CRISE À LA LD: MANIFESTE DE CREATION D’UN MOUVEMENT POLITIQUE

En 1974, suite à une  scission intervenue deux ans auparavant au sein du Parti Africain de l‘Indépendance (PAI), un groupe de syndicalistes, de jeunes intellectuels et d’étudiants a créé la Ligue Démocratique/Mouvement pour le Parti du Travail (LD/MPT), avec comme objectif principal de construire un parti révolutionnaire des ouvriers et des paysans d’obédience marxiste-léniniste, et réaliser au Sénégal la révolution démocratique et nationale, étape vers le socialisme. De 1974 à nos jours, la Ligue Démocratique a connu des mutations idéologiques et théoriques qui l’ont conduit à une évolution d’un parti de classe révolutionnaire à un parti de masse fortement adossé aux valeurs d’humanisme, de fraternité, de solidarité, de progrès et de justice sociale.Durant cette longue période de lutte, avec à la clé les lourds sacrifices faits par ses militants, la LD, qu’elle soit dans l’opposition ou à travers sa participation au Gouvernement et présence à l’Assemblée nationale, a grandement contribué aux avancées démocratiques et sociales qu’a connues notre pays,.La constance de la LD dans la prise en charge des intérêts des populations pour les promouvoir ou les défendre quand ils étaient menacés a toujours été reconnue ; ce qui lui a valu, malgré son faible poids électoral, d’être un acteur de l’échiquier politique respecté par les populations mais également par les autres acteurs politiques et sociaux. La Ligue démocratique, a tenu son septième congrès ordinaire à Dakar les 6 et 7 juillet 2013 et à l’issue de celui – ci, le camarade Mamadou Ndoye a été élu Secrétaire général du parti, en remplacement du Professeur Abdoulaye Bathily, leader charismatique, légendaire et historique de notre organisation.  En cette circonstance exceptionnelle, le parti lui a rendu un vibrant hommage.Ainsi, le camarade Mamadou Ndoye devient Secrétaire général du parti, dans un contexte politique à la fois difficile et complexe, marqué notamment par :

  • les incertitudes stratégiques qui caractérisaient le contexte politique d’alors, accentuées par l’éclatement de Benno Siggil Sénégal, la défaite des différents candidats issus de ses rangs à l’élection présidentielle de 2012, l’accession comme par accident de  M Macky Sall au pouvoir ;
  • la nécessité de reprendre en main le parti, qui venait de consacrer trop de temps et d’énergie à la lutte contre les dérives excessives du régime d’Abdoulaye Wade ;
  • des interrogations légitimes nées des changements intervenus au niveau du top management de notre organisation, entres autres.Prenant la pleine mesure des défis et des enjeux de l’heure, le Secrétaire général, Mamadou Ndoye a entrepris, dès son élection, d’imprimer à notre organisation une  nouvelle vision stratégique et démarche, en vue d’en faire une véritable force politique capable de peser sur le destin du pays.

En pratique, après des missions exploratoires dans les fédérations, le parti a tenu les 25 et 26 avril 2015, une conférence nationale sur l’organisation et mis en place une Commission de Réflexion Stratégique (CRS). Les 16 et 17 avril 2016, les conclusions de la Conférence Nationale sur l’Organisation et de la Commission de Réflexion Stratégique ont fait l’objet d’un Séminaire national pour être approfondies et pour évaluer les résultats préliminaires de leur mise en œuvre. Au terme de ce vaste chantier de diagnostic organisationnel, de consultation des bases du parti et d’élaboration collective, le parti s’est doté d’un plan d’action, adopté par le Bureau politique, articulé autour de trois axes stratégiques : le repositionnement du parti, la redynamisation du parti et la préparation des prochaines élections législatives.La mise en œuvre de ce plan d’action, supervisée par le Secrétaire Général, lui –même, a donné comme résultats : l’installation de 347 sections communales sur 552 que compte le pays, dotées chacune d’un organe exécutif fonctionnel et d’une assemblée générale délibérative, l’élaboration d’un document d’orientation portant identité et valeurs de la LD et d’un document de projet de société.En direction des élections législatives, le parti a installé son comité électoral national et envoyé une circulaire relative à la mise en place des comités électoraux départementaux aux 45 fédérations. Suivant une démarche inclusive, structurée et planifiée, à laquelle tous les militants ont participé, depuis la conception jusqu’à la mise en œuvre, les dispositions idoines ont été prises pour réunir les conditions administratives, politiques, organisationnelles, logistiques et financières devant permettre au parti de participer convenablement aux élections législatives du 30 juillet 2017, en gardant sa ligne et en portant au débat son projet de société alternatif pour un futur meilleur du Sénégal.Mais, c’était sans compter  avec les intérêts de particuliers, promus aux responsabilités grâce au travail collectif de l’ensemble des militants du parti, malheureusement pris par cette folie bien sénégalaise de s’accrocher au pouvoir, et par tous les moyens, une fois qu’on a goûté à ses délices. Bien incrustés dans le système APR – BBY, ils ont, en effet, entrepris par des voies illicites de contrôler le Bureau politique (BP), contre l’avis de la base, aux seules et uniques fins de sécuriser leurs postes et leurs positions personnelles de pouvoir dans l’appareil d’Etat.Aujourd’hui, au constat comme à l’analyse, notre parti a été compromis pour des intérêts crypto – personnels, des militants de bonne foi ont été abusés, les valeurs qui ont présidé à sa création bafouées et son idéal de société trahi. Un discrédit total est jeté sur notre organisation qui, d’instrument de lutte construit au prix de lourds sacrifices par des générations de militants, est devenu un moyen d’ascension sociale d’une minorité.Evidemment, une telle forfaiture est inacceptable ! Et les militants de la LD interpelés devant l’histoire. Passé le temps de l’indignation et de la révolte, nous voici dans l’obligation de relever un défi historique : celui de prendre nos responsabilités en main : innover et progresser, pour que les sacrifices consentis ne soient pas vains, et pour que l’esprit de la Ligue démocratique et l’idéal de la gauche ne meurent pas dans ce pays. C’est un défi qu’il revient aux véritables militants de relever pour continuer à servir le Sénégal dans la longue tradition de lutte des pères fondateurs du parti.Telle est la raison fondamentale pour laquelle, nous, militantes et militants de la LD, membres du Bureau politique, membres du Secrétariat permanent, Secrétaires généraux de Fédération, Cadres, Jeunes, Femmes et Etudiants, réunis à Rufisque le 19 août 2017, prenons date avec l’histoire, par ce présent manifeste, en décidant, après de larges concertations, de créer dans la Ligue Démocratique un Mouvement politique dénommé  « LD – DEBOUT ».Provisoirement, « LD – DEBOUT » se dote d’un organe exécutif, le Comité National de Pilotage, et d’un organe de délibération, le Comité Directeur.  Dans les prochains jours, son site web sera ouvert, un organe mensuel de presse dédié à l’information, à l’éducation et à la formation politique des militants sera lancé. D’autres initiatives et procédures suivront.Aux pères fondateurs, et à leurs compagnons, les plus illustres, parmi lesquels Abdoulaye Bathily, Bakhao Seck, Mbaba Guissé, Mamadou Ndoye, Famara Sarr, Abdoulaye Guèye, Mamadou Diop Castro, Sada Wane, Boubacar Diop Sambou, Macissé Lo, Idrissa Diop, Mbaye Ndoye, Rokhy Kébé, Saniébé Ndiaye, Anna Sarr Bathily, pour ne citer que ceux-là parmi tant d’autres camarades qui ont tous consacré leurs vies au triomphe d’un idéal de société, « LD – DEBOUT » leur exprime sa profonde gratitude, magnifie leur contribution dans la lutte du peuple sénégalais pour la démocratie, le progrès et la justice sociale, et célèbre leur constance dans l’engagement désintéressé au service du pays. Pour, « LD – DEBOUT », ces illustres personnalités de notre parti, constituent avec plusieurs autres anonymes, des valeurs sûres et des références certaines notamment pour les jeunes générations dans un contexte où la politique est dévoyée de sa noble mission et détournée de ses objectifs fondateurs.Aux camarades Abdoulaye Bathily et Mamadou Ndoye, « LD – DEBOUT » exprime une reconnaissance particulière, salue la grandeur morale et intellectuelle, leur rend un hommage mérité et assure que leurs efforts déployés à la tête du parti ne seront pas vains. Bien au contraire, ils seront amplifiés et étendus sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora, dès les prochains jours et tout au long des prochaines semaines et mois à venir. »LD – DEBOUT » lance un appel solennel aux militants de la Ligue Démocratique, qui ont les mêmes préoccupations et qui partagent les mêmes convictions que les signataires du présent manifeste, à se joindre à cette initiative qui vise, d’abord et avant tout, à préserver l’image de notre parti, à restaurer sa dignité et son identité ainsi que des valeurs qu’il a toujours portées. « LD – DEBOUT », considère qu’au Sénégal la constitution d’institutions fortes, le renforcement de l’Etat de droit, la préservation des acquis démocratiques, l’indépendance de la justice, la bonne gouvernance économique, politique et sociale, la lutte contre la corruption, la concussion et la non transparence, la gestion équitable des ressources nationales, la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités sociales, la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le patriotisme économique, l’emploi et le chômage des jeunes restent et demeurent de vives préoccupations, pour tout citoyen libre et conscient, auxquelles viennent s’ajouter les questions environnementales, les menaces sécuritaires, les conflits et dérapages à caractère ethnique, religieux ou confrérique. Sous ce rapport, pour « LD – DEBOUT », l’heure n’est guère à l’autoglorification, ni à l’entreprenariat politique, encore moins au sabordage des organisations politiques et citoyennes qui ont eu le mérite de porter dans ce pays haut le flambeau de la lutte pour toujours plus de progrès et de justice sociale. Il convient plutôt de les renforcer et de mobiliser les citoyens pour faire face aux tentatives de musellement et d’accaparement des ressources nationales par des groupes d’intérêts.Pour cette raison et pour d’autres encore, « LD – DEBOUT » se réserve la perspective de s’ouvrir à d’autres forces politiques et citoyennes, notamment aux patriotes acquis à l’impérieuse nécessité de recentrer la politique et l’engagement militant, dans notre pays, autour de l’éthique, des valeurs et de l’intérêt général, dans la direction d’une alternative crédible.A cet égard, « LD – DEBOUT » exhorte tous les militants debout des partis politiques et autres organisations sociales dans lesquels la corruption des élites politiques au contact du pouvoir à produit cassure et division dans leurs rangs ; partout où une telle corruption a soumis les leaders à la posture de « génuflexions » pour sauvegarder des avantages que leur procurent les positions de pouvoir au détriment du pays, de l’organisation, des valeurs et des principes qu’ils proclamaient hier, à s’organiser en mouvement politique Debout! Ensemble, il nous appartiendra, en toute souveraineté, de décider du moment et des modalités pratiques de fédérer de tels mouvements dans un projet politique de large consensus, autour d’une nouvelle offre politique, portée par une nouvelle organisation, forte et crédible, capable de conquérir le pouvoir d’Etat et de l’exercer, en vue de conduire les véritables changements et les profondes transformations politiques, économiques et sociales, qu’appelle la situation du pays.Vive la Ligue Démocratique Debout !!!  Socle d’un Sénégal Debout !!!  Pour une Afrique Debout !!!

Rufisque, le 19 août 2017         

Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

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Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

Quelle forme d’islam pratiquait-on en terre africaine avant la colonisation ? Quelle place la religion a-t-elle jouée dans la construction politique et sociale de la région sahélienne ? Quelle influence les érudits africains ont-ils dans la tradition musulmane ? Ces questions, parmi beaucoup d’autres, Ousmane Oumar Kane s’y intéresse dans son nouveau livre. Au-delà de Tombouctou, une histoire intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest musulmane, paraît ces jours-ci en anglais aux presses d’Harvard, la très réputée université américaine dont il occupe la chaire Islam et sociétés musulmanes contemporaines. Son objectif : rappeler que, via l’enseignement de l’islam, de nombreux centres de savoir et d’érudition existaient dans la région, bien avant l’arrivée des Européens, qu’ils entretenaient des liens avec le Maghreb et l’Orient, et qu’ils abritaient une forte communauté de lettrés et de savants, dont l’influence perdure aujourd’hui.

RFI: Le titre de votre livre engage à aller voir plus loin que Tombouctou. Voulez-vous montrer qu’au-delà de la cité des Saints, il y avait une multitude de centres de savoir musulmans en Afrique de l’Ouest, bien avant l’arrivée des Européens ?

Ousmane Oumar Kane: Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé des manuscrits de Tombouctou. Tombouctou est bien connue comme centre d’érudition mais beaucoup ignorent encore que Tombouctou n’était qu’un centre parmi tant d’autres, en Afrique subsaharienne. En Sénégambie, au pays haoussa, à Borno, en Afrique de l’Est et ailleurs, il existait des centres d’érudition dont certains ont survécu jusqu’à aujourd’hui et se sont modernisés.

Quelles sont les particularités de l’islam africain ?

D’abord les Africains vont utiliser les caractères arabes pour transcrire leur propre langue et l’usage du caractère arabe est attesté dans 80 langues, dans le continent africain. Par ailleurs, le système d’enseignement était bilingue et de ce fait, les études islamiques ont développé considérablement le vocabulaire des langues africaines. Ainsi par exemple, l’auteur d’une exégèse du Coran en haoussa ou d’une conférence de soufisme en pular doit recourir à un langage technique élaboré dans la langue africaine en question. Par conséquent, les études islamiques, loin d’éradiquer ou de reléguer les langues africaines au second plan, les ont en fait renforcées car plus le lettré est versé en études islamiques, mieux il peut s’exprimer dans sa langue natale.

Que disaient les juristes musulmans africains de la pratique de l’esclavage ?

Dans le livre, j’analyse la position de quelqu’un qui s’appelle Ahmed Baba. Dans son texte – le plus ancien que l’on a publié et qui date du XVIIème siècle – il condamnait certaines pratiques esclavagistes. Normalement, il y a des règles qui régissaient l’assujettissement. On ne pouvait pas réduire n’importe qui à l’esclavage mais ces règles étaient bafouées. Ainsi, par exemple, on ne pouvait pas réduire les musulmans en esclavage mais on sait que ces règles n’étaient pas respectées. Ahmed Baba a ainsi émis des fatwas qui sont restées autoritaires et dans lesquelles il prouvait que certaines régions de l’Afrique de l’Ouest étaient islamisées depuis longtemps et qu’on ne pouvait pas donc assujettir les habitants de ces régions-là.

Est-ce qu’on donnait un rôle politique à l’islam dans l’Afrique précoloniale ?

Vous savez qu’au XVIIIe et XIXème siècle, des lettrés musulmans ont testé l’ordre établi dans la plupart des Etats où ils étaient basés. Ils pensaient que l’islam devait vraiment servir à façonner un ordre social et politique. Donc, le phénomène qu’on appelle actuellement islamisme n’est pas vraiment nouveau. Si on regarde l’histoire de l’Afrique de l’Ouest au XVIII et au XIXème siècle, il y a beaucoup de lettrés qui avaient contesté les Etats pré-existants et la pratique de l’islam pour revendiquer donc le retour à un islam plus rigoriste qui serait mis en application par les Etats.

Dans votre livre, vous expliquez que les savants africains musulmans ont toujours entretenu des rapports, des relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient. Les savants musulmans africains ne vivaient pas en vase clos.

Absolument. Si vous regardez leurs écrits, vous verrez qu’ils citent les auteurs de toutes les régions du monde musulman, ce qui est vraiment la preuve qu’ils participaient à un réseau mondial d’échanges. Ils se rendaient en Afrique du Nord pour étudier, pour enseigner. Ils se rendaient aussi au pèlerinage à La Mecque. Ils étudiaient au Caire. Vous savez, au XIIIème siècle, il y avait une résidence pour les étudiants de Borno à l’université d’al-Azhar. Cela veut donc dire qu’il y a une longue histoire de l’érudition islamique en Afrique de l’Ouest.

Les savants musulmans africains ont donc contribué dans tous ces domaines-là. Ils n’ont jamais vécu en vase clos et le Sahara n’a jamais été une barrière. Au contraire, c’était un port qui permettait aux peuples d’entrer en communication et cela, on peut le voir véritablement en analysant cette tradition intellectuelle et les écrits de ces lettrés.

Pour vous, c’est un mythe de dire qu’il y a un islam d’Afrique noire déconnecté d’un islam du Maghreb et du Moyen-Orient.

Exactement car maintenant vous pouvez voir que tous les courants et toutes les sensibilités islamiques sont représentés en Afrique subsaharienne même si pendant longtemps, effectivement, le soufisme a été l’islam dominant et continue de l’être.

Donc, selon vous, l’idéologie jihadiste que l’on voit notamment au nord du Mali ou autour de lac Tchad avec Boko Haram, ce n’est pas un phénomène complètement extérieur à l’islam africain ?

La preuve, c’est qu’au XVIIIème et au XIXème siècle, il y avait aussi des mouvements jihadistes. Bien-sûr, ils n’avaient pas tout à fait la même justification mais ils ont mené des révolutions qui ont conduit à la création des Etats. L’idéologie de mener des guerres armées pour renverser des Etats impuissants, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il suffit de regarder l’Histoire du XVIII et XIXème siècle pour s’en convaincre.

Il y a un point que vous abordez à la fin de votre livre, c’est la question de l’argent provenant des pays du Golfe qui sert à construire des mosquées, des écoles coraniques et à former des imams. Vous dites que ces fonds du Golfe e de l’Arabie Saoudite ne servent pas nécessairement à promouvoir le wahhabisme dans cette région.

Tout à fait car il faut savoir que c’est lors de la création de la Ligue mondiale islamique que l’Arabie Saoudite a commencé la politique panislamiste. Et c’était pour répondre à l’influence du président Nasser. A l’époque, l’Arabe Saoudite voulait jouer un rôle important, de leadership, du monde musulman et a donc soutenu des initiatives musulmanes un peu partout dans le monde. Ce ne sont pas seulement les Wahhabites. Je crois que c’est un large mythe de penser que ce ne sont que Wahhabites qui ont bénéficié de ces fonds.

VOIR AUSSI:

À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU PAR Pr OUSMANE OUMAR KANE

INTERVENTION DU Pr IBRAHIMA DIOP À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU

REVISITER L’HÉRITAGE DES ASSISES POUR APAISER LE CLIMAT SOCIO-POLITIQUE !

Au-delà des péripéties électorales, il est plus que temps pour la classe politique et la société civile de s’interroger sur les voies et moyens de revivifier notre processus démocratique, qui bat de l’aile, depuis plus d’une décennie, après la crise politique consécutive aux présidentielles de 2007. La tenue des Assises Nationales, les révoltes citoyennes pré-électorales et finalement l’accession de Benno Bokk Yakaar au pouvoir, n’ont pas permis de redresser la barre, du fait d’une absence de politiques de rupture par rapport à la gouvernance wadiste.

REVENIR A L’ESPRIT DE LA CHARTE DE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE

Dans ce document signé par la quasi-totalité des leaders de l’Opposition d’alors, y compris par l’actuel chef de de l’Etat, figurait un engagement fort à œuvrer à la consolidation/institutionnalisation de la démocratie participative. Plus tard, le dépouillement des questionnaires de la CNRI avait permis d’établir une quasi-unanimité au sein des partis politiques et organisations de la société civile sur la nécessité de rendre effective la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques. Or, à quoi assistons-nous actuellement si ce n’est à la mise en place d’un pouvoir de plus en plus autoritaire, allergique à toute contestation et à toute concertation.

En lieu et place de cadres consultatifs dans les villages et quartiers pour rapprocher l’administration des citoyens ou d’une éducation à la citoyenneté, on mise plutôt sur – si ce n’est un usage excessif de la violence d’Etat-, tout au moins sur une dissuasion contre toute forme de défiance contre une gouvernance arbitraire !

Là où la Charte préconisait de placer la lutte contre la corruption au cœur des politiques publiques, nous constatons que la reddition des comptes est plombée par le caractère sélectif des poursuites ne ciblant pratiquement que des adversaires politiques et par le dépérissement graduel des organismes de contrôle par la nomination à leur tête de personnalités complaisantes vis-à-vis du pouvoir en place.

Concernant les droits et libertés fondamentaux, il y a certes des balbutiements relatifs à la présence de l’avocat lors de la garde à vue et à une volonté politique proclamée de mettre fin aux lenteurs dans le traitement des affaires judiciaires.

Néanmoins, on ne peut que déplorer la propension à user de longues détentions préventives arbitraires à l’encontre de citoyens jugés mal-pensants, contrastant avec la facilité avec laquelle certains artistes de renom et chefs coutumiers ou religieux bénéficient de liberté provisoire.  Cela s’oppose à la nécessité, maintes fois rappelée par la CNRI, d’instituer un Juge des Libertés.

Par ailleurs, des rumeurs persistantes et concordantes font état d’une collusion de certains secteurs de la Presse avec le pouvoir actuel, qui compte en son sein beaucoup d’hommes de Presse. Cette assertion, si elle se vérifiait, irait à l’encontre des recommandations des Assises allant dans le sens de garantir une liberté de presse totale, tout en préservant la pluralité médiatique pour raffermir la démocratie et le caractère unitaire de la nation.

Les dernières élections du 30 juillet dernier, caractérisées par un manque de transparence et une confusion extrêmes, semblent constituer le couronnement de toute cette dynamique antidémocratique contraire au projet de mise en place d’une « Charte des libertés et de la démocratie, gage de l’attachement de notre pays aux libertés publiques… ».

VOIR AUSSI: PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

http://www.nioxor.com/2017/08/premieres-lecons-d-un-non-scrutin.html

 

GARANTIR L’EQUILIBRE ET LA SÉPARATION DES POUVOIRS

L’hypertrophie de l’Institution incarnée par le Président de la République, déplorée par le mouvement national démocratique depuis la crise politique de 1962, s’est trouvée accentuée par la nature hégémonique du régime de Benno Bokk Yaakar. Cette coalition est, en effet, caractérisée un unanimisme grégaire et une volonté farouche d’annihiler toute velléité d’opposition sur la scène politique. Autant dire que la proposition de la CNRI de séparer la fonction présidentielle de celle de chef de Parti s’est heurtée à la boulimie pouvoiriste du premier magistrat de la Nation.

Un refus catégorique a également été opposé à la réforme du mode de scrutin aux élections législatives. Résultats des courses : en 2017 Benno Bokk Yaakar avec 49% des suffrages a 125 députés alors que la Coalition Sopi, en 2007, avec un score électoral de 69% et un boycott de tous les partis de l’Opposition significative n’avait récolté que 6 députés de plus, soit un total de 131.  Si ce n’est pas de la magie, c’est sûrement dû à une stratégie de fraude éprouvée, basée sur les rétentions de cartes combinées à leur distribution sélective et à un mode de scrutin inique.

Pour ce qui est du pouvoir judiciaire, il reste plus que jamais sous la coupe de l’Exécutif, malgré les soubresauts de certains jeunes et fougueux magistrats. La réforme de la Justice, à travers un projet de loi organique portant Statut de la magistrature et celui sur le Conseil supérieur de la Magistrature, loin de promouvoir la transparence dans le choix des fonctionnaires de justice, renforce plutôt la mainmise de l’Exécutif sur la Magistrature, dont les éléments les plus âgés (pas forcément les plus conservateurs) bénéficient d’un allongement de l’âge de départ à la retraite, au-delà de la date fatidique du 24 Février 2019, censé correspondre au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

La restauration du caractère républicain de l’Administration se fait désirer dans la mesure où la politique gouvernementale en la matière repose sur les mêmes critères politiciens et clientélistes, qui ont toujours eu cours en son sein, depuis l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. On peut même dire, que la déstabilisation et la désorganisation de l’Administration ont connu leur apogée entre 2000 et 2012.

Le désir proclamé par l’actuel régime de moderniser l’Administration se heurte à ses propres errements que constituent les recrutements politiciens, les nominations de complaisance, parfois sur des bases ethnicistes. A preuve, le refus du pouvoir actuel de procéder à la généralisation et la systématisation de l’appel à candidature pour les emplois de haute direction dans la fonction publique et le secteur parapublic.

GÉRER LES FINANCES PUBLIQUES AU PROFIT DES MASSES POPULAIRES

Concernant les finances publiques, leur gestion est devenue certes moins désordonnée et frauduleuse par rapport à la période d’avant 2012, mais elle est loin de prendre en compte les besoins de base des populations.

C’est ainsi qu’au moment où le programme des bourses de sécurité familiale et la couverture maladie universelle bénéficient de généreuses subventions, il arrive que l’eau courante, le matériel pédagogique dans les établissements scolaires et universitaires, des médicaments essentiels, des réactifs pour examens biologiques ou des consommables d’usage courant ne soient pas disponibles pour les populations, sans oublier les retards de paiement des salaires et primes de fonctionnaires et contractuels.  Ces dysfonctionnements sont aussi en rapport avec les coupes sombres dont sont victimes les budgets des structures socio-sanitaires, des établissements scolaires et des autres structures déconcentrées. Tous les moyens de la Nation sont orientés vers les programmes phares d’un pouvoir qui a choisi de miser sur le populisme et l’électoralisme primaire.

Comment ne pas s’interroger sur la pertinence d’investissements tels que le centre de conférences de Diamniadio, l’autoroute Illa Touba, le Train Express Régional… ?

Le respect des principes et règles de bonne gouvernance reste un vœu pieux si on prend l’exemple la gestion cahoteuse de nos futures ressources pétrolières et gazières marquée par  la radiation de l’inspecteur Sonko, le limogeage de Mme Nafi Ngom KeIta et la démission de l’ancien ministre de l’Énerge, qui a d’ailleurs rompu les amarres avec son ancien Parti qu’il accuse de tous les maux d’Israël.

QUID DU PROJET DE CONSTITUTION DE LA CNRI ?

Bien que signataire de la Charte de Gouvernance Démocratique et soutenu par le Peuple des Assises au deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2012, le président Sall n’en rejettera pas moins le projet de Constitution de la CNRI en prétextant de la solidité de « l’assise démocratique de notre système politique » au niveau duquel, il se refuse de provoquer une rupture normative, se contentant de préconiser quelques « changements consensuels appropriés ». De fait, dans son projet de réforme constitutionnelle publié en prévision du référendum, il n’avait initié que quelques réformettes, qui brillaient par leur caractère désarticulé et leur absence de cohérence. Il s’agissait, en réalité d’un subterfuge pour endiguer la dynamique citoyenne née des Assises Nationales tout en rejetant l’Avant-projet de constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions. C’est ce refus délibéré de rompre avec l’Ordre ancien, qui nous vaut la persistance de la crise politique, qui a eu raison du régime de Me Abdoulaye Wade.

Cette même crise nous promet des lendemains agités malgré la pseudo-victoire de Benno Bokk Yakaar aux dernières législatives. En vérité, plus que par des mécanismes démocratiques, c’est plutôt par la corruption et la terreur que le régime actuel se maintient tant bien que mal au pouvoir, en attendant la prochaine déflagration sociale.

NOTRE PAYS SE TROUVE DANS L’IMPASSE

Malgré les apparences, notre système politique se trouve dans une impasse. Au-delà de la veillée d’armes entre un camp présidentiel minoritaire et quotataire et une opposition affaiblie, incapable de s’entendre sur un programme alternatif, il y a la grande majorité silencieuse, qui est loin d’être dupe et est habitée par une sourde colère contre cette gouvernance désastreuse.

Le dialogue social censé réduire les conflits entre employeurs et travailleurs souffre de plusieurs maux. Il y a d’abord la propension idéologique des gouvernants à satisfaire les employeurs nationaux mais surtout les multinationales étrangères au détriment des travailleurs nationaux, sous le fallacieux prétexte d’amélioration du climat des affaires et de promotion de l’investissement. D’un autre côté, les leaders syndicaux sont, pour la plupart, embourbés dans les méandres de la collaboration de classe. De plus, grâce aux avantages tirés de leurs fonctions de représentation, ils ont un mode de vie, qui les rapproche davantage du patronat que des simples travailleurs.

Sans méconnaître la constitution progressive au niveau de plusieurs collectivités locales, d’équipes municipales, qui font un apprentissage graduel de leurs prérogatives, il faut reconnaître un déficit patent de ressources humaines et une insuffisance des capacités administratives pour faire face à la complexité des compétences transférées particulièrement, celles relatives à la Santé et à l’Éducation. En outre, on note une dotation insuffisante des collectivités locales en ressources financières (impôts locaux, dotations garanties par l’état, autres), qui accentue leur précarité aggravée par une tutelle pesante alors qu’elles sont censées jouir de l’autonomie de gestion. Qu’en-est-il d’un des slogans favoris de nos gouvernants, à savoir la territorialisation des politiques publiques ? Elle est loin d’être effective, non seulement parce que l’acte 3 décentralisation, en plus d’être un acte mort-né, avait surtout des arrière-pensées politiciennes, eu égard à la volonté d’affaiblir le maire de Dakar, qui reste un des adversaires les plus sérieux du président actuel lors des prochaines présidentielles. De plus, on note la modicité du financement des collectivités locales (3,5% de la Tva du Sénégal qui sont affectés au FDD et 2% au FECL).

Les relations entre l’Etat et les communautés religieuses sont loin de reposer sur des bases saines, dans la mesure où elles sont sous-tendues par un clientélisme politicien, qui nuit quelque peu à la fonction de régulation attendue des familles religieuses. Les récents événements à Touba nous édifient sur les risques induits par l’implication de larges segments de certaines confréries dans des querelles purement politiciennes. Cela aboutit à l’impossibilité de fait pour l’État central, de rester équidistant par rapport aux communautés religieuses.

LE DIALOGUE POLITIQUE DEVRA ÊTRE CENTRÉ SUR LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE

Au sortir du simulacre de scrutin qui s’est tenu le 30 juillet 2017, certains militants de Benno Bokk Yakaar ont prôné la nécessité d’un dialogue politique. Mais celui-ci n’aura de sens que s’il est centré sur la nécessité d’un renouveau démocratique, d’une émergence citoyenne et d’un respect scrupuleux des libertés collectives et individuelles.

La mise en place d’une Haute Autorité de la Démocratie s’avère urgentissime. Elle contribuera à rétablir la confiance entre acteurs politiques et sera chargé de veiller à l’adoption de critères pertinents de création des partis politiques, de la promotion de la participation citoyenne et du suivi du processus électoral.

Les critères de mise sur pied d’un Parti politique devront être rationalisés, en exigeant, comme pour les candidatures indépendantes, un nombre déterminé de signatures à répartir en plusieurs régions.

Une autre question centrale dans le cadre du renouveau démocratique de notre Nation est le financement des Partis, à partir des fonds publics, et le plafonnement des dépenses lors des campagnes électorales. Cette réforme contribuera à éradiquer la corruption électorale, qui permet aux Partis au pouvoir ou disposant de riches sponsors d’obtenir des majorités factices ne correspondant à aucune réalité ni politique ni sociologique, fragilisant ainsi les Institutions. Cette question doit d’autant plus être prise au sérieux que notre pays est en voie de devenir un pays pétrolier avec tous les risques politiques qui sont attachés à ce nouveau statut.

Le mode de scrutin doit être réformé d’urgence par la suppression du scrutin majoritaire à un tour qui pourra être remplacé par un scrutin majoritaire, à deux tours, combiné ou non à une certaine dose de proportionnelle, ce qui permettra aux députés de s’affranchir de la tutelle du pouvoir en place ou des appareils de Parti et d’être plus redevables vis-à-vis de leurs électeurs.

A défaut de réformes courageuses s’inspirant largement de l’esprit des Assises Nationales, notre pays risque de sombrer dans un naufrage qui risque de s’avérer préjudiciable à l’émergence économique tant chantée et de compromettre durablement l’avenir des générations montantes.

NIOXOR TINE

BIBLIOGRAPHIE

  1. Assises Nationales: Charte de gouvernance démocratique
  2. Avant-projet de constitution de la CNRI
  3. Présentation des résultats définitifs de l’enquête auprès des porteurs d’enjeux (CNRI
  4. Rapport de la Commission Nationale de Réforme des Institutions au P.R.
  5. Sidy Makhtar Cissé: Lecture comparée des propositions du président de la république et celles de la CNRI

 

L’INCONTOURNABLE NDEUP OU LA PSYCHANALYSE DE LA VIOLENCE

Par Bassirou S. NDIAYE

Pour un sentiment personnel dévoilé en public, deux Jeegs de Ndoumbélaan se retrouvent derrière les barreaux, accusées par la justice de crime de…. lèse-majesté. Pour l’organisation scandaleuse des élections républicaines, un ministre reçoit les félicitations du commandant (commanditaire ?), et s’attend à une promotion bien méritée pour services rendus. D’authentiques compagnons du Gladiateur, accusés de fraudes massives, de corruption et de pillages de ressources, sont reconnus et promus par la justice comme les dignes représentants des Goorgorlus à la chambre d’applaudissement.

Avant elles des hommes ayant tué, volé, torturé, défraichi nos institutions, souillé nos symboles, ont été amnistiés sans être jugés, comblés de biens et services, contre un « cessez-le feu » jamais effectif et obtenu le droit de se la couler douce à nos frais. Avant elles et plus récemment, des hommes ont dit pire, couverts par la loi qui a conçu une période d’impunité politique de trois semaines, pour leur permettre d’extérioriser leur mal de vivre, comme des patients dans un cabinet de psychothérapeute. Des hommes et des femmes ont avoué, derrière le parloir d’une église, des crimes et des délits et se sont vus absouts de leurs péchés.

Nos braves femmes n’auront cependant aucune chance d’échapper à la guillotine médiatique et sociale, parce que notre culture sociétale ne tolère pas la violence verbale publique. Elles ne seront pas amnistiées et ne se verront point absoutes de leurs péchés parce que le crime de lèse-majesté est imprescriptible à Ndoumbélaan. Notre société  recommande d’appeler le mensonge une « erreur » (njumte), la corruption, un « cadeau » (neexal), l’abus de pouvoir et d’autorité, un mal nécessaire… contre les faibles et les vaincus. Et pourtant malgré la subtilité des mots qu’impose la loi à ceux qui la maitrisent, ou la pudeur forgée à l’arrière-cour de maisons puritaines, plus de la moitié des sujets du royaume se reconnaissent dans les propos incriminés. Mais ceux qui pensent comme tel  ne le diront pas comme tel, en tout cas pas là où ça a été dit, ou peut être pas devant ceux qui les ont jetées en pâture ; par peur, ou parce qu’eux mêmes s’interdisent de révéler leurs intimes convictions en public ou devant des gens peu recommandables.

Notre justice indépendante et impartiale s’est « autosaisie », actionnée par l’autorité de tutelle qui l’a façonnée couchée plutôt que debout. Le sabre de Thémis en bandoulière, elle promet de laver l’affront, de réparer la faute. Mais la justice n’est pas une simple opération de chirurgie réparatrice. Elle se moque des dommages causés aux victimes, des coupables et des innocents. Son rôle  est de traquer les faibles et de punir les vaincus. Et puisque nos deux jeegs sont faibles et vaincues, elles sont donc des gibiers sur lesquels foncera Dame Justice, pour l’exemple et pour la peur qu’elle cherche à imprimer à leurs semblables, faibles et/ou vaincus (neew doole, mooy toogne ). Leurs explications et leurs éventuelles excuses devant les juges ne seront pas entendues comme une amande honorable et/ou des confessions, mais retenues comme des aveux pour justifier de futures tortures physiques et morales, derrière les portes closes d’une prison.

Dans la lutte pour la conquête de pouvoirs, les politiciens ont sans péril introduit dans nos foyers la violence durant leurs trois semaines d’impunité républicaines. Le sujet a par la suite été développé sous toutes ses formes, amplifié par des pratiques indignes d’une république même bananière : corruption, achat de conscience, débauchage de concurrents en pleine campagne, etc. En introduisant la violence, ils ont utilisé Goorgorlu comme un canon pointé vers le Gladiateur, appuyé sur la gâchette et éjecté Jeeg comme un projectile, perçu comme l’unique responsable des dégâts. Ils ne lèveront donc pas le petit doigt, en dehors de quelques protestations formelles bien mesurées. Ce qu’ils cherchent, c’est des pouvoirs et surtout pas de distinctions de bravoure.  Ils veulent être des héros et ont besoin de martyrs qui répandent leur sang et leur sueur sur les champs de bataille.

Une lecture unilatérale de l’utilisation des TICS voudraient en faire des armes de nuisance et de destruction aux mains de spécialistes qui en abusent, et/ou de profanes qui les utilisent mal. Une autre lecture est pourtant possible. Les TICS sont une arme de répression, aux mains de la puissance publique, lui permettant de nous localiser, de nous suivre, de nous écouter et de nous enregistrer à notre insu. Les TICS sont également des outils aux mains d’une armée d’indicateurs, d’espions et d’informateurs capables et coupables de délations, mettant à la disposition d’une police aux pratiques pas toujours républicaines, des confidences ou des données confidentielles qui n’auraient jamais du franchir le cercle intime dans lequel elles ont été tenues. Sous cet angle, les gestionnaires de sites qui rendent publiques de telles informations sont des délateurs conscients ou inconscients, au service de puissances.

L’espionnage a toujours été au cœur des états. Il permet de gagner des guerres, d’éviter des défaites militaires, d’acquérir ou de perdre des richesses techniques et technologiques,  de préserver la sécurité des états et des nations. Dans la compréhension populaire, l’espion est un spécialiste du renseignement qui se bat pour collecter des informations (politiques, militaires, industrielles, techniques et technologiques ), utiles pour la sécurité et le développement d’une puissance. S’il agit au profit de son propre pays, l’espion est un patriote, un soldat en guerre, traité comme tel s’il venait à être neutralisé par ses adversaires. S’il agit au profit d’une puissance autre que son propre pays, on parle de mercenaire. Mu par les intérêts d’une puissance étrangère au détriment de sa patrie, il devient un traitre.

Politique ou militaire, les états même démocratiques, les dictatures et les forces d’occupation d’un territoire s’appuient sur une police avec un réseau d’espionnage dont des informateurs et des indicateurs instrumentalisés ou conscients, au bas de l’échelle. Ces derniers ignorent le renseignement et ne sont que des James Bond en herbes incapables de mesurer la portée de leurs actes. C’est ainsi que le scandale autour des élections a subtilement été détourné par un débat à la Dreyfus autour de propos tenus par des dames dépitées et qui sont devenus pourtant anodins et banaux dans nos foyers, nos lieux de travail et de loisirs.

De simples citoyens et d’éminents intellectuels ont cru par devoir, prendre partie, convaincus qu’il ne s’agissait là que de simples questions de morale et d’éducation. Parents et enseignants jugés seuls responsables en prennent pour leurs grades, accusés d’incompétence, de laxisme et de fuite de responsabilités. Et pourtant, s’il y a une certitude, c’est que la jeunesse fera de plus en plus appel aux TICs pour déverser sa bile, parce qu’aucun média traditionnel ne lui offrira sa Une. C’est le mode d’expression d’une génération comme l’a été les années hippies, pour leurs pères, le recours aux cocktails Molotov pour leurs ainés. Si elle doit dormir en prison pour çà, c’est le prix à payer. Elle a choisi les TICs pour sa révolution à la place des kalachnikovs, parce qu’elle a découvert en elles, une arme performante et moins meurtrière pour dénoncer l’injustice et promouvoir un nouvel ordre social.

Les chroniques de Bandia, Aout 2017

 

PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

Il faut bien comprendre que les nombreux dysfonctionnements constatés dans la préparation et le déroulement des élections législatives du 30 Juillet 2017, loin de constituer des couacs de la part d’un Ministre de l’Intérieur novice, faisaient partie d’un plan minutieusement ourdi pour remporter une élection que la Coalition au pouvoir ne pouvait se permettre de perdre, au vu de la proximité des élections présidentielles de février 2019.

Rappelez-vous élections présidentielles du 25 février 2007 ! Le directoire de campagne du parti démocratique sénégalais présidé alors par un certain Macky Sall annonçait, tard dans la soirée, alors que les opérations de vote se poursuivaient encore à Fatick et à Touba, la victoire au premier tour de Me Abdoulaye Wade avec un taux flatteur de 55% sur la base de 60% de bulletins dépouillés.

Par la suite, les avocats du Parti socialiste et ceux de la Ligue Démocratique avaient déposé des recours, contestant le résultat et pointant le doigt sur de nombreuses irrégularités (utilisation d’une encre délébile, facile à effacer, manque d’équité dans les inscriptions et les distributions de cartes, impossibilité pour de nombreux sénégalais de voter dans des conditions normales).

Ce bref rappel était nécessaire pour montrer que nous avons affaire à des récidivistes, qui entretemps, sont passés experts dans la science de la fraude électorale, souvent impunie sous nos cieux, bien que plus pernicieuse que les fuites aux examens scolaires, par exemple.

Lors de ces élections du 30 juillet dernier, plusieurs anomalies ont été constatées qui nous font dire que les conditions de base pour la tenue d’un scrutin régulier, n’étaient pas réunies.

Seuls trois quarts des inscrits ont pu disposer de leurs cartes. En effet, pour 6.219.447 inscrits, seules 5.379.330 cartes d’identité biométriques, qui font office de cartes d’électeurs, ont été produites. Et parmi ces dernières, pas plus de 70% avaient été distribuées (selon le Ministère de l’Intérieur).

Il y a de nombreux exemples attestant de la distribution sélective des cartes biométriques aux militants de la Coalition au pouvoir (cartes stockées dans des chambres de militants de la Coalition au pouvoir, incidents de Paris, Mermoz…). Cette discrimination peut également être déduite du faible taux de distribution à Dakar (51%), réputée être un bastion de l’Opposition, contrastant avec des taux très élevés à Fatick et Matam (pure coïncidence me direz-vous !)

Les organes de régulation n’ont pas joué leur rôle.

La CENA a fait preuve d’une léthargie notoire, jamais constatée auparavant et a même cautionné le passage en force de l’Exécutif lors de la modification de l’article 78 du code électoral en l’absence d’un large consensus, encore moins d’une quelconque unanimité.

La CNRA, malgré ses louables efforts, se trouve limitée par la contrainte de la double casquette du Chef de la Coalition Benno Bokk Yakaar, qui se trouve en même temps être Chef de l’Etat, et qui dans la période a privilégié les activités à haut impact électoraliste (pose de première pierre, inaugurations…).

Le Conseil Constitutionnel a été, comme par le passé, instrumentalisé par l’Exécutif, qui l’aurait forcé à violer la loi, en se substituant au législateur et en donnant son aval à une fausse solution à l’inextricable imbroglio des cartes biométriques. En effet, la stratégie de se servir du récépissé de dépôt accompagné de diverses autres pièces comme substitut à la carte biométrique n’a pu se réaliser pleinement que là où certaines autorités administratives ont pensé devoir donner un coup de pouce à la Coalition au pouvoir.

Sur le terrain, chacun avait sa compréhension des nouvelles directives du Ministère de l’Intérieur avalisées par le Conseil constitutionnel.

Certains électeurs munis de leurs récépissés et de leur ancienne carte d’identité ou d’électeur ont été expulsés de certains centres de vote. Ailleurs, les sous-préfets ont fabriqué des documents d’immatriculation à tour de bras pour leurs amis politiciens de la Coalition au pouvoir, ce qu’ils ont ensuite refusé aux partis de l’Opposition. Pour le sénégalais lambda, il était tout simplement impossible de faire des va-et-vient interminables pour accomplir un devoir civique –si noble fût-il !

Il y aurait également eu une pléthore d’ordres de mission dans le département de Dakar, avec au final, plus de votants que d’inscrits.

Dans certaines parties du département de Mbour encore traumatisé par les évènements de Demba Diop, mais que le président du HCCT ne pouvait vraisemblablement pas se payer le luxe de perdre, le vote n’a pu démarrer que dans l’après-midi.

Le sommet du sabotage a été atteint à Touba, où des électeurs excédés d’attendre le matériel électoral ou dont les noms ne figuraient pas sur les listes ont saccagé certains bureaux de vote. Des centaines de bureaux de vote n’ont pas fonctionné et le scrutin s’y est poursuivi jusqu’au-delà de minuit.

Conscients de la gravité de la situation, le président de la CENA, du régulateur qu’il était censé être va se transformer en prédicateur pour la cause de la paix civile, oubliant que dans le monde politique, un processus électoral irréprochable est le meilleur moyen d’obtenir la paix des âmes et des cœurs.

Une nouvelle fois, des milliards ont été gaspillés pour des joutes électorales destinées à désigner les membres de l’élite qui, pour les cinq années à venir, vont fouler aux pieds les droits des travailleurs au Parlement (d’après Marx dans son ouvrage sur la Commune de Paris, la Guerre civile en France)

Les recours attendus de certains partis victimes des entourloupes d’experts de la fraude électorale auront peu de chance d’être satisfaits par la Justice. Par ailleurs, rien n’indique actuellement qu’un vaste mouvement populaire pour l’annulation de ce pseudo-scrutin puisse voir le jour.

Tout cela découle du fait que pour beaucoup de nos hommes politiques et/ou politiciens, l’activité politique se résume au processus électoral lui-même, qu’on ne prend même pas la peine de lier à l’environnement institutionnel global.

Peu de place est également fait aux contenus programmatiques ! Combien parmi nos hommes politiques font de l’indépendance nationale, de la souveraineté économique, des questions de la Santé et de l’École, des questions centrales dans le cadre de leur argumentaire politique ?

Comment ne pas évoquer le fait que ce sont les nouveaux électeurs (primo-inscrits), donc surtout les jeunes, laissés pour compte par les politiques d’Education et d’Emploi du pouvoir, qui ont été écartés des élections ?

Enfin, la campagne électorale inaugurée par l’emprisonnement de la tête de liste de Manko Taxawu Senegaal, a été marquée de bout en bout par la violence depuis les clashes entre listes concurrentes, jusqu’à la répression tous azimuts de marches et manifestations de l’Opposition entrant dans le cadre normal de la compétition électorale.

Il est évident que la Coalition Benno Bokk Yakaar a encore une fois usé des moyens que lui confère le pouvoir (moyens matériels et financiers, police d’État, voire Justice…), pour mettre toutes les chances de son côté, avec en prime, l’apparition d’un nouveau phénomène, celui des « candidats transhumants ».

Il ne reste plus qu’à espérer que la Coalition Benno Bokk Yakaar, en obtenant un score national de moins de 50%, amorce lentement mais sûrement la descente aux Enfers et qu’il sera impossible au Président de l’APR d’obtenir en 2019, ce second mandat si convoité !

 

NIOXOR TINE

ÉTAT D’URGENCE ÉLECTORAL

La situation dramatique, dans laquelle se trouve le processus électoral, à cause des lenteurs inadmissibles dans la distribution des cartes biométriques ne fait que confirmer les craintes les plus pessimistes de certains observateurs, sur la volonté du président de l’APR et de sa méga-coalition de plus en plus impopulaires, de dévoyer le processus électoral.

Nous n’en voulons pour preuve que l’aveu d’échec que constitue la lettre adressée par le Président de la République au Conseil Constitutionnel demandant l’autorisation pour les électeurs, n’ayant pu retirer leur carte biométrique de se servir en sus de leur récépissé de dépôt, de diverses autres pièces, dont certaines périmées,  comme la carte d’identité numérique, l’ancienne carte d’électeur, mais aussi du passeport, du permis de conduire et même d’un document d’immatriculation (pour les primo-inscrits), pour voter aux élections du 30 Juillet prochain.

Cette lettre rappelle d’ailleurs étrangement les circonstances ayant présidé au fameux référendum du 20 mars 2016. A l’époque, également, le Président avait prétexté du refus opposé par le Conseil Constitutionnel à sa volonté sincère de réduire la durée de son mandat actuel pour y renoncer. Ce que les juristes nationaux considéraient alors comme un simple avis consultatif et facultatif fut alors érigé en décision de justice irrévocable.

Comme dit l’adage, l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime !

C’est pourquoi, nous suggérons fortement à la société civile de refuser de voir son nom associé à ces manœuvres politiciennes de bas étage.

D’autant que la récente décision du Ministre de l’Intérieur d’augmenter le nombre de bureaux de vote en prévision des législatives prochaines, nous rappelle aussi la polémique épique, à l’issue du référendum de l’année dernière, entre le pouvoir apériste et certains partis d’opposition, sur le nombre exact de bureaux de vote.

Ainsi se dévoilent petit à petit les mécanismes de fraude utilisés, l’année dernière, pour cacher sinon une déroute référendaire réelle, tout au moins la désaffection notoire du peuple sénégalais envers le pouvoir de Benno Bokk Yakaar.

Nous nous trouvons donc face à une impasse, qui découle principalement de l’obstination des hommes du pouvoir à refuser toute véritable concertation avec l’Opposition sur le processus électoral.

Il s’agit bien de recul démocratique avéré et le gâchis est énorme, surtout si l’on prend en compte les fraudes dûment constatées au consulat de Paris, les distributions clandestines de cartes biométriques dans certains domiciles de responsables de la Coalition au pouvoir, un prétendu président de commission, à la mairie de Mermoz, qui se promène avec les cartes biométriques, qu’il est censé distribuer…etc.

Au final, nos preux chevaliers de l’Émergence Virtuelle auront réussi la prouesse de décrédibiliser le processus électoral après avoir transformé la noble reddition de comptes en vulgaire règlement de comptes.

Le peuple sénégalais assiste, donc, impuissant, à la mise en place d’un contentieux sur le processus électoral, qui augure de lendemains incertains pour la Démocratie sénégalaise.

Pour s’opposer à ces dérives inacceptables, il y a certes des forces patriotiques regroupées au sein de certaines Coalitions comme celle de Ndawi Askan Wi ou Senegaal Bi Nu Begg, mais aussi d’autres revanchardes, surtout celles, défaites en mars 2012, qui cherchent à se repositionner au sein de l’appareil d’Etat et qui sont animées de sentiments moins nobles.

C’est dans ce cadre qu’il faut situer l’activisme fébrile du Pape du défunt Sopi, qui sentant le pouvoir de son successeur de plus en plus impopulaire et vulnérable, cherche à positionner son fils héritier pour renouer les fils de la trame de la dévolution monarchique du pouvoir interrompue, il y a cinq ans. C’est pourquoi, la complaisance de certains ténors de Taxawu Senegaal à son endroit ne peut susciter qu’incompréhension de la part des patriotes vertueux et démocrates sincères.

En attendant de voir l’issue de ce sinistre feuilleton électoral, dimanche prochain, on peut d’ores et déjà, constater la perte de crédibilité et de légitimité du régime de plus en plus tyrannique de Benno Bokk Yakaar.

Le sursaut salvateur de certaines forces politiques regroupées autour de l’ancien Ministre de l’Énergie nous fait espérer, que tout n’est pas encore perdu.

Mais nous ne cesserons de plaider pour un large consensus de la classe politique autour de la refondation institutionnelle telle que proposée par le Peuple des Assises et confirmée par la Commission Nationale de Réforme des Institutions.

 

NIOXOR TINE

 

LA DANSE DES MAUX

L’opposition entre le discours du candidat et la pratique du Gladiateur élu, a d’abord surpris ses partisans. Convaincus qu’il était gêné dans sa volonté exprimée de changement lors de la campagne, par une bande de souteneurs de la vingt-cinquième heure, ils ont longtemps prôné son sevrage à défaut d’un divorce avec une classe politique représentée par des dinosaures. Mais le Gladiateur a fait mieux que le sevrage ou un divorce à haut risque.

Comme un berger expérimenté, il a usé d’une calebasse bruyante pour les apprivoiser avant de les entrainer habilement dans un enclos et de les y verrouiller à double tour. Contre les jeunes ayant échappé au piège et les briscards toujours méfiants face à ce type d’appel, il a usé de la force publique pour les mettre hors d’état de … s’opposer à sa volonté. Aujourd’hui, la coalition arc-en-ciel qui l’a mené au pouvoir a bel et bien viré au marron, le laissant comme seul commandant et responsable du navire.

Les scores engrangés lors de sa tentative de révision,  préférée à la réforme des institutions proposée par les Assises Nationales puis la CNRI, prouvent qu’il ne dispose pas de majorité numérique indispensable pour continuer l’aventure à la tète du royaume. Et s’il n’est pas majoritaire, c’est qu’il est alors minoritaire logiquement parlant. Il n’est cependant pas minoritaire par rapport à un parti politique ou à une coalition de partis, mais parce que la majorité des Goorgorlus n’adhère pas à son offre réelle et sa pratique politique.  Les élections législatives prennent dans ces conditions,  des dimensions d’un combat pour sa survie.

Goorgorlu s’attendait à une opposition patriotique instruite de la réalité profonde de Ndoumbélaan pour proposer un programme alternatif. Mais c’était sans compter avec la diversité de ce corps de tirailleurs, la subtilité de son propos et l’instabilité de ses humeurs.  Non seulement elle ne s’est pas engouffrée dans la brèche, mais sa tentative avortée de faire bloc,  s’est heurtée aux appétits de pouvoir des uns et des autres, et à l’appétit tout court de la nouvelle vague surgie à ses flancs, aux objectifs plus alimentaires que politiques. Ceux qui regrettent l’émiettement de l’opposition sont donc malheureusement loin, très loin de la logique qui met en mouvement ses différentes composantes.

Si les élections législatives de Ndoumbélaan pouvaient être comparées à un championnat, la présidentielle en serait assurément la ligue des champions. C’est pourquoi, l’objectif des ténors n’est pas de les gagner mais plutôt de figurer au moins à une bonne place synonyme de qualification à la prochaine présidentielle. Bien sûr, rien n’interdit encore la présence de cinquante candidats à ces joutes, mais les candidats crédibles seront forcément ceux du quarté venant issus des législatives.

Voter n’est donc pas un « devoir citoyen pour élire ses représentants à la fameuse chambre » où les nouveaux élus continueront d’applaudir ou de se crêper les chignons quel que soit par ailleurs l’ordre d’arrivée. Et ce n’est pas toujours la qualité du député qui est en cause, mais bien celle de nos institutions qui ne lui donnent pas d’autres choix que d’applaudir ou de déverser sa bile. Voter dans ces conditions c’est simplement apporter son soutien à un candidat pour lui garantir une survie politique.

Condamné pour hauts faits de vol de deniers publics et interdit de circulation du territoire pour une durée déterminée par un protocole nocturne dont il est le cosignataire, le rejeton de l’Empereur reste malgré tout, le candidat déclaré du parti hérité de son père. En concurrence avant tout, avec les candidats sur le territoire national (en prison ou en liberté conditionnelle), son exil serait une des raisons de la présence de l’Empereur déchu dans l’arène malgré son âge très avancé. En plus de la haine (justifiée ou non) qu’il voue au Gladiateur, le baroud d’honneur de l’Empereur déchu s’inscrit dans la logique de qualification de son rejeton, sa volonté de lui assurer une bonne place dans la grille de départ. D’ailleurs, en l’absence de sondages crédibles, les foules qu’il draine sur son passage laissent penser qu’une pool-position au grand prix de Ndoumbélaan 2019 ne serait pas une surprise.

Malgré les discours virulents, ponctués de scènes d’intifadas tropicales, aucune coalition ne s’est engagée à améliorer nos institutions, à se prononcer sur la CNRI.

Les résultats de ces élections n’affecteront donc en rien les fondamentaux de Ndoumbélaan et le sort de Goorgorlu restera inchangé. Bien sûr, une éventuelle victoire de l’opposition telle qu’elle est structurée constituerait très certainement une gêne pour le Gladiateur en tant que personne. Mais elle ne remettrait pas en cause la façon de gouverner du Président de la République parce qu’elle ne s’est pas engagée à réformer les institutions. Gagner ces élections à 90 % pour cette opposition là, ne représenterait tout au plus qu’à partager un billet de 10 000 francs en autant de morceaux en laissant 1000 francs aux partisans du Gladiateur. Faites votre choix !

Principal vivier social du Gladiateur d’où il tire l’essentiel de ses nouveaux adhérents appelés transhumants, l’opposition passe désormais pour une armée de réservistes prêts à endosser l’uniforme en tout temps et en tout lieu, ou à tendre la gamelle ….  Pour un peu plus de riz.

Son discours non programmatique est inconstant, de plus en plus crypto-personnel et donc chargé. Suffisant pour mettre à l’aise le Gladiateur au dessus de la mêlée, laissant de seconds couteaux entretenir cette querelle de clochers.

Confiant sans être serein, il se prépare à danser un wango historique, même si l’ombre de plus en plus probable d’une « défaite humiliante » (sic), plane sur la tête de ses candidats dans la capitale. En attendant, ses partisans sillonnent le royaume et dilapident des milliards (encore mal acquis ?), trichent en se payant au nez et à la barbe de la CNRA des publi-reportages à la télé  tout en menaçant de mettre en prison d’inoffensifs candidats au BFEM … déjà malheureusement sur leurs traces.

Les chroniques de Bandia, Juillet 2017