Coalition Santé

QUELQUES ENSEIGNEMENTS DU WEBINAIRE DE LA COSAS

Panélistes du webinaire sur la gestion de la pandémie COVID-19

Depuis le 30 janvier 2020, l’OMS a déclaré l’épidémie de COVID-19 comme urgence sanitaire de portée internationale et le Sénégal a déclaré son 1er cas le 02 mars dernier.

Devant l’explosion du nombre de cas de COVID-19 et la hausse graduelle du taux de mortalité, la Coalition pour la Santé et l’Action Sociale (COSAS) a tenu un webinaire, le 10 juillet 2020, sur la base d’un rapport complété par des experts sur les thèmes suivants:

  • Continuité des services durant la pandémie : le point de vue du consommateur
  • Renforcement de l’engagement communautaire
  • Les défis pour une communication dynamique de changement social
  • Risques encourus par le personnel de santé et les moyens de prévention

Le Sénégal, comme la quasi-totalité des pays de la planète, n’a pas été préparé pour une crise sanitaire de cette ampleur. Auparavant, le système sanitaire était confronté à des épidémies, pour lesquelles, il disposait d’armes classiques (médicaments, vaccins). Cette fois-ci, il fait face à un nouvel agent pathogène non familier.

L’erreur a été de gérer ce problème de santé considéré comme une urgence sanitaire, sous un angle exclusivement médical. Pourtant 80% des déterminants de cette pandémie viennent d’autres secteurs (multisectorialité). L’autre erreur commise par les techniciens du MSAS a été de trop se focaliser sur l’historique de la fièvre à virus Ébola.

La stratégie utilisée, jusque-là, par les autorités semble avoir atteint ses limites. On assiste à une circulation active du virus dans notre pays, contrastant avec la gestion léthargique et routinière des autorités, qui rejettent la responsabilité de la situation actuelle sur les populations, qui seraient réticentes à appliquer les gestes barrières et à se conformer aux directives gouvernementales.

La gouvernance de la gestion de la pandémie laisse à désirer. On a noté un déficit de transparence du processus dans le cadre de la mise en place du comité de suivi, de l’octroi de subventions aux secteurs économiques en difficulté, des modalités de l’appui aux ménages.  La passation des marchés de denrées alimentaires a également suscité une vague d’indignation, de même que l’achat d’équipements et de consommables médicaux confiés à des proches présumés de la sphère gouvernementale. 

On a aussi remarqué l’absence de  visibilité de la stratégie de communication. 

Lors des points de presse quotidiens, destinés prioritairement à informer les citoyens, on a pu mettre en évidence le caractère parcellaire des renseignements  fournis  sur  l’évolution de la pandémie. Or, l’analyse fine de la situation est la première étape d’une stratégie de communication. Il faut, en effet, des données fiables et probantes, pour prévenir les rumeurs, renforcer la confiance dans la riposte et à accroître la probabilité́ que les conseils de santé soient suivis.

S’agissant de la prise en charge médicale, on a pu observer l’apparition concomitante d’une seconde  « pandémie ». Il s’agit de l’explosion des autres pathologies impactant sur la continuité des services de santé. 

Elle n’est plus aussi effective dans nos structures de soins qu’elle l’était avant mars 2020, à cause de divers facteurs : psychose des patients face à la pandémie, pathologies non-COVID reléguées en seconde zone, exposition des prestataires de soins…

Tout cela a conduit au relâchement dans le dépistage et le suivi des pathologies chroniques. On observe aussi l’occupation par les patients COVID des services de réanimation et de chirurgie cardiaque (CUOMO) auparavant dévolus à la chirurgie cardiaque et des services d’orthopédie / traumatologie. 

Cela se traduit par une surmortalité des patients souffrant de cardiopathies et des difficultés de prise en charge des pathologies traumatiques, surtout depuis la reprise de la circulation interurbaine et son lot habituel d’accidents.

Par ailleurs, malgré l’introduction de la prise en charge extrahospitalière depuis quelques semaines, la régulation des cas laisse beaucoup à désirer. En effet, le dépistage et l’hospitalisation des patients COVID+ symptomatiques connaissent beaucoup de retard. Ces lenteurs retentissent négativement sur le pronostic des patients et accentuent les risques de propagation du virus.

C’est pour toutes ces raisons que les socio-anthropologues, les diplômés en santé communautaire et plusieurs organisations de la société civile, dont le réseau des organisations communautaires en santé, les unions de mutuelles et la COSAS, plaident pour la mise en œuvre effective de l’engagement communautaire. 

On devra éviter les pièges en rapport avec les interférences politiciennes et électoralistes et compter davantage sur des groupes de riposte communautaire. Ces groupes devraient être composés de personnes-ressources volontaires et engagées, des champions communautaires, jouissant de la confiance de leurs communautés. 

Ils devront sensibiliser sur les gestes-barrières, protéger les couches vulnérables, particulièrement les personnes âgées. Ils pourront aussi aider au confinement domiciliaire / communautaire des porteurs sains et cas-contacts encore négatifs.

La prise en charge des cas positifs présentant de légers symptômes est un peu plus délicate et pourrait se faire dans les postes et centres de santé. À partir du moment où le tableau clinique du patient révèle des signes plus graves ou la présence de comorbidités, la référence devrait impérativement se faire vers l’échelon supérieur de la pyramide sanitaire. 

La crise sanitaire a certes révélé certains atouts du système de santé sénégalais comme l’énergie déployée par les professionnels de santé, leur capacité à trouver des solutions innovantes ainsi que l’existence d’outils pertinents en matière de réponse.

Les autorités ont également réussi à fédérer les forces vives de la Nation, à créer une sorte d’union sacrée salutaire mettant l’État au centre du dispositif de lutte. Néanmoins la centralité excessive, la verticalité de la réponse ont prédominé sur la nécessité de la coopération avec un vrai service public au profit des usagers et une organisation appuyée par les collectivités territoriales, comme on a pu le voir dans d’autres pays (Maroc). 

En effet, malgré l’expérience engrangée par notre pays, en matière de décentralisation, le rôle politique (au sens le plus noble) des collectivités territoriales a été éclipsé. 

Tout cela découle de l’absence de politique de santé publique, avec un système de santé intégré, qui va irriguer l’ensemble des politiques publiques, une régionalisation forte et des échelons clairement définis. 

La COSAS s’est toujours déclarée favorable à une vision holistique de la Santé avec une approche sociale prenant en compte les déterminants sociaux de la santé. L’aspect d’interministérialité, visant à faire de la santé un objectif pour tous les ministères a manqué dans cette crise et s’est limité à des aspects purement symboliques (apparition de différents ministres au siège du MSAS).

Malgré l’existence d’une Cellule de la Carte sanitaire et sociale, de la Santé digitale et de l’Observatoire de la Santé (CSSDOS), le ministère de la santé n’a pas vraiment pris le virage de la digitalisation. Là aussi, on s’est surtout arrêté aux aspects symboliques face aux immenses opportunités offertes par le traçage des contacts, le téléenseignement, le télétravail, la télémédecine…etc.

Quelle place revient aux médecines naturelles, dites traditionnelles dans le processus de riposte ? Comment comprendre la polémique autour du rôle de l’OMS, surtout en rapport avec l’utilisation controversée de la chloroquine et les folles rumeurs autour des vaccins ?

Des protocoles de recherche gagneraient à préciser davantage le mode de transmission du nouveau coronavirus, qui pourrait avoir des implications sur l’approche méthodologique des gestes barrières, selon qu’il s’agira de gouttelettes ou d’aérosol.

Il faudra également revisiter les statistiques de létalité au plan mondial, car elles pourraient faire l’objet de tripatouillages de la part des gouvernements ou de forces occultes malintentionnées.

Il faut promouvoir l’inventivité scientifique dont font montre plusieurs chercheurs africains pour apporter à la COVID d’autres réponses de thérapie naturelle, dans le respect de normes et procédures scientifiquement éprouvées.

Pour ce qui est de la protection du personnel, la COSAS a toujours préconisé une approche holistique avec protection de tous les travailleurs et volontaires impliqués dans la gestion de la pandémie, y compris dans les zones transfrontalières oubliées, depuis le début de la pandémie.

Concernant l’engagement communautaire, il a été noté plusieurs occasions manquées, en raison d’une gestion centralisée et d’une communication directive. Il s’est le plus souvent, agi d’un processus inachevé, ni coordonné ni intentionnel de l’autorité, qui n’a pas su jouer son rôle de facilitation. 

Résultats de courses : malgré tous les efforts surtout en matière de prise en charge médicale, on a remarqué l’apparition de phénomènes tels que la stigmatisation, le déni, l’impression que le gouvernement est dépassé. Cela a fini par entraîner une baisse de la confiance des populations vis-à-vis des directives provenant des autorités et l’abandon progressif des mesures barrières.

Face au déni de la pandémie et/ou à la démobilisation qui gagne un nombre croissant de citoyens dans l’application des gestes barrières, de sérieuses menaces planent sur notre pays, surtout si on prend en considération les faibles capacités de prise en charge des cas graves dans nos structures hospitalières. 

Des projections, sur la base de modèles mathématiques prévoient un débordement du système sanitaire, avec saturation des capacités hospitalières entraînant plusieurs milliers de décès. 

Pour parer à cette hypothèse funeste mais plausible, l’application rigoureuse des mesures barrières est la voie royale. Mais elle devra nécessairement être complétée par le dépistage massif pour identifier, isoler et prendre en charge les cas positifs.

Sur le plan du suivi-évaluation, les outils d’aide à la décision font cruellement défaut aussi bien sur le plan de l’ampleur de la pandémie que sur celui des réalités sociétales. Les tests de dépistage ne reflètent pas la réalité, avec une augmentation du nombre des cas positifs étroitement liée au nombre de tests effectués. La gravité des cas n’est pas appréhendée dans toute sa mesure. De très nombreux décès dans la communauté ne sont pas comptabilisés, comme étant consécutifs à la COVID-19.

C’est pour cette raison, que la COSAS réitère, plus que jamais ses recommandations pour l’augmentation du nombre de tests, par une décentralisation dans les laboratoires régionaux, en s’entourant de toutes les garanties de sécurité pour les techniciens de laboratoires. On pourrait aussi tirer profit des tests sérologiques et des tests de diagnostic rapides.

Alors que le plan initial parlait de 4000 tests quotidiens, on constate la parcimonie, avec laquelle, les nouveaux algorithmes préconisent de dépister les cas-contacts, en ciblant surtout les personnes vulnérables (âgés de plus de 50 ans et/ou présentant des comorbidités).

C’est pourquoi, un large consensus s’est dégagé lors du wébinaire pour élaborer un mémorandum auquel le maximum d’organisations de la société civile ou même politiques souscriront et qui sera adressé aux pouvoirs publics. 

Il devra s’agir d’un document appelant les autorités à revoir fondamentalement leur mode actuel de gestion de la pandémie, pour renouer avec les bonnes pratiques d’engagement communautaire, de dépistage massif, de traçage et de prise en charge des cas.

Une des grandes leçons de la pandémie de la COVID-19 est l’urgence pour les pouvoirs publics, de réorienter prioritairement nos ressources budgétaires vers les secteurs qui étaient dits non productifs il y’a encore une dizaine d’années, notamment la santé, l’éducation. En effet, la santé s’est, désormais, irrémédiablement positionnée comme un grand enjeu d’investissement, une sorte de préalable à toute vie économique viable.

Notre pays devra, aussi, à l’avenir, faire preuve d’anticipation, grâce à un système de veille et d’alerte, face à la quasi-inéluctabilité de l’apparition de nouvelles maladies émergentes (planification, exercices de simulation). Il faudra aussi renforcer aux plans institutionnel, organisationnel et financier, la prise en charge de la gestion des urgences sanitaires, à travers le centre des opérations d’urgence sanitaire (C.O.U.S.). Il faudra, enfin, veiller au fonctionnement pérenne du comité national de gestion des épidémies plus inclusif, auquel on devra associer diverses parties prenantes (épidémiologistes, experts en santé publique, spécialistes de la communication, sociétés savantes, diplômés de santé communautaire…etc.). 

Un autre enseignement tiré de la gestion de la pandémie est la nécessité d’une rupture radicale avec l’approche médicalisée, centralisée et verticale.

Il s’agit, au contraire, de définir une véritable politique sanitaire, d’aller plus en avant dans la régionalisation ou la territorialisation de notre système sanitaire et de redynamiser le renforcement de l’implication communautaire en promouvant la mise à l’échelle d’expériences pilotes réussies.

La COSAS

Cosas28janvier@gmail.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s