POLITIQUE LOCALE

LES DAMNÉS DE LA BANLIEUE

À leur corps défendant, les habitants de Grand-Mbao (et de Petit-Mbao) deviennent témoins et victimes d’un des pires exemples de mal-gouvernance du secteur routier dans notre pays.

GRAND-MBAO DEVENU SYMBOLE DE MAL-GOUVERNANCE ROUTIÈRE

Depuis de longs mois, en effet, entrer et sortir de Grand-Mbao relèvent d’un véritable parcours du combattant. Malgré les protestations des chauffeurs de taxi-clandos et des riverains, les posts sur les réseaux sociaux et même des articles dans la presse,  la route principale, qui permet d’accéder au village traditionnel et aux nombreuses cités nouvelles est dans un état scandaleux. Autant dire que c’est dans la partie historique de la commune de Mbao, que le calvaire de la mobilité urbaine est le plus dramatique.

Les travaux d’entretien et de réhabilitation entrepris depuis presqu’un an, loin d’être terminés, ont plutôt contribué à défoncer la chaussée, créant par la même occasion, d’immenses flaques d’eau, dans lesquelles les automobilistes se voient obligés de barboter, avec le risque permanent de noyer les moteurs de leurs véhicules.

Les responsables municipaux, dont on aurait pu espérer sinon des mesures palliatives, tout au moins des protestations vigoureuses à l’endroit de l’Exécutif, se dégagent toutes responsabilités et estiment que l’entretien des routes ne relève pas de leurs compétences.

Il est plus que temps de situer les responsabilités entre les diverses parties prenantes, dont certaines seraient liées à de hautes personnalités de la République.

AUTRES DÉFIS DES BANLIEUES

Le caractère tout à fait superficiel de notre démocratie locale est perceptible à travers cet exemple de Grand-Mbao, où les questions de mobilité urbaine, de cadre de vie, d’assainissement sont relégués à l’arrière-plan. Ce qui occupe le devant de la scène, ce sont les querelles stériles entre responsables politiques de la majorité ainsi que les interminables discussions pour échafauder de nouvelles coalitions électorales, dont le point d’achoppement  reste et demeure l’identité de la tête de liste.

Et pourtant le martyre des populations de Mbao n’est qu’un petit aperçu du drame vécu par les habitants de la banlieue et qui ont pour noms :

  • Défaut de planification préalable et de lotissement dans la construction des cités, gênant le drainage des eaux pluviales, avec des ruelles étroites, inondées, devenant impraticables voire non carrossables, même après l’hivernage,
  • Absence d’espaces verts (parcs, jardins), souvent engloutis par une spéculation foncière effrénée, aggravant l’imperméabilisation des sols, 
  • Absence de réseaux d’assainissement modernes, avec évacuation des eaux usées manuellement, ou avec des camions de vidanges à des coûts exorbitants,
  • Enclavement de certaines zones avec difficultés d’accès aux soins, surtout le soir,
  • Insécurité avec défaut d’éclairage et insuffisance des services de sécurité, malgré de timides efforts, 
  • Chômage des jeunes avec son corollaire d’oisiveté, source d’émigration clandestine, de toxicomanie, de délinquance …

POUR UNE VÉRITABLE SOCIÉTÉ CIVILE LOCALE

L’apathie des pouvoirs publics est telle que ce sont les citoyens eux-mêmes, qui prennent des initiatives, pour mettre en œuvre des solutions d’attente.

L’exemple de Grand-Mbao et le catalogue des innombrables difficultés auxquelles font face les populations des banlieues, démontrent à souhait, qu’ici plus qu’ailleurs, il faudrait procéder à une rupture avec une approche verticale de la gestion municipale. Pour cela, il faudrait des réformes courageuses pour promouvoir l’implication citoyenne dans la vie locale.

Les équipes municipales doivent être représentatives des localités qu’elles sont censées servir, ce qui n’est pas possible avec un mode de scrutin qui favorise la mainmise de groupes politiques puissants (souvent du pouvoir, mais aussi de l’opposition) sur la vie municipale, qui croient plus au fait majoritaire, qu’aux vertus du dialogue et de la concertation.

Il faudrait aussi redynamiser les structures représentatives des populations dans les quartiers (Conseils de quartier), pour au moins deux raisons :

  • Elles peuvent constituer des interfaces entre les autorités communales et les populations et faciliter la redevabilité du maire et de son équipe,
  • Elles peuvent jouer le rôle de bouclier pour des élus face aux volontés hégémoniques du pouvoir présidentiel, toujours prompt à débaucher des hommes politiques, après les avoir fragilisés, par asphyxie financière ou en bloquant tous leurs projets et financements

L’équité territoriale concerne, certes, en premier lieu, nos concitoyens habitant en zone rurale, mais aussi ceux habitant les banlieues, (parfois même plus mal lotis) qui ne doivent plus accepter d’être traités en citoyens de seconde zone.  Ils doivent revendiquer les mêmes standards de qualité de vie que les habitants des cités résidentielles de la capitale.

Pour cela, il est nécessaire de renforcer le pouvoir décentralisé en rompant avec les futiles compétitions électoralistes autour des collectivités territoriales mais à travers une approche inclusive, avec une société civile locale forte.

Dr Mohamed Lamine LY

Grand-Mbao ; Cité Baye Niasse

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