PANEL DE LA COSAS SUR LA PROBLEMATIQUE DE L’APPROVISIONNEMENT EN MÉDICAMENTS

Le 06 février 2019, s’est tenu à la salle Paul Corréa de l’EPS1IHS, un panel sur l’approvisionnement en médicaments. Après le mot de bienvenue du Président de la COSAS, Président de séance, le Dr Sokhna Gaye, maitresse d’œuvre du panel, a rappelé les termes de références et les questions auxquelles experts et assistance sont appelés à répondre, à savoir :
a) Quels sont les problèmes d’approvisionnement rencontrés au niveau des différentes structures et ceux de disponibilité pour les utilisateurs du médicament ?
b) Comment améliorer l’accessibilité financière et géographique du médicament ?
c) Quelles sont les solutions les plus adaptées pour faire face au problème des médicaments de la rue ?
La parole a été donnée tour à tour aux panélistes suivants :
– Pr Amadou Moctar Dièye, Directeur de la DPM,
– Dr Leyti Gning, Représentant la directrice de la PNA,
– Dr Antoine Herlemont, Directeur Général Adjoint de Laborex, 
– Dr Jacques Ndour, MCD du district de Dakar-Sud.
Des exposés liminaires et des débats qui ont suivi, il est ressorti des écueils ainsi que des pistes de solutions.
1. Il convient d’assurer une estimation optimale des besoins en médicaments au niveau des différents niveaux de la pyramide sanitaire et leur maitrise. Pour atteindre cet objectif, il est préconisé:  
• d’avoir un plan prévisionnel plus adapté, partant des besoins exprimés par les utilisateurs,
• de mettre en place des outils de gestion et un système d’audit fiables,
• de revoir la liste des médicaments en la recentrant sur les besoins réels
• d’aider les pharmaciens, notamment les plus jeunes, à s’organiser et à contribuer à rendre le médicament plus accessible et particulièrement au niveau périphérique,
• de renforcer les capacités des différents acteurs intervenant dans le domaine du médicament.
2. L’accessibilité géographique devrait encore être améliorée malgré les initiatives novatrices comme le Jegesi naa et le Yeksi naa. Il est conseillé : 
• d’encourager et de renforcer les initiatives de distribution déjà mises en place en allouant plus de moyens financiers, logistiques et humains,
• d’améliorer les capacités de stockage surtout dans les zones les plus reculées.
3. Pour remédier à l’insuffisance des ressources financières et la grande dépendance vis-à-vis des contraintes du trésor public, il est recommandé d’augmenter les ressources financières et de réfléchir à des financements alternatifs.
4. La politique de gratuité interfère avec les possibilités de développement de l’offre de soins, et en l’occurrence, obère les capacités financières des établissements chargés de rendre disponible le médicament. Il est préconisé : 
• d’avoir une évaluation plus rigoureuse des initiatives de gratuité,
• de promouvoir un système de péréquation et de remboursement adapté permettant un recouvrement adéquat.
5. Les procédures d’appel d’offres ne prennent pas suffisamment compte des spécificités du système de santé, en particulier du médicament et des urgences qui peuvent en découler. Ces procédures entrainent des lenteurs à l’acquisition et parfois l’obsolescence des appels d’offre du fait du retard accusé. Pour y remédier, il est recommandé :
• de faire un plaidoyer pour la mise en place de procédures d’appel d’offres plus adaptées au secteur de la santé et plus particulièrement celui du médicament et des dispositifs médicaux, quitte à exercer un contrôle a posteriori,
• de former l’autorité contractante à mieux préparer ses dossiers d’appel d’offres en ayant le sens de l’anticipation.
6. La qualité des médicaments doit être plus sécurisée, en particulier lorsque ces médicaments proviennent de pays ayant une législation moins contraignante. Il faudra donc,
• renforcer la législation en veillant à sa stricte application,
• consolider le dispositif de contrôle notamment en outillant mieux le Laboratoire National de Contrôle au triple plan financier, logistique et des ressources humaines.
7. La forte dépendance à l’importation représentant 80 à 90% du marché du médicament au Sénégal impose plusieurs contraintes : difficultés d’approvisionnement, coûts plus élevés, retards à l’approvisionnement du fait de lenteurs douanières, de congestions portuaires etc. Le corollaire est le risque de rupture et la dépendance vis-à-vis des enjeux de profit des firmes pharmaceutiques. Il est ainsi apparu utile de réfléchir au développement d’un tissu industriel pharmaceutique local ou sous régional en approfondissant les pistes suivantes : 
• revoir la législation restrictive imposant que les pharmaciens soient majoritaires dans les actions,
• mettre en place une industrie pharmaceutique viable à une échelle sous régionale permettant de mutualiser les ressources humaines et financières, d’envisager éventuellement une spécialisation selon les pays, et d’avoir un marché plus vaste permettant de faire face aux coûts élevés de production.
8. Les médicaments de la rue restent une réalité et une menace pour la santé des populations. Il convient :
• de poursuivre le plaidoyer pour renforcer la volonté politique de l’Etat dans le combat contre ce fléau,
• de se doter de tous les moyens nécessaires pour réprimer la vente illicite de médicaments grâce à une action concertée entre le ministère de la santé et tous les secteurs impliqués dans cette lutte, 
• de mener de pair avec la répression des actions d’information et d’éducation à l’endroit des populations et des acteurs de la santé.
9. La sensibilisation des utilisateurs directs reste insuffisante et contribue au mauvais usage du médicament. Il est ainsi recommandé d’avoir des stratégies spécifiques pour aider dispensateurs (soignants), prescripteurs (pharmaciens) et patients à mieux connaitre et utiliser le médicament (action de sensibilisation, formation continue etc.).
10. Il est enfin apparu nécessaire de renforcer le partenariat public-privé et de promouvoir les échanges et la collaboration entre acteurs du médicament pour une meilleure prise en compte des besoins des populations.