ULTIMATUM PAR BANDIA

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Wiiri wiiri …

Le Gladiateur a couvé, éclos et permis l’éclosion d’une race sans foi ni loi, convaincue qu’il suffit de savoir baisser la tête pour se voir offrir les clés de la caverne d’Ali Baba. Des citoyens ordinaires condamnés à vie à rafistoler avec du fil blanc des bouts de mois tendus par une trésorerie fragile (grâce à des « bons pour » auprès du boutiquier du coin pour s’assurer un semblant de DQ sans interruption), ont miraculeusement amassé des fortunes.

Le « fou du roi », laudateur de profession déclaré, plus connu que reconnu (faute de talent), n’a pas hésité à réclamer sur la place publique  à son obligé, le vol de près d’un milliard, soustrait d’une cache occulte à son domicile. Mais dans la famille des laudateurs du Gladiateur, le talent artistique ne suffit plus. Il est plutôt question de capacité à débiter des insanités, à proferer des menaces et à exercer de la violence sur les opposants pour accéder au « cercle des officiers ». La famille traditionnelle des laudateurs a simplement été victime d’un « adu kalpé » en règle, délestée de son témoin par cette nouvelle race, la privant d’un symbole d’une grande valeur historique, bien au-delà de ceux qui pensent le résumer en de simples louanges inventés pour plaire aux tenants de pouvoirs.  

Beaucoup plus que le désastre économique et les séries ininterrompues de scandales de toutes natures, le dépit suscité par ce courant serait le véritable moteur de la révolution en gestation à Ndoumbélaan. Mais toutes les révolutions comme le disait Martin Luther King (qu’elle qu’en soit la nature), sont marquées du sceau de l’espoir et de la violence : 

  • l’espoir pour ceux qui rêvent d’un monde plus juste, 
  • la violence de ceux qui refusent de céder ou de partager des privilèges injustement accumulés, 
  • la violence aussi, née de l’amertume de ceux qui ont longtemps subi  des injustices. 

Dans le contexte d’un affrontement en gestation, dire que « Force restera à la loi » n’est qu’une formule creuse, un bouclier derrière lequel se cachent les oppresseurs pour perpétuer le statut quo. Mais c’est un bouclier condamné par la dialectique à se baisser pacifiquement grâce à la sagesse, l’humanisme ou le patriotisme de grands hommes que seule l’histoire a le secret, pour ouvrir un dialogue fécond. Autrement, il se brisera dans la violence devant l’assaut des masses. On n’est cependant pas en face de phénomène dualiste où la solution serait forcément l’une ou l’autre alternative. La traite des esclaves, la ségrégation raciale en Amérique, la colonisation, l’Apartheid en Afrique du Sud ou le fascisme, et plus généralement toutes les dictatures, ont prouvé que l’hybridation pouvait survenir après de longs processus de luttes idéologiques, philosophiques et/ou armées, avant que ne triomphe la raison ou la défaite.  

Une révolution n’est jamais un processus linéaire. L’oppression gagnera périodiquement des batailles, le mal triomphera inexplicablement du bien comme les mécréants triomphèrent naguère contre les fidèles des prophètes, les racistes contre les combattants de la liberté, les colons contre les patriotes. Mais elle perd toujours la guerre qu’elles que soient les subtilités, la violence et le mensonge.

Le Gladiateur a consciemment ou non, créé « le camp du mal » avec des acteurs aux profils très hétérogènes, rendant tout jugement complexe. Le gouvernement-voyou qu’il a promu, s’est insidieusement métastasé comme un cancer en phase terminale vers l’Etat devenu un état-voyou malgré quelques exceptions encore intègres, puis vers une société qui refuse de se mirer pour ne pas se qualifier.

Comme de l’ivraie, des partisans du mal l’ont accompagné dans son entreprise parce qu’ils avaient des comptes à régler, … avec l’histoire et avec la société. Il y a aussi ceux qui l’ont cru et se sont embarqués de bonne foi dans ce rafiot qu’ils assimilaient à celle de Noé devant la menace du déluge de l’Empereur déchu. Naturellement, certains ont refusé d’embarquer et d’autres l’ont vite quitté pour regagner l’autre rive quand ils se sont rendus compte de leurs erreurs. Devant l’évidence, certains ont manqué de courage, s’ils n’ont pas été enivrés par les délices servis à bord. La dernière vague est constituée des pique-assiettes, domptés à tort (pour avoir manifesté bruyamment) ou apprivoisés (pour négocier des casseroles antérieures à effacer ou à « mettre sous le coude »).En tout état de cause, ces derniers ont choisi égoïstement de se joindre au camp du mal, pour se gaver à la table du Gladiateur. Aujourd’hui, la peur et la honte étant le dénominateur commun de ces voyageurs insolites, la violence de leurs propos, leur haine étalée sous les tropiques, ne traduit que le désarroi et l’incertitude face à des lendemains plus proches que lointains. 

Partisans et adversaires étant convaincus que le règne du Gladiateur se conjugue déjà au passé, il est donc important et même urgent de penser aux jours d’après pour éviter le chaos. Parce que les stigmates du camp du mal sont strictement idéologiques pour les hommes politiques (radiations, privations de droits et de libertés, etc.), Philippes Pétain et Pierre Laval rendront forcément des comptes, même si des coupables pourraient passer sous les mailles. Mandela pardonnera à Frederick Declercq, Yasser Arafat serrera la main d’Isaac Rabin. Autant dire que l’histoire va bégayer au nom de la stabilité de Ndoumbélane. Mais le camp du mal, a aussi créé des blessures économiques et sociales profondes (brimades, spoliations, chômages, impunités, drames dans tous les services sociaux de base, etc.) dans les villes et villages, les quartiers et les usines. Ce passif envers une masse innocente qui réclame en silence ou dans la rue la loi du talion, sera certainement le plus difficile à résorber. Les régulateurs sociaux dont la crédibilité a beaucoup souffert des pratiques nébuleuses du Gladiateur (s’ils n’ont pas été réduits à leurs plus simples expressions), doivent prendre consciences du rôle majeur qu’ils seront amenés à jouer dans cette période. De toute façon, Goorgorlu dont le cœur penche plus humainement du coté de « ndeyssaan » que de celui de « niaw » ne sera pas difficile à convaincre, en particulier si l’appel émanait de son keulifa.

BANDIA, JUIN 2022

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