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BLOG DE NIOXOR TINE, AN XII: RETOUR SUR LE DIXIÈME ANNIVERSAIRE

« Nous n’avons aucun mérite en ayant fait ce que nous avons fait, parce que nous étions seuls à pouvoir le faire quand il fallait le faire … Nous ne nous battons pas pour nous, mais contre un système, certainement au profit d’autres générations ». 

Seydou Cissoko, révolutionnaire sénégalais

PREMIÈRE PARTIE: RAPPEL SUR L’ÈRE WADE

Un tournant décisif qui a marqué le premier mandat de Me Abdoulaye Wade a été cristallisé par le fameux plan Jaxaay élaboré en réponse aux inondations catastrophiques d’août 2005.

La réponse apportée à cette question- report unilatéral en 2007 des élections législatives initialement prévues en 2006 – est révélatrice du malaise traversé par le régime libéral, qui n’arrivait pas encore à trouver ses marques avec une instabilité institutionnelle caricaturale au sommet de l’État (trois premiers ministres en 4 ans).

Elle témoignait aussi de l’absence de rupture dans la gestion du Président Wade ponctuée par des scandales à répétition et d’atteintes itératives aux libertés et qui, sous plusieurs rapports, apparaissait plus désastreuse que celle du régime socialiste précédent.

C’est donc la crainte morbide d’un désaveu populaire et d’une défaite électorale qui explique les fraudes massives observées lors des présidentielles de 2007.

En réaction à la confiscation de la volonté populaire, les  partis de l’Opposition décidèrent de boycotter les législatives et de convoquer les Assises nationales, dont les objectifs phare étaient d’une part la refondation institutionnelle pour mettre fin à l’hyper-présidentialisme obsolète et de l’autre, la responsabilisation citoyenne.

Cette démarche unitaire de l’Opposition et la pertinence de sa plateforme politique allaient bientôt produire des résultats, avec la défaite politique infligée au camp du « Sopi », lors des élections locales du 22 mars 2009. 

C’est au lendemain de ces joutes électorales, que le blog de Nioxor Tine a été porté sur les fonts baptismaux.

Il y eut aussi un accroissement de la conscience citoyenne qui mit en échec les différentes tentatives du président Wade soit de se maintenir au pouvoir en briguant un troisième mandat illégal selon les termes de la Constitution (qu’il avait, lui-même fait voter) ou alors de procéder à une dévolution monarchique du pouvoir au profit de son fils Karim Wade.

C’était sans compter avec l’essor des luttes démocratiques dans l’espace arabo-africain et le fameux printemps arabe, qui vit la chute de plusieurs dictateurs sanguinaires (Ben Ali, Moubarack…).

Malheureusement les mutations positives, dont le projet de renouveau démocratique des Assises nationales était porteur, allaient être plombées par une classe politique frileuse par rapport à des perspectives de véritable libération nationale et sociale.

Bientôt apparurent des dissensions nombreuses et futiles au sein d’une élite politique détachée des masses fondamentales, qui allaient compromettre le programme ébauché par la plateforme des Assises nationales.

De fait, c’est un ancien premier ministre de Wade, reconverti en opposant de la vingt-cinquième heure, qui va évincer son ex-mentor et supplanter les dinosaures socialistes, qui avaient visiblement beaucoup de difficultés à s’approprier des nouveaux concepts véhiculés par les Assises nationales.

DEUXIÈME PARTIE: DÉVOIEMENT DE LA DEUXIÈME ALTERNANCE 

De fait, les patriotes et démocrates de notre pays allaient bientôt se rendre compte, que les deux coalitions issues de Benno Siggil Senegaal allaient faire preuve d’une incapacité notoire à négocier avec le Président Macky, un programme commun, dans lequel seraient consignées les préoccupations essentielles des initiateurs des Assises Nationales.

Les alliés du nouveau pouvoir allaient complètement délaisser l’approche programmatique centrée sur l’approfondissement de la démocratie au profit d’une approche pragmatique consistant à se lancer dans une quête éperdue de strapontins et de prébendes. 

C’est ce qui explique pourquoi les premières élections législatives de l’ère Macky, tenues le 1er juillet 2012, furent marquées par un fort taux d’abstention et furent organisées sur la base du même mode de scrutin majoritaire inique, qui avait toujours favorisé les coalitions au pouvoir. 

Pourtant, dans leurs déclarations officielles, la plupart des partis de gauche appelaient à parachever l’œuvre déjà entamée, en maintenant vivante la flamme du 25 mars 2012 et en faisant jouer à Benno Siggil Senegaal son rôle de sentinelle des conclusions des Assises Nationales.

Un an après la victoire de Benno Bokk Yakaar, l’impression générale qui semblait se dégager au sein de l’opinion sénégalaise était que, cette année, qui aurait dû être celle de la transition vers la refondation institutionnelle avait surtout été caractérisée par la prééminence d’actes symboliques (cérémonie hebdomadaire de levée de couleurs) et d’effets de manche politiciens. 

C’est ainsi qu’en lieu et place des ruptures attendues, la coalition Bennoo Bokk Yakaar semblait vouloir se complaire dans un consensus mou et un unanimisme grégaire.

Du côté de l’Assemblée également, la docilité et la soumission à l’Exécutif semblent être les qualités les mieux appréciées chez les honorables députés. Nous n’en voulons pour preuve que le procès fait par le SEN de l’APR à des députés qualifiés de rebelles et la suspension de Cheikh Diop Dionne du groupe BBY.

La grande réforme dénommée acte III adoptée de manière précipitée, à la veille du Magal, loin de poser les jalons vers une véritable décentralisation par la légitimation de l’action publique locale et une véritable territorialisation des politiques publiques, semblait surtout contenir des arrière-pensées politiciennes, caractérisées par une volonté d’accaparement  du pouvoir local par les tenants du Yoonu Yokkute et leurs affidés.

À côté de ces entorses à une vie politique apaisée, on a observé des régressions inadmissibles au sein du mouvement syndical sénégalais, avec une instrumentalisation des cadres organisationnels pour satisfaire les ambitions d’une personne ou d’un groupe, au mépris des normes élémentaires de fonctionnement démocratique.

L’Université a également été secouée par de vives tensions, dues au fait que les gouvernants s’efforçaient, depuis la dissolution des unions nationales en 1988, d’infantiliser le mouvement étudiant, en annihilant toute velléité d’un syndicalisme étudiant progressiste et responsable pour lui substituer un corporatisme étroit, une culture de la violence et l’inféodation à des logiques politiciennes.

Selon I. Sène, le limogeage du Premier Ministre (MIMI TOURÉ) a marqué un renforcement du régime présidentiel, allant à l’encontre des propositions de la  CNRI et a mis en exergue toutes les tares du présidentialisme qui lui ont fait atteindre, au Sénégal d’aujourd’hui, ses limites sociales. »

Pendant que le peuple burkinabé se préparait à chasser l’autocrate  insatiable Blaise Compaoré, l’État sénégalais, désireux d’entrer dans les bonnes grâces de la métropole,  instaure à Dakar,  une sorte “d’état d’urgence francophone”, avec interdiction de toutes les manifestations politiques sur toute l’étendue du territoire régional, entre le 10 novembre et le  5 décembre 2014.

La gauche sénégalaise, dans un dernier sursaut, va mettre sur pied la Confédération des Forces de Gauche les 21 et 22 février 2015, à l’ENDSS, avec la plateforme minimale suivante :

  • Adhésion à la plateforme des Assises Nationales du Sénégal
  • Bataille autour des conclusions des Assises Nationales du Sénégal
  • Application des conclusions de la C.N.R.I
  • Adoption par référendum du projet de Constitution proposé par la C.N.R.I 

Amath Dansokho sonna alors l’alerte, en affirmant que notre pays était en danger ! Les secteurs les plus rétrogrades de l’APR s’en prirent à lui ainsi qu’au Président des Assises nationales.

Tout cela était loin d’être surprenant au vu du déficit évident d’éthique qui caractérisait la classe politique sénégalaise empêtrée dans un unanimisme béat, au moment où le peuple se débattait dans des souffrances atroces. 

Finalement, c’est  lors de son message à la Nation du 31 décembre 2015, que le Président de la République est venu annoncer son projet de réforme constitutionnelle, qui va mettre un terme aux illusions des forces de gauche regroupées au sein de la Confédération pour la Démocratie et le Socialisme (CDS), qui rêvaient encore de faire prévaloir leur programme minimum  basé sur les « conclusions des Assises nationales » et le « projet de réforme des Institutions » proposé par la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI).

TROISIÈME PARTIE: INSTALLATION D’UNE AUTOCRATIE

Lors de son discours du 16 février 2016, le président de l’APR avait cherché à donner l’impression qu’il avait été contrarié dans son désir de respecter une promesse électorale par le conseil constitutionnel. En réalité, sa renonciation délibérée à la réduction de son mandat ne constituait que le dernier acte  du processus de remise en cause de la totalité de l’héritage des Assises nationales.

C’est alors qu’il se décida à soumettre son projet de réforme constitutionnelle à un référendum, dont le grand vainqueur sera finalement le camp des abstentionnistes, et parmi eux les partisans du boycott ! La désaffection des masses sénégalaises à l’égard de ce référendum-alibi aurait encore pu être plus manifeste, si l’opposition dans sa diversité n’avait pas cru bon de servir de faire-valoir à cette tragicomédie des plus méprisables. 

Pour les démocrates et patriotes de notre pays, le referendum-alibi, a eu le mérite de clarifier le jeu politique et la bataille pour perpétuer l’héritage des Assises Nationales du Sénégal pouvait se déployer, malgré la  capitulation flagrante des états-majors de certains partis de gauche, qui s’obstinaient à soutenir un Président hostile à toute véritable refondation institutionnelle, enclin à promouvoir la transhumance politique et complaisant vis-à-vis firmes capitalistes occidentales,. Cela se traduisit par des crises internes au niveau de L’AFP, qui connut une scission et du PS, dont certains dirigeants de premier plan se démarquaient de plus en plus de la ligne de soumission du premier secrétaire pressenti pour diriger le Haut Conseil des Collectivités Locales. 

Le 14 octobre 2016, la police dispersa brutalement la marche de l’opposition regroupée au sein de Manko Wattu Senegaal, sur la base de  l’arrêté ministériel pris par le dernier ministre de l’Intérieur de Wade. Cet épisode, loin d’être anecdotique, est simplement venu confirmer la continuité des options politiques entre le Président Sall et son ancien mentor.

Si Me Wade était accusé de jouer avec l’imaginaire des Sénégalais, il semble bien que son successeur et non moins fils spirituel est passé, lui aussi, maître dans l’art d’envoûter de larges secteurs du peuple sénégalais, avec des infrastructures de prestige et/ou à visée électoraliste.

On assista, bientôt, à une fièvre électorale causée par l’obsession de nos autorités, à vouloir gagner coûte que coûte les législatives de 2017 et à remporter l’élection présidentielle de 2019 au premier tour. Pour ce faire, elles ne se satisfirent plus du mode de scrutin inique et des tricheries électorales habituelles. On notait une farouche volonté d’écraser toute forme de résistance émanant aussi bien de l’Opposition que des partis membres de la grande Coalition présidentielle. C’est ainsi qu’il fallait comprendre l’inculpation de certains militants socialistes suite aux incidents du 05 mars 2016 à la maison du Parti socialiste et la réouverture du dossier de Ndiaga Diouf, dans lequel Barthélémy Diaz était impliqué. 

Depuis son arrivée au pouvoir, à la tête d’un Parti encore dans les langes, le président de l’APR avait fini de convaincre ses compatriotes sur son incapacité à gérer politiquement l’État sénégalais, donnant l’impression d’un pouvoir impotent, s’appuyant essentiellement sur la Police d’État et des béquilles judiciaires.

En effet, la vie politique de notre pays semblait de plus en plus restreinte dans un périmètre allant du siège de la Division des Investigations Criminelles au Palais de Justice, avec quelques détours à la Direction des Élections.

À l’approche des élections législatives, un spectre hantait la galaxie présidentielle : celui de la cohabitation. Certains alliés zélés s’évertuaient à démontrer l’impossibilité d’une telle éventualité. Selon ces apprentis politologues, qui sont loin d’être objectifs et désintéressés, une victoire de l’Opposition aux élections législatives n’aurait eu pour seule conséquence que la déstabilisation du pouvoir dirigé par Macky Sall avec l’aide de sa méga-coalition Benno Bokk Yakaar. 

La pléthore de listes aux élections législatives, la stigmatisation de certains hommes politiques du fait de leur origine sociale ou ethnique et les caricatures obscènes aux dépens de hautes personnalités de l’État pouvaient être perçues comme autant de symptômes de dysfonctionnement majeur de notre Démocratie.

Cette profusion de candidatures renvoyait aussi à une absence de lisibilité du jeu politique entretenue à dessein par le pouvoir pour empêcher une perception adéquate des enjeux sociopolitiques et pour pouvoir s’affranchir de tout contrôle populaire et conduire une politique contraire aux intérêts bien compris des masses laborieuses de notre pays. 

Lors des élections du 30 juillet 2017, plusieurs anomalies avaient été constatées qui montraient que les conditions de base pour la tenue d’un scrutin régulier, n’étaient pas réunies.

Seuls trois quarts des inscrits avaient pu disposer de leurs cartes. En effet, pour 6.219.447 inscrits, seules 5.379.330 cartes d’identité biométriques, qui faisaient office de cartes d’électeurs, avaient été produites. Et parmi ces dernières, pas plus de 70% avaient été distribuées (selon le Ministère de l’Intérieur).

Il y a de nombreux exemples attestant de la distribution sélective des cartes biométriques aux militants de la Coalition au pouvoir : 

  • faible taux de distribution à Dakar (51% contrastant avec des taux très élevés à Fatick et Matam), 
  • léthargie des organes de régulation, 
  • conseil Constitutionnel instrumentalisé par l’Exécutif, 
  • fausse solution à l’inextricable imbroglio des cartes biométriques. 

L’opposition à la levée de l’immunité parlementaire du député Khalifa Sall nouvellement élu allait symboliser une étape décisive dans le démantèlement méthodique de nos Institutions, auquel s’était attelée la Coalition Benno Bokk Yakaar, avec à sa tête, le président de l’APR. 

Il y eut des appels de certaines forces politiques, pour transcender des questions électorales et soutenir la bataille des masses populaires pour leurs droits économiques et sociaux, à travers les syndicats et organisations professionnelles.

Les présidentielles de 2019 devaient également servir de point d’appui pour mettre fin à l’hyperprésidentialisme obsolète et promouvoir le renforcement des pouvoirs législatif et judiciaire, ceci, afin d’éviter le statu quo institutionnel et la régression démocratique observés au cours de nos deux premières alternances.

Pour barrer la route à l’Opposition, les spin-doctors du pouvoir avaient sorti de leurs chapeaux de charlatans une nouvelle trouvaille, qu’ils considéraient comme la formule-miracle pour faire gagner le président Macky Sall dès le premier tour. Il s’agit du fameux parrainage.

La faiblesse fondamentale de cette proposition était qu’elle ne bénéficiait pas d’un large consensus de la classe politique, ce qui devrait être la règle en matière électorale. Un autre aspect avait trait au considérable écart entre l’ampleur de la tâche de collecte de dizaines de milliers de signatures et le faible temps imparti, sans oublier l’importance des moyens financiers et logistiques requis. 

Des démocraties bourgeoises, plus vieilles que la nôtre, utilisent un système de parrainage basé sur les élus et non sur les électeurs.

Le congrès d’investiture du candidat de la méga-coalition Benno Bokk Yakaar, loin de constituer un exercice républicain venant couronner des procédures démocratiques éprouvées n’avait été qu’un piteux scénario de politique-spectacle. 

Il ne s’était agi, en réalité que de jeter de la poudre aux yeux de l’opinion publique, pour accréditer le “coup KO” en préparation.

  Dans le passé, notre pays classé, arbitrairement, par les officines impérialistes comme pays pauvre – de surcroît très endetté –, n’avait que son image de vitrine démocratique et de pays stable, n’ayant jamais connu de coup d’État militaire à vendre, pour attirer les investisseurs. Ces dernières années, avec la découverte de gisements prometteurs de pétrole et de gaz, les oripeaux de pseudo-démocratie bourgeoise deviennent superflus. Les multinationales et autres compagnies pétrolières, soutenues à bout de bras par les lobbies capitalistes occidentaux, pourraient bien s’accommoder de quelques entorses aux normes démocratiques, si l’accès à nos nouvelles ressources minières leur est garanti.

C’est dans ce contexte de changement de paradigme de notre vie politique nationale, caractérisée par une forte convoitise sur nos richesses nationales, que sont apparues les voix discordantes du leader du PASTEF et de quelques autres hommes politiques, révoltés par la spoliation programmée de nos richesses par des multinationales étrangères, particulièrement celles du pétrole et du gaz.

Finalement les présidentielles 2019 vont se terminer par une victoire, en trompe l’œil. Il faut dire, que, dès le départ, ces élections avaient été plombées par la farouche volonté du président sortant de rempiler coûte que coûte. Cela s’est traduit, d’abord par l’élimination de rivaux potentiels.  Il y a eu aussi la gestion unilatérale du processus électoral, qui a abouti à la remise en cause du code consensuel de 1992, avec le vote d’une loi instituant le parrainage citoyen. L’entêtement à maintenir un militant de l’APR au poste de ministre de l’Intérieur peut s’expliquer à posteriori, par l’opacité, qui a entouré le fichier électoral ainsi que la distribution des cartes d’électeurs,…etc.

Macky Sall aura donc usé de toutes les opportunités qu’offre la fonction d’hyperprésident dans une république bananière pour se faire réélire, depuis l’instrumentalisation des institutions jusqu’au débauchage de transhumants, en passant par la corruption électorale. 

NIOXOR TINE

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