COVID-19

Pandémie Du Covid-19…Opportunités Scientifiques Et Économiques Pour L’Afrique ?

Les médicaments à base de plantes, sont largement utilisés à travers le monde et ont une importance considérable dans le commerce international. La reconnaissance de leur valeur clinique, pharmaceutique et économique, continue de croître, bien que cela varie selon les pays.

Les plantes médicinales sont importantes pour la recherche pharmacologique et l’élaboration des médicaments. La flore africaine se caractérise par son extrême richesse et sa très grande diversité avec plus de 30 000 espèces médicinales qui sont cependant exploitées sans précaution particulière. En vue d’assurer la conservation et la disponibilité de ces plantes pour l’avenir, la réglementation de leur exploitation et de leur exportation est essentielle tout comme la coopération et la coordination au niveau international. Pour ce faire, il est important de leur conférer un cachet scientifique qui bénéficie de l’apport de tous les instruments internationaux de mesure en qualité, innocuité et efficacité pour les remèdes issus de ces plantes.

Depuis le 31 Décembre 2019, le monde fait face à une pandémie d’une ampleur jamais égalée.

En effet, à la date du 19 Mars 2020, plus de 213 254 cas cumulés sont confirmés dont environ 86 000 guéris et 9200 décès. Plus de 150 pays et territoires sont touchés. Les effets de la pandémie incluent l’instabilité sociale et économique ainsi que la diffusion de fausses informations et de théories du complot sur le virus. La pandémie du Covid-19 a des conséquences considérables au-delà de la simple propagation de la maladie et des mesures de quarantaine.

Certains analystes estiment les retombées économiques de la pandémie sur la croissance mondiale à hauteur de 300 Milliards de dollars et dont les effets pourraient se faire sentir jusqu’à

deux ans après. A l’état actuel, il n’existe pas non plus de traitement spécifique ni de vaccin

La prévention reste le seul moyen de lutte efficace avec respect des mesures d’hygiène, de distanciation sociale et de confinement dont les conséquences sur le plan social sont aussi dramatiques. En effet, les mesures de confinement ont profondément transformé les modes de sociabilité des populations des pays touchés en général et de l’Afrique particulièrement pour des raisons surtout culturelles.
Devant cette situation, l’Union Africaine, doit prendre conscience des épidémies qui sévissent dans le continent et prendre des mesures fortes pour développer des stratégies ciblées sur les maladies émergentes et ré-émergentes, commanditer des études socio anthropologiques sur les usages des plantes médicinales pour le traitement de ces dernières en Afrique.

Pour une fois, les africains doivent prendre l’initiative pour promouvoir notre patrimoine thérapeutique et cesser d’être à la remorque des pays du Nord. Assurer la sauvegarde des plantes médicinales du continent africain tout en encourageant l’utilisation des médicaments à base de plantes pour le traitement des maladies, requiert une stratégie réfléchie et coordonnée afin qu’elle soit efficace et durable.

C’est fort de cela que l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), institution spécialisée de la CEDEAO, au regard de sa mission qui est « d’offrir le niveau le plus élevé en matière de prestations de soins de santé aux populations de la sous-région « a mené plusieurs actions dont notamment l’élaboration de la Pharmacopée des Plantes Médicinales de l’Afrique de l’Ouest. Cet outil qui résume la base scientifique de quelques plantes communes (54) dans l’espace communautaire, validé et adopté par l’OMS AFRO, est un document de référence pas seulement pour les pays de la sous-région ouest africaine mais également pour toute l’Afrique. Il s’y ajoute l’inventaire des plantes médicinales à efficacité prouvée dont l’examen critique a abouti à la proposition de laboratoires sélectionnés et de 69 formulations. Dans la même lancée, tirant les
leçons de l’épidémie à virus Ebola, l’OOAS, a entamé depuis, l’élaboration d’une 2e Pharmacopée pour le traitement des nouvelles maladies émergentes.

L’Union Africaine doit s’approprier ce travail qui entre en droite ligne de l’Agenda 2063 qui est le cadre stratégique du continent qui vise à atteindre son objectif de développement inclusif et durable. 

Toutefois, au regard du contexte mondial actuel essentiellement dominé par la pandémie du Coronavirus, l’UA, doit contribuer, aux plans scientifique et économique à la lutte contre le Covid-19.

 ➢ Au Plan Scientifique  L’Afrique, de par sa situation géographique, dispose d’une flore riche et variée dont certaines sont endémiques au continent. Les plantes médicinales africaines, concentrent des molécules originales dans leurs propriétés pharmacologiques, pharmacodynamiques et thérapeutiques. A titre d’exemple, la vincristine et la vinblastine, isolées de Catharanthus roseus ou pervenche de Madagascar, sont des antis cancéreux qui ont fait la preuve de leur efficacité thérapeutique.

Parmi les espèces de plantes médicinales recensées, plusieurs centaines pourraient être étudiées en vue de trouver des médicaments pour soigner beaucoup de pathologies qui aujourd’hui résistent à la médecine moderne. 

La richesse de la pharmacopée traditionnelle africaine, représente donc une opportunité intéressante. Son exploitation judicieuse et sa valorisation peuvent conduire à la mise au point de médicaments utilisables dans le traitement des maladies qui minent nos sociétés. Cette valorisation par la recherche et la production industrielle va favoriser le développement d’une expertise locale permettant ainsi à l’Afrique de mieux couvrir ses besoins en médicaments. La présence d’une telle expertise dans un pays, constitue un véritable levier de développement
économique et social. C’est dans ce sens que l’énorme potentiel que représente la flore africaine en terme de plantes médicinales, ouvre des perspectives intéressantes dans le domaine de la recherche pour la mise au point de nouveaux médicaments.
Cette flore constitue donc une source d’informations précieuses pour la recherche de nouvelles molécules actives et dignes d’intérêt dans la prise en charge des pathologies prioritaires.

Néanmoins, on regrette tout de même, que malgré le nombre important de ces plantes et leur potentiel, celles-ci ne connaissent qu’un faible intérêt dans le monde scientifique. Moins de 16% des espèces utilisées dans les remèdes sont citées dans les publications scientifiques (source : des plantes et des hommes, Henri Marque, Janvier 2006, Jeune Afrique).
➢ Au Plan Économique :

D’après PROPARCO, une filiale de l’Agence Française de Développement, dans son rapport 2018 intitulé « le médicament en Afrique : répondre aux enjeux d’accessibilité et de qualité «, le continent africain produit moins de 5% des  médicaments que consomment ses populations alors que 95 % sont importés. L’Afrique consacre chaque année une part importante de ses ressources financières à l’achat de médicaments importés. Le coût extrêmement élevé de la prise en charge thérapeutique de patients souffrant de maladies chroniques, déstabilise la situation financière de nos États car les besoins en devises pour l’achat de médicaments, risquent d’atteindre des niveaux insupportables pour nos économies. La forte demande en médicaments abordables, peut-être une richesse financière importante pour les États Africains.

Dans son rapport de recherche, Market Research Future (MRFR) indique que le marché mondial des médicaments à base de plantes devrait atteindre un volume de plus de 129 Milliards USD d’ici 2023 avec un taux moyen de croissance annuelle de 5,88 sur la période de prévision 2018-2023. 

Le développement d’une industrie pharmaceutique locale est donc une nécessité. En outre, elle fournira de nombreux emplois à nos populations dans la culture des plantes médicinales africaines.

L’Union Africaine doit faire preuve d’imagination, d’agressivité, de rigueur et de
responsabilité, car le faible pouvoir d’achat des populations africaines et le coût élevé des prestations de santé, doivent susciter l’intensification des recherches sur les plantes médicinales réputées et dont les vertus thérapeutiques ont été démontrées. Il ne fait aucun doute que les résultats de la Recherche-Développement des plantes médicinales en Afrique, prédispose notre continent à résoudre les problèmes sanitaires des populations en ayant recours à des solutions thérapeutiques locales. De même, il faudra lever les contraintes dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la biodiversité, l’accès aux ressources biologiques et le renforcement des capacités des Praticiens de la Médecine Traditionnelle. Cette créativité africaine, a besoin d’une meilleure reconnaissance et d’une valorisation par la production et la mise sur le marché. Aujourd’hui, l’Afrique doit pouvoir apporter sa contribution à la croisade contre la pandémie du Covid-19.

Pour terminer, je partage avec vous cette réflexion d’un amoureux de la nature « les plantes n’ont pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elles pour respirer, nous nourrir et nous soigner ».

M. Alioune AW

Ancien Coordinateur de la 

Cellule de Médecine Traditionnelle.

Catégories :COVID-19, INVITES

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