INVITES

Lettre d’un condamné sans jugement.

Quand on détourne les richesses d’un peuple, on détourne nécessairement sa justice !

Le discours du Président Macky Sall sur nos concitoyens qui sont à Wuhan ne signifie qu’une chose : un aveu de faillite de sa politique sanitaire, un aveu d’échec de sa politique hospitalière. 

C‘est pour éviter cette situation qu’en 2014, après avoir essayé de changer les choses à l’interne en vain, j’avais écrit au ministre de la santé et m’étais adressé au peuple sénégalais depuis Sédhiou. Nous ne sommes pas condamnés à accepter qu’à l’hôpital régional de Sédhiou le carburant soit dilapidé, que l’on reste dix jours sans verser l’argent de l’hôpital dans le compte bancaire ouvert à cet effet, que le matériel de l’hôpital soit emporté par un ancien directeur,… . Pire, comment peut-on permettre au secrétaire général d’un syndicat d’avoir la seule boutique devant l’hôpital et que celle-ci soit alimentée par le courant de l’hôpital, même quand le groupe électrogène s’allumait ?

Voilà quelques morceaux choisis des actes de pillage de l’hôpital de Sédhiou et de tous les autres établissements publics de santé du Sénégal. Quand les membres du conseil d’administration de l’hôpital régional de Sédhiou ne pensent qu’à faire passer les indemnités de session du CA de 50.000 Fcfa à 75.000 Fcfa, à faire recruter les membres de leur famille qui ne sont pas qualifiés à l’hôpital, il faut sauver l’hôpital du Sénégal. 

Le Président Macky Sall connaît cette situation de nos hôpitaux. C’est pourquoi il n’a pas confiance en son propre système sanitaire, face au Coronavirus. La question est pourquoi il n’a rien fait ? Pourquoi il ne nous a pas écoutés ?

C‘est pourquoi, tout en exprimant toute ma solidarité à nos concitoyens en Chine et à leurs parents, le débat de fond est : depuis 1998, date de la réforme hospitalière, nos élus saignent nos hôpitaux, qui par conséquent ne nous soignent plus. Tant que cela durera, nous aurons des hôpitaux faibles, vulnérables face aux Coronavirus d’aujourd’hui et de demain. 

Nous continuerons à critiquer cette gestion ni sobre ni vertueuse de nos hôpitaux en entreprises privées qui, ceci expliquant cela, prive mes concitoyens de santé. Peu importe la durée de mon affectation depuis 2014 par le ministère de la santé et de l’action sociale dans une structure dont le bâtiment menace de ruine et ne comporte ni eau ni toilettes, nous continuons de nous battre pour celles et ceux des sénégalais qui sont condamnés à se soigner au Sénégal. 

Le pouvoir impérial de nommer à tous les emplois civils et militaires et donc de faire ou de défaire, de propulser ou de marginaliser, les carrières professionnelles entre les mains de Macky Sall et de ses ministres, ne peut pas nous empêcher de lutter pour un système sanitaire conforme aux intérêts de la majorité du peuple. 

On raconte qu’aux cotés d’un empereur se trouvait constamment quelqu’un dont la fonction était de lui murmurer à l’oreille à chaque fois que les foules l’acclamaient : « Vous n’êtes qu’un humain ». En attendant d’avoir un système de souveraineté réellement populaire, nous rappelons régulièrement à la bourgeoisie bureaucratique actuellement au pouvoir qu’elle n’est qu’un valet de l’impérialisme, et au peuple l’urgente nécessité d’enclencher, 60 ans après la première, la deuxième phase de décolonisation du Sénégal et de l’Afrique. 

Quand il est en accord avec le franc Cfa et maintenant la présence militaire française, nous, révolutionnaires anti-impérialistes panafricains murmureront au Président Macky Sall qu’il est le sous-préfet de la France. Quand il signe l’APE, nous rappelons à Macky Sall qu’il est le sous-préfet de l’impérialisme collectif qu’est l’Union Européenne. Quand il déroule le tapis rouge au privé international au détriment du privé sénégalais, nous disons au Président Macky Sall qu’il n’est que le président du comité de gestion de la néo-colonie du Sénégal pour le compte de la Triade réunie dans le FMI et la Banque Mondiale. 

Nous disons à notre peuple que c’est parce que les options politiques de Macky Sall ne sont ni nationales, ni démocratiques, ni populaires, ni panafricaines que le Sénégal est un des 27 pays les plus pauvres. Nous expliquons pertinemment à notre peuple que c’est parce que les mers sénégalaises ont été bradées à l’UE que nos pêcheurs ont été transformés en convoyeurs vers « barsak », ou en pêcheurs errants tués dans les mers des autres, quand ils ne paient pas un tribut de 450 des leurs au delà de la langue de barbarie. 

Ces mêmes politiques de Macky Sall qui privent nos pêcheurs de poissons, privent notre peuple d’éducation, de santé, d’emplois, de revenus décents. Comment ne pas comprendre que c’est là la cause des braquages, des vols de bétails, du grand banditisme en croissance exponentielle ?

Le FRAPP a décidé de contribuer de manière décisive à mettre au cœur du débat politique et socio-économique africain, les questions de souveraineté économique et démocratique. 

Il y a quelques années, la lutte contre la polio avait comme slogan « Boutons la polio hors du Sénégal ». Qui oserait s’opposer à ce slogan ? Ceux qui vivent de la polio et ceux qui ignorent la dangerosité de la polio ? De même, le FRAPP dans le cadre de sa lutte contre l’occupation monétaire, a lancé une campagne dénommée « Pour la souveraineté monétaire, France Dégage ! » Autrement dit, « Boutons la France hors de nos affaires monétaires ! »

Jacques Chirac et Macron ont exigé que les forces de sécurité israéliennes n’entrent pas à Sainte Anne. Et en Afrique nous devons accepter les bases militaires françaises, Africom et les GI’s ? C’est pourquoi le FRAPP dit aussi à propos des bases militaires françaises, « France Dégage ! » Aucun MCA, même le dernier d’un montant de 550 milliards de francs Cfa, ne nous force à accepter l’idée d’une base militaire des USA au Sénégal. Comment les États-Unis incapables de sauver leurs citoyens qui meurent de diabète par manque de moyens peuvent-ils nous faire croire qu’ils aiment plus les Africains et leur santé que les diabétiques États-uniens ? Pourquoi les États-Unis ne mettent-ils pas les 550 milliards de francs Cfa dans des programmes sociaux qui empêcheraient leurs administrés de constituer 20% de la population carcérale mondiale ?

En réalité, les États-Unis veulent une base militaire au Sénégal pour les mêmes raisons que la France. Non pas pour assurer la sécurité des Africains, mais pour assurer la sécurité économique et commerciale des USA, pour déstabiliser tout État africain qui veut mettre ses ressources au service des Africains. C’est pourquoi le Président Macky Sall peut croire au père Noël. Pour nous révolutionnaires anti-impérialistes panafricains, c’est : « Africom et GI go home ! »

Le système capitaliste nous a assez montré qu’il préfère trouver des milliers d’exoplanètes, chercher de l’eau sur Mars, que d’éradiquer la faim, la soif, l’analphabétisme, la pauvreté sur terre, ou de lutter contre le terrorisme qu’il a enfanté et nourri, et de se lancer régulièrement sur des États résistants pour y semer le chaos. Le système capitaliste ne se soucie même pas de la planète Terre. Il cherche d’autres planètes où habiter après avoir détruit la terre.

Quand j’entends des proches de Macky Sall, régulièrement épinglés par tous les corps de contrôle de l’IGE montrant les dossiers qui ne sont jamais transmis à la justice, dire que ma place est en prison je réprime mon sourire pour ne pas manquer de respect à la mémoire des pêcheurs morts dans la langue de barbarie, aux ex-travailleurs de la sotrac courant derrière 9 milliards, à nos concitoyens de Fass Tiekene dont moins des 39 villages ne sont pas électrifiés, aux surveillants pénitentiaires qui ont à peine 50.000 Fcfa d’indemnités de logement, … .

Quand on détourne les ressources du peuple et que celles-ci, au lieu de prendre le chemin des champs de nos braves papa, des villages et quartiers, des écoles et des hôpitaux, prennent les voies vers Chicago, Bruxelles, Barça dans les comptes en banque de nos élus, on finit par détourner sa justice. Au lieu d’arrêter les voleurs des derniers publics, Macky Sall arrête leurs victimes qui remplissent les prisons. Au lieu d’ouvrir des instructions judiciaires sur le COUD, le CICES, le port, la poste, le PRODAC……l’Etat néocolonial arrête ceux qui luttent pour son abolition et détourne des procédures judiciaires pour garder le plus longtemps possible en prison des abolitionnistes anti-impérialistes, panafricains. 

Pauvre doyen des juges Samba Sall ! 

Le voilà avec deux instructions judiciaires sur ma modeste personne en moins de 04 mois. Alors que la première instruction sur une accusation de fausse alerte au terrorisme est encore en cours depuis juillet 2019, il ouvre une autre instruction depuis le 04 décembre. L’histoire ne se répète jamais. Quand cela semble arriver, c’est sous la forme d’une comédie ou d’une tragédie. Alors comédie ou tragédie judiciaire, l’avenir nous dira.

En attendant, je suis à la chambre 8 du quartier de haute sécurité (QHS8) de la prison du camp pénal. Il existe ce qu’on appelle des prisons de « type f » qui sont équipées exclusivement de cellules pour une à trois personnes. Ces prisons s’inspirent des prisons supermax des États-Unis qui visent à mater des prisonniers déclarés incontrôlables et qui sont confinés comme nous l’apprend Angela Davis  » à divers degrés d’isolement temporel ». 

Le camp pénal n’est pas une prison de « Type f », mais une maison classique avec dortoirs. Mais son quartier de haute sécurité (QHS) a les mêmes cellules que les prisons de « type f ». 

En Turquie en 2000, des prisonniers turcs ont observé une grève de la faim à mort afin de protester contre la décision gouvernementale d’introduire des prisons de « type f ». En 2002 plus de 50 prisonniers turcs sont morts des suites de leur grève de la faim. Amnesty International nous informe qu’en 2000, 30 prisonniers ont été tués lors d’affrontements avec les forces de l’ordre dans une vingtaine de prisons à travers la Turquie dans la lutte contre ces prisons de « type f » qui sont des dispositifs d’isolement facilitant les mauvais traitements et la torture. 

Le camp pénal n’est pas une prison de « type f », mais en son sein, son QHS a été construit exactement comme une prison de « type f ». Il y a une partie du compte rendu de Human Rights Watch de l’année 2002 qui parle de ces prisons de « type f » en Turquie qui fait réfléchir sur le cas Guy Marius Sagna. Bien que les autorités carcérales justifient la nécessité de ces prisons supermax en arguant qu’elles abritent uniquement les individus les plus dangereux, fauteurs de troubles ou fugitifs potentiels. Il existe peu de garde-fous pour empêcher d’autres prisonniers de se voir transférés de façon arbitraire ou descriminatoire vers ces établissements. 

En Australie l’inspecteur des services de détention a découvert que certains détenus sont confinés indéfiniment dans des unités spéciales de haute sécurité sans savoir pourquoi, ni pour combien de temps. Peu importe le lieu, la durée et le nombre de détentions arbitraires, nous ne transigerons jamais. Il n’y aura ni arrangement, ni protocole de camp pénal, ni déportation entre nous et les Sale représentant du colonialisme. 

Malheureusement pour Macky Sale et le ministre de l’intérieur, je suis sénégalais et donc ils ne peuvent m’expulser du Sénégal comme ils ont si malheureusement expulsé Kemi Seba du Sénégal pour la deuxième fois.

Nous avons choisi de mettre nos vies en jeu afin de sortir le Sénégal et l’Afrique de ce jeu politicien, néocolonial, parasitaire de nos élus qui nous maintiennent dans la pauvreté, la domination. Nous ne sommes pas obligés d’accepter le Sénégal, l’Afrique et le monde tels qu’ils sont .

Nous avons choisi la liberté plutôt que la peur.

La lutte continue

Les peuples vaincront

PS : Tout mon soutien aux travailleurs de l’ex-sotrac, aux victimes d’accaparement de terres et de démolition de maisons de Tivaouane-peulh, Guéréo, du département de Mbour, …

Guy Marius Sagna 

Prisonnier politique au Sénégal depuis trois mois, Prison du camp pénal, QHS8