MACKY, LE MONARQUE DE LA RÉPUBLIQUE

« Il est facile pour un chef d’État sénégalais d’avoir l’administration et la justice sous sa botte »

L’éditorialiste de SenePlus, Boubacar Boris Diop a accordé à Seneweb une interview que nous publions dans son intégralité ci-dessous.

Benno : 125 députés; Wattù : 19; Mànkoo : 7; Pur : 3 et 1 député pour chacune des 9 listes ayant profité des « plus forts restes » : comment analysez-vous les résultats des législatives ?

À l’arrivée on a encore une fois un Parlement-croupion mais je ne dirais pas comme certains que ces législatives, ça a été beaucoup de bruit pour rien, j’y ai vu un moment important de notre vie nationale, je me suis même donné la peine de suivre les fameux « temps d’antenne » de la première à la dernière minute.

Les deux journalistes de la RTS qui se relayaient ne trouvaient visiblement pas cela très excitant mais un tel évènement reste un des miroirs de notre société ; certains de ses protagonistes ont d’ailleurs fait de leur mieux pour mettre du contenu et de la dignité dans un exercice plutôt difficile.

Qu’avez-vous retenu de ce « moment important de notre vie nationale » ?

Force est de reconnaître que moins d’une semaine après, cette élection semblait déjà être de l’histoire ancienne. On sentait encore une grande rage dans les réactions à chaud mais de manière frappante c’était une rage impuissante. Si tout le monde était aussi choqué, c’est probablement parce que personne n’avait anticipé la forte détermination du régime à en prendre à son aise, dans des lieux intelligemment ciblés, avec l’expression du suffrage universel. Les méthodes utilisées ont elles-mêmes été d’une originalité frisant l’insolite.

Voulez-vous dire que les résultats des législatives ne reflètent pas la volonté de la majorité des Sénégalais ?

Près d’un million de personnes n’ont pas pu voter sous des prétextes fabriqués de toutes pièces mais ce qu’on a surtout appris avec effarement le 30 juillet 2017, c’est à quel point il est facile pour un chef d’Etat sénégalais d’avoir, après deux alternances, l’administration et la justice sous sa botte. Cela doit alerter tout le monde non seulement pour 2019 mais aussi quant à la fragilité de nos acquis démocratiques.

Mais l’opposition faisait-elle le poids ?

Le paradoxe, c’est que Bennoo l’aurait certainement emporté dans un scrutin régulier. L’opposition était divisée et sans grands moyens, en tout cas en comparaison du régime. On peut toutefois douter que les centaines de milliers d’électeurs éconduits auraient majoritairement voté pour Bennoo et il y a surtout qu’elle n’aurait pas gagné à Dakar. Une suspicion légitime pèse sur les résultats de la capitale et on sait bien- Macky Sall l’a dit dans un rare accès de sincérité- qu’il était hors de question de faire le moindre cadeau au prisonnier Khalifa Sall. Au final, je crois que la coalition montée par Macky Sall a mérité sa victoire. C’est juste l’ampleur de cette dernière, due à des dysfonctionnements délibérés, qui pose problème.

La contestation des résultats n’est finalement pas allée bien loin…

Je crois que l’effet de surprise dont j’ai parlé tout à l’heure a joué en faveur du régime. L’opposition n’avait apparemment prévu rien de tel et donc pas une riposte appropriée. Une autre question à se poser honnêtement, c’est si elle en avait les moyens. On a vite senti en effet une certaine résignation, les rares déclarations guerrières, surtout à Dakar, relevant plus du baroud d’honneur que d’autre chose.

 Les contestataires n’auraient-ils pas dû essayer au moins de marquer le coup ?

Oui, peut-être, pour envoyer un message en direction de 2019 mais à vrai dire je ne sais pas trop. Et pour être franc, je n’en vois pas l’intérêt, je commence à me poser des questions totalement différentes au sujet de la scène politique sénégalaise.

Lesquelles ?

La plus importante est celle-ci : ne devrions-nous pas cesser de faire une telle fixation sur la personne qui se trouve être le chef de l’Etat à un moment donné de notre histoire ? Est-ce vraiment aussi important dans les conditions actuelles ?

Que répondez-vous ?

J’en suis à un point où je vois de moins en moins la pertinence d’accabler Macky Sall de critiques, même largement justifiées. Pourquoi continuer à donner ainsi des coups d’épée dans l’eau ? Supposons qu’il soit battu en 2019… Voyez-vous dans le personnel politique quelqu’un susceptible d’agir différemment ? Faites mentalement le tour des prétendants potentiels et vous verrez bien…

On vous pose la question : est-ce le désert ?

Quel que soit le nom du nouveau venu, les mêmes causes vont continuer à produire les mêmes effets. Nous nous donnons beaucoup de mal pour doter démocratiquement un seul homme de tous les pouvoirs de la République. Cela est malsain et indigne d’une nation aussi ambitieuse que la nôtre. La réflexion devrait se déplacer des modalités de la conquête du pouvoir vers les conditions de l’exercice du pouvoir. Nos alternances où plus ça change moins ça change, cela devient écœurant. C’est un incroyable gâchis.

On croirait entendre Mody Niang…

C’est bien que vous mentionniez Mody Niang parce que cela me donne l’occasion de lui rendre hommage. À mes yeux c’est un véritable intellectuel, il ne se paie pas de mots, il ne fait pas tourner en spirale des formules élégantes et énigmatiques, étant surtout animé par un désir de clarté. Mody Niang a toutes ces qualités et c’est pour cela que j’ai du respect pour lui. Mais que voit-on ? Il ne décolère pas depuis deux décennies : contre Diouf, contre Wade et aujourd’hui contre Macky en attendant le prochain président…

Nous sommes beaucoup d’intellectuels à être plus ou moins dans la même situation mais son cas est en quelque sorte emblématique. C’est terrible pour ce pays que d’une alternance à l’autre des personnes de valeur soient condamnées à choisir entre le silence et des coups de gueule sans aucun effet sur la situation réelle.

Certains traitent Macky Sall de dictateur. Êtes-vous d’accord ?

Il ne l’est pas du tout à mon avis, il est simplement, de par notre volonté, à la tête d’une sorte de République monarchique et c’est de cela qu’il faut sortir. C’était, pendant les Assises, la vision de personnalités lucides et désintéressées et cette vision devrait de nouveau innerver le champ politique.

Quelqu’un a dit que la dictature c’est « ferme ta gueule » et la démocratie « cause toujours, tu m’intéresses. » On en serait plutôt là. Ça hurle de toutes parts mais Macky, dans un style qu’on pourrait dire dioufien- le Diouf des mauvais moments, celui de la fin de règne- n’en a cure !

Il est vrai aussi que dans ce pays l’on arrête de plus en plus de personnes pour délit d’opinion. Cela a été le cas d’Oulèye Mané, d’Ami Collé Dieng et de l’administrateur du forum où elle s’est exprimée; il y a aussi depuis quelques heures Kémi Seba et Bentaleb Sow, sans oublier Madère Fall. Mais sans doute devrait-on parler davantage pour l’instant d’énervement et de crispation que de dérive dictatoriale, ce mot est trop chargé.

Vous laissez entendre que le personnel politique ne compte pas une figure capable de conduire les changements que vous prônez. Pourtant Khalifa Sall est présenté, notamment par l’écrivain Thierno Monenembo, comme une alternative crédible. 

Le maire Khalifa Sall a fait preuve d’une réelle volonté de résoudre les problèmes des Dakarois et on avait commencé à voir les résultats de ses efforts. J’ai déjà salué quelque part son intérêt pour les arts et la culture, le regretté Oumar Ndao ayant été à ses côtés jusqu’au bout dans le róle de conseiller culturel. C’est donc quelqu’un pour qui j’ai de la considération et à mon avis c’est un scandale qu’on l’ait privé de liberté pour briser son élan politique. Parce que oui, c’est un adversaire crédible même si peut-être, sans l’appareil du PS, son maillage de l’ensemble du pays pourrait ne pas être à la hauteur de ses ambitions.

Tout cela étant dit, je pense que nous ne devons plus élire un chef d’Etat au Sénégal en nous en remettant à sa seule bonne volonté. On peut toujours espérer qu’il se serve du pouvoir au mieux des intérêts de la population, c’est déjà arrivé ailleurs mais c’est tout de même un pari risqué. À cette loterie-là, on décroche rarement le gros lot, c’est-à-dire l’homme providentiel.

Et que dire de la possibilité qu’un personnage instable se retrouve au sommet de l’Etat ? C’est beaucoup plus facile de nos jours qu’il y a seulement quelques années. C’est arrivé en novembre 2016 à la première puissance mondiale et sans de solides institutions pour freiner les ardeurs démagogiques de Trump, l’Amérique serait aujourd’hui dans de beaux draps. C’est une leçon pour tout le monde et en particulier pour les pays pauvres.

Votre point de vue ne risque-t-il pas d’être compris comme du nihilisme ?

Je ne suis pas du tout dans cette disposition d’esprit. En plus, mes opinions n’ont rien d’original, cela fait des années que d’autres disent la même chose. Je crois simplement que nos deux alternances au goût si amer nous contraignent à partir en quête de nouveaux paradigmes. J’ajouterai que notre pays n’est plus tout à fait le même depuis qu’on y a découvert d’immenses réserves de gaz et de pétrole. Nous savons bien les risques que cela comporte pour notre souveraineté, pour l’équité sociale, pour le respect de l’Etat de droit mais surtout pour la paix civile.

Avec quels leaders aller en quête de nouveaux paradigmes ?

Écoutez, ce sont juste des idées en l’air, ou peut-être même de simples états d’âme citoyens, je ne les inscris pas dans un horizon proche et surtout pas dans un horizon électoral. Ce qui me paraît certain, c’est que les hommes politiques ne vont pas plaider pour ce type de changement. Ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils espèrent s’asseoir un jour.

Pour ce qu’on sait des Assises par exemple, ils y sont allés avec leur propre agenda et il se susurre que pour l’un d’eux le retour sur investissement reste fabuleux. Je dirais, pour être positif, qu’il y a au Sénégal une culture progressiste dont les racines plongent assez profond, cela se voit nettement dans le documentaire qu’Abdourahmane Seck de l’UGB a consacré aux Assises nationales (Assises nationales, titre provisoire). Et de toute façon ce qui reste de la gauche historique, toutes obédiences confondues, a plus que quiconque intérêt à de nouvelles règles du jeu si elle veut cesser d’être l’éternelle roue de secours.

Justement un autre flanc de cette gauche vient de se fissurer avec les remous qui agitent la LD au sein de laquelle a surgi le mouvement « LD Debout ».

Il m’est hélas difficile de répondre à cette question, n’ayant eu que de lointains échos des remous à la LD. J’étais en train de voyager, je compte me mettre à jour.

19 MARS 2000 – 19 MARS 2017 : 17 ANS DE GALÈRE LIBÉRALE !

La première alternance politique de 2000 a constitué un moment fort dans la vie de notre jeune Nation et permis de sanctionner un pouvoir socialiste autoritaire, antidémocratique et expert en tricheries électorales.

Elle a, aussi, mis fin à une longue période de stagnation et de léthargie dues au fait que les barons socialistes pensaient leur pouvoir indéboulonnable. Profitant des fruits amers de l’ajustement structurel subi par notre pays, le président Wade a eu, à son actif, des réalisations indéniables, encore que des projets à forte prégnance électoraliste ont été privilégiés par rapport aux investissements structurants, le tout dans une ambiance de matraquage médiatique démesuré.

De plus, le mode de gestion d’Abdoulaye Wade a aussi été caractérisé par une amplification des phénomènes de corruption, l’accentuation de tares aussi néfastes que le clanisme, le népotisme, la patrimonialisation du pouvoir politique, la discrimination confrérique …etc.

L’alternance politique de 2000 fut donc le résultat de la fiabilisation progressive du fichier électoral et de l’incapacité du pouvoir socialiste de satisfaire une demande sociale pressante. Elle venait couronner quarante années de luttes du mouvement national démocratique sénégalais pour la démocratisation de la vie publique.

Mais bientôt, les secteurs les plus lucides de la Nation, se rendirent compte de l’existence de graves lacunes dans l’offre politique de la coalition SOPI, qui semblait vouloir remettre en cause tous les engagements auxquels elle avait souscrit dans le cadre du programme de la CA2000. Visiblement, le leader du PDS, principal dirigeant de la nouvelle équipe au pouvoir, profitant du déficit d’appropriation par les masses populaires des problématiques démocratiques, ne cherchait qu’à devenir « calife à la place du calife », aidé en cela, par la dislocation du pôle de gauche.

De fait, il allait prendre l’ensemble des Institutions en otage, renvoyant ainsi aux calendes grecques, les réformes institutionnelles promises dans le programme de la CA 2000.

Ce n’est donc point un hasard, si les dernières années de son deuxième mandat ont été marquées par l’essor des mouvements citoyens et la tenue des Assises Nationales ayant, entre autres, pour objectifs l’émergence citoyenne et la refondation institutionnelle.

Une des différences fondamentales entre la première alternance de 2000 et celle de 2012 réside dans le fait qu’en 2008, toutes les forces vives de la Nation, évoluant en dehors de la sphère d’influence wadiste, se sont retrouvées dans l’initiative des Assises Nationales.

Celles-ci marquèrent le début de la prise de conscience par les partis de la mouvance socialiste, ayant perdu, en 2007, leurs dernières illusions de remporter séparément une compétition électorale contre le nouveau Parti-Etat libéral, d’une nécessité de la refondation de l’Etat. Ils se rendaient bien compte que le président Wade utilisait les mêmes recettes, dont ils avaient fait usage, pendant des décennies, pour se maintenir au pouvoir.

Plus qu’une question d’hommes, il s’agissait, en fait, d’une question de système. C’est pourquoi, ils décidèrent, ensemble avec les forces de gauche et la société civile, de dresser le bilan des politiques publiques et reconnurent que les dysfonctionnements des Institutions de la République dataient de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale.

Les Assises allaient mettre en exergue la nécessité de faire du Sénégal un État de droit, un pays où la gouvernance est fondée sur l’éthique, la démocratie participative, la concertation, le respect des institutions, des libertés individuelles et collectives, la défense des intérêts nationaux.

Cette généreuse offre politique eut un tel rayonnement qu’elle permit à l’Opposition d’alors de défaire politiquement le parti démocratique sénégalais et ses alliés lors des élections locales de 2009 et d’installer la Nation sénégalaise dans une dynamique de défiance par rapport à la gouvernance désastreuse de Wade, qui envisageait de violer le principe de limitation des mandats, qu’il avait lui-même établi et d’instaurer une dévolution monarchique du pouvoir.

Devant les atermoiements d’une Opposition politique incapable de s’unir, c’est plutôt l’effervescence sociopolitique tenue à bout de bras par les mouvements citoyens, les organisations de la société civile et de défense des droits de l’Homme, qui constituera l’élément décisif pour mobiliser toutes les énergies en vue de se défaire de l’hydre wadiste.

C’est que va comprendre le candidat Macky Sall, miraculeusement qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle de février – mars 2012, qui n’hésitera pas, une seconde, à aller rendre une visite de courtoisie des plus prévenantes au doyen Amadou Mahtar Mbow, Président des Assises Nationales.

Cela lui vaudra le soutien précieux du Comité national de Pilotage des Assises Nationales, qui face à sa volonté proclamée d’endosser les conclusions des Assises Nationales, en appellera « à toutes les parties prenantes et à l’ensemble du peuple sénégalais à se mobiliser autour du candidat Macky SALL ».

Malheureusement, la deuxième alternance de 2012, loin de corriger les travers de la première, allait plutôt les confirmer, dans une atmosphère de mauvaise foi et d’hypocrisie ahurissantes. Tout semblait se passer, comme si au lieu de procéder à des réformes venues à maturité et portées par le peuple des Assises, on voulait faire tourner, à l’envers, la roue de l’Histoire.

Une fois élu, le nouveau président, dont la marge de manœuvre se trouvait considérablement accrue, allait mettre en place, le 14 septembre 2012, lors de la Journée des Institutions, une Commission Nationale de Réforme des Institutions, dont la direction fut confiée au Pr Amadou Mahtar Mbow, mais qui apparaissait, aux yeux de beaucoup comme superfétatoire.

Pire, d’importants secteurs de la Coalition Benno Bokk Yakaar, mais surtout ceux proches des cercles présidentiels, allaient manifester, à l’occasion de la cérémonie de remise du rapport de la CNRI au Président de la République, le 13 février 2014, une hostilité virulente aux recommandations et à l’avant-projet de Constitution proposés par la CNRI.

C’est finalement, le 31 décembre 2015, après presque quatre ans de tergiversations et d’hésitations, que  le Président de la République, lors de son message à la Nation, allait mettre un terme aux illusions de certaines forces de gauche passées maîtres dans l’art de ménager la chèvre et le chou et qui rêvaient encore de faire prévaloir leurs aspirations en faveur des conclusions des Assises nationales et du projet de réforme des Institutions proposé par la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI).

Le dernier jalon de cette vaste entreprise de mystification allait être posé lors du discours présidentiel du 16 février 2016, qui allait consacrer la volte-face de Macky Sall sur la réduction de son mandat de 7 à 5 ans, comme acte ultime du processus de remise en cause de la totalité de l’héritage des Assises nationales, entamé depuis son accession à la magistrature suprême.

Ce fait allait, en définitive, être confirmé par la publication d’un projet inique de réforme constitutionnelle, dont les dispositions étaient très en deçà des principes d’une refondation institutionnelle bien comprise.

Puis vint le référendum-alibi caractérisé par une forte abstention, révélatrice du désaveu des masses populaires par rapport à la vaste escroquerie politique consistant à justifier les reniements du premier magistrat de la Nation par un avis / décision du Conseil constitutionnel.

Ce qui étonnait donc, en la matière, c’est moins le désistement du Président de l’APR par rapport à ses engagements pré-électoraux que la passivité des forces de gauche et des organisations de la société civile.

Il était, en effet, évident, que des réformes institutionnelles censées atténuer l’hyperprésidentialisme, renforcer le pouvoir législatif et autonomiser le pouvoir judiciaire ne pouvaient être que le fruit d’une âpre bataille contre le régime en place et non une aumône venant d’un leader visionnaire et bienveillant.

C’est dire, que malgré l’activisme fébrile de la Coalition au pouvoir cherchant à convaincre l’opinion que notre pays est bien sur la rampe de lancement de l’émergence économique, les Sénégalais ressentent un profond mal-être occasionné, non seulement, par une profonde misère matérielle et morale mais aussi par un dysfonctionnement majeur des Institutions de la République.

C’est ce qui justifie l’assertion, selon laquelle, entre la précédente équipe « sopiste » et l’actuel pouvoir « apériste », la continuité est de mise.

Il semble bien, qu’après la sanction, le 19 mars 2000, des quarante années de règne socialiste, nous nous trouvions depuis lors dans la même galère libérale.

NIOXOR TINE

UN SI LONG MANDAT…

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C’est ce dimanche 26 février 2017, qu’aurait dû se tenir le premier tour de l’élection présidentielle mettant fin au mandat ayant débuté en 2012. C’est ainsi que candidat à sa propre succession, le Président aurait actuellement dû être, dans l’expectative anxieuse d’un verdict populaire imprévisible. Ce n’est malheureusement pas le cas, à cause du report des présidentielles en 2019, sur la base des résultats d’un référendum certes légal mais loin d’être légitime.

C’est vrai que l’institution présidentielle hypertrophiée, qui reste, plus que jamais, le centre d’impulsion de la vie politique est prise en otage par le secrétaire général du parti au pouvoir et chef d’orchestre d’une constellation de divers lobbies, partisans du maintien du statu quo social et de l’inféodation aux intérêts du Capital international.

On peut aussi parler d’autoritarisme de fait, car une chape de plomb digne d’une dictature pèse sur la Nation, obligée de subir les interdits, fantaisies et conspirations de Benno Bokk Yakaar, une sorte de « Ligue du Désespoir ». Elle utilise l’appareil d’État comme instrument d’un trafic d’influence des plus manifestes sur le déroulement des prochaines élections législatives.

La situation politique nationale est marquée dysfonctionnements institutionnels dénoncés par d’héroïques lanceurs d’alerte et qui rythment la marche de la République.

L’émergence économique est toujours attendue au moment où on assiste au développement fulgurant du banditisme, devant une inefficacité avérée des forces de sécurité, dont le Chef incite les populations à prendre en charge leur propre défense, ce qui est une façon d’encourager les lynchages et la justice expéditive.

Les réunions hebdomadaires du Conseil des ministres s’avèrent non seulement inopérantes pour apporter de véritables solutions aux problèmes posés, très souvent imputés à d’autres instances (Conseils Interministériels, Commissions…), quand ils ne sont pas relégués aux oubliettes (évaluations de l’Acte 3, de la CMU…).

Elles se réduisent à d’ennuyeuses chroniques des activités présidentielles, des effets d’annonce à forte connotation électoraliste et des efforts désespérés d’éteindre les foyers de tension allumés dans tous les secteurs (Université, Justice, Santé…).

Des institutions onéreuses et budgétivores sont créées pour caser une clientèle politique pléthorique. De manière plus générale, on observe un avilissement de la pratique politique, qui n’est ni sincère ni désintéressée. Il ne s’agit pas d’une compétition saine et loyale d’offres politiques concurrentes pour le bien-être de la communauté nationale, mais plutôt de corruption, de transhumance, de clientélisme, de chantage, d’intimidation, et d’instrumentalisation de la Justice, en vue de neutraliser des adversaires politiques.

La Coalition au pouvoir ne semble reposer ni sur des convergences programmatiques ni sur des accointances idéologiques mais sur des intérêts égoïstes et/ou de clan.

L’acquisition de la carte nationale d’identité censée également servir de carte d’électeur est entravée par l’amateurisme des néophytes du Ministère de l’Intérieur, contraignant de paisibles citoyens à déployer des efforts surhumains et disproportionnés pour disposer de ce précieux document. La date des élections fixée en dehors des prescriptions du code électoral est sujette à de grandes incertitudes liées non plus seulement au rythme des inscriptions mais aussi aux aléas météorologiques.

Les candidatures indépendantes sont menacées par les difficultés liées au processus d’inscription sur les listes électorales qui pourraient impacter négativement sur le recueil des signatures exigées, d’autant que le pouvoir semble miser sur la dissuasion  par une caution exorbitante.

Le drame, c’est que dans les conditions actuelles de mutisme de la majorité des acteurs sur leurs offres politiques, même une perte de majorité par le pouvoir actuel ne garantit aucune rupture programmatique.

Les seules organisations à s’être prononcées de manière claire et audible sur une démarche de rupture, conformément à l’héritage des Assises Nationales, sont la Coalition Sam Li Ñu Bokk et Avenir Senegaal bi ñu bëgg, qui curieusement n’arrivent pas à faire front commun, ce qui réduit d’autant leurs chances d’obtenir une majorité électorale.

La Coalition Manko Wattu Senegaal et le groupe autour du maire de Dakar gagneraient à clarifier leurs engagements en faveur des conclusions des Assises Nationales et des recommandations de la CNRI.

Le socle sur lequel devrait reposer une vaste Coalition, qui ambitionne de déboulonner le pouvoir manœuvrier auquel nous avons affaire devrait être un document programmatique de législature dûment paraphé par toutes les organisations politiques et de la société civile.

Il ne doit plus seulement être question de voter contre Massamba ou Mademba, mais de voter pour une alternative crédible que le peuple sénégalais n’arrive pas encore à entr’apercevoir.

 

NIOXOR TINE

LA TRAGÉDIE DU GÉNÉRAL

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Par B. S. NDIAYE

Avec le philosophe Jean Paul Sartre, Hugo a tué Hoederer, le dirigeant aux « mains sales, … plongées dans le sang et dans la merde, jusqu’aux coudes ». On pourrait penser que Hoederer a presque fatalement accepté de subir la mort physique décidée par ses camarades pour payer une faute politique. Mais c’est bien cette mort physique qui lui assure une survie politique et une gloire posthume. Reconnaissons tout de même qu’un environnement social complexe jonché de germes et de cadavres, d’amour et de haine, fait du coup fatal de Hugo, bien plus qu’une simple exécution d’une sentence politique. Idéologiquement armé et bien armé, il serait hasardeux de résumer l’homme Hoederer en un monstre politique froid, qui préfère le salut des hommes à celui des idées et pour qui, « tous les moyens sont bons s’ils sont efficaces ». C’est peut être pourquoi, il est devenu le héros, et Hugo un martyr.

Le maréchal Pétain qui disait : « Je fais don de ma personne à la France », avait aussi cru faire le bon choix en acceptant d’initier et de faire vivre une politique de collaboration avec l’ennemi d’une France défaite militairement, mais patriotiquement et politiquement debout pour résister contre la dictature. Loin des titres de gloire acquis lors de la bataille de Verdun, l’histoire ne retiendra finalement de lui qu’un traitre, auteur et/ou complice de forfaits ayant pour toujours terni l’image de la patrie des droits de l’Homme.

Le jeu des alliances a toujours été au cœur des batailles politiques. De l’évident pacte sans lendemain entre Hitler et Staline, à la stratégie du parti communiste chinois avec les nationalistes lors la guerre contre l’occupant nippon, en passant par le compromis historique en Italie et  l’Union de la Gauche en France, des alliances se sont toujours nouées entre des forces opposées, voire antagoniques, sans jamais remettre en cause leurs différends. Le concept de « coexistence pacifique et lutte idéologique » n’était-il pas une autre forme de gentlemen agreement pour éviter la guerre chaude entre les deux blocs ?

Aujourd’hui encore, l’histoire tumultueuse de Ndoumbélaan, exige et rend possible de nouvelles formes d’alliances de forces politiques opposées et/ou antagoniques, dans l’espace et dans le temps. Ces alliances enfanteront inéluctablement des Hugo et des Hoederer, s’affrontant sur un champ de batailles jonché de germes et de cadavres, d’amour et de haines. Sous cet angle, la maladie déclarée du parti du président-poète n’est que le premier cas avéré d’une épidémie politique dont le virus à déjà infecté tous les partis en présence. Le temps d’incubation variant d’un organisme à un autre, il faut certainement s’attendre à d’autres victimes, dans un avenir plus proche que lointain.

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Le Général de l’Est n’est pas un idéologue, mais un administrateur de biens publics. Et c’est bien ce statut de gestionnaire qui l’a mis au devant du troupeau des Verts alors que les taureaux viriles et féconds se disputaient le rôle de mâle dominant. Il a été haï, accepté et/ou toléré comme le fut Cheddli Benjadid en Algérie, choisi pour arbitrer la bataille entre le camp de Rabbah Bita et celui de Bouteflika, le choix d’un certain Tony Blair à la place de Michael Heseltine, alors tombeur de Margaret Thatcher en Grande Bretagne. Le monde peine encore à digérer le bilan économique, politique et social de ces compromis dynamiques, ayant appelé aux affaires des suppléants, peu ou mal préparés à leurs charges.

Les objectifs de la nouvelle génération des Verts vont bien au-delà de la simple préservation des pâturages. Mais le Général de l’Est semble bien se moquer bien de leurs états d’âme. Il compte ses succès aux gobelets de lait collectés chaque soir, et à la qualité de chair sur son étal. Est-il de bonne foi, ou simplement incapable de lire le sens de l’histoire ? Serait-il victime d’engagements antérieurs dont la remise en cause écorcherait son orgueil ? Partagerait-il des secrets d’état inavouables, justifiant jusqu’au sacrifice de ses proches ? Et pourquoi ne serait-il pas simplement victime de chantage au-dessus de ses forces ? En tout cas, l’histoire ne connait pas de général ayant livré ses soldats à l’ennemi même pour préserver sa personne.

L’alliance du Général de l’Est avec le Gladiateur est une tragédie. Perceptible depuis longtemps, elle rime avec la mise sous scellé pour une période de douze ans au moins, des ambitions à gouverner du parti du président-poète. Ajoutés aux douze ans de règne de l’Empereur déchu, c’est bien une sorte de condamnation à vie des jeunes militants, avec une période de sûreté d’un quart de siècle. C’est incompréhensible pour les simples observateurs et inadmissible pour les jeunes qui rêvent de prendre en main les destinées du royaume. Les conséquences découlant d’une telle alliance sont inacceptables aussi, parce que perçues comme des décisions qui s’imposent à eux comme des paroles d’évangile, au nom de règles anachroniques. Inadmissibles surtout parce que la nouvelle génération ne peut pas se résoudre à vivre sans réaction dans un monde loin de son idéal politique, économique et social.

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Après le triomphe des révolutions, les héros deviennent forcément des conservateurs au sens politique du terme. Assis sur leurs certitudes légitimées par l’Histoire et des lauriers issus de conquêtes et de batailles antérieures, ils se croient investis du droit de défendre des « acquis » que les nouvelles générations cherchent logiquement à dépasser, qualitativement et quantitativement, plus qu’à les remettre en cause. Leurs désaccords, plus souvent exprimés dans la violence inhérente à leurs convictions et à leurs certitudes puériles, ne sont que la continuité des postures de leurs pères et aînés qui croyaient dur comme fer, être en mesure de changer le monde à coups de cocktails Molotov, de citations du Che et de quelques vers de Pablo Néruda. On peut leur en vouloir, regretter leur « ingratitude », sans pouvoir leur donner tort. Car c’est bien elles qui ont raison, parce qu’elles seules, peuvent dialectiquement triompher des luttes actuelles aux verdicts inscrits dans un futur qui se moque des avis des « grand-mères » conteuses d’histoires.

La plainte pour « tentative d’assassinat….», contre ses propres camarades de parti n’est-elle pas excessive quand on a bravé les assauts visiblement plus osés de ses adversaires dans le silence, enterré ses compagnons tombés sur la route de l’Alternance II sans qu’aucune des plaintes devant Thémis n’ait eu de suite ? Livrer ses camarades et à plus forte raison sa jeunesse à ses adversaires politiques, peut-il s’expliquer par le simple désir de justice d’un citoyen qui se sent offensé et/ou menacé ? S’agirait plutôt d’une riposte maladroite et disproportionnée d’un soldat plus habitué à distribuer le courrier à l’arrière du front qu’à se battre ?

Les dés sont jetés, et le Général de l’Est accusé à tort ou à raison d’avoir tenté vainement d’infliger une peine de perpétuité politique à ses camarades, pourrait bien obtenir enfin gain de cause. Une perpétuité physique et politique, avec l’aide non désintéressée d’une « magistrature couchée » malgré de brillants et intègres juges à ses périphéries, est désormais plus qu’une simple probabilité.

On peut regretter que les sages du royaume, (politiques, clergés, société civile …), et plus particulièrement des voix autorisées du parti du président-poète, aient laissé faire, qu’ils aient laissé fermenter le vin qui ne manquera pas d’enivrer tout le royaume et peut être, le conduire à des situations imprévisibles où les différends stratégiques pourraient dériver vers de tragiques règlements de comptes.

Les chroniques de Bandia, janvier 2017

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DE LA VERTU EN POLITIQUE: DÉMOCRATIE, PÉTROLE ET GAZ (LACRYMOGÈNE) 

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Malgré les propos rassurants tenus à Saré Bamol (Tambacounda) par le Président de la République sur l’inexistence de menaces sur la démocratie sénégalaise, il faut reconnaître que la situation politique nationale est préoccupante. Rien que le tourbillon politico-médiatique autour du Président et de sa famille biologique est révélateur de l’imbroglio politicien, duquel la vie politique sénégalaise n’a jamais réussi à s’extirper depuis les débats épiques sur la troisième candidature controversée  du président WADE et la dévolution monarchique du pouvoir.

C’est en cela que les gesticulations des personnalités politiques issues de la galaxie wadiste n’aident pas à clarifier le jeu politique. La thèse de l’innocence des dignitaires libéraux, qui pendant plus d’une décennie, nous en ont fait voir de toutes les couleurs, ne tient pas la route. En effet, malgré les insuffisances liées au fonctionnement de la CREI, la culpabilité de l’ex-prince héritier, figure emblématique de la mal-gouvernance wadiste – ayant servi de bouc-émissaire – a été établie par la Justice sénégalaise. Quelle peut alors être la cohérence d’une Coalition, dans laquelle, le parti démocratique sénégalais jouerait les premiers rôles, alors que c’est précisément le manque de rupture du pouvoir apériste par rapport aux pratiques malsaines du précédent régime libéral qui pose problème ?

A preuve, l’invocation par le gouvernement apériste de l’arrêté ministériel pris par le dernier ministre de l’Intérieur de Wade, loin d’être un cheveu dans la soupe, est venue simplement confirmer la continuité des options politiques entre le Président Sall et son ancien mentor, ce dont témoigne largement la libération de Karim Wade, dans les conditions obscures que l’on sait. Et que dire du débauchage effréné de politiciens de la majorité libérale sortante, de l’impunité accordée aux délinquants financiers du nouveau régime, qui serait à l’origine de la défénestration de l’ancienne directrice de l’OFNAC ?

C’est pourquoi, on peut dire que les nuages de gaz lacrymogène ayant enveloppé la manifestation de la Coalition Manko Wattu Senegal et la confusion sur l’itinéraire de la marche sont symboliques de l’opacité qui entoure la vie politique sénégalaise. Et de fait, le peuple sénégalais assiste, impuissant, à une déliquescence des institutions étatiques et à un recul démocratique, d’autant plus inquiétants que notre pays doit relever des défis inédits en matière de gestion des ressources minérales nationales.

Les patriotes et démocrates de notre pays ne peuvent s’empêcher de ressentir un énorme sentiment de gâchis en voyant ce que la Coalition Benno Bokk Yakaar, avec à sa tête, Macky Sall, a fait des recommandations de la CNRI issues des conclusions des Assises Nationales, dont l’application intelligente aurait pu nous épargner tout ce cirque politicien, qui a vidé de sa véritable substance les avancées démocratiques tant attendues par le peuple sénégalais.

Pire, en justifiant son reniement à réduire, comme il l’avait promis, la durée de son mandat, par un avis consultatif du Conseil constitutionnel, le Chef de l’Etat a davantage discrédité la fonction présidentielle, clé de voûte des Institutions, qui était la seule à conserver encore un peu de sa respectabilité. Cela a conduit à une fragilisation généralisée de de toutes les Institutions étatiques, que ce soit l’Assemblée Nationale synonyme depuis toujours d’une chambre d’enregistrement et la Justice gangrénée par une corruption endémique.

Quand est ce que le peuple sénégalais va-t-il enfin rompre avec cette quadrature du cercle. N’est-il pas temps de changer de paradigme ? Ne faudrait-il pas passer de la politique de large rassemblement sous forme de méga-coalition sans repères et ouverte à toutes sortes de délinquants financiers et autres politiciens mal famés, à des regroupements basés sinon sur des accointances idéologiques, tout au moins sur des objectifs politiques concertés à court ou moyen terme ? Pour cela, il est incontournable qu’une nouvelle culture politique basée sur des accords programmatiques et des mécanismes éprouvés de redevabilité soit instituée.

Dans cette nouvelle démarche politique, l’éthique et la morale ne devraient plus être mises sous le boisseau. Il faudrait plutôt sortir du pragmatisme qui veut que la fin justifie les moyens. Des réalisations telles que la construction d’infrastructures, les chantiers du PUDC, l’autosuffisance alimentaire, la couverture maladie universelle… sont certes importantes. Elles ne devraient pas pour autant occulter quelques-uns des points d’accord ayant fait l’objet de consensus, lors des Assises Nationales, telles que l’approche inclusive, l’exigence de transparence, l’éradication du clientélisme politicien, la consolidation de la démocratie participative…

Il est temps de mettre fin au mutisme des hommes politiques sur des enjeux aussi cruciaux que la refondation institutionnelle avec le rééquilibrage des pouvoirs, l’indépendance de la Justice, le respect des droits humains, la lutte véritable contre la corruption…

Pour contrecarrer l’absence de lisibilité du jeu politique, il convient de promouvoir un compagnonnage vertueux de formations politiques reposant sur des valeurs communes et si possible sur un socle programmatique explicite. Les partis anciennement au pouvoir doivent rompre avec le négationnisme consistant à réfuter toutes les erreurs et fautes politiques commises au moment où ils géraient les affaires. Au contraire, ils gagneraient à pratiquer l’exercice de la critique et de l’autocritique pour espérer rebondir et repartir du bon pied. Quant aux partis supposés défendre la cause des masses populaires, ils doivent résister aux sirènes de l’électoralisme, du parlementarisme bourgeois et de la course effrénée vers les strapontins ministériels.

Toutes ces formations politiques ainsi que les acteurs de la société civile, qui ont choisi de s’impliquer dans le jeu politique doivent élaborer des offres politiques cohérentes et intelligibles, pour permettre aux citoyens conscients de procéder à des choix éclairés, lors des prochaines consultations populaires.

NIOXOR TINE

14 OCTOBRE 2016 : LE RÉVEIL POPULAIRE TANT ATTENDU ?

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Suite au refus des leaders de Manko Wattu Senegal de se plier à un vieil arrêté ministériel exhumé pour la circonstance interdisant toute manifestation entre l’avenue Malick SY et le Cap Manuel, tout semble concourir à faire de l’après-midi de ce 14 octobre, ce que les américains appellent « a dog day afternoon », où les manifestants de l’opposition risquent de subir une canicule étouffante accentuée par l’effet asphyxiant des gaz lacrymogènes.  Ce sera, dans tous les cas, une date marquante, dans la vie politique de notre pays, une sorte de nouvelle étape dans la dynamique de défiance à laquelle le pouvoir apériste est confronté depuis quelques mois.

Tout a commencé avec le reniement des recommandations de la CNRI, particulièrement celle portant sur la réduction du mandat présidentiel, puis la tenue dans la foulée d’un référendum devenu sans objet. Il faut reconnaître que seuls les thuriféraires du pouvoir apériste pouvaient encore accepter cette gouvernance calamiteuse tiraillée entre une intolérance manifeste vis-à-vis de toute forme d’opposition et la promotion de la transhumance envers les « porteurs de voix » de l’Opposition, qui acceptaient de se rendre à l’ennemi. On assista ensuite à des arrestations abusives, arbitraires mais surtout sélectives de centaines de militants libéraux, l’instrumentalisation flagrante des procédures judiciaires et juridictionnelles, ainsi que l’interdiction de marches pacifiques.

Il s’en suivit une victoire mitigée du Oui à une consultation référendaire du 20 mars 2016 portant sur un projet biscornu de réforme constitutionnelle, marquée du sceau d’un abstentionnisme massif, ressemblant, à s’y méprendre, à un désaveu politique. A un point tel que le président Macky Sall dut en appeler à un vrai faux dialogue politique pour se défaire du boulet encombrant de la traque des biens mal acquis. Résultat des courses : Karim Wade fut gracié dans des circonstances si nébuleuses, qu’elles allaient compromettre durablement les mesures de décrispation à l’endroit des libéraux et différer tout projet de mise sur pied d’un gouvernement de majorité élargie.

Entretemps, de nouveaux acteurs étaient apparus sur la scène politique, faisant preuve d’une ardeur de néophytes, occupant ainsi l’espace libéré par ce que certains journalistes appellent la gauche « caviardisée », allant de formations politiques marxisantes à une social-démocratie minée par ses querelles internes. Au nom de la raison d’Etat et par une instrumentalisation avérée des Institutions de la République, un leader de parti politique, inspecteur des impôts sera révoqué, sans raison valable pendant qu’un ancien premier ministre dirigeant une autre formation politique sera combattu à travers sa vie privée et interdit de sortie du territoire national.

Pendant ce temps, les stratèges du parti au pouvoir étaient en train de s’atteler à essayer de redorer le blason de leur formation politique terni par leurs mésaventures pré- et post-référendaires en montant en épingle l’élection au Haut Conseil des Collectivités Locales. Comment, en effet, se glorifier en 2016, d’une victoire à une élection au suffrage universel indirect ne concernant que des élus locaux déjà choisis lors des élections locales de 2014 ? Et de fait le miracle tant attendu – des effets de la corruption massive- ne se produisit pas et les résultats de l’élection des hauts conseillers ne firent que confirmer ceux des dernières élections locales, jusques et y compris victoire de And Taxawu Dakar (abstraction faite de quelques votes sanction par ci par là).

C’est alors que fut ouvert un nouveau chapitre de la vie politique sénégalaise, en cours d’écriture, qu’on pourrait intituler « Twilight* : les vampires du pétrole » faisant état de l’implication d’un certain Frank Timis et du frère du Chef de l’Etat dans des scandales liés à l’exploitation des ressources minières nationales.

Si on ajoute à ce cocktail explosif, les suspicions légitimes pesant sur le pouvoir apériste de vouloir mettre en place un dispositif de fraude électorale centré sur une refonte unilatérale et biaisée du fichier électoral, on se rend compte qu’il est plus que temps pour les pouvoirs publics de revenir à la raison. Pour avoir cru pouvoir ignorer le diagnostic scientifique issu des Assises Nationales et conforté par la C.N.R.I, le régime apériste se trouve dans une impasse politique avérée.

La sanction populaire sans équivoque subie par le régime précédent pour ses pratiques de mal-gouvernance et de népotisme voire de dévolution monarchique du pouvoir rend irrecevable la démarche actuelle du pouvoir, qui croit pouvoir faire fi de décennies de combat démocratique en s’adossant à un quarteron de gérontocrates.

NIOXOR TINE

*Twilight : crépuscule / timis

XALAAS – LA GRANDE DESILLUSION

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Par Bassirou S. NDIAYE

Les partisans du Gladiateur totalisent 85% d’« élus» au sein la nouvelle parure institutionnelle de Ndoumbélaan. Avec l’arrivée du « quota sécuritaire » qu’il s’est adjugé légalement, le Gladiateur pourrait disposer de 92 % d’inconditionnels dans cette fameuse chambre. Mais il ne semble pas se satisfaire de cette majorité impériale et promet de « prendre les choses en mains ». Sic.

Tel un mâle en rut qui a marqué son territoire, se sentirait-il offensé par l’odeur étrangère d’autres mâles avec lesquels aucune coexistence pacifique n’est possible ? S’agit-il d’une intolérance absolue au point ne pouvoir supporter l’expression de moins de 10 % d’opposants à sa politique sur l’échiquier national ? Une telle hypothèse est logiquement improbable car le Gladiateur est convaincu qu’au moins 10 % de la population n’adhère pas à sa politique. S’offusquer qu’une telle réalité s’exprime à travers les urnes est humainement inquiétant, démocratiquement impardonnable.

En analysant le mode de scrutin, la taille du collège électoral et le poids de ses partisans dans certaines localités, le Gladiateur en bon scientifique avait raisonnablement recommandé à ses partisans de se déclarer non-partants dans les zones où ils étaient numériquement faibles. On peut toujours critiquer l’absence de fair-play, et la faiblesse démocratique de cette posture évitant de se faire compter là où il se sent minoritaire. Mais, bien de citoyens avaient salué cette « sagesse ».

Qu’il se soit laissé par la suite convaincre de la disposition d’opposants (scandaleusement exhibés dans les médias comme des trophées de guerre), miraculeusement reconvertis en militants de la vingt cinquième heure à sa politique et capables d’inverser les résultats, a été une erreur politique pour un homme d’Etat.

Après la lecture de la vérité des urnes, le Gladiateur aurait malgré tout pu faire preuve de grandeur en saluant les vainqueurs, d’autant plus que c’est lui qui a fait appel à la mise en place d’une telle structure pour entendre spécifiquement et certainement tenir compte de l’avis des conseils locaux dans leurs diversités. Que ces mêmes conseils se fassent représenter suivant des proportions préétablies par des scrutins antérieurs n’est que logique. Il aurait pu et du s’y conformer au moins publiquement quelles que soient par ailleurs ses intentions cachées.

Pour cela, Goorgorlu qui ne ménage jamais ces politiques incapables de lui assurer la DQ malgré les milliards à leur disposition, avait salué l’attitude du Ministre-Pleureur et occasionnellement chanteur de louanges pendant les inaugurations, qui avait banalisé les résultats comme un fait divers dans une démocratie. Mais le Gladiateur ne l’entend pas de cette oreille.  Et il n’est apparemment pas le seul dans sa coalition. Un vieux militant communiste (néolibéral ?), vient de balancer une analyse rocambolesque où la raison principale de la défaite logique (en tenant compte des paramètres évoqués plus haut), serait plutôt liée au manque de respect des partisans du Gladiateur qui auraient marginalisé les militants de la gauche au niveau des bases ; une gauche où seraient d’ailleurs curieusement exclus les deux principaux membres socialistes de la coalition au pouvoir. Enfin, il donne la recette miracle pour ramener les populations « égarés » de la capitale en particulier, dans les rangs des applaudisseurs. Les échéances de : « un an pour le triomphe de la coalition », puis de « deux ans pour la réélection du Gladiateur », est plus un souhait personnel, une bévue politique intolérable pour la majorité des bases des partis représentés dans la coalition par leurs états majors et qui sont tout sauf des inconditionnels de la coalition actuelle ou du Gladiateur.  Mais cela, Nostradamus Kommunistus ne le sait pas encore.

En s’accusant mutuellement de négligence ou en se lavant les mains de toute responsabilité dans la défaite, les initiateurs du défi politique insensé, laissent croire qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une gifle sur la joue du Gladiateur par ses challengers le plus audacieux mais surtout les plus constants. Sans user des mêmes mots que son homologue outre-Atlantique, le Gladiateur leur a en d’autres termes, promis le recours au « kärcher pour débarrasser la vermine ». Avec cette nouvelle déclaration de guerre qui vient s’ajouter au débat sordide sur la Ndoumbélanité des citoyens, perçu comme une tentative de plus d’exclusion de tous les avis discordants, on ne peut que s’inquiéter sur nos lendemains.

Dans la gestion de la cité, on peut toujours remettre en cause la pertinence de toutes les institutions, exécutives, judiciaires, consultatives ou parlementaires, y compris la magistrature suprême. Confiée à un individu par le suffrage universel direct, ou à un collectif avec à sa tête une individualité ayant la confiance de ses pairs, la gestion d’une institution repose toujours sur des termes de référence et un cahier de charges. Les termes de référence qui définissent la recevabilité ou non de la candidature des postulants, peuvent à la fois être politiques, économiques, juridiques, moraux : subjectifs ou objectifs. Le cahier de charges est par contre, une somme de paramètres quantifiables et vérifiables dont l’avènement requiert des qualités techniques objectivement mesurables. Le doute raisonnable émis sur la capacité individuelle et collective des nouveaux « élus », compte tenu de la faiblesse des ressources humaines au niveau des conseils locaux pouvait être retenu pour justifier le « quota sécuritaire » dont la fonction serait exclusivement technique aux cotés des « élus », donc choisi sur des critères de compétences. La sortie maladroite du Gladiateur contre la présence d’autres sensibilités, tend à donner du crédit à ceux qui disent que la nouvelle parure de la République n’aurait d’autres fonctions que de caser une clientèle politique.

Ceux qui pensaient encore de bonne foi, que le Gladiateur en rassembleur allait profiter de son « quota sécuritaire » pour enrichir son fameux machin de technocrates capables d’accompagner les applaudisseurs inconditionnels, vont sûrement déchanter. Tout laisse penser qu’aucune voix discordante ne sera tolérée dans ce nouveau machin. Là-bas, ne siègeront que ceux savent déjà entonner, ou tout au moins se montrent disposés à apprendre l’hymne au messie où il est peint comme « l’indéracinable élu des dieux à adopter de gré ou de force ». Ceey Ndoumbélaan ! Xalaas.

BANDIA, SEPTEMBRE 2016