COVID-19

COVID19: CE MONDE S’EFFONDRERAIT- IL ?

CE MONDE S’EFFONDRERAIT- IL ?

Quelques Constats et Enseignements

Depuis son début à Wuhan jusqu’à nos jours, la pandémie a mis l’économie, la vie sociale, l’interaction humaine en berne. Le monde en est aujourd’hui à un macabre décompte, à un amer constat de l’incertitude de ses demains.

Pourtant, la crise n’a fait que nous rappeler ce que nous savions : la richesse et la vie même ne valent pas grand-chose : notre dignité humaine est bafouée par les politiques économiques, le pillage de nos richesses s’effectue toujours et sans pitié de nous, ceux-d’en-bas, la pénurie est notre lot. 

Ce savoir-là, COVID-19 ne nous l’apprend pas. Nous le savions. Nous l’avons clamé haut en le manifestant par AAR LI NU BOKK, NOO LANK, et dans les luttes syndicales, et plus récemment les manifestations de rue à CAP SKIRRING  pour manque d’eau, etc.

Le peuple même nous a rappelé son ingéniosité, sa résilience: des étudiants de Polytechnique qui fabriquent un respirateur, des artisans qui créent  des dispositifs pour  lave-mains, des femmes de ménages débrouillardes dans le confinement qui gèrent, dans la pénurie, les maisons etc. Et, le peuple nous dit comme toujours qu’il doit être compté pour le vrai faiseur de l’histoire.

Il y a, aussi, quelques vérités simples qui nous sont données avec l’avènement de cette pandémie, c’est que nous pouvons vivre mieux et autrement. 

Et là aussi, nous l’avions toujours entrevu même si nous repoussions l’idée, en  faisant une utopie. La pandémie n’a fait que mettre le doigt sur le possible d’une autre vie plus humaine, plus essentielle : ceux qui n’étaient rien, les véritables producteurs de richesses et de vie se redonnent à voir pour ce qu’ils sont, le constat d’une vie sur l’essentiel et non sur le superflu et l’inutile se redécouvre, la solidarité, la place de l’Autre dans nos vies se rappellent à nos consciences. 

Aussi, les personnels des systèmes de santé, malgré leur nombre réduit, le manque de moyens ont fait preuve de courage d’inventivité, d’empathie dans la prise en charge des malades tout en donnant la preuve de l’importance d’un système de santé public de qualité.    

Mais, la crise nous a gratifié de révélations nouvelles, si c’est possible de le dire ainsi : elle nous a enseigné ce que vaut une vie sans la vitesse et la performance économique, sans assujettissement à  la rentabilité, à la production de biens inutiles, etc. 

Et cela, même si on peut constater que c’est  le capitalisme non seulement qui continue de tenir les rênes, mais aussi porte et domine politiquement, idéologiquement et économiquement le monde.

En effet, les mesures prises pour contrer la transmission du virus, appelées barrières, ont consisté à confiner l’écrasante majorité des populations chez elles. Si en  Europe, la mise en œuvre de ces mesures n’a donné que tardivement des résultats, en Afrique la progression de la maladie a été lente et sa létalité moindre. On peut alors se poser la question de savoir si les mesures prises n’ont pas été disproportionnées eu égard à la situation réelle dans le continent. Et si elles ont pour buts non avoués de maintenir le statu-quo social et politique  à partir d’une situation dite de guerre et offrir des opportunités d’affaires juteuses à des politico-affairistes, de contrôler la population, de conjurer les animosités politiques?

En effet, le triomphalisme du modèle capitaliste dominant avec ses viatiques- le régime de propriété privée, l’individu, l’entreprenariat, le mode de consommation- semble incontestable.  Les systèmes de santé construits pour une prise en charge de ceux qui sont riches, qui ont des capacités d’assurance, ne peuvent pas répondre aux besoins de tous. Elles n’étaient pas fondées sur la prévention et l’anticipation pour une prise en charge des pandémies comme le Covid 19. 

Ainsi, en Italie, en Espagne, en France, aux USA, les systèmes de santé ont rapidement été submergés malgré leur niveau de développement infrastructurel. L’insuffisance des personnels de soins, le nombre limité de dispositifs de réanimation ont impacté la qualité des soins donnés aux malades. La rentabilité  qui préside au système de santé en est la cause.

Ici au Sénégal et plus largement en Afrique, si l’évolution lente de la maladie contrairement aux supputations et prédictions catastrophiques des occidentaux, de l’OMS, de l’ONU à travers son SG, n’a pas encore déstabilisé les systèmes de santé qui sont très limités, faibles et fragiles, il urge de mettre en œuvre des stratégies plus adaptées à la situation locale de la maladie.

 La verticalité des décisions avec des buts électoralistes n’a pas voulu des leviers communautaires (ASC, dahiras, associations, groupements féminins, etc.) dans les quartiers, les villages pour conjurer à la base la pandémie.

Partout, on constate que les prises de décision sont politiques, même si elles peuvent être sous tendues par les conseils des scientifiques (Infectiologues, épidémiologistes, spécialistes des sciences humaines, statisticiens etc.) . Mais , il reste constant que le profit et l’urgence économique sont encore au cœur des choix de politique sanitaire  sans compter les limites de l’approche de rentabilité dans ce secteur. 

Au Sénégal, le vote de la loi d’urgence et d’une loi d’habilitation pour le Président de la république lui octroyant tous les pouvoirs comme si nous étions en guerre, ont été les mesures phares au niveau juridique pour encadrer ce processus. Il y’ a lieu de s’interroger sur la pertinence de ces mesures du fait de la situation réelle de la maladie qui n’empêchait en rien au peuple, par ses communautés, ses associations de base de discuter sur la pandémie, de décider, à l’assemblée nationale de continuer à légiférer, sur les besoins de ressources, de réorientation budgétaire etc. 

L’appel du Président à l’opposition, aux familles, à des personnalités religieuses au nom de la nation menacée, la mise en place d’un comité COVID-19, l’électoralisation des dons, la médiatisation  politique de la pandémie par le Ministère sont autant d’annonces d’une recherche d’un renouveau politique après les scandales du pétrole, de l’attribution des marchés.

Que Faire alors ?

Le capitalisme est dans une crise structurelle, ce qui n’est pas le fait de la pandémie, elle participe à son approfondissement, elle n’en est pas la cause, mais elle va contribuer à une refonte du système, qui probablement s’habillera autrement.

Partout, à des degrés différents, elle s’attellera dès maintenant à copier le modèle chinois  de contrôle total des masses. Même après le déconfinement, il fera circuler la nécessité pour conjurer d’autres virus, d’autres menaces de se réduire à de simples travailleurs devant continuer à produire ou à se mettre au chômage, se méfiant les uns les autres, surveillés à partir une application à l’israélienne, se réduisant au silence, sans contestations etc. 

La verticalité des décisions  sur le couvre-feu, le traçage et la collecte des données des patients et de leurs contacts n’ont pas été l’objet d’informations, de débats. Prélude au modèle chinois dans nos pays ? 

Que faire maintenant que les signaux d’une autre vie sont plus encore visibles, maintenant que l’on sait que cette pandémie n’est pas un point de basculement automatique vers un vivre-autrement ? Parce que le problème est le mode de production capitaliste dominant, il faut lui opposer une pensée politique alternative anti-capitaliste. Pour cela , nous devons nous emparer de la politique par en bas et horizontalement en partageant les idées et des pratiques du refus  de ce capitalisme pour commencer dès maintenant  sa destitution .  Tout le monde est habilité à en parler et à faire quelque chose dans ce sens.  Chacun est touché dans son réel par le capitalisme. Chacun peut en tenir discours, et se faire une pratique. Le silence de la gauche historique est bavard, elle qui avait le communisme comme nom pour désigner cette politique égalitaire. Et la pandémie a confirmé que ce dont communisme est le nom est possible. La Gauche historique est donc encore interpelée, elle qui en sait de par son histoire, son engagement, son passé-présent. 

Certes, il y a lieu de repenser la révolution dans sa forme, et même dans son contenu sur l’Etat, sur comment elle devrait instituer l’autonomie des communautés pour une plus grande part du collectif sur l’individu sur la priorité des besoins à satisfaire et au sens de l’être-ensemble, sur le sens du travail. La révolution  de nos vies, de nos rapports à l’Etat. Tout cela reste une nécessité pour passer du -Tous pour Un,  au ,  Un pour Tous et vice-versa. 

Parce que ce que le Covid 19 annonce avec fracas, c’est que nous sommes dans l’impasse du système capitaliste mais que nous n’en sommes pas à la fin. Cela relance et met au centre du devenir de notre société l’idée d’une politique alternative à porter et qui indivise l’humanité. Elle peut être nommée communisme ou autre chose mais elle sera ce qu’en feront le traitement de l’égalité, et de la différence de l’humain, la prise en compte de l’écosystème-monde, au sens homme/nature dans toute globalité. Et là, l’Afrique a à nous réapprendre à écouter « plus souvent les choses que les êtres ».

Mais comme il n’y a plus à attendre le Grand soir pour commencer à changer, nous-mêmes, nos sociétés, le monde maintenant, parlons-nous de nos vies et de nos réels, décidons-en ensemble, raffermissions les liens du vivre-ensemble, refusons la surconsommation, le superflu (le fétichisme de l’argent, des technologies imposées, notre dépendance TOTALE à des 4G, 5G, aux réseaux sociaux…etc.) par les multinationales, acceptons la diversité, la cohabitation de plusieurs mondes (Tidiane, Mouride, Baye-fall, Catholiques etc., ) pour refuser le modèle du monde unique, respectons la Nature, réhabilitions nos mises-en-relations (amitiés, cousinages à plaisanterie, parenté, dëkëndoo, générations d’école,  pensons l’Afrique/le monde du côté des travailleurs, vrais producteurs des richesses nécessaires etc. pour construire des liens de pensée et d’action par en bas et horizontalement afin de commencer à sortir du capitalisme DÈS MAINTENANT.

Mame Atta Guèye, juin 2020. 

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