LIBÉREZ L’OTAGE KHALIFA SALL !!!

La levée de l’immunité parlementaire du député Khalifa Sall va symboliser une étape décisive dans le démantèlement méthodique de nos Institutions, auquel s’est attelée la Coalition Benno Bokk Yakaar, avec à sa tête, le président de l’APR.

Il est vrai que l’emprisonnement d’adversaires politiques est bien ancré dans les mœurs au Sénégal. Combien de nuits Me Abdoulaye Wade a-t-il dû passer à « l’hôtel zéro étoile » de Rebeuss, avant d’accéder à la magistrature suprême, le 19 mars 2000 ?

Lui-même élu Président, a eu à faire incarcérer Mr Idrissa Seck, alors considéré comme favori à l’élection présidentielle de 2007, coupable à ses yeux de divers délits (détournement de fonds dans les chantiers dans la ville de Thiès, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l’État)

Les dissensions nées du partage du butin finiront par être aplanies par le protocole de Rebeuss, présentant la double caractéristique d’être tout à la fois célèbre et secret.

Ensuite, en 2009, le régime libéral tentera, sans succès, de faire arrêter pour blanchiment d’argent Mr Macky Sall qu’il percevait déjà comme une menace pour sa stratégie de dévolution monarchique du pouvoir.

La nouveauté, s’agissant du maire de Dakar, Khalifa Sall, c’est l’absence de négociations susceptibles d’aboutir à un nouveau protocole nébuleux, la faiblesse de la résistance, voire la complicité de certains partis politiques et organisations de la société civile à cette forfaiture, avec en toile de fond, la volonté de plus en plus affirmée d’empêcher la participation d’un adversaire politique aux prochaines élections présidentielles.

Le hold-up électoral observé lors des dernières législatives du 30 juillet dernier, point d’orgue d’une déliquescence avancée du processus électoral, est révélateur de l’installation progressive d’un vide institutionnel lourd de dangers pour la survie de la Nation et de la République.

En effet, le jeu de yoyo autour de l’immunité parlementaire arbitrairement refusée au nouveau député Khalifa Sall a fini de mettre à nu les gros mensonges sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs, auxquels ne font semblant de croire que les thuriféraires du pouvoir actuel et de tous ceux qui l’ont précédé.

Accordons-nous avec l’ancien député Babacar Gaye, citant la Commission d’évaluation des Privilèges et Immunités du Parlement européen qui estime que « l’immunité parlementaire n’est pas un privilège au bénéfice personnel du membre du Parlement, mais plutôt une garantie d’indépendance du Parlement et de ses membres vis-à-vis des autres pouvoirs » !

De fait, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution, l’Assemblée Nationale a la possibilité de demander la levée de la détention provisoire du député-maire Khalifa Sall.

 Mais hélas ! Les honorables députés, surtout ceux de la majorité, redevables de leur mandat – non pas au peuple souverain – mais au Président de la République, font la sourde oreille, semblent courber l’échine et perdre le peu d’honneur, dont ils étaient encore crédités par l’opinion.

Sinon, comment comprendre, que la séance inaugurale de la treizième législature ait pu se tenir le 14 septembre dernier, sans que soit réglée la question préjudicielle de l’immunité parlementaire nouvellement acquise par le député Khalifa Sall, depuis la proclamation, un mois plus tôt, des résultats des législatives par le Conseil constitutionnel ?

Dans le même ordre d’idées, il est incompréhensible que le Procureur écrive au Président de l’Assemblée Nationale pour la levée de l’immunité parlementaire du maire de Dakar, alors qu’une fin de non-recevoir avait été opposée aux nombreux recours de ses avocats sur cette question.

L’exil forcé de Karim Wade et la prise en otage du maire Khalifa Sall ne suffisent pas à garantir à l’actuel président sa réélection lors des présidentielles de 2019. Mais même dans ce cas, notre pays pourrait être confronté à une crise politique majeure comme ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, qui a connu une décennie d’instabilité sous Laurent Gbagbo élu lors d’élections, dont certains candidats comme Ouattara avaient été arbitrairement écartés.

C’est pourquoi, il est plus que temps pour les forces vives de la Nation d’exiger la libération de l’otage Khalifa Sall et le retour aux vieilles traditions démocratiques, qui jusque-là, ont valu à notre pays, son excellente réputation de modèle démocratique en Afrique et dans le monde entier.

 

NIOXOR TINE

 

L’AFFAIRE AÏCHA DIALLO OU L’ÉCHEC DE LA RÉFORME HOSPITALIÈRE ?

L’affaire dite Aïcha Diallo, quasi-inaugurale du magistère de Mr Abdoulaye Diouf Sarr peut également être considérée comme un héritage contrariant de la gestion de son prédécesseur. Il s’agit, dans tous les cas, d’une de ces dramatiques histoires, qui surviennent quasi-quotidiennement dans nos structures de soins.

Si on devait faire une rapide évaluation de cette sombre affaire dont a été victime l’infortunée gamine de 12 ans, on est bien obligé de reconnaître qu’elle n’aura, en rien, fait progresser la réflexion sur notre système sanitaire, qui se trouve dans une crise profonde.

OUI À LA REDEVABILITÉ… MAIS POUR TOUS !

Il s’est plutôt agi pour l’Opinion manipulée par une certaine Presse de vouer aux gémonies les professionnels de santé, exercice facile et ayant le don de booster la vente des journaux et l’audimat des supports audiovisuels. Il est seulement regrettable que l’information initiale à l’origine de ce buzz médiatique soit un cas d’école en matière d’entorse à la déontologie journalistique.

Cela dit, il est clair que des scandales de cette nature sont intrinsèquement liés à notre système de santé, tel qu’il fonctionne actuellement avec tous ses déficits (en ressources humaines, matérielles et financières) et son style de management. Sans chercher à blanchir les agents de santé, nous pensons que le mieux à faire serait d’exiger une redevabilité sans faille, de procéder à l’audit technique dans tous les cas où la responsabilité d’un professionnel est évoquée (décès, handicap ou simple plainte des usagers), afin de prendre les décisions appropriées, selon les résultats, au lieu de diaboliser tout un corps de métier. Il serait judicieux, dans tous les cas, de vérifier si tous les moyens matériels et humains nécessaires à l’établissement du diagnostic et à la prise en charge du cas existent au niveau de la structure.

De la même façon que la Police Nationale est mal placée pour éclaircir une bavure policière, il est clair que le Ministère en charge de la Santé ne peut, à lui tout seul, sans l’aide d’experts indépendants, investiguer des problèmes survenus dans ses services. Rappelez-vous de l’affaire du sang contaminé en France, dans les années 80 ! Plusieurs autorités avaient été alors jugées, dont des médecins du centre de transfusion sanguine, le directeur de la santé, des ministres de la santé et même le Premier ministre d’alors. C’est dire que les ministres de la République portent une responsabilité pour tous les actes posés dans leurs services, aussi lointains qu’ils puissent leur apparaître.

Dans le même ordre d’idées, les choix budgétaires de l’Exécutif, les réformes qu’il initie, les failles dans le leadership et le mode de gouvernance politique influent directement sur tous les secteurs de la vie nationale et de manière plus marquée au niveau de la Santé, où il s’agit d’enjeux de vie et de mort !

DOIT-ON ABOLIR LA RÉFORME HOSPITALIÈRE ?

La Réforme hospitalière s’est inspirée des principes du « management participatif », ayant pour ambition de combiner l’exigence du service public incarnée par les administrations avec l’esprit d’entreprise rattaché au secteur privé. Elle a été adoptée par l’Assemblée Nationale le 12 février 1998 sous forme de deux lois complémentaires la première intitulée « loi portant réforme hospitalière », la seconde intitulée « loi relative à la création, à l’organisation et au fonctionnement des établissements publics de santé ».

Il faut rappeler que l’instauration de la réforme hospitalière avait trouvé ses fondements dans la baisse continue de la qualité des soins dans les centres hospitaliers, avec comme corollaire, le développement d’un secteur privé moderne auquel ne peuvent accéder que quelques Sénégalais nantis. Selon la Direction des Etablissements de Santé, le but de la Réforme Hospitalière était d’améliorer les performances des hôpitaux aussi bien sur le plan de la gestion que celui de la qualité des soins.

Près de 20 ans après, force est de reconnaître que le bilan est plus que mitigé. Déjà, en Octobre 2006, une grande concertation nationale sur le système hospitalier, présidée à l’époque par l’actuel Président de la République, alors premier ministre du gouvernement libéral, avait fait le diagnostic sans complaisance des errements de cette Réforme, et proposé des pistes de solution, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elles tardent à être appliquées. Ce n’est que l’an dernier, le 6 avril 2016, que le projet de décret portant statut du personnel des Etablissements publics de Santé a été adopté en Conseil des Ministres.

Par ailleurs beaucoup de reproches sont faits à cette réforme, qui semble mettre l’accent davantage sur le recouvrement de coûts, qui se transforme très souvent en marchandisation des soins de santé aux dépens de l’équité dans l’accès aux soins hospitaliers (seuls 3% des personnes à revenus modestes qui constituent 51% de la population) ont accès à l’hôpital.

Cela est dû, en grande partie, à l’autonomie de gestion, qui a conduit au désengagement progressif de l’Etat ses démembrements que constituent les collectivités locales se traduisant défaut de financement. En effet, ils n’apportent pas aux hôpitaux les dotations budgétaires, l’équipement et les ressources humaines nécessaires à la garantie du service public, ce qui induit une privatisation déguisée comme c’est déjà la règle dans la plupart des hôpitaux.

La première conséquence est la précarisation des statuts des travailleurs, la dé-fonctionnarisation, la pléthore de vacataires. Il s’y greffe le recrutement de personnel non qualifié sur des bases clientélistes (proches parents ou militants du parti au pouvoir mais aussi de leaders syndicaux…), qui induit un accroissement de la masse salariale.

Cela conduit à la réduction de l’accessibilité financière des structures hospitalières, où la qualité des soins, même si elle s’est améliorée, a du mal à se hisser à la hauteur du développement fulgurant des maladies non transmissibles réputées être à « soins coûteux ».

Comment passer sous silence la faramineuse dette hospitalière due à la précarisation du financement du système sanitaire ? Elle est due à plusieurs facteurs :

  • l’inexistence de critères pertinents pour les allocations budgétaires destinées aux établissements publics de santé (300 millions pour l’hôpital de Pikine),
  • les difficultés liées au transfert des fonds de dotation aux collectivités locales, depuis 1996, aggravées par l’Acte 3 de la Décentralisation,
  • la mise en œuvre de politiques de gratuité insuffisamment élaborées (plan sésame…).

QUELLES PISTES DE SOLUTIONS POUR NOS HÔPITAUX ?

Comme nous le voyons donc, les graves dysfonctionnements au sein du système sanitaire en général et plus particulièrement ceux du système hospitalier dépassent de loin la problématique de l’accueil, qui constitue certes un aspect très important de la prise en charge sanitaire mais n’en recouvre pas la totalité.

Sur le plan de la carte sanitaire, on doit corriger le paradoxe qui fait de l’hôpital de Pikine, situé dans le département le plus peuplé de la Région de Dakar (plus du tiers de la population), le seul établissement public de santé de niveau 3 de la banlieue, qui comprend aussi les départements de Guédiawaye et de Rufisque.

Il urge donc de construire d’autres établissements publics de niveau 3 au niveau de la banlieue dakaroise. Il importe, dans ce cadre de préserver le système de santé de district mis à mal par l’érection intempestive et injustifiée de centres de santé de référence des districts de Guédiawaye et de Rufisque en EPS de niveau 1. En effet, la lutte contre les maladies non transmissibles exige, de la part des équipes de districts, la mise en œuvre d’activités préventives et promotionnelles, qui sont d’un rapport coût-efficacité, de loin supérieur à la prise en charge des complications métaboliques, dégénératives et cardiovasculaires liées à ces affections.

Par ailleurs, la tarification hospitalière doit tenir compte du pouvoir d’achat des populations environnantes. Le Conseil d’Administration et l’autorité de tutelle doivent veiller à la soutenabilité de la masse salariale et au respect du Code des Marchés, ce qui suppose que politiciens, syndicalistes, personnalités qualifiées et représentants des usagers se préoccupent davantage de l’intérêt général que de leurs petites combines juteuses.

La couverture maladie universelle, tant glorifiée ne saurait se limiter au traitement, au niveau des postes et centres de santé, d’affections banales, dont la prise en charge est la moins coûteuse mais devrait aussi de plus en plus s’étendre à ces affections réputées coûteuses, entraînant des dépenses catastrophiques ou appauvrissantes.

Sans une politique hardie de gestion des ressources humaines, notre système sanitaire ne pourra pas faire face aux nouveaux défis de la transition épidémiologique vers les maladies non transmissibles. L’Etat sénégalais si prompt à s’endetter pour bâtir des infrastructures de prestige (aéroport AIBD, CICAD de Diamniadio, autoroute Illa Touba…) rechigne à former et à recruter des ressources humaines suffisantes pour le système sanitaire. Nos hôpitaux manquent cruellement de spécialistes alors que ce sont les professeurs de nos Universités qui forment les spécialistes de plusieurs pays africains et du Maghreb, où ils se voient parfois contraints de transférer leurs malades dans le cadre du tourisme médical. Et tout cela parce que les plateaux techniques de nos structures hospitalières sont obsolètes. Il faudra donc les relever en les couplant avec une maintenance hospitalière adéquate.

Il est clair que le budget de la Santé doit être revu à la hausse et tendre vers les 15% recommandés par la conférence d’Abuja. Mais au-delà des milliards supplémentaires, ce dont notre système sanitaire a besoin, c’est d’une utilisation plus efficiente et d’une répartition plus équitable des ressources financières, parfois distraites par des maffias inamovibles.

L’exemple du système de santé cubain nous prouve qu’un pays du Tiers-Monde aux ressources limitées, peut, avec une bonne organisation, un bon leadership et une gouvernance appropriée atteindre des indicateurs sanitaires équivalents sinon meilleurs que ceux des pays dits développés.

 

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin de santé publique

 

LA COSAS ORGANISE UN PANEL SUR L’ÉVALUATION D’IMPACT

La Coalition Nationale pour la Santé et l’Action Sociale (COSAS), organise un panel sur la place de l’évaluation d’impact dans le système sanitaire sénégalais.
Cette rencontre est prévue le samedi 28 octobre 2017 à partir de 9h 30 au Centre ouest-africain de recherches (CROA/WARC), sis à Fann-Résidence et a pour objectif de contribuer à la réflexion sur le développement du système d’évaluation d’impact des programmes et projets de santé (cf. termes de référence en annexe).
TERMES DE RÉFÉRENCE

La Coalition Nationale pour la Santé et l’Action Sociale est une association (COSAS) à but non lucratif. Elle a pour objet de promouvoir une équité dans la santé basée sur une vision holistique et une approche sociale.
Elle s’est fixée comme objectifs spécifiques entre autres de :
• Contribuer au développement et à l’évaluation de la politique de santé, des initiatives, des programmes et des projets qui en découlent
• Promouvoir l’équité de tous les citoyens face au système de santé,
• Jouer un rôle de veille et d’alerte sur la gouvernance sanitaire,
• Engager et mener des réflexions, des études et des échanges sur les questions de santé.
Pour le court terme, la coalition a élaboré un plan d’action 2017 – 2018 comprenant plusieurs actions dont l’organisation des après-midis de la COSAS et des ateliers de réflexion trimestriels sur divers thèmes, dont les résultats feront l’objet de publications.
Depuis plusieurs années des sommes importantes sont investies dans nos différents programmes et projets en matière de santé. Cependant, il existe très peu de preuves scientifiques pour attribuer les résultats aux différentes interventions. Seul un nombre infime de nos programmes ont intégré l’évaluation d’impact qui est un outil pour la gestion axée sur les résultats. Elle constitue un outil de recherche et de développement puissant pour identifier les options des programmes les plus efficaces à pérenniser.
Dans le but de contribuer à la réflexion sur le développement du système d’évaluation d’impact des programmes et projets de santé, la COSAS a prévu l’organisation d’un panel.
L’évènement se déroulera selon les étapes suivantes :
1- Présentation introductive sur l’évaluation d’impact par le Chargé de Commission « Politique et Gouvernance Socio sanitaire »
2- Contribution de spécialistes des Universités Cheikh Anta Diop et Amadou Hampaté Ba de Dakar sur les enjeux et défis de l’évaluation d’impact dans notre pays.
3- Partage d’expérience des programmes sur l’évaluation d’impact
4- Discussion et contribution des participants.

ZIZANIE À BENNO ?

Après la prétendue victoire électorale de la méga-coalition gouvernementale aux dernières élections législatives, alors qu’on s’attendait à des scènes d’étreintes mutuelles et fraternelles au sein de Benno Bokk Yakaar, on assiste plutôt à des polémiques insolites entre le parti présidentiel et deux de ses plus grands alliés, à savoir la LD et le PS.

Victimes inconscientes – mais pas tout à fait innocentes – de leurs mauvaises fréquentations, en l’occurence le parti APR, les militants de la LD font les frais de ce que Mamadou Ndoye lui-même qualifie « d’idéologie alimentaire, qui serait en train de dévorer la classe politique ». Il s’avère, en effet, très laborieux, pour un parti se réclamant de la gauche, de préserver la pureté de sa ligne politique originelle, quand certains de ses dirigeants festoient avec des « fauves » prédateurs.

Par ailleurs, certains militants socialistes, après avoir mis beaucoup de zèle à soutenir leurs alliés de l’APR dans leurs vaines contorsions pour étouffer les ambitions présidentielles du Maire de Dakar, estiment n’avoir pas été suffisamment payés en retour et commencent à changer de discours et à faire dans la défiance. Viennent-ils de réaliser subitement que la liquidation politique programmée de leurs camarades dissidents risquait de s’étendre à la totalité de leur formation politique, encore perçue, avec le PDS, comme une des alternatives possibles à l’actuel régime ?

Toujours est-il que le désir effréné du PR d’obtenir un second mandat risque d’être entravé par la boulimie des faucons de son parti, soucieux, avant tout, de renforcer leur jeune Parti au détriment de la grande Coalition de dinosaures. À titre d’exemple, 75% des députés (97/127) de Benno Bokk Yakaar élus lors des dernières élections législatives appartiennent à l’APR. Avec 2 députés de plus, le parti présidentiel obtiendrait une majorité qualifiée, lui permettant, le cas échéant, de procéder à des réformes constitutionnelles, déconsolidantes, comme de coutume.

À ces tensions au sein de l’alliance gouvernementale, accentuées par les désillusions et frustrations consécutives au dernier remaniement ministériel, vient s’ajouter l’hostilité de l’Opposition qui, subodorant un piège, oppose une fin de non-recevoir au dialogue politique proposé par le Président.

En fin de compte, le régime apériste apparaît plus isolé que jamais, malgré sa confortable majorité parlementaire.

Refusant de faire des concessions significatives face aux exigences de la classe politique à propos du code électoral et des libertés publiques, le président de la République apparaît plus vulnérable que jamais aux chantages des lobbies et de son propre clan. C’est ce qui explique les nominations de complaisance, dont les unes puent le népotisme à plein nez, pendant que les autres conduisent à une hypertrophie de l’appareil étatique, avec toutes les conséquences sur le renchérissement du train de vie de l’État.

C’est dans ce contexte délétère, que le pouvoir et ses affidés s’emploient à décrédibiliser les Institutions et les formations politiques (du pouvoir comme de l’Opposition) pour faire croire à l’opinion que le président actuel reste le seul recours possible.

Dans le même temps, on assiste à la radicalisation de larges couches de la société sénégalaise, qui ne rêvent que d’en découdre avec ce régime de plus en plus autoritaire, qui nous projette dans un futur enchanteur au lieu de nous délivrer de nos angoisses quotidiennes. Nous citerons, à titre d’illustration, l’accaparement des terres à Dodel, les barèmes ridicules d’indemnisation aux personnes affectées par le projet (PAP) du Train express régional (TER), l’implantation tous azimuts de la multinationale Auchan qui tue le petit commerce, le diktat des autorités turques qui s’immiscent dans l’éducation de nos enfants (Yavuz Selim) … etc.

Dans tous ces cas, il s’agit d’un parti-pris flagrant au profit d’intérêts étrangers, qui vient s’ajouter aux autres tares si admirablement diagnostiquées par des patriotes tels que les chroniqueurs autour de Mody Niang et le commissaire Sadio. Elles ont pour noms la prise en otage des Institutions de la République, l’injustice sociale, l’effondrement des valeurs morales et sociétales et d’innombrables scandales politiques, économiques et financiers.

Tout cela préfigure d’une imminente explosion sociale, que les forces de progrès se doivent d’anticiper et d’encadrer, pour éviter qu’elle ne soit dévoyée par des forces obscurantistes et afin de la transformer en révolution nationale, démocratique et sociale pour le plus grand bonheur du peuple sénégalais.

NIOXOR TINE

MÉDECINE TRADITIONNELLE : QUELLES PERSPECTIVES AU SÉNÉGAL ?

La médecine traditionnelle constitue pour l’écrasante majorité de nos populations l’offre de premier recours en matière de soins. Or, elle fait encore l’objet de stigmatisation de la part des élites dirigeantes, depuis son interdiction par la loi n° 66-069 du 4 juillet 1966 relative à l’exercice de la médecine et à l’Ordre des médecins.

LENTEURS DE MISE EN PLACE D’UN CADRE RÉGLEMENTAIRE POUR LA MÉDECINE TRADITIONNELLE

Depuis près d’un quart de siècle, c’est à dire, depuis le Conseil interministériel du 13 octobre 1993, qui a consacré la mise en place d’un comité chargé de poser les bases d’une réglementation en la matière, la genèse d’un texte de loi aura été plus que laborieuse, entre départs à la retraite de fonctionnaires ministériels, retouches sur l’organigramme, instabilité institutionnelle, voire alternances politiques. Ce n’est que le 31 mai 2017, que le projet de loi relatif à l’exercice de la médecine traditionnelle au Sénégal sera finalement adopté en Conseil des Ministres, avant-dernière étape avant le vote à l’Assemblée Nationale, sur le point d’être renouvelée.

Ces retards dans la promotion et la valorisation de la médecine traditionnelle ont fait de notre pays le dernier de la classe dans la sous-région pour ce qui est de la mise en place d’un cadre légal d’’exercice de la médecine traditionnelle.

Comble de malchance, le déficit de concertation invoqué par les praticiens de la médecine conventionnelle a généré des incompréhensions. Il est vrai que la majorité d’entre eux sont encore adeptes d’approches individualisées et curatives dans des contextes urbains et de médecine libérale. C’est ce qui a conduit les Ordres professionnels du Secteur de la Santé à exiger le retrait pur et simple de ce projet de loi, car il constituerait un danger pour la santé des populations.

QUE REPROCHE-T-ON À LA MÉDECINE TRADITIONNELLE ?

Les principaux griefs faits à la médecine traditionnelle par les praticiens de la médecine conventionnelle sont l’approche méthodologique privilégiant les symptômes au détriment de la cause et les traitements empiriques sans identification claire du principe actif, ni définition précise de la posologie.

Il en résulte fréquemment des effets secondaires, dont les mécanismes restent obscurs et dont on ne sait s’ils sont liés au principe actif, aux excipients ou à la dose. Dans ce cadre, l’exemple le plus souvent évoqué est la prise en charge de l’ictère, qui donne parfois lieu à des hépatites fulminantes, sans qu’il soit toujours possible de déterminer s’il s’agit d’une conséquence de l’absorption de médicaments traditionnels toxiques. Il s’avère, en effet, très difficile d’établir une imputabilité indiscutable entre le produit absorbé et l’événement indésirable observé, d’autant que le laboratoire du Centre Anti-Poison n’arrive pas toujours à faire la part des choses entre les fréquentes hépatites infectieuses (B & C), le paludisme grave et l’hépatotoxicité de médicaments d’usage courant (paracétamol).

L’autre difficulté tient au cloisonnement entre les deux médecines moderne et traditionnelle. Il y a d’abord que la grande majorité des patients dénient aux prestataires de la médecine conventionnelle le droit de prescrire des plantes médicinales. Ensuite, la collaboration entre techniciens de santé et tradithérapeutes à travers les districts sanitaires, reste encore en deçà des  attentes du Ministère en charge de la santé, précisément parce que la médecine traditionnelle reste encore « trop informelle ».

Une autre contrainte observée est l’inondation du marché des plantes médicinales par des produits asiatiques (arabes, indiens et surtout chinois), dont le maniement pose problème aussi bien aux prestataires qu’aux usagers.

On ne peut occulter la tendance à la folklorisation de la médecine traditionnelle telle qu’on peut l’observer durant les éditions annuelles de la FIDAK, au cours desquelles, l’accent est davantage mis sur les produits à forte connotation sexuelle (éjaculation précoce, impuissance…).

Enfin, on ne peut que déplorer le caractère mercantiliste conféré à la pratique de la médecine traditionnelle par certains charlatans, qui considèrent leurs prestations comme un bien marchand, dont ils font le marketing par le biais de publicités –le plus souvent mensongères -, dans la presse audiovisuelle et écrite, rabaissant ainsi la noble pratique médicale au rang de simple activité commerciale ou d’escroquerie pure et simple.

DES INITIATIVES CONCRÈTES EN FAVEUR DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE

Malgré tous ces points noirs, les réticences des autorités officielles de la médecine et les blocages des lobbies pharmaceutiques internationaux, on a tout de même pu assister au développement, depuis plusieurs décennies, d’une dynamique crédible tendant à rationaliser la pratique de la MT.

Il s’agit, d’abord, de l’hôpital traditionnel de Keur Massar, fondé par le Dr Yvette Parès, Docteur ès Biologie, Docteur en Médecine, Chercheur au CNRS, et enseignante à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar de 1960 à 1992, qui a su gagner la confiance de praticiens africains de la MT. Il y a également le Centre expérimental des médecines traditionnelles (CEMETRA) de Fatick communément appelé centre Malango, qui abrite la traditionnelle cérémonie divinatoire du Xoy animée par les Saltigués. Ce centre, de réputation internationale, compte établir, à travers PROMETRA International, une coopération fructueuse avec la Fondation Andrew Young et l’école de médecine de Morehouse. On peut aussi citer l’abbaye de Keur Moussa et le centre Madesahel de Mbour avec leur jardin de plantes médicinales.

Ces efforts réels de plus en plus reconnus par la communauté scientifique mondiale, se trouvent renforcés par l’enseignement d’un curriculum sur la MT élaboré par l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) et destinés aux étudiants des facultés et des écoles de santé. Au Sénégal, ce curriculum sur la MT est délivré dès la troisième année en pharmacie.

LA LOI PEUT PERMETTRE D’ASSAINIR LA PRATIQUE DE LA MÉDECINE TRADITIONNELLE

L’examen, par la nouvelle Assemblée, qui vient d’être élue, du projet de loi sur la médecine traditionnelle jettera les bases pour un assainissement de ce secteur. Il importe, pour cela, d’identifier les professions incluses dans le champ de la médecine traditionnelle, de définir les droits et devoirs des tradithérapeutes et de réprimer, sans faiblesse coupable, tous les charlatans et autres imposteurs.

La loi ne pourra cependant s’exercer pleinement que si les professionnels de la Santé et de l’Action sociale s’approprient des normes et principes en cours dans la médecine traditionnelle et qui trouvent leur origine dans nos réalités socio-anthropologiques et culturelles. À cet égard, il ne s’agira pas de mépriser la part de mysticisme présente dans la démarche des guérisseurs traditionnels et que certains d’entre eux refusent de considérer comme de l’obscurantisme, mais qu’ils mettent plutôt sur le compte de la physique quantique et des interactions entre le matériel et l’immatériel.

Il s’agit, en réalité de changer de paradigme, de prendre du recul par rapport aux grandes firmes pharmaceutiques internationales, caractérisées par leur cupidité sans bornes, avec leurs scandales récurrents (Mediator, Distilbène, Vioxx, Diane 35…), responsables de survenue d’innombrables décès, de cancers, d’affections cardiovasculaires, d’attaques cérébrales…

C’est pourquoi, il est de la plus haute importance, que la Cellule de la Médecine Traditionnelle du Ministère en charge de la Santé, en collaboration avec la Fédération Sénégalaise des Praticiens de la Médecine Traditionnelle (FSPMT) s’évertue à établir le consensus entre toutes les parties prenantes, y compris l’Inter-Ordre des professionnels de la Santé.

NIOXOR TINE

POUR L’EXTINCTION DES «DINOSAURES» MEDICO-SANITAIRES !

POUR UNE ÉMERGENCE DU SYSTÈME DE SANTÉ SÉNÉGALAIS OU L’EXTINCTION DES « DINOSAURES » MÉDICO-SANITAIRES

Le Pr Awa Marie Coll Seck fut sans nul doute l’un des meilleurs ministres de la santé de notre histoire. Elle a cependant eu le plus mauvais entourage de tous les ministres de tous les départements confondus. Ses collaborateurs, les plus proches se targuaient d’être les dinosaures du système. A ce propos je ne comprends toujours pas notre propension à nous identifier à des animaux. Mon ancien et vieux professeur de développement de soi et leadership transformationnel me faisait toujours sourire quand il nous demandait de décrire l’animal qui était en nous. A-t-on vraiment besoin d’être lion, aigle ou éléphant pour faire jaillir les vertus et qualités qui sommeillent en nous ? Assurément non !

Nos dinosaures éclairés se sont employés pendant plusieurs années à une déstabilisation profonde, un démembrement cynique et une déstructuration délibérée d’un système de santé qui faisait la fierté de milliers de travailleurs et constituait un bel exemple de réussite post-indépendance. Tous les piliers du système ont été infectés. J’emploie ici, à dessein, la métaphore pathologique pour décrire l’ampleur des dégâts constatés dans la quasi-totalité des sous-systèmes.

 Les infrastructures, elles demeurent un pilier fondamental et englobent entre autres les établissements de santé. La direction qui l’incarne peine encore à atteindre son autonomie car comment comprendre qu’elle puisse doter d’ambulances médicalisées citadines à des postes de santé ruraux qui ont besoin de véhicules adaptés à des terrains hostiles pour assurer une référence correcte. Comment comprendre la dotation d’ambulances médicalisées à des postes de santé où l’infirmier chef de poste ne maitrise pas encore la manipulation d’un défibrillateur et qu’on soit obligé de les retirer de ces ambulances ? Pour quel usage ? Comment comprendre que cette entité ne puisse pas encore intervenir de manière inclusive dans les différentes étapes de la gestion de la logistique du Programme Elargi de Vaccination par exemple ?

Les ressources humaines, elles, demeurent sans nul doute la matière première par excellence du système. Je parle de ces médecins, infirmiers, sages-femmes et autres agents de santé en position avancée, barrant la route aux affections de toutes sortes (rougeole, tuberculose, paludisme, VIH). Je parle de ces braves agents qui prennent en charge les populations de Dakhaba Mandingue, de Dawady, de Ndiéyene Sirakh, de Kongoly, de Mbadakhoune ; ces agents dont personne ne veut prendre la place pour comprendre leurs priorités et prendre leurs avis ; ces agents au salaire dérisoire, ces non recrutés.

Le développement socio-économique du Sénégal passe par une prise en charge correcte des travailleurs de la santé et de l’action sociale car c’est eux, qui, en définitive entretiennent le capital le plus important qui soit : la santé.

Parlons des « produits et technologies médicaux essentiels » !

Je fustigeais dans un précédent article la tendance des responsables de structures à incriminer le code des marchés pour justifier les ruptures récurrentes de produits pharmaceutiques et consommables. Je reste convaincu qu’une planification rigoureuse à tous les niveaux nous éloignerait des difficultés d’approvisionnement. On ne peut pas se permettre de dormir sur nos lauriers alors que les enfants continuent à être décimés par les diarrhées faute de SRO/Zinc, les malades tuberculeux à contaminer parce qu’il n’y a plus de rifampicine, les femmes enceintes être à la merci du paludisme parce que la sulfadoxine pyriméthamine reste introuvable. Une autorité qui se respecte ne se pardonnerait pas de manquer à une obligation fondamentale de sa mission celle de mettre à la disposition des populations les produits qu’elle doit leur délivrer de façon continue. Autrement cette autorité servirait à quoi ?

Le système d’information sanitaire, il n’a pas échappé et c’est de bonne guerre à la tyrannie du quantitatif et à une parcellisation à outrance des producteurs d’information. L’information n’est la propriété exclusive d’aucune direction ni d’aucune autorité. « Les informations qui ne sont pas reliées par un tout, supportées par une vision sous-jacente qui leur donne sens, morcellent nos connaissances et les détruisent ». Les différents programmes se sont pendant trop longtemps trop affranchis de la logique d’animation du système allant des fois jusqu’à s’ériger en entité autarcique foulant ainsi au pied les logiques élémentaires de rationalité principielle.

 Enfin, le financement du système de santé a souffert du manque de leadership qui fait que jusqu’à aujourd’hui moins de 15% du budget national est encore consacré à la santé. Par ailleurs, le dispositif de financement devrait être sécurisé, pérennisé et supporté.

Enfin, le système devrait se séparer de ce type d’autorité qui, pendant plusieurs décennies a fait de l’amélioration de l’environnement de soin son cheval de bataille sans avoir amélioré lui-même son environnement caractérisé par un laxisme et un népotisme indicibles.

Une autorité qui continue à parler d’environnement de soin alors qu’à Kaolack près de 2 enfants mouraient tous les jours en 2015.

Une reprise en main du système de santé s’impose aujourd’hui, le chantier du nouveau ministre de la santé et de l’action sociale sera d’abord l’assainissement humain de son entourage immédiat ; un démantèlement et un anéantissement méthodique et rigoureux de l’establishment médico-socio-sanitaire. Ces oligarques qui ont obligé plusieurs compétences à la démission et qui ont entrainé la prolifération des ministères de la santé bis devront rendre le tablier ou être obligés à le rendre.

Latsouk Gnilane Diouf

Economiste de la santé

SÉNÉGAL: UN GOUVERNEMENT DE COMBAT OU DE DIALOGUE ?

Le sens véritable de la démission du gouvernement de la République à l’issue d’élections législatives – parfois même municipales – ne se limite pas à son seul caractère de rituel républicain. C’est surtout l’occasion de tirer les leçons des résultats du scrutin, qu’on se devrait d’analyser sous toutes les coutures. Dans cet exercice capital pour un homme politique désireux d’améliorer ses performances électorales, il s’agit de se faire une idée précise de l’état de l’opinion, compte non tenu des facteurs de confusion que peuvent constituer les fraudes ou manipulations électorales. Dans le cas d’espèce, à savoir, les dernières élections législatives, il est évident que les franges jeunes et/ou citadines ont été discriminées, au profit des couches rurales et/ou plus âgées, plus faciles à manipuler ou plus lentes à s’engager dans la remise en cause de l’ordre établi.

UNE ANCIENNE ÉQUIPE NE PEUT CONDUIRE UNE POLITIQUE NOVATRICE

Toujours est-il que la lecture de la liste des membres du gouvernement a été précédée d’un long argumentaire du Premier ministre Dionne, aux allures de discours anticipé de politique générale, pour convaincre l’opinion et surtout la Jeunesse, que des efforts inédits seront faits en matière d’emploi, de promotion de la femme, de gestion transparente du pétrole et du gaz…

Or, pour conduire cette politique novatrice en moins de 18 mois, le président de la République et son Premier ministre nous proposent une équipe, qui ne nous fait plus rêver.

Nous avons certes, parmi eux, de grandes personnalités, mais le plus déterminant, dans le cas d’espèce, c’est l’offre politique définie par le premier magistrat de la Nation, qu’ils ont conduite pendant cinq longues années et qui au finish, s’est traduite par une perte de quinze points par rapport au score obtenu par Benno Bokk Yakaar, au soir du 25 mars 2012 (de 65% à 49,5%). II est vrai qu’ils ont fait montre d’autres « qualités » en matière d’inscription massive et frauduleuse de leurs militants, de transfert d’électeurs, d’intimidation de paysans craintifs et/ou de corruption électorale qui, aux yeux des pontes de la Coalition gouvernementale, semblent importer plus que toutes autres aptitudes pour conduire leurs Partis vers la victoire électorale plutôt que notre Patrie commune vers une Émergence hypothétique.

UNE BASE SOCIALE EN CONTINUELLE ÉROSION

Les experts et analystes politiques de notre pays – de quelque bord qu’ils puissent être – sont unanimes à reconnaître que la configuration du nouveau gouvernement aura très peu de chances de faire obtenir la majorité absolue à la Coalition Benno Bokk Yakaar, au soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

D’ailleurs, les lenteurs constatées dans le remaniement ministériel et l’installation assemblée nationale sont révélatrices de difficultés croissantes du pouvoir apériste sinon à gouverner, tout au moins, à rénover son offre politique, alors que des indices concluants montrent une baisse graduelle de la côte de popularité du PR, dont la Coalition vient de perdre le suffrage populaire lors de ces élections législatives.

Et cela, pour la raison très simple, que la base sociale du pouvoir, loin de s’élargir, s’est au contraire rétrécie. Malgré les rumeurs sans fondement, distillées à dessein, faisant état du ralliement de certaines personnalités de l’Opposition, on note une incapacité à étoffer la base sociale du régime, à trouver des hommes politiques nouveaux, en dehors de la « Constellation du Yakaar déçu » doublée de la mise au placard de personnalités politiques de grande envergure sous prétexte qu’elles ne disposent pas de base politique consistante.

Au final, on a la désagréable impression que ce sont des lobbies ou groupes de pression parfois claniques voire familiaux, qui ont joué un rôle décisif dans la composition du Gouvernement de la République.

DES SIGNAUX PEU PROPICES AU DIALOGUE

Les gesticulations du pouvoir apériste relèvent du pathétique. Faisant fi de notre héritage politique national et des acquis universels en matière de sciences politiques, les dinosaures de la Coalition au pouvoir, au lieu de s’atteler à la résolution de la crise politique qui couve, font dans la fuite en avant. Ils appellent au dialogue politique tout en posant des signaux négatifs allant dans le sens de crisper davantage le jeu politique.

Au lieu de confier la gestion des élections à une personnalité consensuelle acceptée par l’ensemble de la classe politique, le Président de la République, tout en maintenant le processus électoral parmi les prérogatives du Ministère de l’Intérieur, y nomme un autre responsable politique de son parti à la place du son controversé prédécesseur.

Alors que les conflits répétitifs au niveau du Secteur de la Justice laissaient penser qu’on allait prendre des mesures d’apaisement, on y nomme un professeur de droit convaincu de la nécessaire soumission des Juges à l’Exécutif et qui s’est illustré, ces dernières années, comme le plus grand pourfendeur des réformes institutionnelles proposées par la Commission Nationale de Réforme des Institutions et allant dans le sens d’un équilibre des différents pouvoirs.

Par ailleurs, la décrispation de l’atmosphère politique est loin d’être à l’ordre du jour. Refusant au maire Khalifa Sall le bénéfice de son immunité parlementaire, depuis que le Conseil Constitutionnel a validé les résultats des élections législatives, le pouvoir du Président Macky Sall, continue de restreindre les libertés démocratiques. Nous n’en voulons pour preuve que la levée de boucliers des organisations des droits de l’Homme devant les multiples arrestations pour délits d’opinion, le refus persistant d’autoriser les marches et l’expulsion inexplicable et arbitraire d’un activiste panafricaniste.

A mesure qu’approchent les élections présidentielles de 2019, se pose la nécessité d’apaiser le jeu politique. La méga-coalition Benno Bokk Yakaar est devenue minoritaire de fait et connaît des fissures dans ses diverses composantes (PS, AFP et LD plus récemment). D’un autre côté, certains secteurs de la société civile, qui jusque-là avaient fait preuve de retenue vis-à-vis du nouveau pouvoir de Benno Bokk Yakaar, commencent à interpeller le gouvernement sénégalais sur ses violations répétées des libertés individuelles et collectives.

A la différence des élections législatives, qui malheureusement, restent encore trop souvent l’affaire des appareils politiques et de mouvements citoyens ayant une diversité d’agendas, l’élection présidentielle, qui consacre le choix de l’homme qui incarne la clé de voûte des Institutions et qui détermine la politique de la Nation, est capitale. Autant dire que les citoyens ne se laisseront pas aussi aisément duper avec des rétentions de cartes électorales ou leur distribution sélective.

Il ne reste alors plus à la Coalition au pouvoir qu’à se convaincre de la nécessité d’un véritable dialogue politique devant déboucher sur des élections présidentielles transparentes et apaisées.

 

NIOXOR TINE