KHALIFA SALL, UN RIVAL ENCOMBRANT !

Le procès qui va s’ouvrir le 14 Décembre 2017 contre l’honorable député-maire Khalifa Ababacar Sall, dépasse de loin sa personne et remet en question l’avenir du modèle démocratique sénégalais. En fait, il ne constitue que la suite logique d’une gouvernance prétendument sobre et vertueuse, mais qui dès le départ a tourné le dos aux valeurs citoyennes, démocratiques et républicaines inscrites dans les recommandations de la CNRI.

Il est, de fait, établi que l’instrumentalisation de certains secteurs de la Justice et l’emprise du Président de la République sur les corps de contrôle, ouvre la voie au caractère sélectif des poursuites judiciaires se traduisant par la latitude qu’a le Chef de l’Exécutif, de mettre certains dossiers sous le coude ou d’en transmettre d’autres au procureur de la République.

Et pourtant, aux tous débuts, le Président de la République semblait animé d’une réelle volonté de vouloir mettre en œuvre la reddition des comptes, qui était une exigence substantielle du processus ayant conduit à la deuxième Alternance de mars 2012.

Mais très vite, il apparut, que les politiciens de l’APR obsédés par l’obtention d’un second mandat pour leur mentor, au lieu de créer les conditions politiques de la redevabilité des gestionnaires du précédent régime libéral, cherchaient surtout à « achever » leurs adversaires politiques, qu’ils avaient réussi à évincer du pouvoir.

C’est ainsi qu’ils introduisirent subrepticement le concept insidieux de « recouvrement par cautionnement » ayant eu l’effet pervers d’accorder une impunité de fait aux politiciens véreux prêts à transhumer vers les prairies « marron ». Ce faisant, le pouvoir actuel a annihilé les vertus pédagogiques et la valeur d’exemple attachées à la traque des biens mal acquis, qui se terminera dans une opacité catastrophique, par une grâce des plus mystérieuses ayant abouti à l’exil de Karim Wade vers le Qatar.

Au total, le processus de reddition des comptes aura perdu de sa crédibilité conduisant paradoxalement et malheureusement à la réhabilitation des forces défaites lors des dernières élections présidentielles de 2012, comme l’a montré le score électoral flatteur et inespéré de la coalition autour du PDS aux dernières élections législatives du 30 juillet 2017.

Après le fiasco de la traque des biens mal acquis, qui a tout de même permis au président Sall d’exiler un potentiel rival aux présidentielles de 2019, une autre menace planait sur la réélection hypothétique du président de l’APR en 2019, à savoir la candidature éventuelle du maire de Dakar, que le cabinet noir de la Présidence de la République s’évertue à étouffer, à travers une cabale des plus rocambolesques.

En effet, usant de trafic d’influence à travers les prises de position arbitraires et politiciennes de ses principaux ténors (y compris de ses Gardes de Sceaux successifs), le pouvoir actuel viole le secret de l’Instruction, piétine toutes les règles de droit, opposant une fin de non-recevoir systématique à tous les recours des avocats de la défense, allant jusqu’à refuser à Khalifa Sall, le bénéfice de son immunité parlementaire.

Mais le plus dramatique dans cette histoire, c’est moins le sort tragique d’un ex-prince héritier ou d’un député-maire aspirant aux plus hautes fonctions de la République, tous victimes de « petits meurtres en famille » au sein de l’élite politique sénégalaise, que la crise politique et institutionnelle qu’elle révèle.

En effet, la conjuration contre tous les potentiels candidats de l’Opposition aux prochaines présidentielles se déroule au moment où l’Opposition décrie les violations répétitives des dispositions du code électoral par le régime de Benno Bokk Yakaar, comme on a pu le constater lors des dernières législatives marquées par de nombreux dysfonctionnements. On a, en effet, assisté à une distribution scandaleusement sélective des cartes électorales, favorisant les bastions électoraux de l’APR et de ses alliés (souvent localisés en zone rurale), au détriment des fiefs de l’Opposition prédominant à Dakar, Touba et dans les autres grandes villes.

C’est parce qu’ils soupçonnent le président-candidat de chercher à évincer certains de ses concurrents les plus sérieux, que les segments les plus représentatifs de l’Opposition boudent le pseudo-dialogue politique initié par le pouvoir, tout en exigeant la libération, sans condition, de l’otage Khalifa Sall.

Tant que les conditions d’une concurrence saine et loyale ne seront pas assurées à tous les candidats aux prochaines élections présidentielles, le camp présidentiel, qui se targue d’un bilan élogieux, ne pourra pas faire la preuve de sa représentativité et courra le risque de perdre le peu de légitimité, qui lui reste.

NIOXOR TINE

LIBÉREZ L’OTAGE KHALIFA SALL !!!

La levée de l’immunité parlementaire du député Khalifa Sall va symboliser une étape décisive dans le démantèlement méthodique de nos Institutions, auquel s’est attelée la Coalition Benno Bokk Yakaar, avec à sa tête, le président de l’APR.

Il est vrai que l’emprisonnement d’adversaires politiques est bien ancré dans les mœurs au Sénégal. Combien de nuits Me Abdoulaye Wade a-t-il dû passer à « l’hôtel zéro étoile » de Rebeuss, avant d’accéder à la magistrature suprême, le 19 mars 2000 ?

Lui-même élu Président, a eu à faire incarcérer Mr Idrissa Seck, alors considéré comme favori à l’élection présidentielle de 2007, coupable à ses yeux de divers délits (détournement de fonds dans les chantiers dans la ville de Thiès, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l’État)

Les dissensions nées du partage du butin finiront par être aplanies par le protocole de Rebeuss, présentant la double caractéristique d’être tout à la fois célèbre et secret.

Ensuite, en 2009, le régime libéral tentera, sans succès, de faire arrêter pour blanchiment d’argent Mr Macky Sall qu’il percevait déjà comme une menace pour sa stratégie de dévolution monarchique du pouvoir.

La nouveauté, s’agissant du maire de Dakar, Khalifa Sall, c’est l’absence de négociations susceptibles d’aboutir à un nouveau protocole nébuleux, la faiblesse de la résistance, voire la complicité de certains partis politiques et organisations de la société civile à cette forfaiture, avec en toile de fond, la volonté de plus en plus affirmée d’empêcher la participation d’un adversaire politique aux prochaines élections présidentielles.

Le hold-up électoral observé lors des dernières législatives du 30 juillet dernier, point d’orgue d’une déliquescence avancée du processus électoral, est révélateur de l’installation progressive d’un vide institutionnel lourd de dangers pour la survie de la Nation et de la République.

En effet, le jeu de yoyo autour de l’immunité parlementaire arbitrairement refusée au nouveau député Khalifa Sall a fini de mettre à nu les gros mensonges sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs, auxquels ne font semblant de croire que les thuriféraires du pouvoir actuel et de tous ceux qui l’ont précédé.

Accordons-nous avec l’ancien député Babacar Gaye, citant la Commission d’évaluation des Privilèges et Immunités du Parlement européen qui estime que « l’immunité parlementaire n’est pas un privilège au bénéfice personnel du membre du Parlement, mais plutôt une garantie d’indépendance du Parlement et de ses membres vis-à-vis des autres pouvoirs » !

De fait, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution, l’Assemblée Nationale a la possibilité de demander la levée de la détention provisoire du député-maire Khalifa Sall.

 Mais hélas ! Les honorables députés, surtout ceux de la majorité, redevables de leur mandat – non pas au peuple souverain – mais au Président de la République, font la sourde oreille, semblent courber l’échine et perdre le peu d’honneur, dont ils étaient encore crédités par l’opinion.

Sinon, comment comprendre, que la séance inaugurale de la treizième législature ait pu se tenir le 14 septembre dernier, sans que soit réglée la question préjudicielle de l’immunité parlementaire nouvellement acquise par le député Khalifa Sall, depuis la proclamation, un mois plus tôt, des résultats des législatives par le Conseil constitutionnel ?

Dans le même ordre d’idées, il est incompréhensible que le Procureur écrive au Président de l’Assemblée Nationale pour la levée de l’immunité parlementaire du maire de Dakar, alors qu’une fin de non-recevoir avait été opposée aux nombreux recours de ses avocats sur cette question.

L’exil forcé de Karim Wade et la prise en otage du maire Khalifa Sall ne suffisent pas à garantir à l’actuel président sa réélection lors des présidentielles de 2019. Mais même dans ce cas, notre pays pourrait être confronté à une crise politique majeure comme ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, qui a connu une décennie d’instabilité sous Laurent Gbagbo élu lors d’élections, dont certains candidats comme Ouattara avaient été arbitrairement écartés.

C’est pourquoi, il est plus que temps pour les forces vives de la Nation d’exiger la libération de l’otage Khalifa Sall et le retour aux vieilles traditions démocratiques, qui jusque-là, ont valu à notre pays, son excellente réputation de modèle démocratique en Afrique et dans le monde entier.

 

NIOXOR TINE

 

ZIZANIE À BENNO ?

Après la prétendue victoire électorale de la méga-coalition gouvernementale aux dernières élections législatives, alors qu’on s’attendait à des scènes d’étreintes mutuelles et fraternelles au sein de Benno Bokk Yakaar, on assiste plutôt à des polémiques insolites entre le parti présidentiel et deux de ses plus grands alliés, à savoir la LD et le PS.

Victimes inconscientes – mais pas tout à fait innocentes – de leurs mauvaises fréquentations, en l’occurence le parti APR, les militants de la LD font les frais de ce que Mamadou Ndoye lui-même qualifie « d’idéologie alimentaire, qui serait en train de dévorer la classe politique ». Il s’avère, en effet, très laborieux, pour un parti se réclamant de la gauche, de préserver la pureté de sa ligne politique originelle, quand certains de ses dirigeants festoient avec des « fauves » prédateurs.

Par ailleurs, certains militants socialistes, après avoir mis beaucoup de zèle à soutenir leurs alliés de l’APR dans leurs vaines contorsions pour étouffer les ambitions présidentielles du Maire de Dakar, estiment n’avoir pas été suffisamment payés en retour et commencent à changer de discours et à faire dans la défiance. Viennent-ils de réaliser subitement que la liquidation politique programmée de leurs camarades dissidents risquait de s’étendre à la totalité de leur formation politique, encore perçue, avec le PDS, comme une des alternatives possibles à l’actuel régime ?

Toujours est-il que le désir effréné du PR d’obtenir un second mandat risque d’être entravé par la boulimie des faucons de son parti, soucieux, avant tout, de renforcer leur jeune Parti au détriment de la grande Coalition de dinosaures. À titre d’exemple, 75% des députés (97/127) de Benno Bokk Yakaar élus lors des dernières élections législatives appartiennent à l’APR. Avec 2 députés de plus, le parti présidentiel obtiendrait une majorité qualifiée, lui permettant, le cas échéant, de procéder à des réformes constitutionnelles, déconsolidantes, comme de coutume.

À ces tensions au sein de l’alliance gouvernementale, accentuées par les désillusions et frustrations consécutives au dernier remaniement ministériel, vient s’ajouter l’hostilité de l’Opposition qui, subodorant un piège, oppose une fin de non-recevoir au dialogue politique proposé par le Président.

En fin de compte, le régime apériste apparaît plus isolé que jamais, malgré sa confortable majorité parlementaire.

Refusant de faire des concessions significatives face aux exigences de la classe politique à propos du code électoral et des libertés publiques, le président de la République apparaît plus vulnérable que jamais aux chantages des lobbies et de son propre clan. C’est ce qui explique les nominations de complaisance, dont les unes puent le népotisme à plein nez, pendant que les autres conduisent à une hypertrophie de l’appareil étatique, avec toutes les conséquences sur le renchérissement du train de vie de l’État.

C’est dans ce contexte délétère, que le pouvoir et ses affidés s’emploient à décrédibiliser les Institutions et les formations politiques (du pouvoir comme de l’Opposition) pour faire croire à l’opinion que le président actuel reste le seul recours possible.

Dans le même temps, on assiste à la radicalisation de larges couches de la société sénégalaise, qui ne rêvent que d’en découdre avec ce régime de plus en plus autoritaire, qui nous projette dans un futur enchanteur au lieu de nous délivrer de nos angoisses quotidiennes. Nous citerons, à titre d’illustration, l’accaparement des terres à Dodel, les barèmes ridicules d’indemnisation aux personnes affectées par le projet (PAP) du Train express régional (TER), l’implantation tous azimuts de la multinationale Auchan qui tue le petit commerce, le diktat des autorités turques qui s’immiscent dans l’éducation de nos enfants (Yavuz Selim) … etc.

Dans tous ces cas, il s’agit d’un parti-pris flagrant au profit d’intérêts étrangers, qui vient s’ajouter aux autres tares si admirablement diagnostiquées par des patriotes tels que les chroniqueurs autour de Mody Niang et le commissaire Sadio. Elles ont pour noms la prise en otage des Institutions de la République, l’injustice sociale, l’effondrement des valeurs morales et sociétales et d’innombrables scandales politiques, économiques et financiers.

Tout cela préfigure d’une imminente explosion sociale, que les forces de progrès se doivent d’anticiper et d’encadrer, pour éviter qu’elle ne soit dévoyée par des forces obscurantistes et afin de la transformer en révolution nationale, démocratique et sociale pour le plus grand bonheur du peuple sénégalais.

NIOXOR TINE

SÉNÉGAL: UN GOUVERNEMENT DE COMBAT OU DE DIALOGUE ?

Le sens véritable de la démission du gouvernement de la République à l’issue d’élections législatives – parfois même municipales – ne se limite pas à son seul caractère de rituel républicain. C’est surtout l’occasion de tirer les leçons des résultats du scrutin, qu’on se devrait d’analyser sous toutes les coutures. Dans cet exercice capital pour un homme politique désireux d’améliorer ses performances électorales, il s’agit de se faire une idée précise de l’état de l’opinion, compte non tenu des facteurs de confusion que peuvent constituer les fraudes ou manipulations électorales. Dans le cas d’espèce, à savoir, les dernières élections législatives, il est évident que les franges jeunes et/ou citadines ont été discriminées, au profit des couches rurales et/ou plus âgées, plus faciles à manipuler ou plus lentes à s’engager dans la remise en cause de l’ordre établi.

UNE ANCIENNE ÉQUIPE NE PEUT CONDUIRE UNE POLITIQUE NOVATRICE

Toujours est-il que la lecture de la liste des membres du gouvernement a été précédée d’un long argumentaire du Premier ministre Dionne, aux allures de discours anticipé de politique générale, pour convaincre l’opinion et surtout la Jeunesse, que des efforts inédits seront faits en matière d’emploi, de promotion de la femme, de gestion transparente du pétrole et du gaz…

Or, pour conduire cette politique novatrice en moins de 18 mois, le président de la République et son Premier ministre nous proposent une équipe, qui ne nous fait plus rêver.

Nous avons certes, parmi eux, de grandes personnalités, mais le plus déterminant, dans le cas d’espèce, c’est l’offre politique définie par le premier magistrat de la Nation, qu’ils ont conduite pendant cinq longues années et qui au finish, s’est traduite par une perte de quinze points par rapport au score obtenu par Benno Bokk Yakaar, au soir du 25 mars 2012 (de 65% à 49,5%). II est vrai qu’ils ont fait montre d’autres « qualités » en matière d’inscription massive et frauduleuse de leurs militants, de transfert d’électeurs, d’intimidation de paysans craintifs et/ou de corruption électorale qui, aux yeux des pontes de la Coalition gouvernementale, semblent importer plus que toutes autres aptitudes pour conduire leurs Partis vers la victoire électorale plutôt que notre Patrie commune vers une Émergence hypothétique.

UNE BASE SOCIALE EN CONTINUELLE ÉROSION

Les experts et analystes politiques de notre pays – de quelque bord qu’ils puissent être – sont unanimes à reconnaître que la configuration du nouveau gouvernement aura très peu de chances de faire obtenir la majorité absolue à la Coalition Benno Bokk Yakaar, au soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

D’ailleurs, les lenteurs constatées dans le remaniement ministériel et l’installation assemblée nationale sont révélatrices de difficultés croissantes du pouvoir apériste sinon à gouverner, tout au moins, à rénover son offre politique, alors que des indices concluants montrent une baisse graduelle de la côte de popularité du PR, dont la Coalition vient de perdre le suffrage populaire lors de ces élections législatives.

Et cela, pour la raison très simple, que la base sociale du pouvoir, loin de s’élargir, s’est au contraire rétrécie. Malgré les rumeurs sans fondement, distillées à dessein, faisant état du ralliement de certaines personnalités de l’Opposition, on note une incapacité à étoffer la base sociale du régime, à trouver des hommes politiques nouveaux, en dehors de la « Constellation du Yakaar déçu » doublée de la mise au placard de personnalités politiques de grande envergure sous prétexte qu’elles ne disposent pas de base politique consistante.

Au final, on a la désagréable impression que ce sont des lobbies ou groupes de pression parfois claniques voire familiaux, qui ont joué un rôle décisif dans la composition du Gouvernement de la République.

DES SIGNAUX PEU PROPICES AU DIALOGUE

Les gesticulations du pouvoir apériste relèvent du pathétique. Faisant fi de notre héritage politique national et des acquis universels en matière de sciences politiques, les dinosaures de la Coalition au pouvoir, au lieu de s’atteler à la résolution de la crise politique qui couve, font dans la fuite en avant. Ils appellent au dialogue politique tout en posant des signaux négatifs allant dans le sens de crisper davantage le jeu politique.

Au lieu de confier la gestion des élections à une personnalité consensuelle acceptée par l’ensemble de la classe politique, le Président de la République, tout en maintenant le processus électoral parmi les prérogatives du Ministère de l’Intérieur, y nomme un autre responsable politique de son parti à la place du son controversé prédécesseur.

Alors que les conflits répétitifs au niveau du Secteur de la Justice laissaient penser qu’on allait prendre des mesures d’apaisement, on y nomme un professeur de droit convaincu de la nécessaire soumission des Juges à l’Exécutif et qui s’est illustré, ces dernières années, comme le plus grand pourfendeur des réformes institutionnelles proposées par la Commission Nationale de Réforme des Institutions et allant dans le sens d’un équilibre des différents pouvoirs.

Par ailleurs, la décrispation de l’atmosphère politique est loin d’être à l’ordre du jour. Refusant au maire Khalifa Sall le bénéfice de son immunité parlementaire, depuis que le Conseil Constitutionnel a validé les résultats des élections législatives, le pouvoir du Président Macky Sall, continue de restreindre les libertés démocratiques. Nous n’en voulons pour preuve que la levée de boucliers des organisations des droits de l’Homme devant les multiples arrestations pour délits d’opinion, le refus persistant d’autoriser les marches et l’expulsion inexplicable et arbitraire d’un activiste panafricaniste.

A mesure qu’approchent les élections présidentielles de 2019, se pose la nécessité d’apaiser le jeu politique. La méga-coalition Benno Bokk Yakaar est devenue minoritaire de fait et connaît des fissures dans ses diverses composantes (PS, AFP et LD plus récemment). D’un autre côté, certains secteurs de la société civile, qui jusque-là avaient fait preuve de retenue vis-à-vis du nouveau pouvoir de Benno Bokk Yakaar, commencent à interpeller le gouvernement sénégalais sur ses violations répétées des libertés individuelles et collectives.

A la différence des élections législatives, qui malheureusement, restent encore trop souvent l’affaire des appareils politiques et de mouvements citoyens ayant une diversité d’agendas, l’élection présidentielle, qui consacre le choix de l’homme qui incarne la clé de voûte des Institutions et qui détermine la politique de la Nation, est capitale. Autant dire que les citoyens ne se laisseront pas aussi aisément duper avec des rétentions de cartes électorales ou leur distribution sélective.

Il ne reste alors plus à la Coalition au pouvoir qu’à se convaincre de la nécessité d’un véritable dialogue politique devant déboucher sur des élections présidentielles transparentes et apaisées.

 

NIOXOR TINE

REVISITER L’HÉRITAGE DES ASSISES POUR APAISER LE CLIMAT SOCIO-POLITIQUE !

Au-delà des péripéties électorales, il est plus que temps pour la classe politique et la société civile de s’interroger sur les voies et moyens de revivifier notre processus démocratique, qui bat de l’aile, depuis plus d’une décennie, après la crise politique consécutive aux présidentielles de 2007. La tenue des Assises Nationales, les révoltes citoyennes pré-électorales et finalement l’accession de Benno Bokk Yakaar au pouvoir, n’ont pas permis de redresser la barre, du fait d’une absence de politiques de rupture par rapport à la gouvernance wadiste.

REVENIR A L’ESPRIT DE LA CHARTE DE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE

Dans ce document signé par la quasi-totalité des leaders de l’Opposition d’alors, y compris par l’actuel chef de de l’Etat, figurait un engagement fort à œuvrer à la consolidation/institutionnalisation de la démocratie participative. Plus tard, le dépouillement des questionnaires de la CNRI avait permis d’établir une quasi-unanimité au sein des partis politiques et organisations de la société civile sur la nécessité de rendre effective la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques. Or, à quoi assistons-nous actuellement si ce n’est à la mise en place d’un pouvoir de plus en plus autoritaire, allergique à toute contestation et à toute concertation.

En lieu et place de cadres consultatifs dans les villages et quartiers pour rapprocher l’administration des citoyens ou d’une éducation à la citoyenneté, on mise plutôt sur – si ce n’est un usage excessif de la violence d’Etat-, tout au moins sur une dissuasion contre toute forme de défiance contre une gouvernance arbitraire !

Là où la Charte préconisait de placer la lutte contre la corruption au cœur des politiques publiques, nous constatons que la reddition des comptes est plombée par le caractère sélectif des poursuites ne ciblant pratiquement que des adversaires politiques et par le dépérissement graduel des organismes de contrôle par la nomination à leur tête de personnalités complaisantes vis-à-vis du pouvoir en place.

Concernant les droits et libertés fondamentaux, il y a certes des balbutiements relatifs à la présence de l’avocat lors de la garde à vue et à une volonté politique proclamée de mettre fin aux lenteurs dans le traitement des affaires judiciaires.

Néanmoins, on ne peut que déplorer la propension à user de longues détentions préventives arbitraires à l’encontre de citoyens jugés mal-pensants, contrastant avec la facilité avec laquelle certains artistes de renom et chefs coutumiers ou religieux bénéficient de liberté provisoire.  Cela s’oppose à la nécessité, maintes fois rappelée par la CNRI, d’instituer un Juge des Libertés.

Par ailleurs, des rumeurs persistantes et concordantes font état d’une collusion de certains secteurs de la Presse avec le pouvoir actuel, qui compte en son sein beaucoup d’hommes de Presse. Cette assertion, si elle se vérifiait, irait à l’encontre des recommandations des Assises allant dans le sens de garantir une liberté de presse totale, tout en préservant la pluralité médiatique pour raffermir la démocratie et le caractère unitaire de la nation.

Les dernières élections du 30 juillet dernier, caractérisées par un manque de transparence et une confusion extrêmes, semblent constituer le couronnement de toute cette dynamique antidémocratique contraire au projet de mise en place d’une « Charte des libertés et de la démocratie, gage de l’attachement de notre pays aux libertés publiques… ».

VOIR AUSSI: PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

http://www.nioxor.com/2017/08/premieres-lecons-d-un-non-scrutin.html

 

GARANTIR L’EQUILIBRE ET LA SÉPARATION DES POUVOIRS

L’hypertrophie de l’Institution incarnée par le Président de la République, déplorée par le mouvement national démocratique depuis la crise politique de 1962, s’est trouvée accentuée par la nature hégémonique du régime de Benno Bokk Yaakar. Cette coalition est, en effet, caractérisée un unanimisme grégaire et une volonté farouche d’annihiler toute velléité d’opposition sur la scène politique. Autant dire que la proposition de la CNRI de séparer la fonction présidentielle de celle de chef de Parti s’est heurtée à la boulimie pouvoiriste du premier magistrat de la Nation.

Un refus catégorique a également été opposé à la réforme du mode de scrutin aux élections législatives. Résultats des courses : en 2017 Benno Bokk Yaakar avec 49% des suffrages a 125 députés alors que la Coalition Sopi, en 2007, avec un score électoral de 69% et un boycott de tous les partis de l’Opposition significative n’avait récolté que 6 députés de plus, soit un total de 131.  Si ce n’est pas de la magie, c’est sûrement dû à une stratégie de fraude éprouvée, basée sur les rétentions de cartes combinées à leur distribution sélective et à un mode de scrutin inique.

Pour ce qui est du pouvoir judiciaire, il reste plus que jamais sous la coupe de l’Exécutif, malgré les soubresauts de certains jeunes et fougueux magistrats. La réforme de la Justice, à travers un projet de loi organique portant Statut de la magistrature et celui sur le Conseil supérieur de la Magistrature, loin de promouvoir la transparence dans le choix des fonctionnaires de justice, renforce plutôt la mainmise de l’Exécutif sur la Magistrature, dont les éléments les plus âgés (pas forcément les plus conservateurs) bénéficient d’un allongement de l’âge de départ à la retraite, au-delà de la date fatidique du 24 Février 2019, censé correspondre au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

La restauration du caractère républicain de l’Administration se fait désirer dans la mesure où la politique gouvernementale en la matière repose sur les mêmes critères politiciens et clientélistes, qui ont toujours eu cours en son sein, depuis l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. On peut même dire, que la déstabilisation et la désorganisation de l’Administration ont connu leur apogée entre 2000 et 2012.

Le désir proclamé par l’actuel régime de moderniser l’Administration se heurte à ses propres errements que constituent les recrutements politiciens, les nominations de complaisance, parfois sur des bases ethnicistes. A preuve, le refus du pouvoir actuel de procéder à la généralisation et la systématisation de l’appel à candidature pour les emplois de haute direction dans la fonction publique et le secteur parapublic.

GÉRER LES FINANCES PUBLIQUES AU PROFIT DES MASSES POPULAIRES

Concernant les finances publiques, leur gestion est devenue certes moins désordonnée et frauduleuse par rapport à la période d’avant 2012, mais elle est loin de prendre en compte les besoins de base des populations.

C’est ainsi qu’au moment où le programme des bourses de sécurité familiale et la couverture maladie universelle bénéficient de généreuses subventions, il arrive que l’eau courante, le matériel pédagogique dans les établissements scolaires et universitaires, des médicaments essentiels, des réactifs pour examens biologiques ou des consommables d’usage courant ne soient pas disponibles pour les populations, sans oublier les retards de paiement des salaires et primes de fonctionnaires et contractuels.  Ces dysfonctionnements sont aussi en rapport avec les coupes sombres dont sont victimes les budgets des structures socio-sanitaires, des établissements scolaires et des autres structures déconcentrées. Tous les moyens de la Nation sont orientés vers les programmes phares d’un pouvoir qui a choisi de miser sur le populisme et l’électoralisme primaire.

Comment ne pas s’interroger sur la pertinence d’investissements tels que le centre de conférences de Diamniadio, l’autoroute Illa Touba, le Train Express Régional… ?

Le respect des principes et règles de bonne gouvernance reste un vœu pieux si on prend l’exemple la gestion cahoteuse de nos futures ressources pétrolières et gazières marquée par  la radiation de l’inspecteur Sonko, le limogeage de Mme Nafi Ngom KeIta et la démission de l’ancien ministre de l’Énerge, qui a d’ailleurs rompu les amarres avec son ancien Parti qu’il accuse de tous les maux d’Israël.

QUID DU PROJET DE CONSTITUTION DE LA CNRI ?

Bien que signataire de la Charte de Gouvernance Démocratique et soutenu par le Peuple des Assises au deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2012, le président Sall n’en rejettera pas moins le projet de Constitution de la CNRI en prétextant de la solidité de « l’assise démocratique de notre système politique » au niveau duquel, il se refuse de provoquer une rupture normative, se contentant de préconiser quelques « changements consensuels appropriés ». De fait, dans son projet de réforme constitutionnelle publié en prévision du référendum, il n’avait initié que quelques réformettes, qui brillaient par leur caractère désarticulé et leur absence de cohérence. Il s’agissait, en réalité d’un subterfuge pour endiguer la dynamique citoyenne née des Assises Nationales tout en rejetant l’Avant-projet de constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions. C’est ce refus délibéré de rompre avec l’Ordre ancien, qui nous vaut la persistance de la crise politique, qui a eu raison du régime de Me Abdoulaye Wade.

Cette même crise nous promet des lendemains agités malgré la pseudo-victoire de Benno Bokk Yakaar aux dernières législatives. En vérité, plus que par des mécanismes démocratiques, c’est plutôt par la corruption et la terreur que le régime actuel se maintient tant bien que mal au pouvoir, en attendant la prochaine déflagration sociale.

NOTRE PAYS SE TROUVE DANS L’IMPASSE

Malgré les apparences, notre système politique se trouve dans une impasse. Au-delà de la veillée d’armes entre un camp présidentiel minoritaire et quotataire et une opposition affaiblie, incapable de s’entendre sur un programme alternatif, il y a la grande majorité silencieuse, qui est loin d’être dupe et est habitée par une sourde colère contre cette gouvernance désastreuse.

Le dialogue social censé réduire les conflits entre employeurs et travailleurs souffre de plusieurs maux. Il y a d’abord la propension idéologique des gouvernants à satisfaire les employeurs nationaux mais surtout les multinationales étrangères au détriment des travailleurs nationaux, sous le fallacieux prétexte d’amélioration du climat des affaires et de promotion de l’investissement. D’un autre côté, les leaders syndicaux sont, pour la plupart, embourbés dans les méandres de la collaboration de classe. De plus, grâce aux avantages tirés de leurs fonctions de représentation, ils ont un mode de vie, qui les rapproche davantage du patronat que des simples travailleurs.

Sans méconnaître la constitution progressive au niveau de plusieurs collectivités locales, d’équipes municipales, qui font un apprentissage graduel de leurs prérogatives, il faut reconnaître un déficit patent de ressources humaines et une insuffisance des capacités administratives pour faire face à la complexité des compétences transférées particulièrement, celles relatives à la Santé et à l’Éducation. En outre, on note une dotation insuffisante des collectivités locales en ressources financières (impôts locaux, dotations garanties par l’état, autres), qui accentue leur précarité aggravée par une tutelle pesante alors qu’elles sont censées jouir de l’autonomie de gestion. Qu’en-est-il d’un des slogans favoris de nos gouvernants, à savoir la territorialisation des politiques publiques ? Elle est loin d’être effective, non seulement parce que l’acte 3 décentralisation, en plus d’être un acte mort-né, avait surtout des arrière-pensées politiciennes, eu égard à la volonté d’affaiblir le maire de Dakar, qui reste un des adversaires les plus sérieux du président actuel lors des prochaines présidentielles. De plus, on note la modicité du financement des collectivités locales (3,5% de la Tva du Sénégal qui sont affectés au FDD et 2% au FECL).

Les relations entre l’Etat et les communautés religieuses sont loin de reposer sur des bases saines, dans la mesure où elles sont sous-tendues par un clientélisme politicien, qui nuit quelque peu à la fonction de régulation attendue des familles religieuses. Les récents événements à Touba nous édifient sur les risques induits par l’implication de larges segments de certaines confréries dans des querelles purement politiciennes. Cela aboutit à l’impossibilité de fait pour l’État central, de rester équidistant par rapport aux communautés religieuses.

LE DIALOGUE POLITIQUE DEVRA ÊTRE CENTRÉ SUR LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE

Au sortir du simulacre de scrutin qui s’est tenu le 30 juillet 2017, certains militants de Benno Bokk Yakaar ont prôné la nécessité d’un dialogue politique. Mais celui-ci n’aura de sens que s’il est centré sur la nécessité d’un renouveau démocratique, d’une émergence citoyenne et d’un respect scrupuleux des libertés collectives et individuelles.

La mise en place d’une Haute Autorité de la Démocratie s’avère urgentissime. Elle contribuera à rétablir la confiance entre acteurs politiques et sera chargé de veiller à l’adoption de critères pertinents de création des partis politiques, de la promotion de la participation citoyenne et du suivi du processus électoral.

Les critères de mise sur pied d’un Parti politique devront être rationalisés, en exigeant, comme pour les candidatures indépendantes, un nombre déterminé de signatures à répartir en plusieurs régions.

Une autre question centrale dans le cadre du renouveau démocratique de notre Nation est le financement des Partis, à partir des fonds publics, et le plafonnement des dépenses lors des campagnes électorales. Cette réforme contribuera à éradiquer la corruption électorale, qui permet aux Partis au pouvoir ou disposant de riches sponsors d’obtenir des majorités factices ne correspondant à aucune réalité ni politique ni sociologique, fragilisant ainsi les Institutions. Cette question doit d’autant plus être prise au sérieux que notre pays est en voie de devenir un pays pétrolier avec tous les risques politiques qui sont attachés à ce nouveau statut.

Le mode de scrutin doit être réformé d’urgence par la suppression du scrutin majoritaire à un tour qui pourra être remplacé par un scrutin majoritaire, à deux tours, combiné ou non à une certaine dose de proportionnelle, ce qui permettra aux députés de s’affranchir de la tutelle du pouvoir en place ou des appareils de Parti et d’être plus redevables vis-à-vis de leurs électeurs.

A défaut de réformes courageuses s’inspirant largement de l’esprit des Assises Nationales, notre pays risque de sombrer dans un naufrage qui risque de s’avérer préjudiciable à l’émergence économique tant chantée et de compromettre durablement l’avenir des générations montantes.

NIOXOR TINE

BIBLIOGRAPHIE

  1. Assises Nationales: Charte de gouvernance démocratique
  2. Avant-projet de constitution de la CNRI
  3. Présentation des résultats définitifs de l’enquête auprès des porteurs d’enjeux (CNRI
  4. Rapport de la Commission Nationale de Réforme des Institutions au P.R.
  5. Sidy Makhtar Cissé: Lecture comparée des propositions du président de la république et celles de la CNRI

 

PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

Il faut bien comprendre que les nombreux dysfonctionnements constatés dans la préparation et le déroulement des élections législatives du 30 Juillet 2017, loin de constituer des couacs de la part d’un Ministre de l’Intérieur novice, faisaient partie d’un plan minutieusement ourdi pour remporter une élection que la Coalition au pouvoir ne pouvait se permettre de perdre, au vu de la proximité des élections présidentielles de février 2019.

Rappelez-vous élections présidentielles du 25 février 2007 ! Le directoire de campagne du parti démocratique sénégalais présidé alors par un certain Macky Sall annonçait, tard dans la soirée, alors que les opérations de vote se poursuivaient encore à Fatick et à Touba, la victoire au premier tour de Me Abdoulaye Wade avec un taux flatteur de 55% sur la base de 60% de bulletins dépouillés.

Par la suite, les avocats du Parti socialiste et ceux de la Ligue Démocratique avaient déposé des recours, contestant le résultat et pointant le doigt sur de nombreuses irrégularités (utilisation d’une encre délébile, facile à effacer, manque d’équité dans les inscriptions et les distributions de cartes, impossibilité pour de nombreux sénégalais de voter dans des conditions normales).

Ce bref rappel était nécessaire pour montrer que nous avons affaire à des récidivistes, qui entretemps, sont passés experts dans la science de la fraude électorale, souvent impunie sous nos cieux, bien que plus pernicieuse que les fuites aux examens scolaires, par exemple.

Lors de ces élections du 30 juillet dernier, plusieurs anomalies ont été constatées qui nous font dire que les conditions de base pour la tenue d’un scrutin régulier, n’étaient pas réunies.

Seuls trois quarts des inscrits ont pu disposer de leurs cartes. En effet, pour 6.219.447 inscrits, seules 5.379.330 cartes d’identité biométriques, qui font office de cartes d’électeurs, ont été produites. Et parmi ces dernières, pas plus de 70% avaient été distribuées (selon le Ministère de l’Intérieur).

Il y a de nombreux exemples attestant de la distribution sélective des cartes biométriques aux militants de la Coalition au pouvoir (cartes stockées dans des chambres de militants de la Coalition au pouvoir, incidents de Paris, Mermoz…). Cette discrimination peut également être déduite du faible taux de distribution à Dakar (51%), réputée être un bastion de l’Opposition, contrastant avec des taux très élevés à Fatick et Matam (pure coïncidence me direz-vous !)

Les organes de régulation n’ont pas joué leur rôle.

La CENA a fait preuve d’une léthargie notoire, jamais constatée auparavant et a même cautionné le passage en force de l’Exécutif lors de la modification de l’article 78 du code électoral en l’absence d’un large consensus, encore moins d’une quelconque unanimité.

La CNRA, malgré ses louables efforts, se trouve limitée par la contrainte de la double casquette du Chef de la Coalition Benno Bokk Yakaar, qui se trouve en même temps être Chef de l’Etat, et qui dans la période a privilégié les activités à haut impact électoraliste (pose de première pierre, inaugurations…).

Le Conseil Constitutionnel a été, comme par le passé, instrumentalisé par l’Exécutif, qui l’aurait forcé à violer la loi, en se substituant au législateur et en donnant son aval à une fausse solution à l’inextricable imbroglio des cartes biométriques. En effet, la stratégie de se servir du récépissé de dépôt accompagné de diverses autres pièces comme substitut à la carte biométrique n’a pu se réaliser pleinement que là où certaines autorités administratives ont pensé devoir donner un coup de pouce à la Coalition au pouvoir.

Sur le terrain, chacun avait sa compréhension des nouvelles directives du Ministère de l’Intérieur avalisées par le Conseil constitutionnel.

Certains électeurs munis de leurs récépissés et de leur ancienne carte d’identité ou d’électeur ont été expulsés de certains centres de vote. Ailleurs, les sous-préfets ont fabriqué des documents d’immatriculation à tour de bras pour leurs amis politiciens de la Coalition au pouvoir, ce qu’ils ont ensuite refusé aux partis de l’Opposition. Pour le sénégalais lambda, il était tout simplement impossible de faire des va-et-vient interminables pour accomplir un devoir civique –si noble fût-il !

Il y aurait également eu une pléthore d’ordres de mission dans le département de Dakar, avec au final, plus de votants que d’inscrits.

Dans certaines parties du département de Mbour encore traumatisé par les évènements de Demba Diop, mais que le président du HCCT ne pouvait vraisemblablement pas se payer le luxe de perdre, le vote n’a pu démarrer que dans l’après-midi.

Le sommet du sabotage a été atteint à Touba, où des électeurs excédés d’attendre le matériel électoral ou dont les noms ne figuraient pas sur les listes ont saccagé certains bureaux de vote. Des centaines de bureaux de vote n’ont pas fonctionné et le scrutin s’y est poursuivi jusqu’au-delà de minuit.

Conscients de la gravité de la situation, le président de la CENA, du régulateur qu’il était censé être va se transformer en prédicateur pour la cause de la paix civile, oubliant que dans le monde politique, un processus électoral irréprochable est le meilleur moyen d’obtenir la paix des âmes et des cœurs.

Une nouvelle fois, des milliards ont été gaspillés pour des joutes électorales destinées à désigner les membres de l’élite qui, pour les cinq années à venir, vont fouler aux pieds les droits des travailleurs au Parlement (d’après Marx dans son ouvrage sur la Commune de Paris, la Guerre civile en France)

Les recours attendus de certains partis victimes des entourloupes d’experts de la fraude électorale auront peu de chance d’être satisfaits par la Justice. Par ailleurs, rien n’indique actuellement qu’un vaste mouvement populaire pour l’annulation de ce pseudo-scrutin puisse voir le jour.

Tout cela découle du fait que pour beaucoup de nos hommes politiques et/ou politiciens, l’activité politique se résume au processus électoral lui-même, qu’on ne prend même pas la peine de lier à l’environnement institutionnel global.

Peu de place est également fait aux contenus programmatiques ! Combien parmi nos hommes politiques font de l’indépendance nationale, de la souveraineté économique, des questions de la Santé et de l’École, des questions centrales dans le cadre de leur argumentaire politique ?

Comment ne pas évoquer le fait que ce sont les nouveaux électeurs (primo-inscrits), donc surtout les jeunes, laissés pour compte par les politiques d’Education et d’Emploi du pouvoir, qui ont été écartés des élections ?

Enfin, la campagne électorale inaugurée par l’emprisonnement de la tête de liste de Manko Taxawu Senegaal, a été marquée de bout en bout par la violence depuis les clashes entre listes concurrentes, jusqu’à la répression tous azimuts de marches et manifestations de l’Opposition entrant dans le cadre normal de la compétition électorale.

Il est évident que la Coalition Benno Bokk Yakaar a encore une fois usé des moyens que lui confère le pouvoir (moyens matériels et financiers, police d’État, voire Justice…), pour mettre toutes les chances de son côté, avec en prime, l’apparition d’un nouveau phénomène, celui des « candidats transhumants ».

Il ne reste plus qu’à espérer que la Coalition Benno Bokk Yakaar, en obtenant un score national de moins de 50%, amorce lentement mais sûrement la descente aux Enfers et qu’il sera impossible au Président de l’APR d’obtenir en 2019, ce second mandat si convoité !

 

NIOXOR TINE

ÉTAT D’URGENCE ÉLECTORAL

La situation dramatique, dans laquelle se trouve le processus électoral, à cause des lenteurs inadmissibles dans la distribution des cartes biométriques ne fait que confirmer les craintes les plus pessimistes de certains observateurs, sur la volonté du président de l’APR et de sa méga-coalition de plus en plus impopulaires, de dévoyer le processus électoral.

Nous n’en voulons pour preuve que l’aveu d’échec que constitue la lettre adressée par le Président de la République au Conseil Constitutionnel demandant l’autorisation pour les électeurs, n’ayant pu retirer leur carte biométrique de se servir en sus de leur récépissé de dépôt, de diverses autres pièces, dont certaines périmées,  comme la carte d’identité numérique, l’ancienne carte d’électeur, mais aussi du passeport, du permis de conduire et même d’un document d’immatriculation (pour les primo-inscrits), pour voter aux élections du 30 Juillet prochain.

Cette lettre rappelle d’ailleurs étrangement les circonstances ayant présidé au fameux référendum du 20 mars 2016. A l’époque, également, le Président avait prétexté du refus opposé par le Conseil Constitutionnel à sa volonté sincère de réduire la durée de son mandat actuel pour y renoncer. Ce que les juristes nationaux considéraient alors comme un simple avis consultatif et facultatif fut alors érigé en décision de justice irrévocable.

Comme dit l’adage, l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime !

C’est pourquoi, nous suggérons fortement à la société civile de refuser de voir son nom associé à ces manœuvres politiciennes de bas étage.

D’autant que la récente décision du Ministre de l’Intérieur d’augmenter le nombre de bureaux de vote en prévision des législatives prochaines, nous rappelle aussi la polémique épique, à l’issue du référendum de l’année dernière, entre le pouvoir apériste et certains partis d’opposition, sur le nombre exact de bureaux de vote.

Ainsi se dévoilent petit à petit les mécanismes de fraude utilisés, l’année dernière, pour cacher sinon une déroute référendaire réelle, tout au moins la désaffection notoire du peuple sénégalais envers le pouvoir de Benno Bokk Yakaar.

Nous nous trouvons donc face à une impasse, qui découle principalement de l’obstination des hommes du pouvoir à refuser toute véritable concertation avec l’Opposition sur le processus électoral.

Il s’agit bien de recul démocratique avéré et le gâchis est énorme, surtout si l’on prend en compte les fraudes dûment constatées au consulat de Paris, les distributions clandestines de cartes biométriques dans certains domiciles de responsables de la Coalition au pouvoir, un prétendu président de commission, à la mairie de Mermoz, qui se promène avec les cartes biométriques, qu’il est censé distribuer…etc.

Au final, nos preux chevaliers de l’Émergence Virtuelle auront réussi la prouesse de décrédibiliser le processus électoral après avoir transformé la noble reddition de comptes en vulgaire règlement de comptes.

Le peuple sénégalais assiste, donc, impuissant, à la mise en place d’un contentieux sur le processus électoral, qui augure de lendemains incertains pour la Démocratie sénégalaise.

Pour s’opposer à ces dérives inacceptables, il y a certes des forces patriotiques regroupées au sein de certaines Coalitions comme celle de Ndawi Askan Wi ou Senegaal Bi Nu Begg, mais aussi d’autres revanchardes, surtout celles, défaites en mars 2012, qui cherchent à se repositionner au sein de l’appareil d’Etat et qui sont animées de sentiments moins nobles.

C’est dans ce cadre qu’il faut situer l’activisme fébrile du Pape du défunt Sopi, qui sentant le pouvoir de son successeur de plus en plus impopulaire et vulnérable, cherche à positionner son fils héritier pour renouer les fils de la trame de la dévolution monarchique du pouvoir interrompue, il y a cinq ans. C’est pourquoi, la complaisance de certains ténors de Taxawu Senegaal à son endroit ne peut susciter qu’incompréhension de la part des patriotes vertueux et démocrates sincères.

En attendant de voir l’issue de ce sinistre feuilleton électoral, dimanche prochain, on peut d’ores et déjà, constater la perte de crédibilité et de légitimité du régime de plus en plus tyrannique de Benno Bokk Yakaar.

Le sursaut salvateur de certaines forces politiques regroupées autour de l’ancien Ministre de l’Énergie nous fait espérer, que tout n’est pas encore perdu.

Mais nous ne cesserons de plaider pour un large consensus de la classe politique autour de la refondation institutionnelle telle que proposée par le Peuple des Assises et confirmée par la Commission Nationale de Réforme des Institutions.

 

NIOXOR TINE