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PLAIDOYER POUR UNE CONCERTATION NATIONALE DÉLIBÉRATIVE

Le Sénégal traverse une période difficile de son histoire et les récents événements du 3 au 8 mars 2021 constituent un baromètre pour en mesurer la profondeur. Face à cette crise multidimensionnelle aux conséquences imprévisibles, l’inquiétude et le désarroi se répandent, tandis que la jeunesse s’interroge avec perplexité sur son avenir. 

CONTEXTE ET JUSTIFICATION

La gouvernance politique de notre pays est caractérisée par un autoritarisme archaïque, des libertés fondamentales bafouées, une justice malmenée, un État de droit piétiné. Toutes ces tares, qui remontent aux premières années de notre indépendance formelle, n’ont malheureusement pas pu être corrigées par les alternances politiques de 2000 et 2012. De fait, le refus des nouvelles équipes entrantes de s’inscrire dans les orientations dégagées dans le programme de la CA 2000 et les conclusions des Assises nationales a accéléré la déliquescence de nos institutions de même que la déchéance de notre système démocratique.

Par ailleurs, la problématique de la demande sociale est demeurée intacte, se traduisant par les difficultés croissantes de la vie quotidienne, une misère criarde et l’incapacité du pouvoir actuel, tout comme ses prédécesseurs, à mettre en œuvre une politique de formation-emploi adéquate, à l’origine du désœuvrement de la jeunesse et des drames liés à l’émigration clandestine.

S’y ajoutent les incertitudes sur les enjeux sécuritaires, géopolitiques liés à notre nouveau statut de producteur de gaz et de pétrole et notre appartenance à la zone sahélienne objet d’attaques et de menaces permanentes des djihadistes. Les fruits des alternances démocratiques n’ont pas tenu les promesses des fleurs et ce depuis deux décennies. La récente pandémie au coronavirus a accentué les problèmes de survie du plus grand nombre.

Tous ensemble, nous devons nous poser la question de savoir : où va le Sénégal à la lumière des événements de mars dernier ?

L’accumulation des périls à l’horizon et l’aspiration à plus de justice et de démocratie exigent de l’ensemble des forces vives du pays, qu’elles parviennent à un modus vivendi.

Nous pensons que le pays se trouve dans une impasse et notre choix est de lui éviter des convulsions douloureuses, de tenter de l’en sortir par le dialogue, qui est plus conforme à nos traditions, à notre culture, à notre civilisation. 

Cela est d’autant plus important que les religieux ont su tenir un discours fédérateur pendant que certains hommes politiques brandissent les épouvantails de l’ethnicisme, du djihadisme et des « forces occultes ». 

La situation de « ni guerre ni paix » en Casamance réapparaît avec les allégations de certains chroniqueurs et l’interprétation tronquée du discours de Ousmane Sonko dont les démêlés politico-judiciaires font l’objet d’une exploitation honteuse.

C’est à la lumière de ces analyses, face à la crise globale et multiforme que traverse le pays, que nous proposons la réactualisation des conclusions des Assises nationales et les recommandations de la CNRI comme solution concertée de sortie de crise.

NÉCESSITÉ DE TENUE D’UNE CONCERTATION NATIONALE DÉLIBÉRATIVE (C.N.D.)

Nous  proposons de rassembler toutes les forces vives du pays, pour lui épargner des convulsions inutiles et ouvrir de meilleures perspectives pour le peuple à travers une Concertation Nationale Délibérative. Cette dernière devrait s’accorder sur le diagnostic et les pistes de solutions pour la sortie de la crise, qui exclut l’esprit de revanche et va bien au-delà de la question de l’emploi des jeunes.

Dans le passé, la stratégie de large rassemblement a montré ses limites, du fait que les forces démocratiques n’ont pas pu peser pour une rupture avec l’hyper-présidentialisme et l’instauration d’une véritable refondation institutionnelle. Résultat des courses : depuis 2000, les régimes successifs sont en train de démolir les ressorts démocratiques de notre Nation et de faire montre de tendances autocratiques marquées, qui devraient être combattues par toutes les forces se réclamant du progrès social.

Pour renouer avec les nobles traditions de lutte du mouvement national démocratique sénégalais, il s’agira de transcender l’activisme spectaculaire et d’investir de l’intelligence, de l’énergie et de la volonté politique pour une voie rationnelle, responsable et civilisée. 

Cela permettra de faire renaître l’immense espoir suscité par les alternances de l’an 2000 et 2012, en posant les jalons d’une véritable alternative sociopolitique. 

BUT ET OBJECTIF

Le but de la concertation nationale délibérative devrait être d’œuvrer, ensemble, afin que le Sénégal soit mis sur les rails de la paix civile, de la démocratie, du respect des valeurs républicaines, de la laïcité, du redressement de l’économie nationale et la gestion efficace de nos ressources naturelles.

L’objectif visé sera un changement de gouvernance, tel que codifié dans la «  Charte de Gouvernance Démocratique » adoptée à l’issue des Assises Nationales et qui a été signée par l’essentiel des acteurs.

La Concertation Délibérative sera un moment fort où la Nation toute entière, dans toutes ses composantes, renouera avec le dialogue véritable, débarrassé de tout préjugé et de tout présupposé et faisant du consensus le seul mode de prise de décision. 

Elle réunira: les pouvoirs publics, les associations de la société civile, les Mouvements Citoyens, les coalitions de partis politiques, les organisations syndicales de travailleurs, les organisations, les organisations patronales et d’opérateurs économiques  évoluant dans le monde rural (agriculture, élevage, pêche, foresterie), le mouvement associatif, le mouvement sportif, les organisations professionnelles, les corps de métiers, les  corporations (ordres professionnels), les personnes âgées, etc. ainsi que diverses personnalités identifiées dont la liste serait arrêtée par consensus.

RESULTATS ATTENDUS DE LA CONCERTATION NATIONALE DÉLIBÉRATIVE

Les conclusions auxquelles aboutira cette concertation nationale délibérative, créeront les conditions d’une synergie capable d’impulser une dynamique nouvelle dans notre pays. 

Pour y parvenir, il sera mis en place une commission de synthèse, de suivi, de mise en œuvre et d’évaluation des conclusions. La composition de cette commission reflètera la diversité des acteurs et les participants devront accepter que les conclusions consensuelles de même que les recommandations qui en seront issues s’imposent à tous et, par conséquent, engageront chacun à les appliquer et à les faire appliquer.

Chaque partie prenante, à quelque niveau de responsabilité où elle se trouve impliquée, devra faire montre d’attitudes et de comportements compatibles avec les principes, valeurs, règles et mesures contenus dans les recommandations de la Concertation Nationale Délibérative.

                          Thiès, le 20 avril 2021

           Le Comité pour la plate-forme de réflexion « Dooleel PIT- Sénégal »

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