COLLABORATION

COVID-19: VERS LA FIN DE LA CRISE SANITAIRE ?

Contribution du Dr Mohamed L. LY dans le magazine de santé des pharmaciens

Depuis la fin de 2019, le monde vit au rythme de la COVID-19. Mis en évidence dans un marché « humide » de Wuhan, en Chine, depuis le 12 décembre 2019, le SARS-CoV2 est le dernier né d’une série d’agents pathogènes, à l’origine de pathologies émergentes et ré-émergentes. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, on remarque l’apparition de maladies infectieuses émergentes telles que le SRAS, la grippe aviaire à A/H5N1, la maladie à virus Zika,  la grippe A/H1N1, MERS-CoV identifié en septembre 2012 en Arabie Saoudite, la grippe aviaire A/H7N9, identifiée en Chine en 2013 et enfin le SARS-CoV2, responsable de la COVID-19. 

Atouts préexistants

C’est le 02 mars 2020, que le 1er cas importé de COVID-19, est apparu dans notre pays. Il faut reconnaître qu’au moment où certains pays occidentaux tergiversaient sur l’attitude à adopter face à ce nouveau fléau, les techniciens du ministère de la Santé et ceux du COUS avaient déjà bouclé la phase préparatoire et fini d’élaborer leur plan de contingence. Malgré quelques retards (formation, achat d’équipements de protection individuelle et de réactifs), les autorités finiront par donner leur accord pour le financement du plan et feront montre d’un fort engagement, au plus haut niveau de l’État.

Cette relative promptitude s’explique par le fait que les techniciens du Ministère de la Santé ont développé, ces dernières années, une expertise avérée en matière de lutte contre les épidémies, édifiée graduellement, qui nous vaut, entre autres, un bulletin épidémiologique hebdomadaire de qualité, la prise en charge de multiples alertes (dengue, rougeole, gastroentérites, méningites…), tout au long de l’année. Il y a aussi eu la chaude alerte d’Ébola en 2014-2015, à l’issue de laquelle, un centre des opérations d’urgence sanitaire (COUS) avait été mis en place, en collaboration avec le CDC d’Atlanta.

Malgré ces acquis préexistants, nos autorités sont restées très largement sous l’influence du modèle chinois et des schémas de confinement de certains pays occidentaux, comme la France, l’Italie, l’Espagne…etc. alors même que la pandémie présente des caractéristiques particulières sur le continent africain.

Erreurs d’appréciation

 On a d’emblée cru aux vertus des méthodes coercitives avec une approche verticale, centralisée, excessivement médicalisée. Sur fond d’état d’urgence instauré le 23 mars 2020, on se mit à hospitaliser tous les cas positifs – même ceux asymptomatiques – dans les hôpitaux (nationaux ou régionaux) et à interner, manu militari, tous les cas contacts dans des réceptifs hôteliers.  

À mesure que la pandémie perdurait, cette stratégie allait montrer ses limites, conduisant à une saturation des structures hospitalières et se révélant très coûteuse et difficile à maintenir dans la durée. D’autant plus que les lenteurs notées dans la mise en œuvre des mesures d’accompagnement prévues dans le plan de résilience économique et sociale allaient provoquer le mécontentement de larges secteurs de la population. Cela allait donner lieu à des émeutes contre le couvre-feu, plaçant le pouvoir exécutif dans une situation très inconfortable et obligeant le Président de la République à annoncer, le 11 mai 2020, des mesures d’assouplissement inopinées et mal comprises, conduisant à la démobilisation des citoyens.

Par ailleurs, la communication mise en œuvre dans le cadre de la lutte contre la pandémie se résumait aux compte-rendus quotidiens des résultats des examens virologiques et à la répétition quasi-obsessionnelle, à longueur de journée, des spots sur les mesures barrières au niveau des médias audiovisuels.

On ne redécouvrira les vertus de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire, qu’après avoir constaté l’inefficacité et la non-soutenabilité des mesures, prises jusque-là, à juguler la progression de la pandémie.

S’il est une question, dont nos autorités n’arrivent pas encore à prendre la pleine mesure, c’est bien celle du dépistage. Pourtant, l’expérience a prouvé que tous les pays qui, comme l’Allemagne, ont réalisé un dépistage massif, ont aussi été ceux qui ont le mieux réussi à ralentir la progression de la pandémie et à réduire considérablement les taux de mortalité. 

De plus, les retards que connaissait la France sur la question du dépistage, lui ont causé beaucoup de torts (nombre élevé de cas graves et de décès), lors de la première vague. À contrario, l’instauration du dépistage de masse après le déconfinement lui a permis d’avoir une meilleure visibilité de la pandémie, avec augmentation conséquente du nombre de cas positifs. Cela a contribué à réduire les délais de prise en charge, à mieux protéger les seniors, à adapter les mesures préventives et à mieux se préparer à une deuxième vague imminente. 

Lueurs d’espoir

Le 06 août dernier, le ministre de l’Intérieur annonçait que les forces de défense et de sécurité allaient renforcer le contrôle de l’observance, par les populations, des gestes barrières. Même si, depuis lors, on a observé une baisse continue du nombre de cas testés positifs, rien ne prouve qu’il y ait un lien de cause à effet entre ces 2 faits. Et ce, d’autant plus qu’une tendance baissière similaire est notée dans plusieurs pays africains.

Selon le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, près d’une trentaine de pays africains ont enregistré une diminution des nouveaux cas, dont au moins six ont enregistré une baisse de plus de 50%. Il s’agit de Sao Tomé-et-Principe (89%), de l’Île Maurice (75%), du Botswana (69%), des Seychelles (67%), du Lesotho (61%) et du Sénégal (55%). 

Dans ce long marathon pour juguler la COVID-19, qui pourrait se prolonger encore selon le Bureau de la prospective économique du Sénégal, nos autorités semblent se complaire dans l’autoglorification. Au lieu d’être à l’écoute des forces vives de la Nation, elles semblent collectionner des distinctions internationales reposant sur des critères discutables, ou susciter des félicitations prématurées du Parlement plutôt attendu sur l’évaluation des politiques publiques et les louanges très teintées de subjectivisme du Club Sénégal Émergent…

Il est illusoire de croire à une fin proche de la pandémie dans notre seul pays, au moment où l’OMS prédit la fin de la pandémie, dans plusieurs mois voire des années, vers la fin de 2022.

Il s’agit, plutôt, de réfléchir sur de nouvelles stratégies pour maintenir, au niveau global, la prévalence de la COVID-19 à des taux compatibles avec une pleine relance des activités économiques. Cela suppose des stratégies de dépistage, intelligentes et non mercantilistes, la poursuite du respect des mesures préventives, en attendant la découverte de vaccins efficaces et accessibles.

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin spécialisé en santé publique

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