POUR L’EXTINCTION DES «DINOSAURES» MEDICO-SANITAIRES !

POUR UNE ÉMERGENCE DU SYSTÈME DE SANTÉ SÉNÉGALAIS OU L’EXTINCTION DES « DINOSAURES » MÉDICO-SANITAIRES

Le Pr Awa Marie Coll Seck fut sans nul doute l’un des meilleurs ministres de la santé de notre histoire. Elle a cependant eu le plus mauvais entourage de tous les ministres de tous les départements confondus. Ses collaborateurs, les plus proches se targuaient d’être les dinosaures du système. A ce propos je ne comprends toujours pas notre propension à nous identifier à des animaux. Mon ancien et vieux professeur de développement de soi et leadership transformationnel me faisait toujours sourire quand il nous demandait de décrire l’animal qui était en nous. A-t-on vraiment besoin d’être lion, aigle ou éléphant pour faire jaillir les vertus et qualités qui sommeillent en nous ? Assurément non !

Nos dinosaures éclairés se sont employés pendant plusieurs années à une déstabilisation profonde, un démembrement cynique et une déstructuration délibérée d’un système de santé qui faisait la fierté de milliers de travailleurs et constituait un bel exemple de réussite post-indépendance. Tous les piliers du système ont été infectés. J’emploie ici, à dessein, la métaphore pathologique pour décrire l’ampleur des dégâts constatés dans la quasi-totalité des sous-systèmes.

 Les infrastructures, elles demeurent un pilier fondamental et englobent entre autres les établissements de santé. La direction qui l’incarne peine encore à atteindre son autonomie car comment comprendre qu’elle puisse doter d’ambulances médicalisées citadines à des postes de santé ruraux qui ont besoin de véhicules adaptés à des terrains hostiles pour assurer une référence correcte. Comment comprendre la dotation d’ambulances médicalisées à des postes de santé où l’infirmier chef de poste ne maitrise pas encore la manipulation d’un défibrillateur et qu’on soit obligé de les retirer de ces ambulances ? Pour quel usage ? Comment comprendre que cette entité ne puisse pas encore intervenir de manière inclusive dans les différentes étapes de la gestion de la logistique du Programme Elargi de Vaccination par exemple ?

Les ressources humaines, elles, demeurent sans nul doute la matière première par excellence du système. Je parle de ces médecins, infirmiers, sages-femmes et autres agents de santé en position avancée, barrant la route aux affections de toutes sortes (rougeole, tuberculose, paludisme, VIH). Je parle de ces braves agents qui prennent en charge les populations de Dakhaba Mandingue, de Dawady, de Ndiéyene Sirakh, de Kongoly, de Mbadakhoune ; ces agents dont personne ne veut prendre la place pour comprendre leurs priorités et prendre leurs avis ; ces agents au salaire dérisoire, ces non recrutés.

Le développement socio-économique du Sénégal passe par une prise en charge correcte des travailleurs de la santé et de l’action sociale car c’est eux, qui, en définitive entretiennent le capital le plus important qui soit : la santé.

Parlons des « produits et technologies médicaux essentiels » !

Je fustigeais dans un précédent article la tendance des responsables de structures à incriminer le code des marchés pour justifier les ruptures récurrentes de produits pharmaceutiques et consommables. Je reste convaincu qu’une planification rigoureuse à tous les niveaux nous éloignerait des difficultés d’approvisionnement. On ne peut pas se permettre de dormir sur nos lauriers alors que les enfants continuent à être décimés par les diarrhées faute de SRO/Zinc, les malades tuberculeux à contaminer parce qu’il n’y a plus de rifampicine, les femmes enceintes être à la merci du paludisme parce que la sulfadoxine pyriméthamine reste introuvable. Une autorité qui se respecte ne se pardonnerait pas de manquer à une obligation fondamentale de sa mission celle de mettre à la disposition des populations les produits qu’elle doit leur délivrer de façon continue. Autrement cette autorité servirait à quoi ?

Le système d’information sanitaire, il n’a pas échappé et c’est de bonne guerre à la tyrannie du quantitatif et à une parcellisation à outrance des producteurs d’information. L’information n’est la propriété exclusive d’aucune direction ni d’aucune autorité. « Les informations qui ne sont pas reliées par un tout, supportées par une vision sous-jacente qui leur donne sens, morcellent nos connaissances et les détruisent ». Les différents programmes se sont pendant trop longtemps trop affranchis de la logique d’animation du système allant des fois jusqu’à s’ériger en entité autarcique foulant ainsi au pied les logiques élémentaires de rationalité principielle.

 Enfin, le financement du système de santé a souffert du manque de leadership qui fait que jusqu’à aujourd’hui moins de 15% du budget national est encore consacré à la santé. Par ailleurs, le dispositif de financement devrait être sécurisé, pérennisé et supporté.

Enfin, le système devrait se séparer de ce type d’autorité qui, pendant plusieurs décennies a fait de l’amélioration de l’environnement de soin son cheval de bataille sans avoir amélioré lui-même son environnement caractérisé par un laxisme et un népotisme indicibles.

Une autorité qui continue à parler d’environnement de soin alors qu’à Kaolack près de 2 enfants mouraient tous les jours en 2015.

Une reprise en main du système de santé s’impose aujourd’hui, le chantier du nouveau ministre de la santé et de l’action sociale sera d’abord l’assainissement humain de son entourage immédiat ; un démantèlement et un anéantissement méthodique et rigoureux de l’establishment médico-socio-sanitaire. Ces oligarques qui ont obligé plusieurs compétences à la démission et qui ont entrainé la prolifération des ministères de la santé bis devront rendre le tablier ou être obligés à le rendre.

Latsouk Gnilane Diouf

Economiste de la santé

SÉNÉGAL: UN GOUVERNEMENT DE COMBAT OU DE DIALOGUE ?

Le sens véritable de la démission du gouvernement de la République à l’issue d’élections législatives – parfois même municipales – ne se limite pas à son seul caractère de rituel républicain. C’est surtout l’occasion de tirer les leçons des résultats du scrutin, qu’on se devrait d’analyser sous toutes les coutures. Dans cet exercice capital pour un homme politique désireux d’améliorer ses performances électorales, il s’agit de se faire une idée précise de l’état de l’opinion, compte non tenu des facteurs de confusion que peuvent constituer les fraudes ou manipulations électorales. Dans le cas d’espèce, à savoir, les dernières élections législatives, il est évident que les franges jeunes et/ou citadines ont été discriminées, au profit des couches rurales et/ou plus âgées, plus faciles à manipuler ou plus lentes à s’engager dans la remise en cause de l’ordre établi.

UNE ANCIENNE ÉQUIPE NE PEUT CONDUIRE UNE POLITIQUE NOVATRICE

Toujours est-il que la lecture de la liste des membres du gouvernement a été précédée d’un long argumentaire du Premier ministre Dionne, aux allures de discours anticipé de politique générale, pour convaincre l’opinion et surtout la Jeunesse, que des efforts inédits seront faits en matière d’emploi, de promotion de la femme, de gestion transparente du pétrole et du gaz…

Or, pour conduire cette politique novatrice en moins de 18 mois, le président de la République et son Premier ministre nous proposent une équipe, qui ne nous fait plus rêver.

Nous avons certes, parmi eux, de grandes personnalités, mais le plus déterminant, dans le cas d’espèce, c’est l’offre politique définie par le premier magistrat de la Nation, qu’ils ont conduite pendant cinq longues années et qui au finish, s’est traduite par une perte de quinze points par rapport au score obtenu par Benno Bokk Yakaar, au soir du 25 mars 2012 (de 65% à 49,5%). II est vrai qu’ils ont fait montre d’autres « qualités » en matière d’inscription massive et frauduleuse de leurs militants, de transfert d’électeurs, d’intimidation de paysans craintifs et/ou de corruption électorale qui, aux yeux des pontes de la Coalition gouvernementale, semblent importer plus que toutes autres aptitudes pour conduire leurs Partis vers la victoire électorale plutôt que notre Patrie commune vers une Émergence hypothétique.

UNE BASE SOCIALE EN CONTINUELLE ÉROSION

Les experts et analystes politiques de notre pays – de quelque bord qu’ils puissent être – sont unanimes à reconnaître que la configuration du nouveau gouvernement aura très peu de chances de faire obtenir la majorité absolue à la Coalition Benno Bokk Yakaar, au soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

D’ailleurs, les lenteurs constatées dans le remaniement ministériel et l’installation assemblée nationale sont révélatrices de difficultés croissantes du pouvoir apériste sinon à gouverner, tout au moins, à rénover son offre politique, alors que des indices concluants montrent une baisse graduelle de la côte de popularité du PR, dont la Coalition vient de perdre le suffrage populaire lors de ces élections législatives.

Et cela, pour la raison très simple, que la base sociale du pouvoir, loin de s’élargir, s’est au contraire rétrécie. Malgré les rumeurs sans fondement, distillées à dessein, faisant état du ralliement de certaines personnalités de l’Opposition, on note une incapacité à étoffer la base sociale du régime, à trouver des hommes politiques nouveaux, en dehors de la « Constellation du Yakaar déçu » doublée de la mise au placard de personnalités politiques de grande envergure sous prétexte qu’elles ne disposent pas de base politique consistante.

Au final, on a la désagréable impression que ce sont des lobbies ou groupes de pression parfois claniques voire familiaux, qui ont joué un rôle décisif dans la composition du Gouvernement de la République.

DES SIGNAUX PEU PROPICES AU DIALOGUE

Les gesticulations du pouvoir apériste relèvent du pathétique. Faisant fi de notre héritage politique national et des acquis universels en matière de sciences politiques, les dinosaures de la Coalition au pouvoir, au lieu de s’atteler à la résolution de la crise politique qui couve, font dans la fuite en avant. Ils appellent au dialogue politique tout en posant des signaux négatifs allant dans le sens de crisper davantage le jeu politique.

Au lieu de confier la gestion des élections à une personnalité consensuelle acceptée par l’ensemble de la classe politique, le Président de la République, tout en maintenant le processus électoral parmi les prérogatives du Ministère de l’Intérieur, y nomme un autre responsable politique de son parti à la place du son controversé prédécesseur.

Alors que les conflits répétitifs au niveau du Secteur de la Justice laissaient penser qu’on allait prendre des mesures d’apaisement, on y nomme un professeur de droit convaincu de la nécessaire soumission des Juges à l’Exécutif et qui s’est illustré, ces dernières années, comme le plus grand pourfendeur des réformes institutionnelles proposées par la Commission Nationale de Réforme des Institutions et allant dans le sens d’un équilibre des différents pouvoirs.

Par ailleurs, la décrispation de l’atmosphère politique est loin d’être à l’ordre du jour. Refusant au maire Khalifa Sall le bénéfice de son immunité parlementaire, depuis que le Conseil Constitutionnel a validé les résultats des élections législatives, le pouvoir du Président Macky Sall, continue de restreindre les libertés démocratiques. Nous n’en voulons pour preuve que la levée de boucliers des organisations des droits de l’Homme devant les multiples arrestations pour délits d’opinion, le refus persistant d’autoriser les marches et l’expulsion inexplicable et arbitraire d’un activiste panafricaniste.

A mesure qu’approchent les élections présidentielles de 2019, se pose la nécessité d’apaiser le jeu politique. La méga-coalition Benno Bokk Yakaar est devenue minoritaire de fait et connaît des fissures dans ses diverses composantes (PS, AFP et LD plus récemment). D’un autre côté, certains secteurs de la société civile, qui jusque-là avaient fait preuve de retenue vis-à-vis du nouveau pouvoir de Benno Bokk Yakaar, commencent à interpeller le gouvernement sénégalais sur ses violations répétées des libertés individuelles et collectives.

A la différence des élections législatives, qui malheureusement, restent encore trop souvent l’affaire des appareils politiques et de mouvements citoyens ayant une diversité d’agendas, l’élection présidentielle, qui consacre le choix de l’homme qui incarne la clé de voûte des Institutions et qui détermine la politique de la Nation, est capitale. Autant dire que les citoyens ne se laisseront pas aussi aisément duper avec des rétentions de cartes électorales ou leur distribution sélective.

Il ne reste alors plus à la Coalition au pouvoir qu’à se convaincre de la nécessité d’un véritable dialogue politique devant déboucher sur des élections présidentielles transparentes et apaisées.

 

NIOXOR TINE

LA COSAS ORGANISE UN PANEL SUR LA MÉDECINE TRADITIONNELLE

La Coalition Nationale pour la Santé et l’Action Sociale (COSAS), organise un panel de dialogue, d’information et de partage sur le rôle et la place de la médecine traditionnelle parmi les enjeux sanitaires.

Cette rencontre prévue ce mercredi 13 septembre 2017 à partir de 15 heures au Centre ouest-africain de recherches (CROA/WARC), sis à Fann-Résidence, a pour objectif de discuter de la problématique de la médecine traditionnelle au Sénégal en identifiant les forces, les faiblesses, les menaces et les opportunités de la médecine traditionnelle et de proposer des solutions pratiques et applicables.

Des professionnels de la Santé et de l’Action sociale, des praticiens de la médecine traditionnelle, des acteurs de la société civile, des agents du Ministère de la Santé et de l’Action sociale, des universitaires, des responsables d’ONG, d’associations de consommateurs, des professionnels de la communication et les membres de la COSAS réfléchiront ensemble sur ce que la médecine traditionnelle peut apporter dans la mise en œuvre des stratégies et politiques de santé.

Selon l’OMS, la médecine traditionnelle représente la première source de soins de santé pour environ 80% de la population dans les pays en voie de développement.

Le Sénégal, signataire de toutes les résolutions sur la médecine traditionnelle, est confronté à de nombreux défis notamment la mise en place d’un cadre juridique pour l’exercice et la pratique de la médecine traditionnelle, la faiblesse de la collaboration entre praticiens de la médecine conventionnelle et ceux de la médecine traditionnelle, la publicité tapageuse et trompeuse, la prolifération du charlatanisme, l’absence de documentation des bonnes pratiques, l’insuffisance des données sur l’innocuité, l’efficacité et la qualité des produits issus de la médecine traditionnelle.

Tout ceci pour dire que la médecine traditionnelle est aujourd’hui sujet d’actualité dans notre pays. En effet, le processus de réglementation de la médecine traditionnelle enclenché depuis deux décennies, est dans sa phase de finalisation. Toutefois, le Projet de Loi qui vient d’être adopté par le Conseil de Ministre, fait l’objet de questionnements et de controverses, certains professionnels de la santé allant même jusqu’à exiger son retrait pur et simple du circuit administratif.

Ce panel va marquer le démarrage officiel des activités publiques de la COSAS qui est une association à but non lucratif, qui ambitionne de renforcer l’approche multisectorielle en impliquant tous les acteurs intervenant sur les problématiques sanitaires. Elle cherche, à travers cette collaboration, à influer positivement sur les déterminants sociaux de la Santé.

 

Fait à Dakar, le 06 septembre 2017

MACKY, LE MONARQUE DE LA RÉPUBLIQUE

« Il est facile pour un chef d’État sénégalais d’avoir l’administration et la justice sous sa botte »

L’éditorialiste de SenePlus, Boubacar Boris Diop a accordé à Seneweb une interview que nous publions dans son intégralité ci-dessous.

Benno : 125 députés; Wattù : 19; Mànkoo : 7; Pur : 3 et 1 député pour chacune des 9 listes ayant profité des « plus forts restes » : comment analysez-vous les résultats des législatives ?

À l’arrivée on a encore une fois un Parlement-croupion mais je ne dirais pas comme certains que ces législatives, ça a été beaucoup de bruit pour rien, j’y ai vu un moment important de notre vie nationale, je me suis même donné la peine de suivre les fameux « temps d’antenne » de la première à la dernière minute.

Les deux journalistes de la RTS qui se relayaient ne trouvaient visiblement pas cela très excitant mais un tel évènement reste un des miroirs de notre société ; certains de ses protagonistes ont d’ailleurs fait de leur mieux pour mettre du contenu et de la dignité dans un exercice plutôt difficile.

Qu’avez-vous retenu de ce « moment important de notre vie nationale » ?

Force est de reconnaître que moins d’une semaine après, cette élection semblait déjà être de l’histoire ancienne. On sentait encore une grande rage dans les réactions à chaud mais de manière frappante c’était une rage impuissante. Si tout le monde était aussi choqué, c’est probablement parce que personne n’avait anticipé la forte détermination du régime à en prendre à son aise, dans des lieux intelligemment ciblés, avec l’expression du suffrage universel. Les méthodes utilisées ont elles-mêmes été d’une originalité frisant l’insolite.

Voulez-vous dire que les résultats des législatives ne reflètent pas la volonté de la majorité des Sénégalais ?

Près d’un million de personnes n’ont pas pu voter sous des prétextes fabriqués de toutes pièces mais ce qu’on a surtout appris avec effarement le 30 juillet 2017, c’est à quel point il est facile pour un chef d’Etat sénégalais d’avoir, après deux alternances, l’administration et la justice sous sa botte. Cela doit alerter tout le monde non seulement pour 2019 mais aussi quant à la fragilité de nos acquis démocratiques.

Mais l’opposition faisait-elle le poids ?

Le paradoxe, c’est que Bennoo l’aurait certainement emporté dans un scrutin régulier. L’opposition était divisée et sans grands moyens, en tout cas en comparaison du régime. On peut toutefois douter que les centaines de milliers d’électeurs éconduits auraient majoritairement voté pour Bennoo et il y a surtout qu’elle n’aurait pas gagné à Dakar. Une suspicion légitime pèse sur les résultats de la capitale et on sait bien- Macky Sall l’a dit dans un rare accès de sincérité- qu’il était hors de question de faire le moindre cadeau au prisonnier Khalifa Sall. Au final, je crois que la coalition montée par Macky Sall a mérité sa victoire. C’est juste l’ampleur de cette dernière, due à des dysfonctionnements délibérés, qui pose problème.

La contestation des résultats n’est finalement pas allée bien loin…

Je crois que l’effet de surprise dont j’ai parlé tout à l’heure a joué en faveur du régime. L’opposition n’avait apparemment prévu rien de tel et donc pas une riposte appropriée. Une autre question à se poser honnêtement, c’est si elle en avait les moyens. On a vite senti en effet une certaine résignation, les rares déclarations guerrières, surtout à Dakar, relevant plus du baroud d’honneur que d’autre chose.

 Les contestataires n’auraient-ils pas dû essayer au moins de marquer le coup ?

Oui, peut-être, pour envoyer un message en direction de 2019 mais à vrai dire je ne sais pas trop. Et pour être franc, je n’en vois pas l’intérêt, je commence à me poser des questions totalement différentes au sujet de la scène politique sénégalaise.

Lesquelles ?

La plus importante est celle-ci : ne devrions-nous pas cesser de faire une telle fixation sur la personne qui se trouve être le chef de l’Etat à un moment donné de notre histoire ? Est-ce vraiment aussi important dans les conditions actuelles ?

Que répondez-vous ?

J’en suis à un point où je vois de moins en moins la pertinence d’accabler Macky Sall de critiques, même largement justifiées. Pourquoi continuer à donner ainsi des coups d’épée dans l’eau ? Supposons qu’il soit battu en 2019… Voyez-vous dans le personnel politique quelqu’un susceptible d’agir différemment ? Faites mentalement le tour des prétendants potentiels et vous verrez bien…

On vous pose la question : est-ce le désert ?

Quel que soit le nom du nouveau venu, les mêmes causes vont continuer à produire les mêmes effets. Nous nous donnons beaucoup de mal pour doter démocratiquement un seul homme de tous les pouvoirs de la République. Cela est malsain et indigne d’une nation aussi ambitieuse que la nôtre. La réflexion devrait se déplacer des modalités de la conquête du pouvoir vers les conditions de l’exercice du pouvoir. Nos alternances où plus ça change moins ça change, cela devient écœurant. C’est un incroyable gâchis.

On croirait entendre Mody Niang…

C’est bien que vous mentionniez Mody Niang parce que cela me donne l’occasion de lui rendre hommage. À mes yeux c’est un véritable intellectuel, il ne se paie pas de mots, il ne fait pas tourner en spirale des formules élégantes et énigmatiques, étant surtout animé par un désir de clarté. Mody Niang a toutes ces qualités et c’est pour cela que j’ai du respect pour lui. Mais que voit-on ? Il ne décolère pas depuis deux décennies : contre Diouf, contre Wade et aujourd’hui contre Macky en attendant le prochain président…

Nous sommes beaucoup d’intellectuels à être plus ou moins dans la même situation mais son cas est en quelque sorte emblématique. C’est terrible pour ce pays que d’une alternance à l’autre des personnes de valeur soient condamnées à choisir entre le silence et des coups de gueule sans aucun effet sur la situation réelle.

Certains traitent Macky Sall de dictateur. Êtes-vous d’accord ?

Il ne l’est pas du tout à mon avis, il est simplement, de par notre volonté, à la tête d’une sorte de République monarchique et c’est de cela qu’il faut sortir. C’était, pendant les Assises, la vision de personnalités lucides et désintéressées et cette vision devrait de nouveau innerver le champ politique.

Quelqu’un a dit que la dictature c’est « ferme ta gueule » et la démocratie « cause toujours, tu m’intéresses. » On en serait plutôt là. Ça hurle de toutes parts mais Macky, dans un style qu’on pourrait dire dioufien- le Diouf des mauvais moments, celui de la fin de règne- n’en a cure !

Il est vrai aussi que dans ce pays l’on arrête de plus en plus de personnes pour délit d’opinion. Cela a été le cas d’Oulèye Mané, d’Ami Collé Dieng et de l’administrateur du forum où elle s’est exprimée; il y a aussi depuis quelques heures Kémi Seba et Bentaleb Sow, sans oublier Madère Fall. Mais sans doute devrait-on parler davantage pour l’instant d’énervement et de crispation que de dérive dictatoriale, ce mot est trop chargé.

Vous laissez entendre que le personnel politique ne compte pas une figure capable de conduire les changements que vous prônez. Pourtant Khalifa Sall est présenté, notamment par l’écrivain Thierno Monenembo, comme une alternative crédible. 

Le maire Khalifa Sall a fait preuve d’une réelle volonté de résoudre les problèmes des Dakarois et on avait commencé à voir les résultats de ses efforts. J’ai déjà salué quelque part son intérêt pour les arts et la culture, le regretté Oumar Ndao ayant été à ses côtés jusqu’au bout dans le róle de conseiller culturel. C’est donc quelqu’un pour qui j’ai de la considération et à mon avis c’est un scandale qu’on l’ait privé de liberté pour briser son élan politique. Parce que oui, c’est un adversaire crédible même si peut-être, sans l’appareil du PS, son maillage de l’ensemble du pays pourrait ne pas être à la hauteur de ses ambitions.

Tout cela étant dit, je pense que nous ne devons plus élire un chef d’Etat au Sénégal en nous en remettant à sa seule bonne volonté. On peut toujours espérer qu’il se serve du pouvoir au mieux des intérêts de la population, c’est déjà arrivé ailleurs mais c’est tout de même un pari risqué. À cette loterie-là, on décroche rarement le gros lot, c’est-à-dire l’homme providentiel.

Et que dire de la possibilité qu’un personnage instable se retrouve au sommet de l’Etat ? C’est beaucoup plus facile de nos jours qu’il y a seulement quelques années. C’est arrivé en novembre 2016 à la première puissance mondiale et sans de solides institutions pour freiner les ardeurs démagogiques de Trump, l’Amérique serait aujourd’hui dans de beaux draps. C’est une leçon pour tout le monde et en particulier pour les pays pauvres.

Votre point de vue ne risque-t-il pas d’être compris comme du nihilisme ?

Je ne suis pas du tout dans cette disposition d’esprit. En plus, mes opinions n’ont rien d’original, cela fait des années que d’autres disent la même chose. Je crois simplement que nos deux alternances au goût si amer nous contraignent à partir en quête de nouveaux paradigmes. J’ajouterai que notre pays n’est plus tout à fait le même depuis qu’on y a découvert d’immenses réserves de gaz et de pétrole. Nous savons bien les risques que cela comporte pour notre souveraineté, pour l’équité sociale, pour le respect de l’Etat de droit mais surtout pour la paix civile.

Avec quels leaders aller en quête de nouveaux paradigmes ?

Écoutez, ce sont juste des idées en l’air, ou peut-être même de simples états d’âme citoyens, je ne les inscris pas dans un horizon proche et surtout pas dans un horizon électoral. Ce qui me paraît certain, c’est que les hommes politiques ne vont pas plaider pour ce type de changement. Ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils espèrent s’asseoir un jour.

Pour ce qu’on sait des Assises par exemple, ils y sont allés avec leur propre agenda et il se susurre que pour l’un d’eux le retour sur investissement reste fabuleux. Je dirais, pour être positif, qu’il y a au Sénégal une culture progressiste dont les racines plongent assez profond, cela se voit nettement dans le documentaire qu’Abdourahmane Seck de l’UGB a consacré aux Assises nationales (Assises nationales, titre provisoire). Et de toute façon ce qui reste de la gauche historique, toutes obédiences confondues, a plus que quiconque intérêt à de nouvelles règles du jeu si elle veut cesser d’être l’éternelle roue de secours.

Justement un autre flanc de cette gauche vient de se fissurer avec les remous qui agitent la LD au sein de laquelle a surgi le mouvement « LD Debout ».

Il m’est hélas difficile de répondre à cette question, n’ayant eu que de lointains échos des remous à la LD. J’étais en train de voyager, je compte me mettre à jour.

CRISE À LA LD: MANIFESTE DE CREATION D’UN MOUVEMENT POLITIQUE

En 1974, suite à une  scission intervenue deux ans auparavant au sein du Parti Africain de l‘Indépendance (PAI), un groupe de syndicalistes, de jeunes intellectuels et d’étudiants a créé la Ligue Démocratique/Mouvement pour le Parti du Travail (LD/MPT), avec comme objectif principal de construire un parti révolutionnaire des ouvriers et des paysans d’obédience marxiste-léniniste, et réaliser au Sénégal la révolution démocratique et nationale, étape vers le socialisme. De 1974 à nos jours, la Ligue Démocratique a connu des mutations idéologiques et théoriques qui l’ont conduit à une évolution d’un parti de classe révolutionnaire à un parti de masse fortement adossé aux valeurs d’humanisme, de fraternité, de solidarité, de progrès et de justice sociale.Durant cette longue période de lutte, avec à la clé les lourds sacrifices faits par ses militants, la LD, qu’elle soit dans l’opposition ou à travers sa participation au Gouvernement et présence à l’Assemblée nationale, a grandement contribué aux avancées démocratiques et sociales qu’a connues notre pays,.La constance de la LD dans la prise en charge des intérêts des populations pour les promouvoir ou les défendre quand ils étaient menacés a toujours été reconnue ; ce qui lui a valu, malgré son faible poids électoral, d’être un acteur de l’échiquier politique respecté par les populations mais également par les autres acteurs politiques et sociaux. La Ligue démocratique, a tenu son septième congrès ordinaire à Dakar les 6 et 7 juillet 2013 et à l’issue de celui – ci, le camarade Mamadou Ndoye a été élu Secrétaire général du parti, en remplacement du Professeur Abdoulaye Bathily, leader charismatique, légendaire et historique de notre organisation.  En cette circonstance exceptionnelle, le parti lui a rendu un vibrant hommage.Ainsi, le camarade Mamadou Ndoye devient Secrétaire général du parti, dans un contexte politique à la fois difficile et complexe, marqué notamment par :

  • les incertitudes stratégiques qui caractérisaient le contexte politique d’alors, accentuées par l’éclatement de Benno Siggil Sénégal, la défaite des différents candidats issus de ses rangs à l’élection présidentielle de 2012, l’accession comme par accident de  M Macky Sall au pouvoir ;
  • la nécessité de reprendre en main le parti, qui venait de consacrer trop de temps et d’énergie à la lutte contre les dérives excessives du régime d’Abdoulaye Wade ;
  • des interrogations légitimes nées des changements intervenus au niveau du top management de notre organisation, entres autres.Prenant la pleine mesure des défis et des enjeux de l’heure, le Secrétaire général, Mamadou Ndoye a entrepris, dès son élection, d’imprimer à notre organisation une  nouvelle vision stratégique et démarche, en vue d’en faire une véritable force politique capable de peser sur le destin du pays.

En pratique, après des missions exploratoires dans les fédérations, le parti a tenu les 25 et 26 avril 2015, une conférence nationale sur l’organisation et mis en place une Commission de Réflexion Stratégique (CRS). Les 16 et 17 avril 2016, les conclusions de la Conférence Nationale sur l’Organisation et de la Commission de Réflexion Stratégique ont fait l’objet d’un Séminaire national pour être approfondies et pour évaluer les résultats préliminaires de leur mise en œuvre. Au terme de ce vaste chantier de diagnostic organisationnel, de consultation des bases du parti et d’élaboration collective, le parti s’est doté d’un plan d’action, adopté par le Bureau politique, articulé autour de trois axes stratégiques : le repositionnement du parti, la redynamisation du parti et la préparation des prochaines élections législatives.La mise en œuvre de ce plan d’action, supervisée par le Secrétaire Général, lui –même, a donné comme résultats : l’installation de 347 sections communales sur 552 que compte le pays, dotées chacune d’un organe exécutif fonctionnel et d’une assemblée générale délibérative, l’élaboration d’un document d’orientation portant identité et valeurs de la LD et d’un document de projet de société.En direction des élections législatives, le parti a installé son comité électoral national et envoyé une circulaire relative à la mise en place des comités électoraux départementaux aux 45 fédérations. Suivant une démarche inclusive, structurée et planifiée, à laquelle tous les militants ont participé, depuis la conception jusqu’à la mise en œuvre, les dispositions idoines ont été prises pour réunir les conditions administratives, politiques, organisationnelles, logistiques et financières devant permettre au parti de participer convenablement aux élections législatives du 30 juillet 2017, en gardant sa ligne et en portant au débat son projet de société alternatif pour un futur meilleur du Sénégal.Mais, c’était sans compter  avec les intérêts de particuliers, promus aux responsabilités grâce au travail collectif de l’ensemble des militants du parti, malheureusement pris par cette folie bien sénégalaise de s’accrocher au pouvoir, et par tous les moyens, une fois qu’on a goûté à ses délices. Bien incrustés dans le système APR – BBY, ils ont, en effet, entrepris par des voies illicites de contrôler le Bureau politique (BP), contre l’avis de la base, aux seules et uniques fins de sécuriser leurs postes et leurs positions personnelles de pouvoir dans l’appareil d’Etat.Aujourd’hui, au constat comme à l’analyse, notre parti a été compromis pour des intérêts crypto – personnels, des militants de bonne foi ont été abusés, les valeurs qui ont présidé à sa création bafouées et son idéal de société trahi. Un discrédit total est jeté sur notre organisation qui, d’instrument de lutte construit au prix de lourds sacrifices par des générations de militants, est devenu un moyen d’ascension sociale d’une minorité.Evidemment, une telle forfaiture est inacceptable ! Et les militants de la LD interpelés devant l’histoire. Passé le temps de l’indignation et de la révolte, nous voici dans l’obligation de relever un défi historique : celui de prendre nos responsabilités en main : innover et progresser, pour que les sacrifices consentis ne soient pas vains, et pour que l’esprit de la Ligue démocratique et l’idéal de la gauche ne meurent pas dans ce pays. C’est un défi qu’il revient aux véritables militants de relever pour continuer à servir le Sénégal dans la longue tradition de lutte des pères fondateurs du parti.Telle est la raison fondamentale pour laquelle, nous, militantes et militants de la LD, membres du Bureau politique, membres du Secrétariat permanent, Secrétaires généraux de Fédération, Cadres, Jeunes, Femmes et Etudiants, réunis à Rufisque le 19 août 2017, prenons date avec l’histoire, par ce présent manifeste, en décidant, après de larges concertations, de créer dans la Ligue Démocratique un Mouvement politique dénommé  « LD – DEBOUT ».Provisoirement, « LD – DEBOUT » se dote d’un organe exécutif, le Comité National de Pilotage, et d’un organe de délibération, le Comité Directeur.  Dans les prochains jours, son site web sera ouvert, un organe mensuel de presse dédié à l’information, à l’éducation et à la formation politique des militants sera lancé. D’autres initiatives et procédures suivront.Aux pères fondateurs, et à leurs compagnons, les plus illustres, parmi lesquels Abdoulaye Bathily, Bakhao Seck, Mbaba Guissé, Mamadou Ndoye, Famara Sarr, Abdoulaye Guèye, Mamadou Diop Castro, Sada Wane, Boubacar Diop Sambou, Macissé Lo, Idrissa Diop, Mbaye Ndoye, Rokhy Kébé, Saniébé Ndiaye, Anna Sarr Bathily, pour ne citer que ceux-là parmi tant d’autres camarades qui ont tous consacré leurs vies au triomphe d’un idéal de société, « LD – DEBOUT » leur exprime sa profonde gratitude, magnifie leur contribution dans la lutte du peuple sénégalais pour la démocratie, le progrès et la justice sociale, et célèbre leur constance dans l’engagement désintéressé au service du pays. Pour, « LD – DEBOUT », ces illustres personnalités de notre parti, constituent avec plusieurs autres anonymes, des valeurs sûres et des références certaines notamment pour les jeunes générations dans un contexte où la politique est dévoyée de sa noble mission et détournée de ses objectifs fondateurs.Aux camarades Abdoulaye Bathily et Mamadou Ndoye, « LD – DEBOUT » exprime une reconnaissance particulière, salue la grandeur morale et intellectuelle, leur rend un hommage mérité et assure que leurs efforts déployés à la tête du parti ne seront pas vains. Bien au contraire, ils seront amplifiés et étendus sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora, dès les prochains jours et tout au long des prochaines semaines et mois à venir. »LD – DEBOUT » lance un appel solennel aux militants de la Ligue Démocratique, qui ont les mêmes préoccupations et qui partagent les mêmes convictions que les signataires du présent manifeste, à se joindre à cette initiative qui vise, d’abord et avant tout, à préserver l’image de notre parti, à restaurer sa dignité et son identité ainsi que des valeurs qu’il a toujours portées. « LD – DEBOUT », considère qu’au Sénégal la constitution d’institutions fortes, le renforcement de l’Etat de droit, la préservation des acquis démocratiques, l’indépendance de la justice, la bonne gouvernance économique, politique et sociale, la lutte contre la corruption, la concussion et la non transparence, la gestion équitable des ressources nationales, la lutte contre la pauvreté et contre les inégalités sociales, la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le patriotisme économique, l’emploi et le chômage des jeunes restent et demeurent de vives préoccupations, pour tout citoyen libre et conscient, auxquelles viennent s’ajouter les questions environnementales, les menaces sécuritaires, les conflits et dérapages à caractère ethnique, religieux ou confrérique. Sous ce rapport, pour « LD – DEBOUT », l’heure n’est guère à l’autoglorification, ni à l’entreprenariat politique, encore moins au sabordage des organisations politiques et citoyennes qui ont eu le mérite de porter dans ce pays haut le flambeau de la lutte pour toujours plus de progrès et de justice sociale. Il convient plutôt de les renforcer et de mobiliser les citoyens pour faire face aux tentatives de musellement et d’accaparement des ressources nationales par des groupes d’intérêts.Pour cette raison et pour d’autres encore, « LD – DEBOUT » se réserve la perspective de s’ouvrir à d’autres forces politiques et citoyennes, notamment aux patriotes acquis à l’impérieuse nécessité de recentrer la politique et l’engagement militant, dans notre pays, autour de l’éthique, des valeurs et de l’intérêt général, dans la direction d’une alternative crédible.A cet égard, « LD – DEBOUT » exhorte tous les militants debout des partis politiques et autres organisations sociales dans lesquels la corruption des élites politiques au contact du pouvoir à produit cassure et division dans leurs rangs ; partout où une telle corruption a soumis les leaders à la posture de « génuflexions » pour sauvegarder des avantages que leur procurent les positions de pouvoir au détriment du pays, de l’organisation, des valeurs et des principes qu’ils proclamaient hier, à s’organiser en mouvement politique Debout! Ensemble, il nous appartiendra, en toute souveraineté, de décider du moment et des modalités pratiques de fédérer de tels mouvements dans un projet politique de large consensus, autour d’une nouvelle offre politique, portée par une nouvelle organisation, forte et crédible, capable de conquérir le pouvoir d’Etat et de l’exercer, en vue de conduire les véritables changements et les profondes transformations politiques, économiques et sociales, qu’appelle la situation du pays.Vive la Ligue Démocratique Debout !!!  Socle d’un Sénégal Debout !!!  Pour une Afrique Debout !!!

Rufisque, le 19 août 2017         

Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

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Ousmane O. Kane: «Tombouctou, un centre d’érudition parmi tant d’autres»

Quelle forme d’islam pratiquait-on en terre africaine avant la colonisation ? Quelle place la religion a-t-elle jouée dans la construction politique et sociale de la région sahélienne ? Quelle influence les érudits africains ont-ils dans la tradition musulmane ? Ces questions, parmi beaucoup d’autres, Ousmane Oumar Kane s’y intéresse dans son nouveau livre. Au-delà de Tombouctou, une histoire intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest musulmane, paraît ces jours-ci en anglais aux presses d’Harvard, la très réputée université américaine dont il occupe la chaire Islam et sociétés musulmanes contemporaines. Son objectif : rappeler que, via l’enseignement de l’islam, de nombreux centres de savoir et d’érudition existaient dans la région, bien avant l’arrivée des Européens, qu’ils entretenaient des liens avec le Maghreb et l’Orient, et qu’ils abritaient une forte communauté de lettrés et de savants, dont l’influence perdure aujourd’hui.

RFI: Le titre de votre livre engage à aller voir plus loin que Tombouctou. Voulez-vous montrer qu’au-delà de la cité des Saints, il y avait une multitude de centres de savoir musulmans en Afrique de l’Ouest, bien avant l’arrivée des Européens ?

Ousmane Oumar Kane: Au cours des dernières années, on a beaucoup parlé des manuscrits de Tombouctou. Tombouctou est bien connue comme centre d’érudition mais beaucoup ignorent encore que Tombouctou n’était qu’un centre parmi tant d’autres, en Afrique subsaharienne. En Sénégambie, au pays haoussa, à Borno, en Afrique de l’Est et ailleurs, il existait des centres d’érudition dont certains ont survécu jusqu’à aujourd’hui et se sont modernisés.

Quelles sont les particularités de l’islam africain ?

D’abord les Africains vont utiliser les caractères arabes pour transcrire leur propre langue et l’usage du caractère arabe est attesté dans 80 langues, dans le continent africain. Par ailleurs, le système d’enseignement était bilingue et de ce fait, les études islamiques ont développé considérablement le vocabulaire des langues africaines. Ainsi par exemple, l’auteur d’une exégèse du Coran en haoussa ou d’une conférence de soufisme en pular doit recourir à un langage technique élaboré dans la langue africaine en question. Par conséquent, les études islamiques, loin d’éradiquer ou de reléguer les langues africaines au second plan, les ont en fait renforcées car plus le lettré est versé en études islamiques, mieux il peut s’exprimer dans sa langue natale.

Que disaient les juristes musulmans africains de la pratique de l’esclavage ?

Dans le livre, j’analyse la position de quelqu’un qui s’appelle Ahmed Baba. Dans son texte – le plus ancien que l’on a publié et qui date du XVIIème siècle – il condamnait certaines pratiques esclavagistes. Normalement, il y a des règles qui régissaient l’assujettissement. On ne pouvait pas réduire n’importe qui à l’esclavage mais ces règles étaient bafouées. Ainsi, par exemple, on ne pouvait pas réduire les musulmans en esclavage mais on sait que ces règles n’étaient pas respectées. Ahmed Baba a ainsi émis des fatwas qui sont restées autoritaires et dans lesquelles il prouvait que certaines régions de l’Afrique de l’Ouest étaient islamisées depuis longtemps et qu’on ne pouvait pas donc assujettir les habitants de ces régions-là.

Est-ce qu’on donnait un rôle politique à l’islam dans l’Afrique précoloniale ?

Vous savez qu’au XVIIIe et XIXème siècle, des lettrés musulmans ont testé l’ordre établi dans la plupart des Etats où ils étaient basés. Ils pensaient que l’islam devait vraiment servir à façonner un ordre social et politique. Donc, le phénomène qu’on appelle actuellement islamisme n’est pas vraiment nouveau. Si on regarde l’histoire de l’Afrique de l’Ouest au XVIII et au XIXème siècle, il y a beaucoup de lettrés qui avaient contesté les Etats pré-existants et la pratique de l’islam pour revendiquer donc le retour à un islam plus rigoriste qui serait mis en application par les Etats.

Dans votre livre, vous expliquez que les savants africains musulmans ont toujours entretenu des rapports, des relations avec le Maghreb et le Moyen-Orient. Les savants musulmans africains ne vivaient pas en vase clos.

Absolument. Si vous regardez leurs écrits, vous verrez qu’ils citent les auteurs de toutes les régions du monde musulman, ce qui est vraiment la preuve qu’ils participaient à un réseau mondial d’échanges. Ils se rendaient en Afrique du Nord pour étudier, pour enseigner. Ils se rendaient aussi au pèlerinage à La Mecque. Ils étudiaient au Caire. Vous savez, au XIIIème siècle, il y avait une résidence pour les étudiants de Borno à l’université d’al-Azhar. Cela veut donc dire qu’il y a une longue histoire de l’érudition islamique en Afrique de l’Ouest.

Les savants musulmans africains ont donc contribué dans tous ces domaines-là. Ils n’ont jamais vécu en vase clos et le Sahara n’a jamais été une barrière. Au contraire, c’était un port qui permettait aux peuples d’entrer en communication et cela, on peut le voir véritablement en analysant cette tradition intellectuelle et les écrits de ces lettrés.

Pour vous, c’est un mythe de dire qu’il y a un islam d’Afrique noire déconnecté d’un islam du Maghreb et du Moyen-Orient.

Exactement car maintenant vous pouvez voir que tous les courants et toutes les sensibilités islamiques sont représentés en Afrique subsaharienne même si pendant longtemps, effectivement, le soufisme a été l’islam dominant et continue de l’être.

Donc, selon vous, l’idéologie jihadiste que l’on voit notamment au nord du Mali ou autour de lac Tchad avec Boko Haram, ce n’est pas un phénomène complètement extérieur à l’islam africain ?

La preuve, c’est qu’au XVIIIème et au XIXème siècle, il y avait aussi des mouvements jihadistes. Bien-sûr, ils n’avaient pas tout à fait la même justification mais ils ont mené des révolutions qui ont conduit à la création des Etats. L’idéologie de mener des guerres armées pour renverser des Etats impuissants, ce n’est pas quelque chose de nouveau. Il suffit de regarder l’Histoire du XVIII et XIXème siècle pour s’en convaincre.

Il y a un point que vous abordez à la fin de votre livre, c’est la question de l’argent provenant des pays du Golfe qui sert à construire des mosquées, des écoles coraniques et à former des imams. Vous dites que ces fonds du Golfe e de l’Arabie Saoudite ne servent pas nécessairement à promouvoir le wahhabisme dans cette région.

Tout à fait car il faut savoir que c’est lors de la création de la Ligue mondiale islamique que l’Arabie Saoudite a commencé la politique panislamiste. Et c’était pour répondre à l’influence du président Nasser. A l’époque, l’Arabe Saoudite voulait jouer un rôle important, de leadership, du monde musulman et a donc soutenu des initiatives musulmanes un peu partout dans le monde. Ce ne sont pas seulement les Wahhabites. Je crois que c’est un large mythe de penser que ce ne sont que Wahhabites qui ont bénéficié de ces fonds.

VOIR AUSSI:

À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU PAR Pr OUSMANE OUMAR KANE

INTERVENTION DU Pr IBRAHIMA DIOP À PROPOS DU LIVRE: AU-DELÀ DE TOMBOUCTOU

REVISITER L’HÉRITAGE DES ASSISES POUR APAISER LE CLIMAT SOCIO-POLITIQUE !

Au-delà des péripéties électorales, il est plus que temps pour la classe politique et la société civile de s’interroger sur les voies et moyens de revivifier notre processus démocratique, qui bat de l’aile, depuis plus d’une décennie, après la crise politique consécutive aux présidentielles de 2007. La tenue des Assises Nationales, les révoltes citoyennes pré-électorales et finalement l’accession de Benno Bokk Yakaar au pouvoir, n’ont pas permis de redresser la barre, du fait d’une absence de politiques de rupture par rapport à la gouvernance wadiste.

REVENIR A L’ESPRIT DE LA CHARTE DE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE

Dans ce document signé par la quasi-totalité des leaders de l’Opposition d’alors, y compris par l’actuel chef de de l’Etat, figurait un engagement fort à œuvrer à la consolidation/institutionnalisation de la démocratie participative. Plus tard, le dépouillement des questionnaires de la CNRI avait permis d’établir une quasi-unanimité au sein des partis politiques et organisations de la société civile sur la nécessité de rendre effective la participation citoyenne dans la gestion des affaires publiques. Or, à quoi assistons-nous actuellement si ce n’est à la mise en place d’un pouvoir de plus en plus autoritaire, allergique à toute contestation et à toute concertation.

En lieu et place de cadres consultatifs dans les villages et quartiers pour rapprocher l’administration des citoyens ou d’une éducation à la citoyenneté, on mise plutôt sur – si ce n’est un usage excessif de la violence d’Etat-, tout au moins sur une dissuasion contre toute forme de défiance contre une gouvernance arbitraire !

Là où la Charte préconisait de placer la lutte contre la corruption au cœur des politiques publiques, nous constatons que la reddition des comptes est plombée par le caractère sélectif des poursuites ne ciblant pratiquement que des adversaires politiques et par le dépérissement graduel des organismes de contrôle par la nomination à leur tête de personnalités complaisantes vis-à-vis du pouvoir en place.

Concernant les droits et libertés fondamentaux, il y a certes des balbutiements relatifs à la présence de l’avocat lors de la garde à vue et à une volonté politique proclamée de mettre fin aux lenteurs dans le traitement des affaires judiciaires.

Néanmoins, on ne peut que déplorer la propension à user de longues détentions préventives arbitraires à l’encontre de citoyens jugés mal-pensants, contrastant avec la facilité avec laquelle certains artistes de renom et chefs coutumiers ou religieux bénéficient de liberté provisoire.  Cela s’oppose à la nécessité, maintes fois rappelée par la CNRI, d’instituer un Juge des Libertés.

Par ailleurs, des rumeurs persistantes et concordantes font état d’une collusion de certains secteurs de la Presse avec le pouvoir actuel, qui compte en son sein beaucoup d’hommes de Presse. Cette assertion, si elle se vérifiait, irait à l’encontre des recommandations des Assises allant dans le sens de garantir une liberté de presse totale, tout en préservant la pluralité médiatique pour raffermir la démocratie et le caractère unitaire de la nation.

Les dernières élections du 30 juillet dernier, caractérisées par un manque de transparence et une confusion extrêmes, semblent constituer le couronnement de toute cette dynamique antidémocratique contraire au projet de mise en place d’une « Charte des libertés et de la démocratie, gage de l’attachement de notre pays aux libertés publiques… ».

VOIR AUSSI: PREMIÈRES LEÇONS D’UN NON-SCRUTIN

http://www.nioxor.com/2017/08/premieres-lecons-d-un-non-scrutin.html

 

GARANTIR L’EQUILIBRE ET LA SÉPARATION DES POUVOIRS

L’hypertrophie de l’Institution incarnée par le Président de la République, déplorée par le mouvement national démocratique depuis la crise politique de 1962, s’est trouvée accentuée par la nature hégémonique du régime de Benno Bokk Yaakar. Cette coalition est, en effet, caractérisée un unanimisme grégaire et une volonté farouche d’annihiler toute velléité d’opposition sur la scène politique. Autant dire que la proposition de la CNRI de séparer la fonction présidentielle de celle de chef de Parti s’est heurtée à la boulimie pouvoiriste du premier magistrat de la Nation.

Un refus catégorique a également été opposé à la réforme du mode de scrutin aux élections législatives. Résultats des courses : en 2017 Benno Bokk Yaakar avec 49% des suffrages a 125 députés alors que la Coalition Sopi, en 2007, avec un score électoral de 69% et un boycott de tous les partis de l’Opposition significative n’avait récolté que 6 députés de plus, soit un total de 131.  Si ce n’est pas de la magie, c’est sûrement dû à une stratégie de fraude éprouvée, basée sur les rétentions de cartes combinées à leur distribution sélective et à un mode de scrutin inique.

Pour ce qui est du pouvoir judiciaire, il reste plus que jamais sous la coupe de l’Exécutif, malgré les soubresauts de certains jeunes et fougueux magistrats. La réforme de la Justice, à travers un projet de loi organique portant Statut de la magistrature et celui sur le Conseil supérieur de la Magistrature, loin de promouvoir la transparence dans le choix des fonctionnaires de justice, renforce plutôt la mainmise de l’Exécutif sur la Magistrature, dont les éléments les plus âgés (pas forcément les plus conservateurs) bénéficient d’un allongement de l’âge de départ à la retraite, au-delà de la date fatidique du 24 Février 2019, censé correspondre au premier tour de la prochaine élection présidentielle.

La restauration du caractère républicain de l’Administration se fait désirer dans la mesure où la politique gouvernementale en la matière repose sur les mêmes critères politiciens et clientélistes, qui ont toujours eu cours en son sein, depuis l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. On peut même dire, que la déstabilisation et la désorganisation de l’Administration ont connu leur apogée entre 2000 et 2012.

Le désir proclamé par l’actuel régime de moderniser l’Administration se heurte à ses propres errements que constituent les recrutements politiciens, les nominations de complaisance, parfois sur des bases ethnicistes. A preuve, le refus du pouvoir actuel de procéder à la généralisation et la systématisation de l’appel à candidature pour les emplois de haute direction dans la fonction publique et le secteur parapublic.

GÉRER LES FINANCES PUBLIQUES AU PROFIT DES MASSES POPULAIRES

Concernant les finances publiques, leur gestion est devenue certes moins désordonnée et frauduleuse par rapport à la période d’avant 2012, mais elle est loin de prendre en compte les besoins de base des populations.

C’est ainsi qu’au moment où le programme des bourses de sécurité familiale et la couverture maladie universelle bénéficient de généreuses subventions, il arrive que l’eau courante, le matériel pédagogique dans les établissements scolaires et universitaires, des médicaments essentiels, des réactifs pour examens biologiques ou des consommables d’usage courant ne soient pas disponibles pour les populations, sans oublier les retards de paiement des salaires et primes de fonctionnaires et contractuels.  Ces dysfonctionnements sont aussi en rapport avec les coupes sombres dont sont victimes les budgets des structures socio-sanitaires, des établissements scolaires et des autres structures déconcentrées. Tous les moyens de la Nation sont orientés vers les programmes phares d’un pouvoir qui a choisi de miser sur le populisme et l’électoralisme primaire.

Comment ne pas s’interroger sur la pertinence d’investissements tels que le centre de conférences de Diamniadio, l’autoroute Illa Touba, le Train Express Régional… ?

Le respect des principes et règles de bonne gouvernance reste un vœu pieux si on prend l’exemple la gestion cahoteuse de nos futures ressources pétrolières et gazières marquée par  la radiation de l’inspecteur Sonko, le limogeage de Mme Nafi Ngom KeIta et la démission de l’ancien ministre de l’Énerge, qui a d’ailleurs rompu les amarres avec son ancien Parti qu’il accuse de tous les maux d’Israël.

QUID DU PROJET DE CONSTITUTION DE LA CNRI ?

Bien que signataire de la Charte de Gouvernance Démocratique et soutenu par le Peuple des Assises au deuxième tour de l’élection présidentielle de mars 2012, le président Sall n’en rejettera pas moins le projet de Constitution de la CNRI en prétextant de la solidité de « l’assise démocratique de notre système politique » au niveau duquel, il se refuse de provoquer une rupture normative, se contentant de préconiser quelques « changements consensuels appropriés ». De fait, dans son projet de réforme constitutionnelle publié en prévision du référendum, il n’avait initié que quelques réformettes, qui brillaient par leur caractère désarticulé et leur absence de cohérence. Il s’agissait, en réalité d’un subterfuge pour endiguer la dynamique citoyenne née des Assises Nationales tout en rejetant l’Avant-projet de constitution de la Commission Nationale de Réforme des Institutions. C’est ce refus délibéré de rompre avec l’Ordre ancien, qui nous vaut la persistance de la crise politique, qui a eu raison du régime de Me Abdoulaye Wade.

Cette même crise nous promet des lendemains agités malgré la pseudo-victoire de Benno Bokk Yakaar aux dernières législatives. En vérité, plus que par des mécanismes démocratiques, c’est plutôt par la corruption et la terreur que le régime actuel se maintient tant bien que mal au pouvoir, en attendant la prochaine déflagration sociale.

NOTRE PAYS SE TROUVE DANS L’IMPASSE

Malgré les apparences, notre système politique se trouve dans une impasse. Au-delà de la veillée d’armes entre un camp présidentiel minoritaire et quotataire et une opposition affaiblie, incapable de s’entendre sur un programme alternatif, il y a la grande majorité silencieuse, qui est loin d’être dupe et est habitée par une sourde colère contre cette gouvernance désastreuse.

Le dialogue social censé réduire les conflits entre employeurs et travailleurs souffre de plusieurs maux. Il y a d’abord la propension idéologique des gouvernants à satisfaire les employeurs nationaux mais surtout les multinationales étrangères au détriment des travailleurs nationaux, sous le fallacieux prétexte d’amélioration du climat des affaires et de promotion de l’investissement. D’un autre côté, les leaders syndicaux sont, pour la plupart, embourbés dans les méandres de la collaboration de classe. De plus, grâce aux avantages tirés de leurs fonctions de représentation, ils ont un mode de vie, qui les rapproche davantage du patronat que des simples travailleurs.

Sans méconnaître la constitution progressive au niveau de plusieurs collectivités locales, d’équipes municipales, qui font un apprentissage graduel de leurs prérogatives, il faut reconnaître un déficit patent de ressources humaines et une insuffisance des capacités administratives pour faire face à la complexité des compétences transférées particulièrement, celles relatives à la Santé et à l’Éducation. En outre, on note une dotation insuffisante des collectivités locales en ressources financières (impôts locaux, dotations garanties par l’état, autres), qui accentue leur précarité aggravée par une tutelle pesante alors qu’elles sont censées jouir de l’autonomie de gestion. Qu’en-est-il d’un des slogans favoris de nos gouvernants, à savoir la territorialisation des politiques publiques ? Elle est loin d’être effective, non seulement parce que l’acte 3 décentralisation, en plus d’être un acte mort-né, avait surtout des arrière-pensées politiciennes, eu égard à la volonté d’affaiblir le maire de Dakar, qui reste un des adversaires les plus sérieux du président actuel lors des prochaines présidentielles. De plus, on note la modicité du financement des collectivités locales (3,5% de la Tva du Sénégal qui sont affectés au FDD et 2% au FECL).

Les relations entre l’Etat et les communautés religieuses sont loin de reposer sur des bases saines, dans la mesure où elles sont sous-tendues par un clientélisme politicien, qui nuit quelque peu à la fonction de régulation attendue des familles religieuses. Les récents événements à Touba nous édifient sur les risques induits par l’implication de larges segments de certaines confréries dans des querelles purement politiciennes. Cela aboutit à l’impossibilité de fait pour l’État central, de rester équidistant par rapport aux communautés religieuses.

LE DIALOGUE POLITIQUE DEVRA ÊTRE CENTRÉ SUR LE RENOUVEAU DÉMOCRATIQUE

Au sortir du simulacre de scrutin qui s’est tenu le 30 juillet 2017, certains militants de Benno Bokk Yakaar ont prôné la nécessité d’un dialogue politique. Mais celui-ci n’aura de sens que s’il est centré sur la nécessité d’un renouveau démocratique, d’une émergence citoyenne et d’un respect scrupuleux des libertés collectives et individuelles.

La mise en place d’une Haute Autorité de la Démocratie s’avère urgentissime. Elle contribuera à rétablir la confiance entre acteurs politiques et sera chargé de veiller à l’adoption de critères pertinents de création des partis politiques, de la promotion de la participation citoyenne et du suivi du processus électoral.

Les critères de mise sur pied d’un Parti politique devront être rationalisés, en exigeant, comme pour les candidatures indépendantes, un nombre déterminé de signatures à répartir en plusieurs régions.

Une autre question centrale dans le cadre du renouveau démocratique de notre Nation est le financement des Partis, à partir des fonds publics, et le plafonnement des dépenses lors des campagnes électorales. Cette réforme contribuera à éradiquer la corruption électorale, qui permet aux Partis au pouvoir ou disposant de riches sponsors d’obtenir des majorités factices ne correspondant à aucune réalité ni politique ni sociologique, fragilisant ainsi les Institutions. Cette question doit d’autant plus être prise au sérieux que notre pays est en voie de devenir un pays pétrolier avec tous les risques politiques qui sont attachés à ce nouveau statut.

Le mode de scrutin doit être réformé d’urgence par la suppression du scrutin majoritaire à un tour qui pourra être remplacé par un scrutin majoritaire, à deux tours, combiné ou non à une certaine dose de proportionnelle, ce qui permettra aux députés de s’affranchir de la tutelle du pouvoir en place ou des appareils de Parti et d’être plus redevables vis-à-vis de leurs électeurs.

A défaut de réformes courageuses s’inspirant largement de l’esprit des Assises Nationales, notre pays risque de sombrer dans un naufrage qui risque de s’avérer préjudiciable à l’émergence économique tant chantée et de compromettre durablement l’avenir des générations montantes.

NIOXOR TINE

BIBLIOGRAPHIE

  1. Assises Nationales: Charte de gouvernance démocratique
  2. Avant-projet de constitution de la CNRI
  3. Présentation des résultats définitifs de l’enquête auprès des porteurs d’enjeux (CNRI
  4. Rapport de la Commission Nationale de Réforme des Institutions au P.R.
  5. Sidy Makhtar Cissé: Lecture comparée des propositions du président de la république et celles de la CNRI