COVID-19

LUTTE CONTRE LE COVID-19: ACTIONNER LES LEVIERS COMMUNAUTAIRES

Nous assistons depuis deux semaines à la prolifération progressive et inquiétante des cas communautaires, ce qui nous fait perdre nos dernières illusions, sur l’invulnérabilité des Africains au COVID-19. Pire, la pandémie pourrait revêtir sur notre continent, des allures cauchemardesques, en raison de la faiblesse de nos systèmes sanitaires sous-financés et sous-équipés alors que la prise en charge des cas graves nécessite des soins intensifs.

Face à ce danger imminent, les recettes asiatiques ou européennes ne risquent pas de nous être d’une grande utilité, en raison de notre faible niveau de développement socio-économique.  Il ne nous reste dès lors, d’autre choix que de tabler sur notre expérience en matière de lutte contre les épidémies et d’actionner les leviers communautaires, qui peuvent nous être d’un grand secours.

INSTAURER UN CLIMAT DE CONFIANCE

On avait pu croire que le Chef de l’État, ayant reçu, au début du mois de Mars, à tour de bras, les acteurs politiques et ceux de la société civile, avait bien compris la nécessité d’un large consensus national dans la lutte contre le COVID-19, basé sur le respect des droits de l’Homme et celui des principes éthiques. 

Les premières mesures prises avaient reçu l’assentiment quasi-unanime de l’opinion publique et étaient constituées d’interventions non pharmaceutiques[1](I.N.P), dont le but était de chercher à réduire la transmission du virus, à limiter l’impact d’un afflux considérable de patients vers les structures sanitaires,  qui pourrait induire une surmortalité, par défaut de prise en charge adéquate. 

Il faut cependant noter, que dès le début, il y avait  eu, de la part de certains secteurs, des réserves sur l’opportunité de la loi d’habilitation que le Chef de l’Exécutif serait tenté de prendre pour un blanc-seing, surtout en l’absence d’un un plan-programme très précis, chiffré et adossé à un chronogramme d’exécution.

La récente controverse sur le transport et la distribution de l’aide alimentaire, au-delà de la personne du super-ministre[2] et non moins beau-frère du président de la république, justifie a posteriori cette prudence, d’autant plus légitime que notre République traîne des antécédents d’inégalités sociales, de violence structurelle et de mal-gouvernance.

Il urge donc de rompre avec aussi bien avec l’autoritarisme dont les forces de défense et de sécurité font parfois montre qu’avec les démarches unilatérales, équivoques et suspectes, pour établir un climat de confiance entre gouvernants et gouvernés, car nos jeunes nations font face à des défis complexes et inédits.

UNE PANDÉMIE AUX COULEURS TROPICALES

Dans nos pays, la pandémie se présente sous un jour particulier. 

Il y a d’abord la lenteur de la transmission du virus si on la compare à celle de certains pays européens et asiatiques, qui pourrait n’être liée qu’au faible pourcentage de tests réalisés ou alors relever d’un niveau d’urbanisation moindre (démultiplication des contacts dans les transports en commun, les grandes surfaces…). 

Ensuite, on note une mortalité apparemment plus faible dans nos pays peut-être due aux différences dans les pyramides d’âges (populations africaines plus jeunes) et à l’existence fréquente chez les personnes âgées de co-morbidités qui sont des facteurs péjoratifs pour le pronostic vital.

On évoque enfin des facteurs immunitaires, parmi lesquels, l’administration habituelle du BCG, (qui aurait un rôle protecteur) aux enfants dans nos pays.

Cette aggravation de la situation épidémiologique, de même que les implications socio-anthropologiques de la pandémie font que  l’exigence d’un dialogue franc avec les communautés se fait pressante, dans un souci de les responsabiliser dans la mise en œuvre des initiatives non pharmaceutiques (I.N.P), parmi lesquelles, le port du masque occupe une place de plus en plus centrale.

UNE COMMUNICATION ADAPTÉE AU CONTEXTE

Il faut reconnaître, que jusque-là, les autorités ont surtout misé sur des campagnes de communication grand public, qui se déroule d’ailleurs de manière satisfaisante, encore que certains spécialistes des sciences sociales préconisent d’adapter les messages aux changements du contexte.

Il faudra, de plus en plus, aller vers la sensibilisation communautaire, en évitant d’apeurer ou de culpabiliser les populations, qu’on doit plutôt inciter à s’approprier des INP. 

Le premier point sur lequel on devra insister sera la protection des personnes âgées et/ou vulnérables souffrant d’affections chroniques. 

Quant aux relais et leaders communautaires, on doit leur transférer des compétences dans les domaines suivants : formation, sensibilisation, hygiène, surveillance à base communautaire, la confection des équipements locaux de protection individuelle voire l’enterrement et la gestion des corps…

QUELLE PLACE POUR LA PRISE EN CHARGE DÉCENTRALISÉE / COMMUNAUTAIRE ?

Il se pourrait même, devant la recrudescence des cas, qu’on en arrive, en profitant des opportunités offertes par la nature pyramidale de notre système sanitaire, à l’implication des acteurs du niveau opérationnel et communautaire dans la prise en charge des cas simples, sur la base d’algorithmes prédéfinis. 

Et cela, d’autant que, de plus en plus de chercheurs émettent l’hypothèse que les nombreux décès constatés depuis le début de la pandémie seraient le fait – non pas de pneumonies virales – mais de micro-thromboses au niveau pulmonaire, qui sont curables grâce à l’administration d’anticoagulants.

Il y a également une toute nouvelle théorie, selon laquelle, le  COVID-19 infecterait une bactérie dénommée Prevotella, laquelle provoquerait, en l’absence d’antibiothérapie adéquate, l’hyper-réaction immunitaire responsable du délabrement pulmonaire et de l’issue fatale, dans les cas graves.

C’est donc dire qu’une prise en charge des cas, prenant en compte les risques thromboemboliques et infectieux ou tous autres paramètres, que la recherche pourra mettre en évidence, pourrait réduire le nombre de cas ayant besoin de soins intensifs et serait une chance pour nos pays pauvres, qui disposent de très peu de lits de réanimation.

Nous voyons donc que nos pays ont tout à gagner, en misant sur la carte communautaire pour juguler cette pandémie épouvantable.

Dr Mohamed Lamine LY

Spécialiste en santé publique

Grand-Mbao, cité Baye Niasse


[1] Ces I.N.P. comprennent : Identification rapide, test et isolement des cas ;  Quarantaine ; Communication sur les risques ; Hygiène des mains et respiratoire ; Prévention et contrôle de l’infection, et protection des soignants ; Protection des populations vulnérables les plus à risque ; Annulation des rassemblements de masse ; Fermeture des écoles et lieux de travail ; Restrictions des déplacements internes ou cordons sanitaires ; Restrictions des déplacements internationaux et dépistage à l’entrée sur le territoire 

[2] Il s’agit de Mr Mansour Faye, ministre du développement communautaire, de l’équité sociale et territoriale

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