BILLETS DE NIOXOR

LE TER, TERREAU DES INJUSTICES

Il avait bien raison, l’homme politique de notre pays, devenu membre de l’entente cordiale dénommée « Mbourou ak Sow », quand il disait que la vision de notre président de la République n’allait pas au-delà de Diamniadio.

En effet, il est temps, pour les dirigeants de notre pays, de comprendre que le désengorgement de la Région de Dakar, occupant 0,3% de notre superficie nationale, ne passera pas par des réalisations aussi coûteuses que somptuaires mais bien par une véritable politique d’aménagement territorial, qui prenne en compte la totalité de notre pays.

Ce que les observateurs objectifs constatent, par contre, c’est l’énorme coût social de ces infrastructures de prestige, destinées avant tout aux couches moyennes, ayant un minimum de pouvoir d’achat et non aux indigents, qui continueront à se nourrir de riz non parfumé, à se bousculer sur la route nationale et à se serrer dans les ndiaga-ndiaye.

Les grands chantiers du pouvoir, de Wade à Macky, se traduisent, pour les couches populaires, par le déguerpissement de leurs quartiers historiques, doublé d’une obligation de valider des indemnisations au rabais. Les localités concernées subissent également des désagréments épouvantables comme une accentuation de leur enclavement ou une obstruction des canalisations d’évacuation des eaux pluviales, occasionnant des inondations catastrophiques.

Pour la maffia qui gravite autour du pouvoir, par contre, ces chantiers constituent la voie royale de l’enrichissement illicite, par le biais de la spéculation foncière sur fond de délit d’initié et à travers le bradage des anciennes terres de l’aéroport de Yoff, que certains membres de la communauté léboue réclament à cor et à cri.

Parallèlement à cette propension pour l’escroquerie foncière, devenue le trait dominant de la deuxième génération de la bourgeoisie bureaucratique, d’obédience (néo)libérale, il y a ce penchant irrépressible pour la récupération politique typique des régimes totalitaires.

C’est sous ce prisme, qu’il faut comprendre le fait que notre nouveau TER, ait été inauguré, par deux fois, toujours à la veille de consultations électorales importantes dans l’agenda politique national (présidentielles de 2019 et locales du mois prochain, janvier 2022).

On comprend alors mieux la campagne médiatique, enclenchée depuis plusieurs semaines, sur laquelle aura plané l’ombre d’un publicitaire de renommée mondiale. Dès lors, le choix d’une diplômée en communication comme conductrice de la locomotive présidentielle finit par être évident. 

Il s’agissait de convaincre les citoyens sénégalais, que la mise en service du TER prouvait, une fois n’est pas coutume et n’en déplaise aux jeunes « patriotes », que le président avait tenu parole. Ce qui n’avait pas été le cas pour son engagement de réduction de la durée de son premier mandat et probablement pas (p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non !), pour sa ferme promesse de ne pas présenter sa candidature aux présidentielles de 2024.

Ensuite, on a voulu persuader le peuple, que les bienfaits attendus du TER compensaient largement toutes les entorses à la bonne gouvernance notées durant tout le processus d’acquisition de cette infrastructure, à commencer, par le mystère entourant son coût réel. 

S’il est vrai, que c’est l’Exécutif qui procède à l’affectation des dépenses publiques, dont il juge de l’opportunité, selon son orientation politique, il n’en demeure pas moins qu’il appartient à tous les citoyens, militants de partis politiques, membres de la société civile ou à titre individuel, le droit et le devoir de juger de la rationalité et de l’opportunité de ces dépenses. 

Pourtant, avec la complicité d’une certaine partie de la presse, on a essayé de réduire l’Opposition politique au silence, en accusant ses membres d’être des nihilistes, de n’être ni fair-play, ni objectifs, en refusant de reconnaître les réalisations positives du gouvernement, surtout quand elles sont si évidentes.  

La question qui se pose est celle de savoir ce qui a poussé l’État sénégalais à s’engager dans un projet, qui selon certains experts, est beaucoup trop onéreux, pour être viable, au regard des recettes attendues. À ce propos, la collusion avec les intérêts de certains lobbies français est manifeste, quand on sait que  la commande inattendue de 15 trains par le président Macky Sall, a sauvé la mise à la filiale alsacienne d’ALSTOM et que l’État sénégalais a ensuite confié l’exploitation et la maintenance du futur TER au groupement SNCF/RATP.

 C’est pourquoi la cérémonie d’inauguration de ce 27 décembre 2021 avait pour principaux objectifs de redorer le blason terni du pouvoir apériste, faussement crédité d’une volonté de résoudre la question de la mobilité urbaine, avec des clins d’œil appuyés à la banlieue, aux jeunes et aux femmes, en direction des prochaines échéances électorales.

Mais un troisième mandat présidentiel et le siège de maire de Saint-Louis valent-ils vraiment tout ce gâchis ? 

NIOXOR TINE

leelamine@nioxor.com

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