SÉNÉGAL: UN GOUVERNEMENT DE COMBAT OU DE DIALOGUE ?

Le sens véritable de la démission du gouvernement de la République à l’issue d’élections législatives – parfois même municipales – ne se limite pas à son seul caractère de rituel républicain. C’est surtout l’occasion de tirer les leçons des résultats du scrutin, qu’on se devrait d’analyser sous toutes les coutures. Dans cet exercice capital pour un homme politique désireux d’améliorer ses performances électorales, il s’agit de se faire une idée précise de l’état de l’opinion, compte non tenu des facteurs de confusion que peuvent constituer les fraudes ou manipulations électorales. Dans le cas d’espèce, à savoir, les dernières élections législatives, il est évident que les franges jeunes et/ou citadines ont été discriminées, au profit des couches rurales et/ou plus âgées, plus faciles à manipuler ou plus lentes à s’engager dans la remise en cause de l’ordre établi.

UNE ANCIENNE ÉQUIPE NE PEUT CONDUIRE UNE POLITIQUE NOVATRICE

Toujours est-il que la lecture de la liste des membres du gouvernement a été précédée d’un long argumentaire du Premier ministre Dionne, aux allures de discours anticipé de politique générale, pour convaincre l’opinion et surtout la Jeunesse, que des efforts inédits seront faits en matière d’emploi, de promotion de la femme, de gestion transparente du pétrole et du gaz…

Or, pour conduire cette politique novatrice en moins de 18 mois, le président de la République et son Premier ministre nous proposent une équipe, qui ne nous fait plus rêver.

Nous avons certes, parmi eux, de grandes personnalités, mais le plus déterminant, dans le cas d’espèce, c’est l’offre politique définie par le premier magistrat de la Nation, qu’ils ont conduite pendant cinq longues années et qui au finish, s’est traduite par une perte de quinze points par rapport au score obtenu par Benno Bokk Yakaar, au soir du 25 mars 2012 (de 65% à 49,5%). II est vrai qu’ils ont fait montre d’autres « qualités » en matière d’inscription massive et frauduleuse de leurs militants, de transfert d’électeurs, d’intimidation de paysans craintifs et/ou de corruption électorale qui, aux yeux des pontes de la Coalition gouvernementale, semblent importer plus que toutes autres aptitudes pour conduire leurs Partis vers la victoire électorale plutôt que notre Patrie commune vers une Émergence hypothétique.

UNE BASE SOCIALE EN CONTINUELLE ÉROSION

Les experts et analystes politiques de notre pays – de quelque bord qu’ils puissent être – sont unanimes à reconnaître que la configuration du nouveau gouvernement aura très peu de chances de faire obtenir la majorité absolue à la Coalition Benno Bokk Yakaar, au soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

D’ailleurs, les lenteurs constatées dans le remaniement ministériel et l’installation assemblée nationale sont révélatrices de difficultés croissantes du pouvoir apériste sinon à gouverner, tout au moins, à rénover son offre politique, alors que des indices concluants montrent une baisse graduelle de la côte de popularité du PR, dont la Coalition vient de perdre le suffrage populaire lors de ces élections législatives.

Et cela, pour la raison très simple, que la base sociale du pouvoir, loin de s’élargir, s’est au contraire rétrécie. Malgré les rumeurs sans fondement, distillées à dessein, faisant état du ralliement de certaines personnalités de l’Opposition, on note une incapacité à étoffer la base sociale du régime, à trouver des hommes politiques nouveaux, en dehors de la « Constellation du Yakaar déçu » doublée de la mise au placard de personnalités politiques de grande envergure sous prétexte qu’elles ne disposent pas de base politique consistante.

Au final, on a la désagréable impression que ce sont des lobbies ou groupes de pression parfois claniques voire familiaux, qui ont joué un rôle décisif dans la composition du Gouvernement de la République.

DES SIGNAUX PEU PROPICES AU DIALOGUE

Les gesticulations du pouvoir apériste relèvent du pathétique. Faisant fi de notre héritage politique national et des acquis universels en matière de sciences politiques, les dinosaures de la Coalition au pouvoir, au lieu de s’atteler à la résolution de la crise politique qui couve, font dans la fuite en avant. Ils appellent au dialogue politique tout en posant des signaux négatifs allant dans le sens de crisper davantage le jeu politique.

Au lieu de confier la gestion des élections à une personnalité consensuelle acceptée par l’ensemble de la classe politique, le Président de la République, tout en maintenant le processus électoral parmi les prérogatives du Ministère de l’Intérieur, y nomme un autre responsable politique de son parti à la place du son controversé prédécesseur.

Alors que les conflits répétitifs au niveau du Secteur de la Justice laissaient penser qu’on allait prendre des mesures d’apaisement, on y nomme un professeur de droit convaincu de la nécessaire soumission des Juges à l’Exécutif et qui s’est illustré, ces dernières années, comme le plus grand pourfendeur des réformes institutionnelles proposées par la Commission Nationale de Réforme des Institutions et allant dans le sens d’un équilibre des différents pouvoirs.

Par ailleurs, la décrispation de l’atmosphère politique est loin d’être à l’ordre du jour. Refusant au maire Khalifa Sall le bénéfice de son immunité parlementaire, depuis que le Conseil Constitutionnel a validé les résultats des élections législatives, le pouvoir du Président Macky Sall, continue de restreindre les libertés démocratiques. Nous n’en voulons pour preuve que la levée de boucliers des organisations des droits de l’Homme devant les multiples arrestations pour délits d’opinion, le refus persistant d’autoriser les marches et l’expulsion inexplicable et arbitraire d’un activiste panafricaniste.

A mesure qu’approchent les élections présidentielles de 2019, se pose la nécessité d’apaiser le jeu politique. La méga-coalition Benno Bokk Yakaar est devenue minoritaire de fait et connaît des fissures dans ses diverses composantes (PS, AFP et LD plus récemment). D’un autre côté, certains secteurs de la société civile, qui jusque-là avaient fait preuve de retenue vis-à-vis du nouveau pouvoir de Benno Bokk Yakaar, commencent à interpeller le gouvernement sénégalais sur ses violations répétées des libertés individuelles et collectives.

A la différence des élections législatives, qui malheureusement, restent encore trop souvent l’affaire des appareils politiques et de mouvements citoyens ayant une diversité d’agendas, l’élection présidentielle, qui consacre le choix de l’homme qui incarne la clé de voûte des Institutions et qui détermine la politique de la Nation, est capitale. Autant dire que les citoyens ne se laisseront pas aussi aisément duper avec des rétentions de cartes électorales ou leur distribution sélective.

Il ne reste alors plus à la Coalition au pouvoir qu’à se convaincre de la nécessité d’un véritable dialogue politique devant déboucher sur des élections présidentielles transparentes et apaisées.

 

NIOXOR TINE

REVISITER L’HÉRITAGE DES ASSISES POUR APAISER LE CLIMAT SOCIO-POLITIQUE !

Au-delà des péripéties électorales, il est plus que temps pour la classe politique et la société civile de s’interroger sur les voies et moyens de revivifier notre processus démocratique, qui bat de l’aile, depuis plus d’une décennie, après la crise politique consécutive aux présidentielles de 2007. La tenue des Assises Nationales, les révoltes citoyennes pré-électorales et finalement l’accession de Benno Bokk Yakaar au pouvoir, n’ont pas permis de redresser la barre, du fait d’une absence de politiques de rupture par rapport à la gouvernance wadiste.

REVENIR A L’ESPRIT DE LA CHARTE DE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE

Dans ce document signé par la quasi-totalité des leaders de l’Opposition d’alors, y compris par l’actuel chef de de l’Etat, figurait un engagement fort à œuvrer à la consolidation/institutionnalisation de la démocratie participative. Plus tard, le dépouillement des questionnaires de la CNRI avait permis d’établir une quasi-unanimité au sein des partis politiques et organisations de la société civile sur la nécessité de rendre effective la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques. Or, à quoi assistons-nous actuellement si ce n’est à la mise en place d’un pouvoir de plus en plus autoritaire, allergique à toute contestation et à toute concertation.

En lieu et place de cadres consultatifs dans les villages et quartiers pour rapprocher l’administration des citoyens ou d’une éducation à la citoyenneté, on mise plutôt sur – si ce n’est un usage excessif de la violence d’Etat-, tout au moins sur une dissuasion contre toute forme de défiance contre une gouvernance arbitraire !

Là où la Charte préconisait de placer la lutte contre la corruption au cœur des politiques publiques, nous constatons que la reddition des comptes est plombée par le caractère sélectif des poursuites ne ciblant pratiquement que des adversaires politiques et par le dépérissement graduel des organismes de contrôle par la nomination à leur tête de personnalités complaisantes vis-à-vis du pouvoir en place.

Concernant les droits et libertés fondamentaux, il y a certes des balbutiements relatifs à la présence de l’avocat lors de la garde à vue et à une volonté politique proclamée de mettre fin aux lenteurs dans le traitement des affaires judiciaires.

Néanmoins, on ne peut que déplorer la propension à user de longues détentions préventives arbitraires à l’encontre de citoyens jugés mal-pensants, contrastant avec la facilité avec laquelle certains artistes de renom et chefs coutumiers ou religieux bénéficient de liberté provisoire.  Cela s’oppose à la nécessité, maintes fois rappelée par la CNRI, d’instituer un Juge des Libertés.

Par ailleurs, des rumeurs persistantes et concordantes font état d’une collusion de certains secteurs de la Presse avec le pouvoir actuel, qui compte en son sein beaucoup d’hommes de Presse. Cette assertion, si elle se vérifiait, irait à l’encontre des recommandations des Assises allant dans le sens de garantir une liberté de presse totale, tout en préservant la pluralité médiatique pour raffermir la démocratie et le caractère unitaire de la nation.

Les dernières élections du 30 juillet dernier, caractérisées par un manque de transparence et une confusion extrêmes, semblent constituer le couronnement de toute cette dynamique antidémocratique contraire au projet de mise en place d’une « Charte des libertés et de la démocratie, gage de l’attachement de notre pays aux libertés publiques… ».

VOIR AUSSI: PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

http://www.nioxor.com/2017/08/premieres-lecons-d-un-non-scrutin.html

 

GARANTIR L’EQUILIBRE ET LA SÉPARATION DES POUVOIRS

L’hypertrophie de l’Institution incarnée par le Président de la République, déplorée par le mouvement national démocratique depuis la crise politique de 1962, s’est trouvée accentuée par la nature hégémonique du régime de Benno Bokk Yaakar. Cette coalition est, en effet, caractérisée un unanimisme grégaire et une volonté farouche d’annihiler toute velléité d’opposition sur la scène politique. Autant dire que la proposition de la CNRI de séparer la fonction présidentielle de celle de chef de Parti s’est heurtée à la boulimie pouvoiriste du premier magistrat de la Nation.

Un refus catégorique a également été opposé à la réforme du mode de scrutin aux élections législatives. Résultats des courses : en 2017 Benno Bokk Yaakar avec 49% des suffrages a 125 députés alors que la Coalition Sopi, en 2007, avec un score électoral de 69% et un boycott de tous les partis de l’Opposition significative n’avait récolté que 6 députés de plus, soit un total de 131.  Si ce n’est pas de la magie, c’est sûrement dû à une stratégie de fraude éprouvée, basée sur les rétentions de cartes combinées à leur distribution sélective et à un mode de scrutin inique.

Pour ce qui est du pouvoir judiciaire, il reste plus que jamais sous la coupe de l’Exécutif, malgré les soubresauts de certains jeunes et fougueux magistrats. La réforme de la Justice, à travers un projet de loi organique portant Statut de la magistrature et celui sur le Conseil supérieur de la Magistrature, loin de promouvoir la transparence dans le choix des fonctionnaires de justice, renforce plutôt la mainmise de l’Exécutif sur la Magistrature, dont les éléments les plus âgés (pas forcément les plus conservateurs) bénéficient d’un allongement de l’âge de départ à la retraite, au-delà de la date fatidique du 24 Février 2019, censé correspondre au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

La restauration du caractère républicain de l’Administration se fait désirer dans la mesure où la politique gouvernementale en la matière repose sur les mêmes critères politiciens et clientélistes, qui ont toujours eu cours en son sein, depuis l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. On peut même dire, que la déstabilisation et la désorganisation de l’Administration ont connu leur apogée entre 2000 et 2012.

Le désir proclamé par l’actuel régime de moderniser l’Administration se heurte à ses propres errements que constituent les recrutements politiciens, les nominations de complaisance, parfois sur des bases ethnicistes. A preuve, le refus du pouvoir actuel de procéder à la généralisation et la systématisation de l’appel à candidature pour les emplois de haute direction dans la fonction publique et le secteur parapublic.

GÉRER LES FINANCES PUBLIQUES AU PROFIT DES MASSES POPULAIRES

Concernant les finances publiques, leur gestion est devenue certes moins désordonnée et frauduleuse par rapport à la période d’avant 2012, mais elle est loin de prendre en compte les besoins de base des populations.

C’est ainsi qu’au moment où le programme des bourses de sécurité familiale et la couverture maladie universelle bénéficient de généreuses subventions, il arrive que l’eau courante, le matériel pédagogique dans les établissements scolaires et universitaires, des médicaments essentiels, des réactifs pour examens biologiques ou des consommables d’usage courant ne soient pas disponibles pour les populations, sans oublier les retards de paiement des salaires et primes de fonctionnaires et contractuels.  Ces dysfonctionnements sont aussi en rapport avec les coupes sombres dont sont victimes les budgets des structures socio-sanitaires, des établissements scolaires et des autres structures déconcentrées. Tous les moyens de la Nation sont orientés vers les programmes phares d’un pouvoir qui a choisi de miser sur le populisme et l’électoralisme primaire.

Comment ne pas s’interroger sur la pertinence d’investissements tels que le centre de conférences de Diamniadio, l’autoroute Illa Touba, le Train Express Régional… ?

Le respect des principes et règles de bonne gouvernance reste un vœu pieux si on prend l’exemple la gestion cahoteuse de nos futures ressources pétrolières et gazières marquée par  la radiation de l’inspecteur Sonko, le limogeage de Mme Nafi Ngom KeIta et la démission de l’ancien ministre de l’Énerge, qui a d’ailleurs rompu les amarres avec son ancien Parti qu’il accuse de tous les maux d’Israël.

QUID DU PROJET DE CONSTITUTION DE LA CNRI ?

Bien que signataire de la Charte de Gouvernance Démocratique et soutenu par le Peuple des Assises au deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2012, le président Sall n’en rejettera pas moins le projet de Constitution de la CNRI en prétextant de la solidité de « l’assise démocratique de notre système politique » au niveau duquel, il se refuse de provoquer une rupture normative, se contentant de préconiser quelques « changements consensuels appropriés ». De fait, dans son projet de réforme constitutionnelle publié en prévision du référendum, il n’avait initié que quelques réformettes, qui brillaient par leur caractère désarticulé et leur absence de cohérence. Il s’agissait, en réalité d’un subterfuge pour endiguer la dynamique citoyenne née des Assises Nationales tout en rejetant l’Avant-projet de constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions. C’est ce refus délibéré de rompre avec l’Ordre ancien, qui nous vaut la persistance de la crise politique, qui a eu raison du régime de Me Abdoulaye Wade.

Cette même crise nous promet des lendemains agités malgré la pseudo-victoire de Benno Bokk Yakaar aux dernières législatives. En vérité, plus que par des mécanismes démocratiques, c’est plutôt par la corruption et la terreur que le régime actuel se maintient tant bien que mal au pouvoir, en attendant la prochaine déflagration sociale.

NOTRE PAYS SE TROUVE DANS L’IMPASSE

Malgré les apparences, notre système politique se trouve dans une impasse. Au-delà de la veillée d’armes entre un camp présidentiel minoritaire et quotataire et une opposition affaiblie, incapable de s’entendre sur un programme alternatif, il y a la grande majorité silencieuse, qui est loin d’être dupe et est habitée par une sourde colère contre cette gouvernance désastreuse.

Le dialogue social censé réduire les conflits entre employeurs et travailleurs souffre de plusieurs maux. Il y a d’abord la propension idéologique des gouvernants à satisfaire les employeurs nationaux mais surtout les multinationales étrangères au détriment des travailleurs nationaux, sous le fallacieux prétexte d’amélioration du climat des affaires et de promotion de l’investissement. D’un autre côté, les leaders syndicaux sont, pour la plupart, embourbés dans les méandres de la collaboration de classe. De plus, grâce aux avantages tirés de leurs fonctions de représentation, ils ont un mode de vie, qui les rapproche davantage du patronat que des simples travailleurs.

Sans méconnaître la constitution progressive au niveau de plusieurs collectivités locales, d’équipes municipales, qui font un apprentissage graduel de leurs prérogatives, il faut reconnaître un déficit patent de ressources humaines et une insuffisance des capacités administratives pour faire face à la complexité des compétences transférées particulièrement, celles relatives à la Santé et à l’Éducation. En outre, on note une dotation insuffisante des collectivités locales en ressources financières (impôts locaux, dotations garanties par l’état, autres), qui accentue leur précarité aggravée par une tutelle pesante alors qu’elles sont censées jouir de l’autonomie de gestion. Qu’en-est-il d’un des slogans favoris de nos gouvernants, à savoir la territorialisation des politiques publiques ? Elle est loin d’être effective, non seulement parce que l’acte 3 décentralisation, en plus d’être un acte mort-né, avait surtout des arrière-pensées politiciennes, eu égard à la volonté d’affaiblir le maire de Dakar, qui reste un des adversaires les plus sérieux du président actuel lors des prochaines présidentielles. De plus, on note la modicité du financement des collectivités locales (3,5% de la Tva du Sénégal qui sont affectés au FDD et 2% au FECL).

Les relations entre l’Etat et les communautés religieuses sont loin de reposer sur des bases saines, dans la mesure où elles sont sous-tendues par un clientélisme politicien, qui nuit quelque peu à la fonction de régulation attendue des familles religieuses. Les récents événements à Touba nous édifient sur les risques induits par l’implication de larges segments de certaines confréries dans des querelles purement politiciennes. Cela aboutit à l’impossibilité de fait pour l’État central, de rester équidistant par rapport aux communautés religieuses.

LE DIALOGUE POLITIQUE DEVRA ÊTRE CENTRÉ SUR LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE

Au sortir du simulacre de scrutin qui s’est tenu le 30 juillet 2017, certains militants de Benno Bokk Yakaar ont prôné la nécessité d’un dialogue politique. Mais celui-ci n’aura de sens que s’il est centré sur la nécessité d’un renouveau démocratique, d’une émergence citoyenne et d’un respect scrupuleux des libertés collectives et individuelles.

La mise en place d’une Haute Autorité de la Démocratie s’avère urgentissime. Elle contribuera à rétablir la confiance entre acteurs politiques et sera chargé de veiller à l’adoption de critères pertinents de création des partis politiques, de la promotion de la participation citoyenne et du suivi du processus électoral.

Les critères de mise sur pied d’un Parti politique devront être rationalisés, en exigeant, comme pour les candidatures indépendantes, un nombre déterminé de signatures à répartir en plusieurs régions.

Une autre question centrale dans le cadre du renouveau démocratique de notre Nation est le financement des Partis, à partir des fonds publics, et le plafonnement des dépenses lors des campagnes électorales. Cette réforme contribuera à éradiquer la corruption électorale, qui permet aux Partis au pouvoir ou disposant de riches sponsors d’obtenir des majorités factices ne correspondant à aucune réalité ni politique ni sociologique, fragilisant ainsi les Institutions. Cette question doit d’autant plus être prise au sérieux que notre pays est en voie de devenir un pays pétrolier avec tous les risques politiques qui sont attachés à ce nouveau statut.

Le mode de scrutin doit être réformé d’urgence par la suppression du scrutin majoritaire à un tour qui pourra être remplacé par un scrutin majoritaire, à deux tours, combiné ou non à une certaine dose de proportionnelle, ce qui permettra aux députés de s’affranchir de la tutelle du pouvoir en place ou des appareils de Parti et d’être plus redevables vis-à-vis de leurs électeurs.

A défaut de réformes courageuses s’inspirant largement de l’esprit des Assises Nationales, notre pays risque de sombrer dans un naufrage qui risque de s’avérer préjudiciable à l’émergence économique tant chantée et de compromettre durablement l’avenir des générations montantes.

NIOXOR TINE

BIBLIOGRAPHIE

  1. Assises Nationales: Charte de gouvernance démocratique
  2. Avant-projet de constitution de la CNRI
  3. Présentation des résultats définitifs de l’enquête auprès des porteurs d’enjeux (CNRI
  4. Rapport de la Commission Nationale de Réforme des Institutions au P.R.
  5. Sidy Makhtar Cissé: Lecture comparée des propositions du président de la république et celles de la CNRI

 

TAKK U SUUF: VERS DE NOUVEAUX PROTOCOLES SECRETS ?

le-28-mai-est-desormais-la-journee-nationale-du-dialogue-national-au-senegal-500193

Ils vont encore certainement « sauver l’année scolaire » ! Comme on sauve un malade en lui amputant une jambe, un rein ou un bras. Les infortunés parents d’élèves se montreront soulagés d’avoir économisé quelques francs CFA qu’aurait coûtés une année blanche ou invalide. Et tant pis pour le niveau des apprenants.

Le Gladiateur de son côté, sera tout heureux d’avoir renforcé son budget électoral, certain que son volume et son poids seront plus déterminants que l’humeur des électeurs dans sa quête d’un second mandat annoncé comme improbable par ceux-là mêmes qui avaient prédit contre toute logique son avènement à la tête de Ndoumbélaan.

Ils vont sûrement « sauver l’année scolaire » saucissonnée et emballée, en amputant à nos enfants du tiers de leurs cours, la moitié de leurs compétences, et la totalité de leurs droits. Et les pauvres iront à des examens aux forceps, pour tenter leur chance plus que pour tester leurs connaissances, sous la supervision et le contrôle d’enseignants contraints par une police aux ordres d’un régime décidément aveugle. Tout compromis entre les belligérants semble impossible, et l’Etat a choisi la manière forte pour imposer son diktat.

Mais pourquoi donc Ndoumbélaan assiste-t-il à ce combat insensé comme un spectateur du dimanche, comme si le verdict ne le concernait en rien ? Pourquoi le Gladiateur s’acharne t-il à courtiser le front politique en défiant le front social ? Pourquoi le père de l’émergence ou du moins de l’usage du concept politique, refuse-t-il de trouver un compromis avec les producteurs du royaume tout en ouvrant des boulevards aux fossoyeurs de l’économie nationale ? Serait-ce parce qu’il est convaincu ou s’est laissé convaincre que la menace contre un second mandat trop désiré ne peut venir que des politiques ? En tout cas, contre toute logique, le Gladiateur a malheureusement choisi d’ouvrir le dialogue politique au détriment du dialogue social. Et son ardent désir de bénéficier d’un second mandat n’est manifestement pas étranger à cette logique absurde.

Evidemment, s’il doit être remplacé au palais de Ndoumbélaan, ce sera sans doute par un politique. Mais ignore-t-il pour autant que s’il doit être battu aux élections, il le sera par les masses travailleuses en contestation contre ses pratiques ? L’offensive de charme envers les politiques proportionnellement aux menaces, prenant des allures de défis envers les travailleurs et plus particulièrement envers les enseignants, semble donc plutôt hasardeuse comme mode d’expression pour un candidat. Sans chercher à trancher le différend, le Gladiateur et les alliés doivent savoir raison garder. Si la seule force suffisait pour vaincre, l’oncle Sam n’aurait pas connu une débâcle au Vietnam, l’Armée Rouge aurait balayé toute résistance en Afghanistan, et le sud de Ndoumbélaan aurait déjà enterré ce conflit fratricide plus que trentenaire qui continue à faire des victimes au quotidien.

Est-il besoin de rappeler que, quelles que soient les alliances et les allégeances, la mobilisation d’alliés et/ou la démobilisation de potentiels adversaires, le Gladiateur aura forcément en face de lui des candidats déterminés à lui barrer la route vers un second mandat. Et le verdict sera tributaire de son bilan social, de sa capacité à rassurer et à rassembler beaucoup plus que de la rentabilité d’un GIE politique indifférent au sort des populations.

Le communiqué final de la rencontre annuelle des mages du royaume est venu troubler le dialogue politique en gestation en annonçant une défaite probable du Gladiateur. Il a en effet introduit un nouveau paramètre, tombé comme un cheveu dans cette soupe déjà trop compliquée. Même si, de toute évidence, ils ne pourront pas siéger au banquet, cette annonce fait des mages une partie prenante du dialogue politique. Et on peut parier sans risque, et pour des raisons culturelles, que leurs recommandations passeront comme une des priorités du Gladiateur dans les prochains jours. Autant dire, une raison de plus pour ignorer les revendications plus que primaires de travailleurs. C’est pourquoi, Goorgorlu, qui ne croit pas plus aux mages qu’aux prévisions météorologiques, regrette qu’ils n’aient pas recommandé plus logiquement l’apaisement du front social comme solution pour un second mandat à la place des bœufs noirs ou jaunes. De toute façon, lui, Gorgoorlu, jure de ne pas toucher à cette viande offerte aux nécessiteux pour prolonger son compagnonnage plus que décevant avec le Gladiateur et ses alliés. D’ailleurs, il a toujours marqué une préférence pour son « ganar » et la présence massive de viande d’âne sur le marché, l’a plus que jamais renforcé dans ses choix.

Comme la plupart de ses concitoyens, Goorgorlu est plus que jamais convaincu que l’intention supposée ou réelle prêtée au Gladiateur de fomenter un deal avec ses frères ennemis semble plus que crédible. Il reste encore à savoir si ce « takk u suuf » incestueux sera célébré en grande pompe ou simplement consommé dans la plus grande discrétion secret. Trop, d’indices plus que probants tendent à lui donner raison.

  • Après avoir vainement contesté sa légitimité allant jusqu’à évoquer scandaleusement ses origines jugées indignes pour porter une couronne et particulièrement celle de Ndoumbélaan, les partisans de l’Empereur déchus se montrent brusquement si conciliants à son égard en distribuant sourires et accolades devant les caméras du monde ;
  • L’encombrant rejeton de l’Empereur promu au grade du plus grand prédateur de deniers publics par une vénérable Cour de justice, se fait quasiment courtiser pour humer l’air de la liberté ;
  • La gauche attendue comme une alternative crédible à la droite au pouvoir, a choisi de se rendre et d’accepter sans rechigner sa place de soldat de première ligne, comme des tirailleurs d’une autre époque. C’est bien pourtant elle qui a enrôlé la société civile autour des Assises Nationales dont les conclusions lui apparaissent désormais comme un paquet de m… à l’arrière-cour d’une maison en ruine. Repue par tant de largesses supposées ou réelles du Gladiateur et naguère dénoncées par le célèbre journaliste-violeur, elle est manifestement contrainte à une omerta tropicale. De toute façon, la génération qui l’incarne aujourd’hui, a perdu toute crédibilité.
  • Sans signer d’armistice connu, l’état major des verts à déjà capitulé. Il a abandonné sans scrupule la majorité de ses partisans et de ses soldats sur les champs de batailles, dont certains sans eau et sans nourriture. Pareil au régime de Pétain en 1940, il a contre un nouveau machin baptisé troisième chambre d’enregistrement et curieusement semblable à la fameuse « zone libre de Vichy », décrété la démobilisation des troupes invitées à faire allégeance ou à se saborder. Les officiers « rebelles » ont tous été neutralisés ou condamnés à mort par contumace, et l’absence d’une base arrière de repli ne milite guère en faveur de l’émergence d’un providentiel « Homme du 18 juin » pour sauver la république. Au département de l’éducation dont ils ont charge, son « Pierre Laval », sans ressources et sans prérogatives, est commis aux invectives et aux menaces contre les travailleurs. Tombera-t-il au champ d’honneur sous les baïonnettes ? Sortira-t-il sur une civière logiquement préparée à cet effet ou finira-t-il au tribunal de l’histoire condamné comme un « un collabo » ?
  • La société civile vers laquelle se tournent tous les regards pourrait se fragiliser en se risquant sur le terrain du combat politique qui n’est pas sa vocation. Idéologiquement trop hétérogène, son combat ne saurait aller au-delà de la dénonciation des écarts, des violations des droits et de la mal gouvernance érigée en règle.

C’est dans ces conditions que les partisans de l’Empereur déchu se sont affirmés comme le seul parti d’opposition à Ndoumbélaan. Ce statut acquis par défaut n’est certainement pas à force de propositions ou de programme parce que leur seul mot d’ordre a toujours été et reste la légalisation des forfaits commis durant leur règne, et leur droit inaliénable à récupérer la couronne usurpée par le Gladiateur. Habituée aux deals et aux protocoles, la famille des bleus est manifestement à l’aise sur ce terrain. L’élargissement et la purification politique du rejeton de l’Empereur déchu n’est plus alors qu’une question d’heures. Il va recouvrer la liberté, retrouver les siens, ses biens et son honneur souillé par une sanction manifestement sélective. Le différend autant qu’il y en ait un, ne porterait plus que sur le calendrier opérationnel d’une telle mise en scène. Et les déclarations de fermeté ne sont que des surenchères destinées à l’opinion. Silence donc ! La famille libérale lave son linge sale.

On ne peut pas reprocher au politique de faire de la politique. Mais peut-on résumer la vie de la nation en successions de protocoles entre « initiés ». Certainement non ! Le fils putatif déshérité par l’Empereur pour sa cupidité, puis par le peuple par son arrogance a justement réagi contre cette pratique qu’il connait bien en sonnant l’alerte. Mais l’homme ne mobilise plus. Négativement chargé par son passé, ses « vérités » enveloppées dans des versets sataniques ne brillent plus que par leur capacité de nuisance.

Tel le loup de la fable, Goorgorlu « s’est senti surpris, sa retraite coupée et tous ses chemins pris ». Peut être se jettera-il pour l’honneur dans un ultime combat perdu d’avance en souhaitant que d’autres « saltigués » moins partisans lui prédisent la chute inéluctable de cette alternance II qui aura  multiplié par deux ses peines, ses soucis et ses dettes, et divisé par autant ses joies, ses espoirs et ses avoirs.

BANDIA, JUIN 2016.

 

 

 

 

DIALOGUE POLITIQUE OU DEBAT ETHIQUE ?

2S.A

Après une course débridée de quatre années, de mars 2012 à mars 2015, durant lesquelles le pouvoir APR a foulé, aux pieds, les principes les plus élémentaires de coexistence politique pacifique, l’heure du réveil brutal semble avoir sonné.

Il y a d’abord eu un déficit patent de concertation au sein de la grande Coalition Benno Bokk Yakaar, que certains partis alliés, particulièrement la Ligue Démocratique, ont eu à déplorer plus d’une fois.

Faut-il rappeler que la première rencontre plénière des leaders s’est tenue 30 mois après l’accession au pouvoir de Benno Bokk Yakaar, en septembre 2012 ? Ce fut l’occasion, pour le président SALL, de réitérer son rejet de la Constitution proposée par la C.N.R.I et son intention de ne procéder qu’à des réformes institutionnelles partielles.

 Sur un autre plan, le président avait déploré la dispersion des forces se réclamant de Benno Bokk Yakaar aux élections locales,  lesquelles s’étaient tenues, quelques semaines plus tôt. Cela était dû, selon lui, à la non-structuration et au déficit de communication au sein de ladite coalition.

Depuis lors, le diagnostic du Président de la République sur sa Coalition est resté plus actuel et précis que jamais. Cette alliance politique n’a survécu à la terrible épreuve du référendum que par des artifices aussi contestables les uns que les autres.

De fait, certains partis de gauche, après avoir manifesté, sans ambages, leur désaccord avec le projet de réforme constitutionnelle du président de la République, ont dû faire, contre mauvaise fortune bon cœur et voter oui au référendum, pour éviter une fin de règne prématurée à leur allié, avec lequel, ils avaient choisi de lier leur destin. Cette rupture d’avec Benno Bokk Yakaar risquait d’être d’autant plus pénible, pour les amis fidèles du Président, que les prochaines élections présidentielles avaient été reportées jusqu’en 2019, ce qui laissait augurer de trois longues années de « vaches maigres » !

Il fallait donc « sauver les meubles » et le président avec, car visiblement, il ne se rendait pas compte, qu’il courait droit vers une déroute référendaire mémorable, en raison de son refus d’accéder aux exigences de refondation institutionnelle du Peuple des Assises, auquel il devait, pourtant, sa station présidentielle. Le pire aura été évité de justesse, grâce à une corruption à grande échelle avec des achats de conscience massifs et une campagne très maladroite des libéraux et de leurs alliés.

L’analyse des résultats du scrutin référendaire montrait clairement, que la victoire électorale mitigée du camp présidentiel arrivait difficilement à masquer une défaite politique avérée avec seulement 25% des électeurs inscrits ayant approuvé le projet de réforme constitutionnelle.

Rien d’étonnant alors, qu’au lendemain de cette consultation référendaire, le président appelle au dialogue politique avec toutes les composantes de la Nation. A un an des élections législatives, la grande inconnue représentée par un taux d’abstention élevé, (sans oublier la défiance de la confrérie mouride) ressemblait, à s’y méprendre à une épée de Damoclès au-dessus des têtes des militants de l’APR et de leurs alliés !

Mais plus que de dialogue politique, ce dont le peuple sénégalais a actuellement besoin, c’est d’un débat éthique !

Si une grande Coalition unanimiste, telle que Benno Bokk Yakaar la symbolise à souhait est arrivée à une impasse politique, après quatre années de stratagèmes et d’entourloupes, ce n’est pas l’arrivée tardive d’invités libéraux, talibés invétérés du Pape du Sopi, éparpillés, discrédités et désorientés, qui va sauver ce regroupement de formations politiques, qui risque de perdre et son nom  et encore un peu plus de son âme !

Comment mettre fin au phénomène honni de la transhumance et plus généralement comment bannir la corruption du champ politique ? Comment abolir définitivement le wax-waxeet de l’espace politique sénégalais ? Comment redonner à la politique ses lettres de noblesse en rétablissant les partis dans leurs véritables rôles de contre-pouvoirs et/ou de gestionnaires vertueux de la Cité, pour lesquels ils étaient initialement conçus ?

Ces interrogations à forte prégnance morale n’en sont pas moins des prérequis pour l’approfondissement de la démocratie dans notre pays. Mais cela, tout le monde le sait, depuis que les abus constatés lors du règne du parti démocratique sénégalais, ont conduit à la tenue des Assises Nationales du Sénégal et à la signature par la quasi-totalité des leaders de la Coalition présidentielle, y compris par le président Macky Sall lui-même, de la Charte de Gouvernance Démocratique.

La plupart des réponses à ces questions institutionnelles se trouvent dans l’avant-projet de Constitution proposé par la C.N.R.I et dont la Coalition Benno Bokk Yakaar n’a pas voulu, nous proposant, en lieu et place, des réformettes, trahissant ainsi l’esprit des Assises Nationales.

Devons-nous, comme le proposent Yoonu Askan Wi, le RND/ tendance Dialo Diop, Taxaw Temm… et d’autres de plus en plus nombreux, constituer un troisième pôle politique et imposer, lors des législatives de 2017, une cohabitation pour corriger les insuffisances des réformes du référendum ?

Certes oui !

Mais ce serait une erreur tragique, que de limiter le combat à de simples enjeux électoraux voire électoralistes, avec toutes les connotations péjoratives qu’ils drainent !

Nous devons garder, en mémoire, la présidentielle de février-mars 2012 et la récupération politique que le président Sall et ses amis ont fait  de la belle victoire du peuple sur le régime de Wade.

Les principaux activistes du Mouvement du 23 juin, qui s’est disloqué en plusieurs sous-entités, ont été neutralisés.

C’est pourquoi, il s’agit de dire non à ce pseudo-dialogue politicien, qui n’est qu’une nouvelle « combinazzione » et initier des actions de mobilisation populaire et citoyenne, seule garante de changements authentiques et irréversibles.

Cela vaut mieux que de se nourrir d’illusions électoralistes, alors que – le référendum du 20 mars dernier vient de le confirmer- les modes de scrutin et les procédures de vote sont caractérisés par l’inéquité, la corruption et la manipulation !

NIOXOR TINE

blanco - Copie