BILLETS DE NIOXOR

UN AN APRÈS LE HOLD-UP, LA CRISE S’AGGRAVE !

Un an après le hold-up électoral du 24 février 2019, le régime apériste est en train de vivre les affres d’un déficit de légitimité doublé d’une défiance croissante, de la part aussi bien des couches populaires que des militants de la grande coalition Benno Bokk Yakaar. 

C’est dire que le fameux dialogue entre acteurs politiques n’a pas encore pu dénouer la crise politique née d’une mauvaise gestion du processus électoral. En effet, même si les résultats officiels de la dernière présidentielle semblaient indiquer une victoire éclatante au premier tour du président Sall, il ne faisait aucun doute que sa réélection avait surtout été le fruit de toute une série de combines.  

Après s’être lui-même réélu, le président Sall a très précocement – avant même la proclamation officielle des résultats – invité les acteurs politiques, à un dialogue politique. Était-ce là le signe d’un triomphe modeste ou faisait-il profil bas pour faire oublier ses frasques du premier mandat ? Malheureusement et comme l’avaient pressenti certains acteurs politiques, il ne semble s’être agi, encore une fois, que d’une ruse, lui permettant de différer des élections locales, pour lesquelles, il n’était pas prêt, situation qui risque d’ailleurs de perdurer.  

Déjà, des scandales escamotés  par le tumulte électoral d’avant-présidentielle, comme celui de Pétrotim, ont refait surface, conduisant à la mise sur pied, par les acteurs de la société civile, de la plateforme Aar li ñu bokk.

En outre, pris au collet par la Banque Mondiale et le FMI, empêtré dans des tensions de trésorerie inextricables et une dette en croissance exponentielle, le pouvoir de Macky se voyait obligé d’appliquer une politique d’austérité, porteuse d’instabilité sociale et d’impopularité. Là encore, il va se servir du dialogue et de la bienveillance de certains opposants pour tenter de pacifier le front social, en ébullition, du fait de la hausse des prix du carburant, de l’électricité et de certaines denrées de première nécessité. Cette fois, il va se heurter à la farouche résistance des mouvements de jeunesse patriotique et de Guy Marius Sagna réunis dans le mouvement Ño Lankk.

Par ailleurs, la situation va être aggravée par les errements des politiques publiques mises en œuvre par le régime apériste dans des domaines aussi divers que la pêche (Mbour, Saint-Louis), l’hydraulique (Notto-Diobass, Ndagane…), l’agriculture (campagne de commercialisation désastreuse), les innombrables litiges fonciers, le transport (impactés du TER), l’éducation, la santé…et même l’énergie. 

Dans tous les secteurs, l’opinion met à nu les mensonges pré-électoraux de l’APR et de ses alliés, ce qui conduit à des grèves et des manifestations populaires, un peu partout dans le pays.

C’est dire qu’il y a un hiatus flagrant entre la volonté proclamée de dialogue politique et les innombrables conflits sociaux, creusant davantage le fossé entre certaines élites et les masses fondamentales.

Au moment où le peuple fait montre de sa détermination à ne plus être gouverné comme auparavant, des fissures se font jour au sein de la caste, qui nous gouverne et dont les membres s’accusent mutuellement de tous les péchés d’Israël, notamment de comploter contre le Prince. 

Cette situation apocalyptique ne traduit que l’incapacité du régime apériste de résoudre la crise politique en cours et son absence de volonté politique de procéder à des réformes démocratiques venues à maturité et identifiées depuis bien longtemps, au moins depuis les Assises nationales.

C’est ce qui explique les désaccords persistants, au niveau du dialogue national, sur l’abrogation de textes liberticides comme l’article 80 du code pénal, l’arrêté Ousmane Ngom…etc., On observe également le refus constant de poser des actes forts pour décrisper l’atmosphère politique, instaurer une gestion vertueuse des ressources publiques, en mettant fin à l’impunité pour les auteurs de crimes économiques, dont la plupart sont des responsables politiques de la majorité.

Pire, dans un système politique, qui prend de plus en plus les allures d’une autocratie, des membres éminents du camp présidentiel s’illustrent par des déclarations inquiétantes comme un statut spécial pour Dakar, la suppression de la limitation des mandats d’un président, qui donne l’impression de vouloir rester au pouvoir jusqu’en… 2035 !

Il ne reste qu’à espérer, que le Président de la République, pour les quatre années qui lui restent à la tête de l’État sénégalais, se ressaisisse en mettant fin aux atteintes aux droits et libertés des citoyens et en opérant les ruptures préconisées par les Assises nationales et la Commission Nationale de Réforme des Institutions.

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com