MAME LESS DIA, RÉVOLUTIONNAIRE PROFESSIONNEL

 

Mam LESS DIA, LE REVOLUTIONNAIRE PROFESSIONNEL

Témoignages et souvenirs d’un ancien compagnon de la lutte patriotique clandestine au Sénégal

Mamadou WADE (alias Mamadou Sy), Expert-Economiste

Mesdames, Messieurs,

C’est avec une profonde émotion et une vive nostalgie que je vais évoquer ici, l’itinéraire de révolutionnaire professionnel de mon grand ami et frère feu Mam Less Dia.

Plus précisément, je vais retracer quelques péripéties marquantes de la lutte patriotique clandestine à laquelle, nous avons, tous les deux participé activement, au début des années 1960, pour la libération de notre pays.

Les objectifs principaux de cette lutte, réellement amorcée depuis 1957, avec la création du Parti Africain de l’Indépendance était de libérer le Sénégal du joug colonial, de le développer, et de favoriser l’émergence et l’unité d’une société sénégalaise d’avant-garde.

Comme tous nos contemporains le savent plus ou moins, cette lutte que l’on peut qualifier d’historique, a valu à ses acteurs les répressions les plus sauvages conduites par des autorités sénégalaises supervisées et encadrées par la police et l’armée française. Tout ceci avec l’aval du Général de Gaulle, le libérateur de la France qui, étrangement s’offusquait avec hargne de la volonté d’anciennes colonies françaises de conquérir leur indépendance nationale.

Il nous faut d’abord parler de l’homme Mam Less Dia avant de poursuivre plus loin. Parmi les grandes qualités de notre regretté ami et camarade rappelé à Dieu le 16 Octobre 1997, il conviendrait de citer, en premier lieu, la simplicité de sa vie de tous les jours, son amour sincère du peuple et son esprit ultra démocratique. Il faudrait ajouter à ces traits de caractère le fait que le fondateur du célèbre journal « le Politicien » ne se trouvait réellement à l’aise qui avec les gens ordinaires, les infortunés et les gens du peuple.

Mam Less Dia a, certes, eu à fréquenter « les grands de ce monde » mais son cœur vibrait plutôt pour les masses populaires, pour les « petits de ce monde ».

Son itinéraire de combattant patriotique et révolutionnaire, toujours resté égal à lui-même, explique en grande partie tous ces traits de caractère. Des traits qui participaient entièrement, ce que nous appelions « la ligne des masses ». Une ligne que nous suivions à l’époque inoubliable où Mam Less Dia, d’autres proches camarades et moi-même formions un noyau dur de révolutionnaires professionnels. Des révolutionnaires préoccupés uniquement de l’instauration au Sénégal d’une démocratie populaire.

Au sein des gens simples, Mam Less « nageait comme un poisson dans l’eau » selon les mots de Mao-Tsé Doung, tant il était entêté de la cause du peuple. Tout cela a fait de lui un héros des laissés pour compte, des « damnés de la terre » du Sénégal.

Souvenirs d’une guérilla avortée

Mam Less Dia était un pur produit de la lutte patriotique au Sénégal. Il a grandi dans cette lutte et en a été un acteur émérite.

Nous nous sommes connus au début des années 1960 alors qu’il était étudiant en journalisme et sciences politiques à l’université Karl Marx de Leipzig, dans l’ex. Allemagne de l’Est.

Parmi les plus anciennes universités d’Allemagne. L’université de Leipzig a eu a accueillir plusieurs étudiants devenus célèbres par la suite. On peut citer : Ernst Bloch (physicien), August Hausen (mathématicien, physicien et astronome), Ludurg Hertz (physicien), Wolfgang von Goeth (homme de lettres), Wilhelm Leibniz (philosophe), Karl Liebkmecht (philosophe et homme politique), Fridrich Nietzzsche (philosophe), Novalis (écrivain), Richard Wagner (musicien), Angela Merkel (physicienne et actuelle chancelière de la République fédérale d’Allemagne).

Avant d’aller en Allemagne, il avait fait les prisons senghoriennes, suite à son militantisme révolutionnaire au sein du Parti Africain de l’Indépendance.

Plus tard toujours dans les années 1960, Mam Less et moi reçûmes une formation en vue d’une lutte de guérilla projetée au Sénégal par le PAI. Nous étions tous les deux des commandants et commissaires politiques avec des noms de guerre respectifs Ibrahima Sanogo pour Mam Less et Mamadou Sy pour moi.

Nous avions d’autres compagnons dont les « commandants » Filly Diallo qui a succombé dans la forêt de Niokolo Koba, Bara Goudiaby pris les armes à la main en Casamance, Max Madère Samb, Sadio Camara (Commandant Alphonse), le commandant Alla Kane spécialiste de la guérilla urbaine, le commandant Madické Wade et d’autres 30 personnes au tous formées à Cuba dans les conditions de préparation des guérilleros de la Sierra Maestra.

Il y’avait aussi d’autres camarades comme Séno Dieng, Charles Abdoulaye Guissé, Chérif Ndour, Wahab Diène, Abdourahmane Dia, Abdoul Aziz Diagne, Marianne d’Erneville, la grande Mère Courage, et d’autres patriotes issus des différentes parties du Sénégal. A ces camarades s’ajoutaient des militants restés au Sénégal comme Charles Guèye, Omar N’Diaye, Bocar Guissé.

Nous dormions tous sur des nattes quelque par à Bamako, alors que s’élaboraient la stratégie d’organisations et de déclenchement d’une lutte armée révolutionnaire pour libérer le Sénégal du néo-colonialisme.

Après l’expérience malheureuse d’implantation d’une guérilla armée au Sénégal plusieurs camarades et amis de Mam Less et de moi-même se détachèrent du PAI pour former le Parti communiste du Sénégal. Il s’agit du sociologue Samba N’Diaye, de Hady NDir, Wahab Diène, Ousmane Dramé pour ne citer que ceux-là.

Ils reçurent par la suite, une autre formation à l’Académie militaire de Nankin en Chine. Ils préparèrent ensuite un projet sans lendemain d’organisation d’une autre guérilla inspirée des méthodes chinoises d’encerclement des villes à partir des campagnes.

Il est peut-être indiqué de rappeler aux jeunes générations le souvenir de toutes ces étapes de la lutte patriotique dans notre pays, après l’indépendance en 1960. Une indépendance que nous considérions comme un leurre, une fiction devant occulter les réalités d’un régime totalement néocolonial.

Les médias aidant, pour la plupart sous-informés, ces jeunes générations ne connaissent, généralement, que les luttes de Mai 1968 et leur leaders. Ces derniers, à quelques exceptions, ont été des « révolutionnaires de salon » à la différence de Mam Less Dia et des compagnons précités. Il s’agissait de révolutionnaires endurcis et conséquents prêts à donner leur vie pour la cause nationale et qui l’ont prouvé à de nombreuses occasions.

Pour revenir à la guérilla du PAI, il faut reconnaître que beaucoup d’erreurs ont été commises dans les préparatifs, le déclenchement et l’implantation du maquis. Et elles ont conduit à la débacle de la guérilla.

Dans le cadre de cette implantation différentes colonnes de militants avaient été dispersées aux quatre coins du Sénégal, y compris à Dakar en prévision de la guérilla urbaine.

Leurs tâches préliminaires principales étaient d’étudier et de préparer sur le terrain les conditions sociales politiques, matérielles et militaires d’organisation et de réalisation d’une lutte armée contre le pouvoir néocolonial en place.

Cette lutte devait être animée et encadrée par des militants formés et entrainés dans les pays de l’Est, et à Cuba où Che Guévara supervisait différents projets de guérilla anti-impérialistes.

Au Sénégal oriental, en Casamance et au Niombatto les erreurs commises découlaient en partie, d’une certaine improvisation dans la ventilation géographique des futurs guérilleros. Il y avait dans les groupes des camarades citadins qui, auparavant, ne connaissaient d’autres horizons que les rues et immeubles de leur ville. Ils ont été « jetés » dans des contrées rurales éloignées et totalement inconnues d’eux.

La seule vue de ces camarades ainsi que l’observation discrète de leurs agissements conduisaient les populations à comprendre que de louches intrus préparaient quelque chose dans leur terroir. Pourtant les militants-maquisards s’efforçaient de maquiller leurs agissements autant que possible, en se déguisant qui en berger, qui en paysans, en colporteur, charbonnier, chasseur, pêcheur, ou bûcheron.

Mais les populations rencontrées au hasard des déplacements étaient méfiants et montraient parfois de l’hostilité. Le principe du révolutionnaire en communion avec le peuple et « nageant comme un poisson dans l’eau » ne pouvait point être appliqué dans cette situation de méfiance et de suspicion réciproques.

Les détachements d’avant-garde ventilés dans les campagnes ne pouvaient s’attendre, dans ces conditions, qu’à l’impossibilité objective de mobiliser les paysans et couches défavorisées des localités traversées. Qu’il s’agisse de la mobilisation par l’agitation orale qu’au moyen de la propagande par l’action armée. Une telle action armée supposant , comme préalable , et en vue d’une résonnance populaire, l’adhésion ou tout au moins le soutien partiel des populations localisées dans les théâtres d’opérations .

L’absence de cette adhésion et la méfiance avaient frayé la voie aux dénonciations volontaires ou involontaires sous forme de commérages indiscrets colportés aux autorités locales représentant le pouvoir central. De tels commérages faisaient état de présence des guérilleros avant même leur implantation réelle.

A ces « dénonciations » opérées par des villageois sincèrement troublés par les agissements compréhensibles d’ « étrangers » aux allures de comploteurs et de bandits de grands chemins s’ajoutaient les conséquences d’autres facteurs et incidents fâcheux. Parmi ces derniers, il faut citer la défection ou les imprudences, de même que l’affolement ou le malaise de quelques maquisards dépositaires de secrets importants.

Cette situation découlait du fait que, sans être des traitres à la cause, ces militants n’étaient pas suffisamment préparés psychologiquement et mentalement aux actions martiales réelles. Ou bien ils se trouvaient tiraillés par le sentiment qu’ils avaient été plongés dans une aventure terrible dont ils ne maîtrisaient ni les tenants ni les aboutissants.

Toute cette conjonction de circonstance et d’incidents négatifs n’avait pas été prise en compte, de façon prévisionnelle. Car les appréciations qui avaient conduit les instances dirigeantes du PAI à croire que la situation au Sénégal étaient révolutionnaire, relevaient d’une vision bureaucratique, fantaisiste et utopique du cours des choses, de la réalité et des rapports de forces dans le pays.

Les appréciations en question procédaient enfin d’une surestimation de la détermination des masses populaires sénégalais à « ne plus vive comme avant », ainsi que celles des ressources tactiques et stratégiques du mouvement révolutionnaire. En un mot, il manquait l’adéquation des facteurs subjectifs aux facteurs objectifs. Une adéquation nécessaire pour entraîner, avec succès, les masses populaires dans le processus d’une révolution nationale conforme à celle visée par le PAI.

On ne pouvait pas également s’attendre à des résultats tangibles avec la voie révolutionnaire dit « du focus ». C’est-à-dire de la fermentation révolutionnaire propagée par un noyau dynamique à partir de foyers propices aux offensives armées.

Cette voie avait été efficace avec les héros de la Sierra Maestra dirigés par Fidel Castro, Che Guevara et Camilo Cienfuegos. Elle a été expérimentée, par la suite, par Turcio Lima au Guatemala, Douglas Bravo au Vénézuala, Hugo Blaneo au Pérou et Che Guevara en Bolivie. Mais elle n’avait pas rencontré le même succès à cause de l’évolution des techniques de lutte anti-guérilla. Che Guevara a précisément été victime de cette évolution.

Au demeurant, et en ce qui concerne le cas du Sénégal, pour envisager cette voie du « focus », encore fallait-il que le PAI disposât de noyaux de militants aguerris, intrépides et rompus aux pratiques de la lutte armée de guérilla. Ce qui n’était pas le cas.

S’engager, par conséquent, dans cette voie, en l’absence des conditions évoquées, revenait à opter pour l’improvisation, l’aventurisme, l’amateurisme et la spontanéité sans bases objectives susceptibles de favoriser l’ancrage et le développement des facteurs subjectifs de la lutte.

Répressions par le régime néocolonial

La plupart des militants engagés dans le projet de lutte armée étaient de jeunes révolutionnaires déterminés et courageux. Ils avaient abandonnés famille, statut social parfois privilégié, travail, écoles et mondanités, pour « changer les choses » au Sénégal.

Profondément gagnés par le romantisme révolutionnaire, nous rêvions que la fin du néocolonialisme était pour demain. Malgré les erreurs qui entachèrent cette étape de la lutte révolutionnaires au Sénégal, la majorité des protagonistes dont feu Mam Less Dia et moi-même, considérait cette période comme la plus généreuse et la plus exaltante de leur jeunesse.

Les idéaux des protagonistes concernés étaient nobles et désintéressés. Leurs actions téméraires visaient au réveil du peuple sénégalais et à son engagement dans une révolution populaire, et à son émancipation politique, sociale et économique.

Prises d’abord de court par les colonnes de guérilleros du PAI qu’elles ont toujours sous-estimées, les autorités sénégalaises de l’époque ne tardèrent guère à se ressaisir et à lancer une contre-offensive généralisée. Il s’en est suivi un vaste ratissage à l’échelle nationale.

Dans les villes, les militants révolutionnaires déjà plus ou moins fichés par la police étaient pourchassés jusqu’à leurs derniers retranchements.

Dans les forêts du Niokolo-Koba, de la Casamance et du Sine-Saloum, les forces armées gouvernementales appuyées par l’armée française avaient mis en branle les dispositifs militaires nécessaires. Il s’agissait pour elles d’encercler et de prendre dans leur filet les avant-gardes politiques et militaires chargés de préparer le déclenchement de la guérilla.

Ce fut, par la suite, la répression la plus dure qu’ait jamais organisée le pouvoir en place, à l’encontre du mouvement patriotique et révolutionnaire sénégalais.

Dans les centres urbains beaucoup de militants se retrouvèrent dans les serres des forces répressives. Certains ont sauvagement été torturés, au point de subir des séquelles jusqu’à leur mort.

Au niveau des zones rurales où les possibilités de se mouvoir étaient plus étendues plusieurs militants constituant les colonnes d’avant-garde, s’égayèrent dans la nature pour aller vivre sous d’autres cieux. Certains rejoignirent d’autres guérillas en Afrique. Tous ces compagnons ont pu éviter de lourdes peines de prison, précédées des sévices inhumains qui frappèrent leurs camarades moins chanceux.

Pour échapper à l’encerclement Mam Less Dia s’était déguisé en bûcheron et fabricant de charbons de bois. Il eut à vendre, quelque temps, du bois mort dans les environs de Tambacounda. Ensuite il vécut dans la clandestinité avec le groupe d’amis qui partirent, plus tard, se former à l’académie militaire de Nankin.

De mon côté, avec le nom de Mamadou Sy et un faux-passeport malien j’avais pu déjouer le contrôle des forces répressives et policières, revenir à Bamako avec un autre ami Chérif NDour, et ensuite aller poursuivre mes études supérieures à Moscou.

Feu Chérif NDour notre ami commun avec Mame Less Dia, avec qui il avait fait la prison à Dakar, mérite une mention spéciale. Il était parmi les militants les plus téméraires du PAI. Révolutionnaire pur et dur, il s’était endurci lorsqu’il avait été membre des jeunesses communistes en Egypte.

C’est dans ce pays, que, fils d’une famille maraboutique sénégalaise il fit ses études primaires, puis secondaires à l’Université Al Azhar. Avant de revenir au Sénégal ne parlant que l’arabe et l’anglais et un wololf approximatif, il avait passé deux années dans les geôles égyptiennes, sous le régime de Nasser. Cherif NDour était un spécialiste des actions d’éclat et de commandos.

Dans cet exposé, il y a beaucoup de militants émérites que je n’ai pas pu mentionner, faute de connaître leurs noms véritables, et du fait que dans la situation de clandestinité nous portions tous des noms d’emprunt et cachions nos origines géographiques sénégalaises.

Mam Less Dia, un héros multidimensionnel

Mesdames et Messieurs,

J’ai retracé, autant que possible, les circonstances et péripéties du passé indéniablement révolutionnaire et patriotique de feu Mam Less Dia. Il s’agit d’un passé commun et dans lequel ont pris racine notre amitié et notre complicité, vieille de plus de trente ans, à son départ de ce monde.

Cette complicité de bon aloi s’était renforcée lorsque, de retour au Sénégal, j’ai décidé de lui apporter mon appui dans ses initiatives visant à créer et développer une presse libre, indépendante et satirique dans notre pays.

A travers « Le Politicien » dont j’ai été Directeur des Rédactions pendant de nombreuses années, nous avons mené de rudes batailles contre l’obscurité, la duplicité et pour l’avènement de la transparence et de la démocratie au Sénégal. J’ai accompagné également Mam Less comme rédacteur chargé des questions économiques du magazine « Voix d’Afrique » à Abidjan.

Nous avions compris que le système capitaliste est profondément injuste, mais que le Sénégal n’était pas encore prêt à adopter le communiste à cause de l’absence criarde de la fameuse conscience de classe au niveau des populations.

Forts de cette compréhension, nous avions tous les deux, estimé que les solutions aux problèmes du Sénégal et de l’Afrique doivent venir de nous-mêmes. Elles doivent aussi être portées par des patriotes uniquement préoccupés des intérêts populaires. Toutes choses qu’incarnait Mam Less Dia.

Artisan indiscutable de l’avènement de la démocratie au Sénégal, feu Mam Less Dia reste assurément un héros positif et attractif. Sous des dehors jusqu’auboutiste, il cachait, en réalité un cœur d’or et une grande noblesse d’âme décelables par tous ses proches. Il tenait, à la fois, d’André Malraux, de Maxime Gorki, de Bertolt Brecht et de Kotche Barma. Nous étions en adéquation avec Brecht et particulièrement avec ces mots de l’auteur allemand : « Qui a construit Thèbes aux sept portes ? Les livres disent que c’étaient les rois. Etaient-ce les rois qui portaient les blocs de pierre ? » (Wer baute das siebentorige Theben ?/In den Büchern stehen die Namen von Königen./Haben die Könige die Felsbrocken herbeigeschleppt ? »

La brave épouse de Mam Less Elizabeth à la patience sans bornes, et ses enfants qui se distinguent par leur éducation exemplaire, ont vraiment de quoi être fiers de leurs mari et père. Je vous remercie de votre attention et de l’intérêt porté à notre regretté ami.

La saison des gourdes.. Par Oumar Ndao (2007)

oumarsall

Mais qu’arrive-t-il au Sénégal ? C’est à ne plus rien comprendre… Alors que ça marchait harmonieusement en colonne par deux, nous voilà éparpillés et éclatés en mille morceaux ! Avec Oumar Ndao, parlons de la peur, des artistes, et des gourdes !

oumar-ndaolastImaginez le Sénégal de la fin des années 70 ! Tout marchait deux par deux, épaule contre épaule comme dit dans l’hymne national : Senghor au Palais, Lamine Guèye à l’Assemblée nationale ; le PS au pouvoir et tous les autres dans le PAI clandestin ; Serigne Abdou à Tivaouane, Serigne Abdou Lahat à Touba ; au milieu du terrain de l’équipe nationale Louis Gomis et Louis Camara ; sur le banc des entraîneurs Joe Diop et Mawade ; l’enracinement et l’ouverture ; l’organisation et la méthode. Que d’hommes fabuleux et de concepts puissants, intelligents et porteurs de rêves ! Et toujours dans l’harmonie du binaire !

Aujourd’hui, et ce depuis bientôt vingt années, les choses ont éclaté en mille morceaux :…

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POUR KHALIFA SALL !

 

 Par Demba Moussa Dembélé

A travers une déclaration, en date du 8 mars –au lendemain de l’arrestation de Khalifa Sall- le Forum social sénégalais était le premier à affirmer que « l’inculpation de Khalifa Sall relève purement d’une machination politique visant à éliminer un adversaire potentiel à l’élection présidentielle de 2019. »

Tous les développements de cette affaire depuis lors nous ont amplement donné raison. Et la demande de levée de son immunité parlementaire, dont le pouvoir disait qu’elle « n’existait pas », vient confirmer aux yeux de l’opinion que Khalifa Sall est bien victime d’un vulgaire complot ourdi au plus haut sommet de l’Etat!

Khalifa Sall est un otage politique

En vérité, Khalifa Sall est un otage entre les mains du régime de Macky Sall. La volte-face ridicule sur son impunité parlementaire est une nouvelle preuve de l’instrumentalisation de la justice et des mensonges éhontés du pouvoir pour le garder en prison et éventuellement le condamner pour l’écarter de la course à la présidentielle de 2019. C’est un secret de Polichinelle que si Khalifa Sall s’était aligné derrière M. Ousmane Tanor Dieng pour soutenir Macky Sall, rien ne lui serait arrivé.

Des membres du parti présidentiel, convaincus de détournements, de dilapidation de deniers publics et mis nommément en cause par des organes de contrôle, ont plutôt reçu des promotions, au lieu de voir leurs dossiers transmis à la justice !

Une justice dont le rôle aura été peu glorieux dans cette affaire Khalifa Sall, malheureusement. C’est elle qui devait être un des remparts contre la tyrannie. Alors, si elle se laisse instrumentaliser par l’Exécutif, cela sape les fondements de l’Etat de droit et met en danger les libertés individuelles et collectives.

C’est pourquoi, plus que jamais, les hommes et femmes de conscience et toux ceux qui sont épris de justice doivent élever la voix contre l’injustice faite à Khalifa Ababacar Sall et demander sa mise en liberté immédiate. C’est un devoir de solidarité pour nous protéger mutuellement, car face au despotisme et à l’arbitraire, personne n’est à l’abri.

L’honneur perdu de l’Assemblée nationale

L’autre institution, qui aurait dû faire entendre la voix du peuple, qu’elle est censée représenter, l’Assemblée nationale, est devenue elle aussi un essuie-pieds pour le pouvoir dont elle exécute docilement les desiderata, en violation de la Loi et de son propre règlement intérieur. Avec l’épisode de la levée de l’immunité de Khalifa Sall, l’Assemblée nationale sénégalaise a définitivement perdu le peu de crédibilité qu’elle avait encore aux yeux de l’opinion. Le refus de discuter du cas de Khalifa Sall lors de la séance d’installation de la nouvelle législature et le silence de son président par rapport à la lettre de l’honorable député, Issa Sall du PUR, montrent bien que cette Assemblée n’est qu’une vulgaire chambre d’enregistrement au service de l’Exécutif. « Une annexe du Palais », comme dirait l’honorable député Mamadou Lamine Diallo. La majorité mécanique au service de l’Exécutif a terni à jamais l’image de l’Assemblée nationale, qui a perdu ainsi son honneur et sa dignité. Elle renforce ainsi, dans l’opinion, l’image d’une institution composée d’individus qui ne sont mus que par des intérêts personnels et qui n’ont aucun souci de l’avenir de ce pays.

Et dans ce discrédit de l’Assemblée nationale, il y a le rôle de son président, accusé de violer le règlement intérieur de l’institution pour servir les desseins de l’Exécutif. Au crépuscule de sa longue carrière politique, on lui reproche d’avoir choisi de porter allégeance à un homme, le président Macky Sall, au lieu de mettre sa riche expérience au service de la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit.

Cela lui a valu des critiques acerbes de ses collègues de l’opposition, dont certains ont publiquement dit qu’il est une « honte pour le pays » ou « lâche intellectuellement »! Beaucoup ne manqueront pas de se demander comment un homme, qui a côtoyé Senghor à un jeune âge, qui a exercé de très hautes fonctions dans tous les régimes, de Léo-le poète à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade – dont il fut les éphémères Premiers ministres – comment un tel homme a-t-il pu se retrouver dans une telle situation au point de s’entendre attribuer des qualificatifs aussi infâmants ? Cruel destin !

Dans son for intérieur, peut-être s’est-il remémoré cette célèbre strophe tirée du Cid de Corneille : « Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie/N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie » !


 REGARDER LA VIDÉO: LA PREMIÈRE FAUTE POLITIQUE DE MACKY

http://www.seneplus.com/seneplus-tv/la-premiere-faute-politique-de-macky

LIBÉREZ L’OTAGE KHALIFA SALL !!!

La levée de l’immunité parlementaire du député Khalifa Sall va symboliser une étape décisive dans le démantèlement méthodique de nos Institutions, auquel s’est attelée la Coalition Benno Bokk Yakaar, avec à sa tête, le président de l’APR.

Il est vrai que l’emprisonnement d’adversaires politiques est bien ancré dans les mœurs au Sénégal. Combien de nuits Me Abdoulaye Wade a-t-il dû passer à « l’hôtel zéro étoile » de Rebeuss, avant d’accéder à la magistrature suprême, le 19 mars 2000 ?

Lui-même élu Président, a eu à faire incarcérer Mr Idrissa Seck, alors considéré comme favori à l’élection présidentielle de 2007, coupable à ses yeux de divers délits (détournement de fonds dans les chantiers dans la ville de Thiès, corruption, faux et usage de faux, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l’État)

Les dissensions nées du partage du butin finiront par être aplanies par le protocole de Rebeuss, présentant la double caractéristique d’être tout à la fois célèbre et secret.

Ensuite, en 2009, le régime libéral tentera, sans succès, de faire arrêter pour blanchiment d’argent Mr Macky Sall qu’il percevait déjà comme une menace pour sa stratégie de dévolution monarchique du pouvoir.

La nouveauté, s’agissant du maire de Dakar, Khalifa Sall, c’est l’absence de négociations susceptibles d’aboutir à un nouveau protocole nébuleux, la faiblesse de la résistance, voire la complicité de certains partis politiques et organisations de la société civile à cette forfaiture, avec en toile de fond, la volonté de plus en plus affirmée d’empêcher la participation d’un adversaire politique aux prochaines élections présidentielles.

Le hold-up électoral observé lors des dernières législatives du 30 juillet dernier, point d’orgue d’une déliquescence avancée du processus électoral, est révélateur de l’installation progressive d’un vide institutionnel lourd de dangers pour la survie de la Nation et de la République.

En effet, le jeu de yoyo autour de l’immunité parlementaire arbitrairement refusée au nouveau député Khalifa Sall a fini de mettre à nu les gros mensonges sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs, auxquels ne font semblant de croire que les thuriféraires du pouvoir actuel et de tous ceux qui l’ont précédé.

Accordons-nous avec l’ancien député Babacar Gaye, citant la Commission d’évaluation des Privilèges et Immunités du Parlement européen qui estime que « l’immunité parlementaire n’est pas un privilège au bénéfice personnel du membre du Parlement, mais plutôt une garantie d’indépendance du Parlement et de ses membres vis-à-vis des autres pouvoirs » !

De fait, selon les dispositions de l’article 61 de la Constitution, l’Assemblée Nationale a la possibilité de demander la levée de la détention provisoire du député-maire Khalifa Sall.

 Mais hélas ! Les honorables députés, surtout ceux de la majorité, redevables de leur mandat – non pas au peuple souverain – mais au Président de la République, font la sourde oreille, semblent courber l’échine et perdre le peu d’honneur, dont ils étaient encore crédités par l’opinion.

Sinon, comment comprendre, que la séance inaugurale de la treizième législature ait pu se tenir le 14 septembre dernier, sans que soit réglée la question préjudicielle de l’immunité parlementaire nouvellement acquise par le député Khalifa Sall, depuis la proclamation, un mois plus tôt, des résultats des législatives par le Conseil constitutionnel ?

Dans le même ordre d’idées, il est incompréhensible que le Procureur écrive au Président de l’Assemblée Nationale pour la levée de l’immunité parlementaire du maire de Dakar, alors qu’une fin de non-recevoir avait été opposée aux nombreux recours de ses avocats sur cette question.

L’exil forcé de Karim Wade et la prise en otage du maire Khalifa Sall ne suffisent pas à garantir à l’actuel président sa réélection lors des présidentielles de 2019. Mais même dans ce cas, notre pays pourrait être confronté à une crise politique majeure comme ce fut le cas de la Côte d’Ivoire, qui a connu une décennie d’instabilité sous Laurent Gbagbo élu lors d’élections, dont certains candidats comme Ouattara avaient été arbitrairement écartés.

C’est pourquoi, il est plus que temps pour les forces vives de la Nation d’exiger la libération de l’otage Khalifa Sall et le retour aux vieilles traditions démocratiques, qui jusque-là, ont valu à notre pays, son excellente réputation de modèle démocratique en Afrique et dans le monde entier.

 

NIOXOR TINE

 

L’AFFAIRE AÏCHA DIALLO OU L’ÉCHEC DE LA RÉFORME HOSPITALIÈRE ?

L’affaire dite Aïcha Diallo, quasi-inaugurale du magistère de Mr Abdoulaye Diouf Sarr peut également être considérée comme un héritage contrariant de la gestion de son prédécesseur. Il s’agit, dans tous les cas, d’une de ces dramatiques histoires, qui surviennent quasi-quotidiennement dans nos structures de soins.

Si on devait faire une rapide évaluation de cette sombre affaire dont a été victime l’infortunée gamine de 12 ans, on est bien obligé de reconnaître qu’elle n’aura, en rien, fait progresser la réflexion sur notre système sanitaire, qui se trouve dans une crise profonde.

OUI À LA REDEVABILITÉ… MAIS POUR TOUS !

Il s’est plutôt agi pour l’Opinion manipulée par une certaine Presse de vouer aux gémonies les professionnels de santé, exercice facile et ayant le don de booster la vente des journaux et l’audimat des supports audiovisuels. Il est seulement regrettable que l’information initiale à l’origine de ce buzz médiatique soit un cas d’école en matière d’entorse à la déontologie journalistique.

Cela dit, il est clair que des scandales de cette nature sont intrinsèquement liés à notre système de santé, tel qu’il fonctionne actuellement avec tous ses déficits (en ressources humaines, matérielles et financières) et son style de management. Sans chercher à blanchir les agents de santé, nous pensons que le mieux à faire serait d’exiger une redevabilité sans faille, de procéder à l’audit technique dans tous les cas où la responsabilité d’un professionnel est évoquée (décès, handicap ou simple plainte des usagers), afin de prendre les décisions appropriées, selon les résultats, au lieu de diaboliser tout un corps de métier. Il serait judicieux, dans tous les cas, de vérifier si tous les moyens matériels et humains nécessaires à l’établissement du diagnostic et à la prise en charge du cas existent au niveau de la structure.

De la même façon que la Police Nationale est mal placée pour éclaircir une bavure policière, il est clair que le Ministère en charge de la Santé ne peut, à lui tout seul, sans l’aide d’experts indépendants, investiguer des problèmes survenus dans ses services. Rappelez-vous de l’affaire du sang contaminé en France, dans les années 80 ! Plusieurs autorités avaient été alors jugées, dont des médecins du centre de transfusion sanguine, le directeur de la santé, des ministres de la santé et même le Premier ministre d’alors. C’est dire que les ministres de la République portent une responsabilité pour tous les actes posés dans leurs services, aussi lointains qu’ils puissent leur apparaître.

Dans le même ordre d’idées, les choix budgétaires de l’Exécutif, les réformes qu’il initie, les failles dans le leadership et le mode de gouvernance politique influent directement sur tous les secteurs de la vie nationale et de manière plus marquée au niveau de la Santé, où il s’agit d’enjeux de vie et de mort !

DOIT-ON ABOLIR LA RÉFORME HOSPITALIÈRE ?

La Réforme hospitalière s’est inspirée des principes du « management participatif », ayant pour ambition de combiner l’exigence du service public incarnée par les administrations avec l’esprit d’entreprise rattaché au secteur privé. Elle a été adoptée par l’Assemblée Nationale le 12 février 1998 sous forme de deux lois complémentaires la première intitulée « loi portant réforme hospitalière », la seconde intitulée « loi relative à la création, à l’organisation et au fonctionnement des établissements publics de santé ».

Il faut rappeler que l’instauration de la réforme hospitalière avait trouvé ses fondements dans la baisse continue de la qualité des soins dans les centres hospitaliers, avec comme corollaire, le développement d’un secteur privé moderne auquel ne peuvent accéder que quelques Sénégalais nantis. Selon la Direction des Etablissements de Santé, le but de la Réforme Hospitalière était d’améliorer les performances des hôpitaux aussi bien sur le plan de la gestion que celui de la qualité des soins.

Près de 20 ans après, force est de reconnaître que le bilan est plus que mitigé. Déjà, en Octobre 2006, une grande concertation nationale sur le système hospitalier, présidée à l’époque par l’actuel Président de la République, alors premier ministre du gouvernement libéral, avait fait le diagnostic sans complaisance des errements de cette Réforme, et proposé des pistes de solution, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elles tardent à être appliquées. Ce n’est que l’an dernier, le 6 avril 2016, que le projet de décret portant statut du personnel des Etablissements publics de Santé a été adopté en Conseil des Ministres.

Par ailleurs beaucoup de reproches sont faits à cette réforme, qui semble mettre l’accent davantage sur le recouvrement de coûts, qui se transforme très souvent en marchandisation des soins de santé aux dépens de l’équité dans l’accès aux soins hospitaliers (seuls 3% des personnes à revenus modestes qui constituent 51% de la population) ont accès à l’hôpital.

Cela est dû, en grande partie, à l’autonomie de gestion, qui a conduit au désengagement progressif de l’Etat ses démembrements que constituent les collectivités locales se traduisant défaut de financement. En effet, ils n’apportent pas aux hôpitaux les dotations budgétaires, l’équipement et les ressources humaines nécessaires à la garantie du service public, ce qui induit une privatisation déguisée comme c’est déjà la règle dans la plupart des hôpitaux.

La première conséquence est la précarisation des statuts des travailleurs, la dé-fonctionnarisation, la pléthore de vacataires. Il s’y greffe le recrutement de personnel non qualifié sur des bases clientélistes (proches parents ou militants du parti au pouvoir mais aussi de leaders syndicaux…), qui induit un accroissement de la masse salariale.

Cela conduit à la réduction de l’accessibilité financière des structures hospitalières, où la qualité des soins, même si elle s’est améliorée, a du mal à se hisser à la hauteur du développement fulgurant des maladies non transmissibles réputées être à « soins coûteux ».

Comment passer sous silence la faramineuse dette hospitalière due à la précarisation du financement du système sanitaire ? Elle est due à plusieurs facteurs :

  • l’inexistence de critères pertinents pour les allocations budgétaires destinées aux établissements publics de santé (300 millions pour l’hôpital de Pikine),
  • les difficultés liées au transfert des fonds de dotation aux collectivités locales, depuis 1996, aggravées par l’Acte 3 de la Décentralisation,
  • la mise en œuvre de politiques de gratuité insuffisamment élaborées (plan sésame…).

QUELLES PISTES DE SOLUTIONS POUR NOS HÔPITAUX ?

Comme nous le voyons donc, les graves dysfonctionnements au sein du système sanitaire en général et plus particulièrement ceux du système hospitalier dépassent de loin la problématique de l’accueil, qui constitue certes un aspect très important de la prise en charge sanitaire mais n’en recouvre pas la totalité.

Sur le plan de la carte sanitaire, on doit corriger le paradoxe qui fait de l’hôpital de Pikine, situé dans le département le plus peuplé de la Région de Dakar (plus du tiers de la population), le seul établissement public de santé de niveau 3 de la banlieue, qui comprend aussi les départements de Guédiawaye et de Rufisque.

Il urge donc de construire d’autres établissements publics de niveau 3 au niveau de la banlieue dakaroise. Il importe, dans ce cadre de préserver le système de santé de district mis à mal par l’érection intempestive et injustifiée de centres de santé de référence des districts de Guédiawaye et de Rufisque en EPS de niveau 1. En effet, la lutte contre les maladies non transmissibles exige, de la part des équipes de districts, la mise en œuvre d’activités préventives et promotionnelles, qui sont d’un rapport coût-efficacité, de loin supérieur à la prise en charge des complications métaboliques, dégénératives et cardiovasculaires liées à ces affections.

Par ailleurs, la tarification hospitalière doit tenir compte du pouvoir d’achat des populations environnantes. Le Conseil d’Administration et l’autorité de tutelle doivent veiller à la soutenabilité de la masse salariale et au respect du Code des Marchés, ce qui suppose que politiciens, syndicalistes, personnalités qualifiées et représentants des usagers se préoccupent davantage de l’intérêt général que de leurs petites combines juteuses.

La couverture maladie universelle, tant glorifiée ne saurait se limiter au traitement, au niveau des postes et centres de santé, d’affections banales, dont la prise en charge est la moins coûteuse mais devrait aussi de plus en plus s’étendre à ces affections réputées coûteuses, entraînant des dépenses catastrophiques ou appauvrissantes.

Sans une politique hardie de gestion des ressources humaines, notre système sanitaire ne pourra pas faire face aux nouveaux défis de la transition épidémiologique vers les maladies non transmissibles. L’Etat sénégalais si prompt à s’endetter pour bâtir des infrastructures de prestige (aéroport AIBD, CICAD de Diamniadio, autoroute Illa Touba…) rechigne à former et à recruter des ressources humaines suffisantes pour le système sanitaire. Nos hôpitaux manquent cruellement de spécialistes alors que ce sont les professeurs de nos Universités qui forment les spécialistes de plusieurs pays africains et du Maghreb, où ils se voient parfois contraints de transférer leurs malades dans le cadre du tourisme médical. Et tout cela parce que les plateaux techniques de nos structures hospitalières sont obsolètes. Il faudra donc les relever en les couplant avec une maintenance hospitalière adéquate.

Il est clair que le budget de la Santé doit être revu à la hausse et tendre vers les 15% recommandés par la conférence d’Abuja. Mais au-delà des milliards supplémentaires, ce dont notre système sanitaire a besoin, c’est d’une utilisation plus efficiente et d’une répartition plus équitable des ressources financières, parfois distraites par des maffias inamovibles.

L’exemple du système de santé cubain nous prouve qu’un pays du Tiers-Monde aux ressources limitées, peut, avec une bonne organisation, un bon leadership et une gouvernance appropriée atteindre des indicateurs sanitaires équivalents sinon meilleurs que ceux des pays dits développés.

 

Dr Mohamed Lamine LY

Médecin de santé publique

 

LA COSAS ORGANISE UN PANEL SUR L’ÉVALUATION D’IMPACT

La Coalition Nationale pour la Santé et l’Action Sociale (COSAS), organise un panel sur la place de l’évaluation d’impact dans le système sanitaire sénégalais.
Cette rencontre est prévue le samedi 28 octobre 2017 à partir de 9h 30 au Centre ouest-africain de recherches (CROA/WARC), sis à Fann-Résidence et a pour objectif de contribuer à la réflexion sur le développement du système d’évaluation d’impact des programmes et projets de santé (cf. termes de référence en annexe).
TERMES DE RÉFÉRENCE

La Coalition Nationale pour la Santé et l’Action Sociale est une association (COSAS) à but non lucratif. Elle a pour objet de promouvoir une équité dans la santé basée sur une vision holistique et une approche sociale.
Elle s’est fixée comme objectifs spécifiques entre autres de :
• Contribuer au développement et à l’évaluation de la politique de santé, des initiatives, des programmes et des projets qui en découlent
• Promouvoir l’équité de tous les citoyens face au système de santé,
• Jouer un rôle de veille et d’alerte sur la gouvernance sanitaire,
• Engager et mener des réflexions, des études et des échanges sur les questions de santé.
Pour le court terme, la coalition a élaboré un plan d’action 2017 – 2018 comprenant plusieurs actions dont l’organisation des après-midis de la COSAS et des ateliers de réflexion trimestriels sur divers thèmes, dont les résultats feront l’objet de publications.
Depuis plusieurs années des sommes importantes sont investies dans nos différents programmes et projets en matière de santé. Cependant, il existe très peu de preuves scientifiques pour attribuer les résultats aux différentes interventions. Seul un nombre infime de nos programmes ont intégré l’évaluation d’impact qui est un outil pour la gestion axée sur les résultats. Elle constitue un outil de recherche et de développement puissant pour identifier les options des programmes les plus efficaces à pérenniser.
Dans le but de contribuer à la réflexion sur le développement du système d’évaluation d’impact des programmes et projets de santé, la COSAS a prévu l’organisation d’un panel.
L’évènement se déroulera selon les étapes suivantes :
1- Présentation introductive sur l’évaluation d’impact par le Chargé de Commission « Politique et Gouvernance Socio sanitaire »
2- Contribution de spécialistes des Universités Cheikh Anta Diop et Amadou Hampaté Ba de Dakar sur les enjeux et défis de l’évaluation d’impact dans notre pays.
3- Partage d’expérience des programmes sur l’évaluation d’impact
4- Discussion et contribution des participants.

ZIZANIE À BENNO ?

Après la prétendue victoire électorale de la méga-coalition gouvernementale aux dernières élections législatives, alors qu’on s’attendait à des scènes d’étreintes mutuelles et fraternelles au sein de Benno Bokk Yakaar, on assiste plutôt à des polémiques insolites entre le parti présidentiel et deux de ses plus grands alliés, à savoir la LD et le PS.

Victimes inconscientes – mais pas tout à fait innocentes – de leurs mauvaises fréquentations, en l’occurence le parti APR, les militants de la LD font les frais de ce que Mamadou Ndoye lui-même qualifie « d’idéologie alimentaire, qui serait en train de dévorer la classe politique ». Il s’avère, en effet, très laborieux, pour un parti se réclamant de la gauche, de préserver la pureté de sa ligne politique originelle, quand certains de ses dirigeants festoient avec des « fauves » prédateurs.

Par ailleurs, certains militants socialistes, après avoir mis beaucoup de zèle à soutenir leurs alliés de l’APR dans leurs vaines contorsions pour étouffer les ambitions présidentielles du Maire de Dakar, estiment n’avoir pas été suffisamment payés en retour et commencent à changer de discours et à faire dans la défiance. Viennent-ils de réaliser subitement que la liquidation politique programmée de leurs camarades dissidents risquait de s’étendre à la totalité de leur formation politique, encore perçue, avec le PDS, comme une des alternatives possibles à l’actuel régime ?

Toujours est-il que le désir effréné du PR d’obtenir un second mandat risque d’être entravé par la boulimie des faucons de son parti, soucieux, avant tout, de renforcer leur jeune Parti au détriment de la grande Coalition de dinosaures. À titre d’exemple, 75% des députés (97/127) de Benno Bokk Yakaar élus lors des dernières élections législatives appartiennent à l’APR. Avec 2 députés de plus, le parti présidentiel obtiendrait une majorité qualifiée, lui permettant, le cas échéant, de procéder à des réformes constitutionnelles, déconsolidantes, comme de coutume.

À ces tensions au sein de l’alliance gouvernementale, accentuées par les désillusions et frustrations consécutives au dernier remaniement ministériel, vient s’ajouter l’hostilité de l’Opposition qui, subodorant un piège, oppose une fin de non-recevoir au dialogue politique proposé par le Président.

En fin de compte, le régime apériste apparaît plus isolé que jamais, malgré sa confortable majorité parlementaire.

Refusant de faire des concessions significatives face aux exigences de la classe politique à propos du code électoral et des libertés publiques, le président de la République apparaît plus vulnérable que jamais aux chantages des lobbies et de son propre clan. C’est ce qui explique les nominations de complaisance, dont les unes puent le népotisme à plein nez, pendant que les autres conduisent à une hypertrophie de l’appareil étatique, avec toutes les conséquences sur le renchérissement du train de vie de l’État.

C’est dans ce contexte délétère, que le pouvoir et ses affidés s’emploient à décrédibiliser les Institutions et les formations politiques (du pouvoir comme de l’Opposition) pour faire croire à l’opinion que le président actuel reste le seul recours possible.

Dans le même temps, on assiste à la radicalisation de larges couches de la société sénégalaise, qui ne rêvent que d’en découdre avec ce régime de plus en plus autoritaire, qui nous projette dans un futur enchanteur au lieu de nous délivrer de nos angoisses quotidiennes. Nous citerons, à titre d’illustration, l’accaparement des terres à Dodel, les barèmes ridicules d’indemnisation aux personnes affectées par le projet (PAP) du Train express régional (TER), l’implantation tous azimuts de la multinationale Auchan qui tue le petit commerce, le diktat des autorités turques qui s’immiscent dans l’éducation de nos enfants (Yavuz Selim) … etc.

Dans tous ces cas, il s’agit d’un parti-pris flagrant au profit d’intérêts étrangers, qui vient s’ajouter aux autres tares si admirablement diagnostiquées par des patriotes tels que les chroniqueurs autour de Mody Niang et le commissaire Sadio. Elles ont pour noms la prise en otage des Institutions de la République, l’injustice sociale, l’effondrement des valeurs morales et sociétales et d’innombrables scandales politiques, économiques et financiers.

Tout cela préfigure d’une imminente explosion sociale, que les forces de progrès se doivent d’anticiper et d’encadrer, pour éviter qu’elle ne soit dévoyée par des forces obscurantistes et afin de la transformer en révolution nationale, démocratique et sociale pour le plus grand bonheur du peuple sénégalais.

NIOXOR TINE