tangible, pour le moment, le report illégal, de la date des élections locales en 2021.

Il s’avère, donc, de plus en plus, que le dialogue politique remplit une double fonction de diversion de l’Opposition et de neutralisation de ses velléités protestataires.

Si la classe politique traditionnelle semble se complaire dans des conciliabules interminables autour du processus électoral, la détérioration progressive de la situation économique pousse les acteurs socio-politiques inéluctablement vers la confrontation.

C’est ce qui explique le succès retentissant de la marche du 13 décembre dernier, qui marque un tournant dans les luttes sociopolitiques depuis la survenue de la deuxième alternance de 2012.

Elle projette également, au-devant de la scène, la jeunesse patriotique, particulièrement les activistes de FRAPP et ceux du mouvement Y’EN A MARRE, qui s’efforcent d’élargir le mouvement social en direction d’autres forces comme les partis et les syndicats.

Au-delà des actes de bravoure et d’héroïsme individuel, il faudra davantage privilégier un travail patient d’édification d’un puissant mouvement vers une véritable alternative populaire.

Mais il est important que le gouvernement comprenne qu’il est illusoire de vouloir tenir un dialogue national fructueux, tout en refusant de respecter les droits de l’homme, particulièrement le droit constitutionnel de marche et en procédant à des arrestations massives de manifestants pacifiques.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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