POUR KHALIFA SALL !

 

 Par Demba Moussa Dembélé

A travers une déclaration, en date du 8 mars –au lendemain de l’arrestation de Khalifa Sall- le Forum social sénégalais était le premier à affirmer que « l’inculpation de Khalifa Sall relève purement d’une machination politique visant à éliminer un adversaire potentiel à l’élection présidentielle de 2019. »

Tous les développements de cette affaire depuis lors nous ont amplement donné raison. Et la demande de levée de son immunité parlementaire, dont le pouvoir disait qu’elle « n’existait pas », vient confirmer aux yeux de l’opinion que Khalifa Sall est bien victime d’un vulgaire complot ourdi au plus haut sommet de l’Etat!

Khalifa Sall est un otage politique

En vérité, Khalifa Sall est un otage entre les mains du régime de Macky Sall. La volte-face ridicule sur son impunité parlementaire est une nouvelle preuve de l’instrumentalisation de la justice et des mensonges éhontés du pouvoir pour le garder en prison et éventuellement le condamner pour l’écarter de la course à la présidentielle de 2019. C’est un secret de Polichinelle que si Khalifa Sall s’était aligné derrière M. Ousmane Tanor Dieng pour soutenir Macky Sall, rien ne lui serait arrivé.

Des membres du parti présidentiel, convaincus de détournements, de dilapidation de deniers publics et mis nommément en cause par des organes de contrôle, ont plutôt reçu des promotions, au lieu de voir leurs dossiers transmis à la justice !

Une justice dont le rôle aura été peu glorieux dans cette affaire Khalifa Sall, malheureusement. C’est elle qui devait être un des remparts contre la tyrannie. Alors, si elle se laisse instrumentaliser par l’Exécutif, cela sape les fondements de l’Etat de droit et met en danger les libertés individuelles et collectives.

C’est pourquoi, plus que jamais, les hommes et femmes de conscience et toux ceux qui sont épris de justice doivent élever la voix contre l’injustice faite à Khalifa Ababacar Sall et demander sa mise en liberté immédiate. C’est un devoir de solidarité pour nous protéger mutuellement, car face au despotisme et à l’arbitraire, personne n’est à l’abri.

L’honneur perdu de l’Assemblée nationale

L’autre institution, qui aurait dû faire entendre la voix du peuple, qu’elle est censée représenter, l’Assemblée nationale, est devenue elle aussi un essuie-pieds pour le pouvoir dont elle exécute docilement les desiderata, en violation de la Loi et de son propre règlement intérieur. Avec l’épisode de la levée de l’immunité de Khalifa Sall, l’Assemblée nationale sénégalaise a définitivement perdu le peu de crédibilité qu’elle avait encore aux yeux de l’opinion. Le refus de discuter du cas de Khalifa Sall lors de la séance d’installation de la nouvelle législature et le silence de son président par rapport à la lettre de l’honorable député, Issa Sall du PUR, montrent bien que cette Assemblée n’est qu’une vulgaire chambre d’enregistrement au service de l’Exécutif. « Une annexe du Palais », comme dirait l’honorable député Mamadou Lamine Diallo. La majorité mécanique au service de l’Exécutif a terni à jamais l’image de l’Assemblée nationale, qui a perdu ainsi son honneur et sa dignité. Elle renforce ainsi, dans l’opinion, l’image d’une institution composée d’individus qui ne sont mus que par des intérêts personnels et qui n’ont aucun souci de l’avenir de ce pays.

Et dans ce discrédit de l’Assemblée nationale, il y a le rôle de son président, accusé de violer le règlement intérieur de l’institution pour servir les desseins de l’Exécutif. Au crépuscule de sa longue carrière politique, on lui reproche d’avoir choisi de porter allégeance à un homme, le président Macky Sall, au lieu de mettre sa riche expérience au service de la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit.

Cela lui a valu des critiques acerbes de ses collègues de l’opposition, dont certains ont publiquement dit qu’il est une « honte pour le pays » ou « lâche intellectuellement »! Beaucoup ne manqueront pas de se demander comment un homme, qui a côtoyé Senghor à un jeune âge, qui a exercé de très hautes fonctions dans tous les régimes, de Léo-le poète à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade – dont il fut les éphémères Premiers ministres – comment un tel homme a-t-il pu se retrouver dans une telle situation au point de s’entendre attribuer des qualificatifs aussi infâmants ? Cruel destin !

Dans son for intérieur, peut-être s’est-il remémoré cette célèbre strophe tirée du Cid de Corneille : « Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie/N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie » !


 REGARDER LA VIDÉO: LA PREMIÈRE FAUTE POLITIQUE DE MACKY

http://www.seneplus.com/seneplus-tv/la-premiere-faute-politique-de-macky

POUR L’EXTINCTION DES «DINOSAURES» MEDICO-SANITAIRES !

POUR UNE ÉMERGENCE DU SYSTÈME DE SANTÉ SÉNÉGALAIS OU L’EXTINCTION DES « DINOSAURES » MÉDICO-SANITAIRES

Le Pr Awa Marie Coll Seck fut sans nul doute l’un des meilleurs ministres de la santé de notre histoire. Elle a cependant eu le plus mauvais entourage de tous les ministres de tous les départements confondus. Ses collaborateurs, les plus proches se targuaient d’être les dinosaures du système. A ce propos je ne comprends toujours pas notre propension à nous identifier à des animaux. Mon ancien et vieux professeur de développement de soi et leadership transformationnel me faisait toujours sourire quand il nous demandait de décrire l’animal qui était en nous. A-t-on vraiment besoin d’être lion, aigle ou éléphant pour faire jaillir les vertus et qualités qui sommeillent en nous ? Assurément non !

Nos dinosaures éclairés se sont employés pendant plusieurs années à une déstabilisation profonde, un démembrement cynique et une déstructuration délibérée d’un système de santé qui faisait la fierté de milliers de travailleurs et constituait un bel exemple de réussite post-indépendance. Tous les piliers du système ont été infectés. J’emploie ici, à dessein, la métaphore pathologique pour décrire l’ampleur des dégâts constatés dans la quasi-totalité des sous-systèmes.

 Les infrastructures, elles demeurent un pilier fondamental et englobent entre autres les établissements de santé. La direction qui l’incarne peine encore à atteindre son autonomie car comment comprendre qu’elle puisse doter d’ambulances médicalisées citadines à des postes de santé ruraux qui ont besoin de véhicules adaptés à des terrains hostiles pour assurer une référence correcte. Comment comprendre la dotation d’ambulances médicalisées à des postes de santé où l’infirmier chef de poste ne maitrise pas encore la manipulation d’un défibrillateur et qu’on soit obligé de les retirer de ces ambulances ? Pour quel usage ? Comment comprendre que cette entité ne puisse pas encore intervenir de manière inclusive dans les différentes étapes de la gestion de la logistique du Programme Elargi de Vaccination par exemple ?

Les ressources humaines, elles, demeurent sans nul doute la matière première par excellence du système. Je parle de ces médecins, infirmiers, sages-femmes et autres agents de santé en position avancée, barrant la route aux affections de toutes sortes (rougeole, tuberculose, paludisme, VIH). Je parle de ces braves agents qui prennent en charge les populations de Dakhaba Mandingue, de Dawady, de Ndiéyene Sirakh, de Kongoly, de Mbadakhoune ; ces agents dont personne ne veut prendre la place pour comprendre leurs priorités et prendre leurs avis ; ces agents au salaire dérisoire, ces non recrutés.

Le développement socio-économique du Sénégal passe par une prise en charge correcte des travailleurs de la santé et de l’action sociale car c’est eux, qui, en définitive entretiennent le capital le plus important qui soit : la santé.

Parlons des « produits et technologies médicaux essentiels » !

Je fustigeais dans un précédent article la tendance des responsables de structures à incriminer le code des marchés pour justifier les ruptures récurrentes de produits pharmaceutiques et consommables. Je reste convaincu qu’une planification rigoureuse à tous les niveaux nous éloignerait des difficultés d’approvisionnement. On ne peut pas se permettre de dormir sur nos lauriers alors que les enfants continuent à être décimés par les diarrhées faute de SRO/Zinc, les malades tuberculeux à contaminer parce qu’il n’y a plus de rifampicine, les femmes enceintes être à la merci du paludisme parce que la sulfadoxine pyriméthamine reste introuvable. Une autorité qui se respecte ne se pardonnerait pas de manquer à une obligation fondamentale de sa mission celle de mettre à la disposition des populations les produits qu’elle doit leur délivrer de façon continue. Autrement cette autorité servirait à quoi ?

Le système d’information sanitaire, il n’a pas échappé et c’est de bonne guerre à la tyrannie du quantitatif et à une parcellisation à outrance des producteurs d’information. L’information n’est la propriété exclusive d’aucune direction ni d’aucune autorité. « Les informations qui ne sont pas reliées par un tout, supportées par une vision sous-jacente qui leur donne sens, morcellent nos connaissances et les détruisent ». Les différents programmes se sont pendant trop longtemps trop affranchis de la logique d’animation du système allant des fois jusqu’à s’ériger en entité autarcique foulant ainsi au pied les logiques élémentaires de rationalité principielle.

 Enfin, le financement du système de santé a souffert du manque de leadership qui fait que jusqu’à aujourd’hui moins de 15% du budget national est encore consacré à la santé. Par ailleurs, le dispositif de financement devrait être sécurisé, pérennisé et supporté.

Enfin, le système devrait se séparer de ce type d’autorité qui, pendant plusieurs décennies a fait de l’amélioration de l’environnement de soin son cheval de bataille sans avoir amélioré lui-même son environnement caractérisé par un laxisme et un népotisme indicibles.

Une autorité qui continue à parler d’environnement de soin alors qu’à Kaolack près de 2 enfants mouraient tous les jours en 2015.

Une reprise en main du système de santé s’impose aujourd’hui, le chantier du nouveau ministre de la santé et de l’action sociale sera d’abord l’assainissement humain de son entourage immédiat ; un démantèlement et un anéantissement méthodique et rigoureux de l’establishment médico-socio-sanitaire. Ces oligarques qui ont obligé plusieurs compétences à la démission et qui ont entrainé la prolifération des ministères de la santé bis devront rendre le tablier ou être obligés à le rendre.

Latsouk Gnilane Diouf

Economiste de la santé

MACKY, LE MONARQUE DE LA RÉPUBLIQUE

« Il est facile pour un chef d’État sénégalais d’avoir l’administration et la justice sous sa botte »

L’éditorialiste de SenePlus, Boubacar Boris Diop a accordé à Seneweb une interview que nous publions dans son intégralité ci-dessous.

Benno : 125 députés; Wattù : 19; Mànkoo : 7; Pur : 3 et 1 député pour chacune des 9 listes ayant profité des « plus forts restes » : comment analysez-vous les résultats des législatives ?

À l’arrivée on a encore une fois un Parlement-croupion mais je ne dirais pas comme certains que ces législatives, ça a été beaucoup de bruit pour rien, j’y ai vu un moment important de notre vie nationale, je me suis même donné la peine de suivre les fameux « temps d’antenne » de la première à la dernière minute.

Les deux journalistes de la RTS qui se relayaient ne trouvaient visiblement pas cela très excitant mais un tel évènement reste un des miroirs de notre société ; certains de ses protagonistes ont d’ailleurs fait de leur mieux pour mettre du contenu et de la dignité dans un exercice plutôt difficile.

Qu’avez-vous retenu de ce « moment important de notre vie nationale » ?

Force est de reconnaître que moins d’une semaine après, cette élection semblait déjà être de l’histoire ancienne. On sentait encore une grande rage dans les réactions à chaud mais de manière frappante c’était une rage impuissante. Si tout le monde était aussi choqué, c’est probablement parce que personne n’avait anticipé la forte détermination du régime à en prendre à son aise, dans des lieux intelligemment ciblés, avec l’expression du suffrage universel. Les méthodes utilisées ont elles-mêmes été d’une originalité frisant l’insolite.

Voulez-vous dire que les résultats des législatives ne reflètent pas la volonté de la majorité des Sénégalais ?

Près d’un million de personnes n’ont pas pu voter sous des prétextes fabriqués de toutes pièces mais ce qu’on a surtout appris avec effarement le 30 juillet 2017, c’est à quel point il est facile pour un chef d’Etat sénégalais d’avoir, après deux alternances, l’administration et la justice sous sa botte. Cela doit alerter tout le monde non seulement pour 2019 mais aussi quant à la fragilité de nos acquis démocratiques.

Mais l’opposition faisait-elle le poids ?

Le paradoxe, c’est que Bennoo l’aurait certainement emporté dans un scrutin régulier. L’opposition était divisée et sans grands moyens, en tout cas en comparaison du régime. On peut toutefois douter que les centaines de milliers d’électeurs éconduits auraient majoritairement voté pour Bennoo et il y a surtout qu’elle n’aurait pas gagné à Dakar. Une suspicion légitime pèse sur les résultats de la capitale et on sait bien- Macky Sall l’a dit dans un rare accès de sincérité- qu’il était hors de question de faire le moindre cadeau au prisonnier Khalifa Sall. Au final, je crois que la coalition montée par Macky Sall a mérité sa victoire. C’est juste l’ampleur de cette dernière, due à des dysfonctionnements délibérés, qui pose problème.

La contestation des résultats n’est finalement pas allée bien loin…

Je crois que l’effet de surprise dont j’ai parlé tout à l’heure a joué en faveur du régime. L’opposition n’avait apparemment prévu rien de tel et donc pas une riposte appropriée. Une autre question à se poser honnêtement, c’est si elle en avait les moyens. On a vite senti en effet une certaine résignation, les rares déclarations guerrières, surtout à Dakar, relevant plus du baroud d’honneur que d’autre chose.

 Les contestataires n’auraient-ils pas dû essayer au moins de marquer le coup ?

Oui, peut-être, pour envoyer un message en direction de 2019 mais à vrai dire je ne sais pas trop. Et pour être franc, je n’en vois pas l’intérêt, je commence à me poser des questions totalement différentes au sujet de la scène politique sénégalaise.

Lesquelles ?

La plus importante est celle-ci : ne devrions-nous pas cesser de faire une telle fixation sur la personne qui se trouve être le chef de l’Etat à un moment donné de notre histoire ? Est-ce vraiment aussi important dans les conditions actuelles ?

Que répondez-vous ?

J’en suis à un point où je vois de moins en moins la pertinence d’accabler Macky Sall de critiques, même largement justifiées. Pourquoi continuer à donner ainsi des coups d’épée dans l’eau ? Supposons qu’il soit battu en 2019… Voyez-vous dans le personnel politique quelqu’un susceptible d’agir différemment ? Faites mentalement le tour des prétendants potentiels et vous verrez bien…

On vous pose la question : est-ce le désert ?

Quel que soit le nom du nouveau venu, les mêmes causes vont continuer à produire les mêmes effets. Nous nous donnons beaucoup de mal pour doter démocratiquement un seul homme de tous les pouvoirs de la République. Cela est malsain et indigne d’une nation aussi ambitieuse que la nôtre. La réflexion devrait se déplacer des modalités de la conquête du pouvoir vers les conditions de l’exercice du pouvoir. Nos alternances où plus ça change moins ça change, cela devient écœurant. C’est un incroyable gâchis.

On croirait entendre Mody Niang…

C’est bien que vous mentionniez Mody Niang parce que cela me donne l’occasion de lui rendre hommage. À mes yeux c’est un véritable intellectuel, il ne se paie pas de mots, il ne fait pas tourner en spirale des formules élégantes et énigmatiques, étant surtout animé par un désir de clarté. Mody Niang a toutes ces qualités et c’est pour cela que j’ai du respect pour lui. Mais que voit-on ? Il ne décolère pas depuis deux décennies : contre Diouf, contre Wade et aujourd’hui contre Macky en attendant le prochain président…

Nous sommes beaucoup d’intellectuels à être plus ou moins dans la même situation mais son cas est en quelque sorte emblématique. C’est terrible pour ce pays que d’une alternance à l’autre des personnes de valeur soient condamnées à choisir entre le silence et des coups de gueule sans aucun effet sur la situation réelle.

Certains traitent Macky Sall de dictateur. Êtes-vous d’accord ?

Il ne l’est pas du tout à mon avis, il est simplement, de par notre volonté, à la tête d’une sorte de République monarchique et c’est de cela qu’il faut sortir. C’était, pendant les Assises, la vision de personnalités lucides et désintéressées et cette vision devrait de nouveau innerver le champ politique.

Quelqu’un a dit que la dictature c’est « ferme ta gueule » et la démocratie « cause toujours, tu m’intéresses. » On en serait plutôt là. Ça hurle de toutes parts mais Macky, dans un style qu’on pourrait dire dioufien- le Diouf des mauvais moments, celui de la fin de règne- n’en a cure !

Il est vrai aussi que dans ce pays l’on arrête de plus en plus de personnes pour délit d’opinion. Cela a été le cas d’Oulèye Mané, d’Ami Collé Dieng et de l’administrateur du forum où elle s’est exprimée; il y a aussi depuis quelques heures Kémi Seba et Bentaleb Sow, sans oublier Madère Fall. Mais sans doute devrait-on parler davantage pour l’instant d’énervement et de crispation que de dérive dictatoriale, ce mot est trop chargé.

Vous laissez entendre que le personnel politique ne compte pas une figure capable de conduire les changements que vous prônez. Pourtant Khalifa Sall est présenté, notamment par l’écrivain Thierno Monenembo, comme une alternative crédible. 

Le maire Khalifa Sall a fait preuve d’une réelle volonté de résoudre les problèmes des Dakarois et on avait commencé à voir les résultats de ses efforts. J’ai déjà salué quelque part son intérêt pour les arts et la culture, le regretté Oumar Ndao ayant été à ses côtés jusqu’au bout dans le róle de conseiller culturel. C’est donc quelqu’un pour qui j’ai de la considération et à mon avis c’est un scandale qu’on l’ait privé de liberté pour briser son élan politique. Parce que oui, c’est un adversaire crédible même si peut-être, sans l’appareil du PS, son maillage de l’ensemble du pays pourrait ne pas être à la hauteur de ses ambitions.

Tout cela étant dit, je pense que nous ne devons plus élire un chef d’Etat au Sénégal en nous en remettant à sa seule bonne volonté. On peut toujours espérer qu’il se serve du pouvoir au mieux des intérêts de la population, c’est déjà arrivé ailleurs mais c’est tout de même un pari risqué. À cette loterie-là, on décroche rarement le gros lot, c’est-à-dire l’homme providentiel.

Et que dire de la possibilité qu’un personnage instable se retrouve au sommet de l’Etat ? C’est beaucoup plus facile de nos jours qu’il y a seulement quelques années. C’est arrivé en novembre 2016 à la première puissance mondiale et sans de solides institutions pour freiner les ardeurs démagogiques de Trump, l’Amérique serait aujourd’hui dans de beaux draps. C’est une leçon pour tout le monde et en particulier pour les pays pauvres.

Votre point de vue ne risque-t-il pas d’être compris comme du nihilisme ?

Je ne suis pas du tout dans cette disposition d’esprit. En plus, mes opinions n’ont rien d’original, cela fait des années que d’autres disent la même chose. Je crois simplement que nos deux alternances au goût si amer nous contraignent à partir en quête de nouveaux paradigmes. J’ajouterai que notre pays n’est plus tout à fait le même depuis qu’on y a découvert d’immenses réserves de gaz et de pétrole. Nous savons bien les risques que cela comporte pour notre souveraineté, pour l’équité sociale, pour le respect de l’Etat de droit mais surtout pour la paix civile.

Avec quels leaders aller en quête de nouveaux paradigmes ?

Écoutez, ce sont juste des idées en l’air, ou peut-être même de simples états d’âme citoyens, je ne les inscris pas dans un horizon proche et surtout pas dans un horizon électoral. Ce qui me paraît certain, c’est que les hommes politiques ne vont pas plaider pour ce type de changement. Ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils espèrent s’asseoir un jour.

Pour ce qu’on sait des Assises par exemple, ils y sont allés avec leur propre agenda et il se susurre que pour l’un d’eux le retour sur investissement reste fabuleux. Je dirais, pour être positif, qu’il y a au Sénégal une culture progressiste dont les racines plongent assez profond, cela se voit nettement dans le documentaire qu’Abdourahmane Seck de l’UGB a consacré aux Assises nationales (Assises nationales, titre provisoire). Et de toute façon ce qui reste de la gauche historique, toutes obédiences confondues, a plus que quiconque intérêt à de nouvelles règles du jeu si elle veut cesser d’être l’éternelle roue de secours.

Justement un autre flanc de cette gauche vient de se fissurer avec les remous qui agitent la LD au sein de laquelle a surgi le mouvement « LD Debout ».

Il m’est hélas difficile de répondre à cette question, n’ayant eu que de lointains échos des remous à la LD. J’étais en train de voyager, je compte me mettre à jour.

Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

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Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

Quelle forme d’islam pratiquait-on en terre africaine avant la colonisation ? Quelle place la religion a-t-elle jouée dans la construction politique et sociale de la région sahélienne ? Quelle influence les érudits africains ont-ils dans la tradition musulmane ? Ces questions, parmi beaucoup d’autres, Ousmane Oumar Kane s’y intéresse dans son nouveau livre. Au-delà de Tombouctou, une histoire intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest musulmane, paraît ces jours-ci en anglais aux presses d’Harvard, la très réputée université américaine dont il occupe la chaire Islam et sociétés musulmanes contemporaines. Son objectif : rappeler que, via l’enseignement de l’islam, de nombreux centres de savoir et d’érudition existaient dans la région, bien avant l’arrivée des Européens, qu’ils entretenaient des liens avec le Maghreb et l’Orient, et qu’ils abritaient une forte communauté de lettrés et de savants, dont l’influence perdure aujourd’hui.

RFI: Le titre de votre livre engage à aller voir plus loin que Tombouctou. Voulez-vous montrer qu’au-delà de la cité des Saints, il y avait une multitude de centres de savoir musulmans en Afrique de l’Ouest, bien avant l’arrivée des Européens ?

Ousmane Oumar Kane: Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé des manuscrits de Tombouctou. Tombouctou est bien connue comme centre d’érudition mais beaucoup ignorent encore que Tombouctou n’était qu’un centre parmi tant d’autres, en Afrique subsaharienne. En Sénégambie, au pays haoussa, à Borno, en Afrique de l’Est et ailleurs, il existait des centres d’érudition dont certains ont survécu jusqu’à aujourd’hui et se sont modernisés.

Quelles sont les particularités de l’islam africain ?

D’abord les Africains vont utiliser les caractères arabes pour transcrire leur propre langue et l’usage du caractère arabe est attesté dans 80 langues, dans le continent africain. Par ailleurs, le système d’enseignement était bilingue et de ce fait, les études islamiques ont développé considérablement le vocabulaire des langues africaines. Ainsi par exemple, l’auteur d’une exégèse du Coran en haoussa ou d’une conférence de soufisme en pular doit recourir à un langage technique élaboré dans la langue africaine en question. Par conséquent, les études islamiques, loin d’éradiquer ou de reléguer les langues africaines au second plan, les ont en fait renforcées car plus le lettré est versé en études islamiques, mieux il peut s’exprimer dans sa langue natale.

Que disaient les juristes musulmans africains de la pratique de l’esclavage ?

Dans le livre, j’analyse la position de quelqu’un qui s’appelle Ahmed Baba. Dans son texte – le plus ancien que l’on a publié et qui date du XVIIème siècle – il condamnait certaines pratiques esclavagistes. Normalement, il y a des règles qui régissaient l’assujettissement. On ne pouvait pas réduire n’importe qui à l’esclavage mais ces règles étaient bafouées. Ainsi, par exemple, on ne pouvait pas réduire les musulmans en esclavage mais on sait que ces règles n’étaient pas respectées. Ahmed Baba a ainsi émis des fatwas qui sont restées autoritaires et dans lesquelles il prouvait que certaines régions de l’Afrique de l’Ouest étaient islamisées depuis longtemps et qu’on ne pouvait pas donc assujettir les habitants de ces régions-là.

Est-ce qu’on donnait un rôle politique à l’islam dans l’Afrique précoloniale ?

Vous savez qu’au XVIIIe et XIXème siècle, des lettrés musulmans ont testé l’ordre établi dans la plupart des Etats où ils étaient basés. Ils pensaient que l’islam devait vraiment servir à façonner un ordre social et politique. Donc, le phénomène qu’on appelle actuellement islamisme n’est pas vraiment nouveau. Si on regarde l’histoire de l’Afrique de l’Ouest au XVIII et au XIXème siècle, il y a beaucoup de lettrés qui avaient contesté les Etats pré-existants et la pratique de l’islam pour revendiquer donc le retour à un islam plus rigoriste qui serait mis en application par les Etats.

Dans votre livre, vous expliquez que les savants africains musulmans ont toujours entretenu des rapports, des relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient. Les savants musulmans africains ne vivaient pas en vase clos.

Absolument. Si vous regardez leurs écrits, vous verrez qu’ils citent les auteurs de toutes les régions du monde musulman, ce qui est vraiment la preuve qu’ils participaient à un réseau mondial d’échanges. Ils se rendaient en Afrique du Nord pour étudier, pour enseigner. Ils se rendaient aussi au pèlerinage à La Mecque. Ils étudiaient au Caire. Vous savez, au XIIIème siècle, il y avait une résidence pour les étudiants de Borno à l’université d’al-Azhar. Cela veut donc dire qu’il y a une longue histoire de l’érudition islamique en Afrique de l’Ouest.

Les savants musulmans africains ont donc contribué dans tous ces domaines-là. Ils n’ont jamais vécu en vase clos et le Sahara n’a jamais été une barrière. Au contraire, c’était un port qui permettait aux peuples d’entrer en communication et cela, on peut le voir véritablement en analysant cette tradition intellectuelle et les écrits de ces lettrés.

Pour vous, c’est un mythe de dire qu’il y a un islam d’Afrique noire déconnecté d’un islam du Maghreb et du Moyen-Orient.

Exactement car maintenant vous pouvez voir que tous les courants et toutes les sensibilités islamiques sont représentés en Afrique subsaharienne même si pendant longtemps, effectivement, le soufisme a été l’islam dominant et continue de l’être.

Donc, selon vous, l’idéologie jihadiste que l’on voit notamment au nord du Mali ou autour de lac Tchad avec Boko Haram, ce n’est pas un phénomène complètement extérieur à l’islam africain ?

La preuve, c’est qu’au XVIIIème et au XIXème siècle, il y avait aussi des mouvements jihadistes. Bien-sûr, ils n’avaient pas tout à fait la même justification mais ils ont mené des révolutions qui ont conduit à la création des Etats. L’idéologie de mener des guerres armées pour renverser des Etats impuissants, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il suffit de regarder l’Histoire du XVIII et XIXème siècle pour s’en convaincre.

Il y a un point que vous abordez à la fin de votre livre, c’est la question de l’argent provenant des pays du Golfe qui sert à construire des mosquées, des écoles coraniques et à former des imams. Vous dites que ces fonds du Golfe e de l’Arabie Saoudite ne servent pas nécessairement à promouvoir le wahhabisme dans cette région.

Tout à fait car il faut savoir que c’est lors de la création de la Ligue mondiale islamique que l’Arabie Saoudite a commencé la politique panislamiste. Et c’était pour répondre à l’influence du président Nasser. A l’époque, l’Arabe Saoudite voulait jouer un rôle important, de leadership, du monde musulman et a donc soutenu des initiatives musulmanes un peu partout dans le monde. Ce ne sont pas seulement les Wahhabites. Je crois que c’est un large mythe de penser que ce ne sont que Wahhabites qui ont bénéficié de ces fonds.

VOIR AUSSI:

À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU PAR Pr OUSMANE OUMAR KANE

INTERVENTION DU Pr IBRAHIMA DIOP À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU

L’INCONTOURNABLE NDEUP OU LA PSYCHANALYSE DE LA VIOLENCE

Par Bassirou S. NDIAYE

Pour un sentiment personnel dévoilé en public, deux Jeegs de Ndoumbélaan se retrouvent derrière les barreaux, accusées par la justice de crime de…. lèse-majesté. Pour l’organisation scandaleuse des élections républicaines, un ministre reçoit les félicitations du commandant (commanditaire ?), et s’attend à une promotion bien méritée pour services rendus. D’authentiques compagnons du Gladiateur, accusés de fraudes massives, de corruption et de pillages de ressources, sont reconnus et promus par la justice comme les dignes représentants des Goorgorlus à la chambre d’applaudissement.

Avant elles des hommes ayant tué, volé, torturé, défraichi nos institutions, souillé nos symboles, ont été amnistiés sans être jugés, comblés de biens et services, contre un « cessez-le feu » jamais effectif et obtenu le droit de se la couler douce à nos frais. Avant elles et plus récemment, des hommes ont dit pire, couverts par la loi qui a conçu une période d’impunité politique de trois semaines, pour leur permettre d’extérioriser leur mal de vivre, comme des patients dans un cabinet de psychothérapeute. Des hommes et des femmes ont avoué, derrière le parloir d’une église, des crimes et des délits et se sont vus absouts de leurs péchés.

Nos braves femmes n’auront cependant aucune chance d’échapper à la guillotine médiatique et sociale, parce que notre culture sociétale ne tolère pas la violence verbale publique. Elles ne seront pas amnistiées et ne se verront point absoutes de leurs péchés parce que le crime de lèse-majesté est imprescriptible à Ndoumbélaan. Notre société  recommande d’appeler le mensonge une « erreur » (njumte), la corruption, un « cadeau » (neexal), l’abus de pouvoir et d’autorité, un mal nécessaire… contre les faibles et les vaincus. Et pourtant malgré la subtilité des mots qu’impose la loi à ceux qui la maitrisent, ou la pudeur forgée à l’arrière-cour de maisons puritaines, plus de la moitié des sujets du royaume se reconnaissent dans les propos incriminés. Mais ceux qui pensent comme tel  ne le diront pas comme tel, en tout cas pas là où ça a été dit, ou peut être pas devant ceux qui les ont jetées en pâture ; par peur, ou parce qu’eux mêmes s’interdisent de révéler leurs intimes convictions en public ou devant des gens peu recommandables.

Notre justice indépendante et impartiale s’est « autosaisie », actionnée par l’autorité de tutelle qui l’a façonnée couchée plutôt que debout. Le sabre de Thémis en bandoulière, elle promet de laver l’affront, de réparer la faute. Mais la justice n’est pas une simple opération de chirurgie réparatrice. Elle se moque des dommages causés aux victimes, des coupables et des innocents. Son rôle  est de traquer les faibles et de punir les vaincus. Et puisque nos deux jeegs sont faibles et vaincues, elles sont donc des gibiers sur lesquels foncera Dame Justice, pour l’exemple et pour la peur qu’elle cherche à imprimer à leurs semblables, faibles et/ou vaincus (neew doole, mooy toogne ). Leurs explications et leurs éventuelles excuses devant les juges ne seront pas entendues comme une amande honorable et/ou des confessions, mais retenues comme des aveux pour justifier de futures tortures physiques et morales, derrière les portes closes d’une prison.

Dans la lutte pour la conquête de pouvoirs, les politiciens ont sans péril introduit dans nos foyers la violence durant leurs trois semaines d’impunité républicaines. Le sujet a par la suite été développé sous toutes ses formes, amplifié par des pratiques indignes d’une république même bananière : corruption, achat de conscience, débauchage de concurrents en pleine campagne, etc. En introduisant la violence, ils ont utilisé Goorgorlu comme un canon pointé vers le Gladiateur, appuyé sur la gâchette et éjecté Jeeg comme un projectile, perçu comme l’unique responsable des dégâts. Ils ne lèveront donc pas le petit doigt, en dehors de quelques protestations formelles bien mesurées. Ce qu’ils cherchent, c’est des pouvoirs et surtout pas de distinctions de bravoure.  Ils veulent être des héros et ont besoin de martyrs qui répandent leur sang et leur sueur sur les champs de bataille.

Une lecture unilatérale de l’utilisation des TICS voudraient en faire des armes de nuisance et de destruction aux mains de spécialistes qui en abusent, et/ou de profanes qui les utilisent mal. Une autre lecture est pourtant possible. Les TICS sont une arme de répression, aux mains de la puissance publique, lui permettant de nous localiser, de nous suivre, de nous écouter et de nous enregistrer à notre insu. Les TICS sont également des outils aux mains d’une armée d’indicateurs, d’espions et d’informateurs capables et coupables de délations, mettant à la disposition d’une police aux pratiques pas toujours républicaines, des confidences ou des données confidentielles qui n’auraient jamais du franchir le cercle intime dans lequel elles ont été tenues. Sous cet angle, les gestionnaires de sites qui rendent publiques de telles informations sont des délateurs conscients ou inconscients, au service de puissances.

L’espionnage a toujours été au cœur des états. Il permet de gagner des guerres, d’éviter des défaites militaires, d’acquérir ou de perdre des richesses techniques et technologiques,  de préserver la sécurité des états et des nations. Dans la compréhension populaire, l’espion est un spécialiste du renseignement qui se bat pour collecter des informations (politiques, militaires, industrielles, techniques et technologiques ), utiles pour la sécurité et le développement d’une puissance. S’il agit au profit de son propre pays, l’espion est un patriote, un soldat en guerre, traité comme tel s’il venait à être neutralisé par ses adversaires. S’il agit au profit d’une puissance autre que son propre pays, on parle de mercenaire. Mu par les intérêts d’une puissance étrangère au détriment de sa patrie, il devient un traitre.

Politique ou militaire, les états même démocratiques, les dictatures et les forces d’occupation d’un territoire s’appuient sur une police avec un réseau d’espionnage dont des informateurs et des indicateurs instrumentalisés ou conscients, au bas de l’échelle. Ces derniers ignorent le renseignement et ne sont que des James Bond en herbes incapables de mesurer la portée de leurs actes. C’est ainsi que le scandale autour des élections a subtilement été détourné par un débat à la Dreyfus autour de propos tenus par des dames dépitées et qui sont devenus pourtant anodins et banaux dans nos foyers, nos lieux de travail et de loisirs.

De simples citoyens et d’éminents intellectuels ont cru par devoir, prendre partie, convaincus qu’il ne s’agissait là que de simples questions de morale et d’éducation. Parents et enseignants jugés seuls responsables en prennent pour leurs grades, accusés d’incompétence, de laxisme et de fuite de responsabilités. Et pourtant, s’il y a une certitude, c’est que la jeunesse fera de plus en plus appel aux TICs pour déverser sa bile, parce qu’aucun média traditionnel ne lui offrira sa Une. C’est le mode d’expression d’une génération comme l’a été les années hippies, pour leurs pères, le recours aux cocktails Molotov pour leurs ainés. Si elle doit dormir en prison pour çà, c’est le prix à payer. Elle a choisi les TICs pour sa révolution à la place des kalachnikovs, parce qu’elle a découvert en elles, une arme performante et moins meurtrière pour dénoncer l’injustice et promouvoir un nouvel ordre social.

Les chroniques de Bandia, Aout 2017

 

LA DANSE DES MAUX

L’opposition entre le discours du candidat et la pratique du Gladiateur élu, a d’abord surpris ses partisans. Convaincus qu’il était gêné dans sa volonté exprimée de changement lors de la campagne, par une bande de souteneurs de la vingt-cinquième heure, ils ont longtemps prôné son sevrage à défaut d’un divorce avec une classe politique représentée par des dinosaures. Mais le Gladiateur a fait mieux que le sevrage ou un divorce à haut risque.

Comme un berger expérimenté, il a usé d’une calebasse bruyante pour les apprivoiser avant de les entrainer habilement dans un enclos et de les y verrouiller à double tour. Contre les jeunes ayant échappé au piège et les briscards toujours méfiants face à ce type d’appel, il a usé de la force publique pour les mettre hors d’état de … s’opposer à sa volonté. Aujourd’hui, la coalition arc-en-ciel qui l’a mené au pouvoir a bel et bien viré au marron, le laissant comme seul commandant et responsable du navire.

Les scores engrangés lors de sa tentative de révision,  préférée à la réforme des institutions proposée par les Assises Nationales puis la CNRI, prouvent qu’il ne dispose pas de majorité numérique indispensable pour continuer l’aventure à la tète du royaume. Et s’il n’est pas majoritaire, c’est qu’il est alors minoritaire logiquement parlant. Il n’est cependant pas minoritaire par rapport à un parti politique ou à une coalition de partis, mais parce que la majorité des Goorgorlus n’adhère pas à son offre réelle et sa pratique politique.  Les élections législatives prennent dans ces conditions,  des dimensions d’un combat pour sa survie.

Goorgorlu s’attendait à une opposition patriotique instruite de la réalité profonde de Ndoumbélaan pour proposer un programme alternatif. Mais c’était sans compter avec la diversité de ce corps de tirailleurs, la subtilité de son propos et l’instabilité de ses humeurs.  Non seulement elle ne s’est pas engouffrée dans la brèche, mais sa tentative avortée de faire bloc,  s’est heurtée aux appétits de pouvoir des uns et des autres, et à l’appétit tout court de la nouvelle vague surgie à ses flancs, aux objectifs plus alimentaires que politiques. Ceux qui regrettent l’émiettement de l’opposition sont donc malheureusement loin, très loin de la logique qui met en mouvement ses différentes composantes.

Si les élections législatives de Ndoumbélaan pouvaient être comparées à un championnat, la présidentielle en serait assurément la ligue des champions. C’est pourquoi, l’objectif des ténors n’est pas de les gagner mais plutôt de figurer au moins à une bonne place synonyme de qualification à la prochaine présidentielle. Bien sûr, rien n’interdit encore la présence de cinquante candidats à ces joutes, mais les candidats crédibles seront forcément ceux du quarté venant issus des législatives.

Voter n’est donc pas un « devoir citoyen pour élire ses représentants à la fameuse chambre » où les nouveaux élus continueront d’applaudir ou de se crêper les chignons quel que soit par ailleurs l’ordre d’arrivée. Et ce n’est pas toujours la qualité du député qui est en cause, mais bien celle de nos institutions qui ne lui donnent pas d’autres choix que d’applaudir ou de déverser sa bile. Voter dans ces conditions c’est simplement apporter son soutien à un candidat pour lui garantir une survie politique.

Condamné pour hauts faits de vol de deniers publics et interdit de circulation du territoire pour une durée déterminée par un protocole nocturne dont il est le cosignataire, le rejeton de l’Empereur reste malgré tout, le candidat déclaré du parti hérité de son père. En concurrence avant tout, avec les candidats sur le territoire national (en prison ou en liberté conditionnelle), son exil serait une des raisons de la présence de l’Empereur déchu dans l’arène malgré son âge très avancé. En plus de la haine (justifiée ou non) qu’il voue au Gladiateur, le baroud d’honneur de l’Empereur déchu s’inscrit dans la logique de qualification de son rejeton, sa volonté de lui assurer une bonne place dans la grille de départ. D’ailleurs, en l’absence de sondages crédibles, les foules qu’il draine sur son passage laissent penser qu’une pool-position au grand prix de Ndoumbélaan 2019 ne serait pas une surprise.

Malgré les discours virulents, ponctués de scènes d’intifadas tropicales, aucune coalition ne s’est engagée à améliorer nos institutions, à se prononcer sur la CNRI.

Les résultats de ces élections n’affecteront donc en rien les fondamentaux de Ndoumbélaan et le sort de Goorgorlu restera inchangé. Bien sûr, une éventuelle victoire de l’opposition telle qu’elle est structurée constituerait très certainement une gêne pour le Gladiateur en tant que personne. Mais elle ne remettrait pas en cause la façon de gouverner du Président de la République parce qu’elle ne s’est pas engagée à réformer les institutions. Gagner ces élections à 90 % pour cette opposition là, ne représenterait tout au plus qu’à partager un billet de 10 000 francs en autant de morceaux en laissant 1000 francs aux partisans du Gladiateur. Faites votre choix !

Principal vivier social du Gladiateur d’où il tire l’essentiel de ses nouveaux adhérents appelés transhumants, l’opposition passe désormais pour une armée de réservistes prêts à endosser l’uniforme en tout temps et en tout lieu, ou à tendre la gamelle ….  Pour un peu plus de riz.

Son discours non programmatique est inconstant, de plus en plus crypto-personnel et donc chargé. Suffisant pour mettre à l’aise le Gladiateur au dessus de la mêlée, laissant de seconds couteaux entretenir cette querelle de clochers.

Confiant sans être serein, il se prépare à danser un wango historique, même si l’ombre de plus en plus probable d’une « défaite humiliante » (sic), plane sur la tête de ses candidats dans la capitale. En attendant, ses partisans sillonnent le royaume et dilapident des milliards (encore mal acquis ?), trichent en se payant au nez et à la barbe de la CNRA des publi-reportages à la télé  tout en menaçant de mettre en prison d’inoffensifs candidats au BFEM … déjà malheureusement sur leurs traces.

Les chroniques de Bandia, Juillet 2017

Cachez cette Assemblée Constituante que je ne saurais voir : pourquoi les médias censurent une élection au Venezuela

Venezuela infos

Tout commence par ce qui pourrait être une blague pour étudiant en journalisme, parmi la longue cordillère de trucages, photos d’autres pays légendées « Venezuela », mensonges, citations tronquées qui font l’actu sur le pays qui a initié, il y a 18 ans, la révolution bolivarienne. Alimentés par l’agence EFE, des médias comme El Pais ont fait passer des sympathisants du chavisme affluant à l’essai du système destiné à élire l’Assemblée Constituante le 30 juillet… pour des participants au scrutin organisé par la droite contre le « dictateur Maduro ». Le plus hystérique des médias espagnols sur la « dictature bolivarienne » s’est ensuite fendu d’un minuscule rectificatif, invisible pour la plupart des lecteurs.

A gauche : El Pais présente des photos d' »électeurs chavistes participant au scrutin de la droite« . A droite le discret rectificatif reconnaissant l’erreur et la rejetant sur l’agence EFE.

Cette « erreur » n’a rien d’anecdotique. Malgré un intense bombardement publicitaire des médias privés, majoritaires au Venezuela, et d’importants…

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