POLITIQUE DE SANTE

GESTION DES RISQUES DANS LES HÔPITAUX: LE SIGNAL DE LINGUÈRE

Dans les structures de soins, c’est la sécurité sanitaire, qui est souvent au premier plan, en relation avec les dispositifs et gestes médicaux, notamment les affections iatrogènes, liées à un traitement ou un acte médical. Elle peut concerner les personnels (biovigilance dans les laboratoires, radioprotection dans les unités de radiologie…) ou les patients, qu’il s’agisse d’infections nosocomiales, de transfusions sanguines ou d’administration de médicaments (sécurité transfusionnelle, pharmacovigilance…).

Mais il y a aussi les risques techniques liés à l’eau (rareté ou qualité douteuse), à l’électricité (délestages lors d’opérations) ou aux installations électriques défectueuses, à l’air (présence de polluants, qualité microbiologique), à la distribution de gaz médicaux (qu’on peut intervertir) …

D’ailleurs, les questions d’accueil et de sécurité dans tous les lieux recevant du public, particulièrement les structures de soins, font de plus en plus l’objet de revendications de la part des usagers mais ne sont pas encore suffisamment prises en compte par les associations de consommateurs ou de défense des droits humains.

Autant les patients acceptent plus ou moins les risques médicaux, autant ils considèrent que les risques techniques doivent être maîtrisés, de telle sorte que la sécurité́ et la qualité́ des soins deviennent aussi essentielles et fondamentales que l’égalité́ d’accès aux soins ou la continuité́ du service. 

Dans les hôpitaux sénégalais, il est prévu la mise en place de commissions qualité – hygiène – sécurité, qui devraient prendre en charge, entre autres, la prévention des incendies, et il serait instructif de connaître le niveau de réalisation de cette directive.

Au-delà de son caractère tragique, l’incendie de l’hôpital Magatte Lô de Linguère ayant brutalement interrompu les frêles existences de quatre bébés prématurés, interpelle tous les décideurs de notre pays, assumant rarement leurs responsabilités et si prompts à se défausser sur des lampistes. On se rappelle que, si lors du naufrage du Joola, les ministres de l’Équipement et des transports ainsi que celui des Forcées armées avaient fini par démissionner, une semaine après le drame, les familles des victimesavaient déploré l’enterrement de la procédure à Dakar, en mettant les 2000 morts sur le compte du commandant du navire, d’autant plus aisément, que lui-même avait péri lors du drame. On connaît la suite, qui avait été donnée à leur plainte par les tribunaux français (immunité accordée à certains protagonistes et verdict de non-lieu rendu en octobre 2014).

Pour cette fois, c’est le Président de la République lui-même, qui clarifie, lors du conseil des ministres du 28 avril 2021, à l’intention de ceux qui pourraient penser que l’incendie de Linguère ne serait qu’un fait isolé, qu’il révèle bel et bien des dysfonctionnements notables des services. De fait, pareils incidents sont fréquents dans les structures de soins et sont souvent étouffés, passés par pertes et profits par des bureaucrates se couvrant du manteau pudique de l’autonomie hospitalière ou de protection par la hiérarchie.

Lors de la même réunion, le Chef de l’État a également évoqué l’impératif de procéder à des réformes urgentes et en profondeur du système de santé. Et pourtant, les organisations syndicales du secteur de la santé n’ont cessé d’appeler, au moins depuis la grande concertation d’octobre 2006, alors présidée par un Premier ministre du nom de Macky Sall, à la nécessité de « réformer la Réforme hospitalière ».

Là où le bât blesse, c’est quand il demande au Ministre de la Santé et de l’Action sociale, de faire toute la lumière sur cette affaire et de dénouer cette crise, car on ne peut être juge et partie.

En outre, le conseil des ministres, lieu d’impulsion de la vie politique nationale ne peut aucunement continuer à se complaire dans le rôle d’une « officine détachée du monde réel » et contemplant de haut les masses laborieuses victimes des conséquences désastreuses des politiques que l’Exécutif a conçues.

Lors de leurs réunions hebdomadaires, le président et ses ministres passent le plus clair de leur temps à se congratuler, s’auto-interpeller sans aucun réel souci de redevabilité, faire des recommandations burlesques, sans jamais en évaluer le suivi, ce que ne fait pas non plus un Parlement complaisant pourtant chargé du contrôle de l’exécution des politiques publiques.

On ne peut qu’être indigné devant la régression éthique en cours dans notre pays où on veut nous faire croire que le degré de responsabilité des acteurs impliqués dans des drames de cette nature est inversement proportionnel à l’échelon qu’ils occupent dans la chaîne de commandement au niveau de leur secteur d’activités. Ainsi, selon les autorités, les accidents de la circulation, les incendies dans les marchés, les naufrages de pirogues n’ont pratiquement rien à voir respectivement, avec l’état des routes, l’absence de réglementation anti-incendie et la promiscuité des cantines surchargées dans les marchés, la raréfaction du poisson pillé par les chalutiers étrangers. C’est toujours de la faute aux citoyens indisciplinés et ce n’est donc pas surprenant que le syndicat des médecins manifeste sa mauvaise humeur, quand on cherche à faire des agents de santé des boucs émissaires.

En tant qu’acteurs du système, ils déplorent le fait que les pénuries en ressources humaines et matérielles plombent toute politique de prévention de risques, qui est un impératif de service public.

Il est vrai que la Justice a son mot à dire sur les tenants et aboutissants de cette douloureuse affaire, qui s’est soldée par le décès de quatre nouveau-nés. Mais elle ne devra pas s’arrêter à de supposés manquements d’infirmières écrasées par le travail. 

Il y a également lieu d’évaluer le niveau de mise en œuvre des réglementations de prévention des incendies dans les structures sanitaires de notre pays et de scruter les normes et procédures, en matière de sécurité incendie.

Des responsabilités nouvelles incombent certes aux professionnels du secteur, qui pourraient être prises en compte dans le cadre des procédures d’accréditation basées sur l’évaluation de la qualité́ et la sécurité́ des soins dispensés et l’ensemble des prestations délivrées par les services de santé. 

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin spécialisé en santé publique